lundi 24 septembre 2012

Vladivostok, capitale de l'APEC et des ambitions Pacifique de la Russie


La Coopération économique pour l'Asie-Pacifique ou Asia-Pacific Economic Cooperation, plus connue sous l'acronyme APEC, s'est déroulée pour cette édition 2012 entre les 2 et 9 septembre à Vladivostok (Russie).

Ce symposium des principaux responsables de l'exécutif de vingt-et-un pays est depuis 1989 une façon de donner de la voix à une région considérée comme  l'une des, si ce n'est LA, plus en forme sur le plan économique [1].
Précisons d'office que contrairement à une idée répandue, l'APEC ne réunit pas que des États d'Asie mais tous ceux ayant une façade maritime pointant vers le Pacifique, ainsi le Mexique, le Canada ou encore le Chili par exemple sont aussi membres de cette organisation. 

Mais qu'est-ce qu'il faut retenir de ce sommet? Principalement le fait que c'est la Russie qui l'a accueilli. Et pas n'importe tout : sur sa façade Pacifique. Ce n'est aucunement anodin, de la même manière que les autorités accueillent un sommet des BRICS à Ekatérinbourg, à proximité de la zone de séparation de la Russie Européenne de l'Asiatique. Vladivostok c'est le Seigneur de l'Orient. La porte vers les marchés Asiatiques et une fenêtre géopolitique sur un espace qui tend peu à peu à contester la suprématie occidentale en matière politique et économique. 
La Russie, forte d'une croissance solide, et de ressources en énormes quantités [2], s'autorise à regarder où bon lui semble. Sa bicéphalie le lui permet. Plus encore, l'atonie de la zone Européenne lui commande aussi de revoir ses priorités si la crise devait se prolonger (et elle prend le chemin vu que les instances Européennes injectent de l'argent dans un système vicié à la base), et de se prémunir de toute chute de la demande par le relais des marchés de la zone Pacifique. 

Ce qu'énonçait déjà l'analyste Russe Féodor Loukianov dans une tribune parue sur RIA Novosti le 10 novembre 2011 : 
La mise en service du nouveau gazoduc se déroule dans le contexte de discussions de plus en plus actives en Russie sur les perspectives du développement stratégique du secteur énergétique, en particulier sur le rapport entre les vecteurs asiatique et européen. Moscou tend de plus en plus vers la nécessité d’une sérieuse diversification: la situation où l’UE est pratiquement le seul consommateur de gaz russe est irrationnelle. Toutefois, en renforçant des relations similaires avec la Chine, le principal client potentiel en Asie, la Russie se heurte à une autre mentalité et à un client très difficile. Les conditions sur le marché asiatique sont moins avantageuses par rapport à l’Europe. Cependant, les garanties concernant la demande y sont plus solides. Il existe également un certain potentiel politique: l'Asie compte  plusieurs clients (avant tout, hormis la Chine, ce sont la Corée du Sud et le Japon) avec lesquels les relations énergétiques sont capables d’influer sur la configuration géopolitique. A noter également que Moscou tente de proposer un nouveau paradigme du règlement du problème nord-coréen en construisant un gazoduc transcoréen.

Et ce d'autant plus que la Commission Européenne regarde désormais de plus près l'activité de Gazprom sur le sol Européen [3]. Vexée peut-on penser de l'infinitésimale avancée de son propre projet phare, Nabucco, au regard du concurrent Russe South Stream. Par ailleurs cette annonce fut rendue publique au moment où la Russie accueillait justement le sommet de l'APEC. Cruel raccourci et piqûre de rappel que la Russie demeure fondamentalement et paradoxalement dépendante de la demande Européenne jusqu'à présent.

Comme pour répondre en filigrane à cette réalité géoénergétique, la déclaration finale en son annexe B n'a pas manqué de préciser le renforcement des liens énergétiques et leur sécurisation entre les membres de l'APEC : 
Continue working on improving sustainability, efficiency, predictability, and transparency of traditional energy markets;
Review the current state and prospects of energy markets of the APEC region, with a view to increasing the share of natural gas in the energy mix as one of the most widespread and cleanest burning fossil fuels in the region in order to facilitate the transition to a lower carbon economy without prejudice of other energy sources;
Promote steady investment in energy infrastructure, including natural gas liquefaction facilities, as appropriate for increasing energy security and economic growth in the APEC region;

Tout était dit... Et l'Europe de s'interroger à son tour sur sa propre fragilité énergétique. Une menace à peine du domaine de la fiction puisque déjà le Japon envisage suite à la récente catastrophe de Fukushima le projet d'un gazoduc entre les deux pays, et ce en dépit des frictions au sujet des îles Kouriles. De même que l'oléoduc russo-chinois a déjà permis pour 2011 d'acheminer près de 15 millions de tonnes de pétrole (via le pipeline Sibérie orientale-Pacifique, VSTO, dont le deuxième tronçon a débuté et devrait s'achever pour fin 2012). Auxquels s'ajoutent les 10,5 millions de tonnes de charbon en sus. Et pour enfoncer le clou, un contrat de livraison d'énergie électrique a été signé toujours entre les deux puissances pour une durée de 25 ans.

Petit élément à relever, le fait que dans la déclaration la Russie mentionne bien que désormais tous les membres de l'APEC sont membres à part entière de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) [4]. Ce qui s'adressait d'abord à elle, en raison de son très long cheminement depuis sa demande en juin 1993 jusqu'à son entrée officielle en août 2012.

Et pour ceux qui s'intéressent à la cyberstratégie Russe, ce passage emblématique illustrant une volonté réitérée de la Russie de promouvoir sa vision de stratégie informationnelle par les grandes instances internationales : 
We recognize the importance of information and communication technologies (ICT) as a crucial driver for further integration in the APEC region. We believe it is possible and necessary to be more active in promoting confidence and trust in electronic environments globally by encouraging secure cross border flows of information, including electronic documents. We reaffirm the necessity of multi-stakeholder cooperation to continue efforts to expand and strengthen the Asia-Pacific Information Infrastructure and to build confidence and security in the use of ICT. We encourage the cooperation of member economies to improve disaster preparedness, response and recovery through the development of ICTs and promotion of appropriate systems and technologies and welcome the discussion on supporting people affected by disasters and emergencies through enhanced and timely access to information about risks.

[1] Selon les dernières prévisions en date du Fonds Monétaire International, l'Europe (la zone Euro, +1,5%, le Royaume-Uni +0,7% et l'Union Européenne +1,6%) affiche la croissance la plus ralentie de toutes les zones pour 2011 avec 1,5%. L'Asie, +7,8% et l'Amérique Latine/Caraïbes, +4,5% prouvant leur dynamisme actuel. La Russie atteignant +4,3% de croissance à elle seule. Signalons les grandes difficultés du Japon qui a accusé en 2011 une croissance négative de -0,7% en raison de perturbations diverses, dont principalement Fukushima.
[2] Et qui vient de révéler par l'Institut de Géologie et de Minéraux Sobolev à Novossibirsk un vieux secret de plusieurs décennies, à savoir l'existence du gisement de diamants le plus important au monde. Du reste, cette manne diamantaire n'aurait pas que des aspects propres à la joaillerie mais aussi sur le plan industriel.
[3] Une enquête a été initiée début septembre 2012 par la Commission Européenne envers le géant gazier pour abus de position dominante.
[4] We recognize that robust international trade, investment, and economic integration are key drivers of strong, sustainable, and balanced growth. With all APEC economies now being members of the World Trade Organization (WTO), we strongly reaffirm our commitment to trade and investment liberalization and facilitation in the Asia-Pacific region.

Le discours de présentation du Président Russe Vladimir Poutine :


jeudi 20 septembre 2012

La chair et le sang : bienvenue à l'aube de la Renaissance



Chers visiteurs, en attendant de terminer une analyse sur le sommet de l'APEC qui vient de se clôturer, je désire vous faire profiter d'un film relativement méconnu mais qui a le bon goût de se trouver désormais sur les étals de DVD, en édition collector : La chair et le sang (Flesh and Blood).

Chef d'oeuvre, rien que cela. Mais chef d'oeuvre tombé quelque peu dans l'oubli de la filmographie du réalisateur Néerlandais Paul Verhoeven (oui celui qui a offert Robocop, Starship Troopers et Total Recall entre autres gaudrioles cinématographiques).

Ce long métrage est cité comme ayant permis à Verhoeven de sortir de l'anonymat. Il faut en convenir : il réalise ici une création cinématographique très efficace, et percutante! Présentée comme son accessit pour Hollywood, avec néanmoins une sensibilité toute Européenne dans la façon non seulement de représenter les scènes mais aussi d'intégrer des évocations symboliques ici et là (les suppléments sont instructifs à ce titre, grâce aux analyses de Jean-François Rauger (directeur de la programmation de la cinémathèque française) et de Nathan Réra (auteur d'un livre d'entretiens avec Verhoeven) décortiquant les dessous du film). C'est au fond un métrage d'au revoir au vieux-continent, préparant le terrain pour le nouveau mais sans rien renier de ce qu'il lui dût.

L'action commence en 1501. Cette date ne coïncide guère avec le fait que le film soit présenté comme l'un des meilleurs ayant trait au Moyen-Âge. Ensuite, il est vrai que 1492 est une date commode rétrospectivement, contextuellement il apparaît peu probable que les contemporains y virent une césure radicale. D'ailleurs au petit jeu des dates candidates, pourquoi pas 1499 en tant que début des guerres Italiennes menées par les rois de France? Ou encore 1472 pour la découverte supposée de l'Amérique par João Vaz Corte-Real passant au large de la Terra Nova do Bacalhau. Ou même 1453 consacrant à la fois la prise de Constantinople avec l'achèvement des derniers restes de l'Empire Romain d'Orient par la puissance Ottomane montante et dans le même temps la victoire Française à Châtillon clôturant sur le terrain la guerre de cent ans. Quoiqu'il en soit, la date de 1501 permet de se situer historiquement même si l'on a peut d'éléments concrets durant le film pour confirmer celle-ci (en dehors de la mention de Léonard de Vinci). Il permet ici et là au travers du film d'exprimer que les rudes manières du Moyen-Âge commencent à faire place à un certain art de vivre et non de survie (l'épisode des couverts est symptomatique à cet égard).
Géographiquement, il est indiqué dès le début que l'action se déroule en Europe de l'Ouest. Au fil de l'intrigue, l'on peut subodorer qu'il s'agisse de l'Italie du Nord. Là encore, sans certitude aucune.

Concrètement l'intrigue n'est pas banale, et même la romance au cours du film ne saurait être catégorisée de mièvrerie finie. Martin, un mercenaire parmi d'autres, participe à une de ces campagnes sanglantes et sans restrictions au cours de laquelle une fois la victoire acquise et le butin amassé, il est trahi par son propre capitaine. Lui et ses camarades de combat. S'ensuit une errance qui rebondira en vengeance. Il est difficile d'aller plus loin dans le scénario sans trop en révéler. Cependant, l'on peut arguer que ce film sent clairement la sueur et le sang dans son déroulé. La cruauté et la crudité des scènes ne sont pas sans risquer de choquer bien des paires de yeux et d'oreilles. La religion n'est pas absente, dépeinte sous des aspects très ambigus, entre galvanisation et arriération. La figure du jeune noble pétri de science est à ce titre très incisive dès lors que le fait religieux se présente à lui. Et l'odeur de la mort rôde souvent dans le film, avec des relents de peste bubonique ici et là.
Le plus fascinant est que l'on suit une bande de mercenaires. Pas de chevaliers à l'armure rutilante tous confits en prières et saines pensées. Là c'est de la boue, du sang, du sexe et de l'or qui jonchent le cheminement de cette troupe. Et ces personnages, emmenés par un Rutger Hauer au sommet de sa forme (comme il le fut dans Blade Runner ou trop rapidement dans Sin City), ne provoquent pas de rejet ou de sympathie. On les suit, sans jugement, sans attachement. Martin, à la violence explosive, apparaît même profondément humain en certaines occasions où on le perçoit fruit de son époque guère encline à la commisération mais désireux d'un changement. Tom Burlinson en jeune noble acquis au renouveau des sciences et Jack Thompson en capitaine mercenaire épuisé par une lutte sans fin à l'ombre de la faux de la mort donnent un crédit supplémentaire au long métrage par leur présence et leur engagement. On les sent concernés, et ça fait réellement plaisir!
Les scènes d'action sont fort convaincantes. Dès le début on est plongé dans la fureur des combats : ça court, ça hurle, ça tombe de partout. On ne perd guère de temps à comprendre que le siège dévoilé sera sanglant. Et il le sera...
Enfin, grâce aux suppléments l'on apprend que le scénariste, très proche du réalisateur, est un historien de formation. Un élément qui il est vrai prend tout son sens au sortir du film. Au sein des bonus du DVD, l'entretien de Verhoeven permet même de connaître l'une des sources d'inspiration : Johan Huizinga, L'automne du Moyen-Âge, éditions Payot, 2002.

Les reproches, qui ne sont pas nombreux mais qu'il convient d'énumérer.
Le premier concerne l'image. Sur un support DVD on est tout de même en droit d'espérer mieux qu'une image VHS. Or là la netteté est clairement moyenne, il n'y eut aucun travail d'effectué. Ou s'il y en a eu un, alors il est dommageable qu'il eusse été si infinitésimal. C'est le point noir sur la forme qui, s'il n'empêche pas de prendre du plaisir au visionnage, procure quelques regrets en imaginant ce qu'il aurait pu advenir avec un tant soit peu de travail. De même pour le son, aucun effort réel ne semble avoir été effectué. La bande-son de Basil Poledouris (Conan le Barbare, Aube Rouge, Robocop, À la poursuite de l'Octobre Rouge et bien d'autres...) fait merveille mais clairement ça ne rend pas aussi bien qu'un rematriçage en règle.
Les artificiers auraient pu encore améliorer certains effets pyrotechniques qui ont quelque peu de peine à convaincre en certaines occasions. Dans le mouvement de l'histoire ça ne perturbe guère il est vrai, mais il est malgré tout regrettable que cette partie des scènes d'action n'eusse pas été mieux menée pour encore plus de réalisme.
Je me demande si au tout début l'épée à deux mains de Martin ne mériterait pas plus d'être tenue justement à deux mains! Je ne suis pas spécialiste, juste je m'interroge sur cette facilité à tenir d'une seule main une arme qui en nécessiterait logiquement le double.
Et c'est bien tout. Nul besoin d'être zélé dans les critiques à peine de ne plus être crédible tant le film est de très bonne qualité.

Pour ma part, je le place volontiers aux côtés de Black Death, Le 13ème Guerrier, Ironclad, Alexandre : La bataille de la Neva, Le destin ou encore The War Lord pour le traitement d'une période avec un minimum de réalisme (même si le film 100% réaliste n'existera sans doute jamais, car ce n'est pas son rôle premier et la part de l'imaginaire est souvent la marque de fabrique de cette industrie).
Au passage, si j'osais une certaine analogie, je dirais qu'il se rapproche par certaines facettes de l'Excalibur de John Boorman.



vendredi 14 septembre 2012

Conférences-débats cyber septembre-octobre-novembre 2012

Trois évènements que je souhaite relayer sur ce blogue. Et ayant trait, de près ou de loin, à la cyberstratégie. 


Le plus proche est celui dont le thématique abordée est : Le cyberespace nouvel enjeu stratégique

Conférence-débat organisée le mardi 18 septembre, 18h30-20h00 à l’occasion de la parution du numéro 87 de La Revue internationale et stratégique, dont le dossier central est dirigé par François-Bernard Huyghe.
Avec la participation de : 

  • François-Bernard HUYGHE, chercheur à l’IRIS et directeur de l’Observatoire géostratégique de l’information
  • Olivier KEMPF, maître de conférences à Sciences Po, enseignant à HEC et à l’École de guerre
  • Barbara LOUIS-SIDNEY, juriste spécialisée en droit des nouvelles technologies et consultante - Compagnie économique d’intelligence stratégique (CEIS) - Réservée aux adhérents de l'IRIS
La question de la stratégie dans le cyberespace est souvent évoquée par les responsables politiques, économiques ou médiatiques dans un registre très alarmiste. Les descriptions de ce que pourraient réaliser demain des hackers ingénieux et politiquement motivés ne ménagent pas les images fortes (Pearl Harbour informatique, CyberArmageddon, etc.) et, de ce point de vue, les rapports des think tanks nord-américains n’ont rien à envier aux fictions littéraires ou cinématographiques élaborées autour de la grande attaque numérique mettant à genoux l’hyperpuissance.

Il nous semble préférable de nous interroger sur tout ce qui fait la différence entre une cyberstratégie comme usage de la puissance du numérique au service d’un dessein géopolitique et la simple cybersécurité comme énumération des dangers et des parades possibles dans le cyberespace.

Il importe ainsi de comprendre comment les puissances pensent et agissent dans cette nouvelle dimension d’un cyberespace sans frontières et où s’exercent des pouvoirs politiques et économiques derrière la compétition technique.

Le propos de ce dossier n’est ni de faire écho aux propos anxiogènes ni, à l’inverse, de nier les dangers potentiels : dépendant d’une technique exceptionnellement évolutive, l’enchaînement des faits dans le cyberespace peut modifier radicalement des situations politiques et/ou économiques en quelques heures.

Organisée par l'IRIS qui à travers son observatoire géopolitique de l'information est attentive aux bouleversements dans le cyberespace, et avec lequel je pus collaborer lors de l'édition consacrée aux technologies de libération et au contrôle technologique (format PDF).

Inscription obligatoire.

IRIS
2 bis rue Mercoeur
75011 Paris


Ensuite, j'aimerais vous faire part de la tenue les 7 et 8 novembre 2012 d'un colloque pour un musée informatique en France, et se tenant au CNAM.

Le numérique est omniprésent dans notre vie quotidienne. Plus aucun domaine d’activité n’échappe aux relations avec le numérique. En France, c’est sans doute l’une des sciences, l’une des technologies, l’une des industries qui ont le plus besoin d’être connues.

 Qui plus est, le patrimoine matériel et immatériel issu de ces quelques 60 ans d’évolution de l’Informatique est en danger. En effet les objets témoins de l’invention, des recherches, des tâtonnements et de l’innovation dans ce domaine sont souvent des objets de grande consommation,… et donc jetés ! Dans une culture de l'éphémère ou du court terme, le patrimoine immatériel n’est pas toujours considéré à sa juste valeur et sa conservation s’avère problématique.

 Des établissements consacrés totalement ou partiellement à ce domaine existent déjà de par le monde. Des collections françaises, publiques ou privées, ont pris l’initiative de préserver l’histoire de l’Informatique. Elles présentent le plus souvent l’aspect historique ou technologique, rarement les aspects scientifiques et sociétaux du numérique.

Dans ce contexte, n’est-il pas temps de créer un Musée de l’Informatique et de la Société Numérique en France ? Dans cette perspective, de nombreuses questions restent ouvertes, ce colloque tentera d’y apporter des réponses.

Inscription obligatoire.

Musée des arts et métiers,
292 rue Saint-Martin
75003 PARIS


Je suis en revanche passablement surpris du thème de ce colloque puisque je pensais qu'il existait déjà un musée de l'informatique à Paris, et plus exactement au sein de l'Arche de la Défense. Le site de Wikipédia nous informe que celui-ci aurait été fermé en 2010. Ce qui serait effectivement dommageable tant l'informatique est une nouvelle révolution industrielle méritant un tant soit peu d'égard.
Site officiel : http://www.museeinformatique.fr/
Philippe Nieuwbourg, l'initiateur du projet, m'a bien obligeamment orienté vers une partie de la réponse qui se trouverait ici : http://grandearche.posterous.com/ 
Cela fera bientôt deux ans que la Grande Arche a été fermée au public par le Ministère du Développement Durable. A l'époque Jean-Louis Borloo, puis hier Nathalie Kosciusko-Morizet qui l'a remplacé, aucun politique n'a levé le moindre petit doigt pour épargner les 50 salariés qui ont été mis au chômage, ni les millions d'euros gaspillés par l'Etat dans cette affaire.
Après avoir demandé l'expulsion du musée de l'informatique et de l'ensemble des activités du Toit de la Grande Arche, l'Etat a été débouté en référé. Il a fait appel, pour être de nouveau débouté fin 2011 par la Cour d'Appel de Versailles.
Mais comme vous le savez, l'Etat a des moyens infinis... puisque ce sont ceux du contribuable. Et l'Etat est mauvais perdant. Après avoir été débouté deux fois, il s'entête donc et a formé un pourvoi en cassation contre le jugement en appel qui le condamnait de nouveau. Nous sommes donc partis pour une année de procédure de plus. Le pourvoi en cassation pourrait être examiné dans le courant de l'année 2012, et l'affaire viendrait alors devant un tribunal sur le fond en janvier 2013... vous noterez le conditionnel sur toutes ces dates
.

Et M. Nieuwbourg de me signaler que nos amis québécois disposent pour l'heure à Montréal de leur propre musée : http://www.imusee.net/ 


Pour terminer, évoquons la tenue du 11 au 13 octobre de l'Open World Forum, dédié intégralement au logiciel libre. Dans le sillage des rencontres du logiciel libre comme cela s'était déroulé voici un an à Strasbourg.

Ne pas manquer l'entrevue de Patrice Bertrand, Président de l'Open World Forum par le quotidien La Tribune au sein de l'édition du 17 septembre 2012.
Extraits :  A certains égards, l'open source est un mouvement humaniste. Il considère que le logiciel est, à la manière de la connaissance scientifique, une forme de patrimoine de l'humanité, un bien commun que nous enrichissons collectivement, pour le bien être de tous...
L'open source, disons ici plutôt le logiciel libre, porte aussi un message particulièrement d'actualité: le logiciel nous contrôle, il est vital pour nous de contrôler le logiciel. Des pans de plus en plus grands de notre vie sont sous la maîtrise de logiciels...
L'open source a apporté une rupture dans l'économie du logiciel en abaissant les coûts d'une manière incroyable. Tout ce qui constitue le socle d'une plateforme informatique, d'une plateforme web, est devenu tout simplement gratuit : système d'exploitation, bases de données, logiciels serveurs, outils de développement, outils d'administration. Bien sûr, le coût total de possession n'est jamais nul : il faut du matériel, du support et de l'expertise humaine pour déployer et faire marcher tout cela
...
Dans beaucoup de domaines, l'open source est en pointe, faisant naître les outils de demain. Citons par exemple l'émergence du "Big Data", la manipulation des données à une échelle nouvelle, où les outils de bases de données anciens atteignent leurs limites, et où des technologies nouvelles sont nécessaires. Ces nouvelles bases, dites "NoSql", sont pratiquement toutes des logiciels open source.

Cela n'est évoqué que très furtivement, toutefois les implications du logiciel libre sont primordiales car elles questionnent sur l'abus du droit attaché à la propriété intellectuelle (car un droit peut être détourné à des fins nuisibles) tout comme sur la viabilité économique d'un tel modèle (en réalité ce n'est pas le logiciel libre qui permet une rémunération mais les services connexes, encore qu'il soit possible de développer un logiciel par un financement tiers). Et enfin, sur les bases de données dont la gestion et la sécurisation sont au coeur de notre société numérique.

Le site officiel : http://www.openworldforum.org/ 



Enfin, je souhaite indiquer l'existence de Retroludo (ex-Retromicro), une mini-encyclopédie en ligne de l'informatique relativement sobre et ergonomique. Dont une part conséquente consacrée aux machines et personnages emblématiques des années 1980-1990-2000. Un très sympathique et didactique retour vers un passé pas si lointain... et qui offre la possibilité de mieux appréhender la vitesse d'évolution de ce qui est désormais sans conteste une vraie révolution technologique.

vendredi 7 septembre 2012

Capitaine Conan : guerrier parmi les soldats


C'est avec un grand plaisir que je me suis procuré Capitaine Conan du réalisateur Bertrand Tavernier. Lequel j'apprécie particulièrement pour cet autre formidable métrage qu'est Dans la brûme électrique (Into the Electric Mist) avec un non moins remarquable jeu d'acteur de Tommy Lee Jones.
Pour Capitaine Conan, le héros éponyme, c'est Philippe Torreton qui s'y colle. Un choix particulièrement judicieux tant ce qu'effectue l'acteur n'est plus du domaine du jeu mais de l'incarnation de ce personnage de composition haut en couleur qu'est Conan. Cependant la qualité des interprétations de Claude Rich en général Pitard de Lauzier comme de Samuel Le Bihan en lieutenant Norbert ne sont pas à lénifier, loin de là. Il y a un petit quelque chose du magnifique dialoguiste Michel Audiard lors de certaines confrontations mêlant le capitaine Conan à ses supérieurs et surtout Norbert. Un langage aussi cru que ses actes, mais qui lui donne toute une épaisseur de caractère trop souvent absente en d'autres oeuvres.

Plusieurs thèmes majeurs et mineurs sont à mettre en relief dans ce métrage :

  • La reprise de la guerre de mouvement en 1918, sur tous les fronts, y compris celui des Balkans.
  • Les conditions de vie des soldats envoyés sur ce théâtre d'opérations, guère plus enviables que celui des camarades sur le front occidental.
  • Le malaise des soldats, lassés de la guerre et ne souhaitant plus qu'être démobilisés pour revenir chez eux une fois l'armistice signé. Le film ne fait par ailleurs pas l'impasse sur un début de mutinerie.
  • L'emploi de troupes d'assaut, à l'instar des Stosstruppen Allemandes, les premières du genre. Ceux que l'allié Michel Goya appellera les corsaires des tranchées.
  • L'armée comme intégrateur de populations diverses, où l'on voit par exemple à un moment Conan parler à Rouzik en dialecte breton avant de passer au français.
  • La difficile réinsertion, voire son impossibilité pour des hommes qui ont découvert la guerre en s'y complaisant d'où la plus fameuse tirade du film où il explique que les soldats ont fait la guerre pendant que eux les guerriers l'ont gagné. Et plus encore, lorsque Norbert lui dit de s'adapter en temps de paix, la réponse du capitaine est cinglante : « Demande donc à un klebs de s'adapter à de la salade, tu vas voir... ».

La puissance du film est d'une part de présenter un cadre « exotique » du conflit que l'on connait surtout en sa partie franco-belge, et d'autre part de permettre au spectateur de suivre cette armée d'Orient lors de sa progression vers les forces de l'Alliance et leurs alliés, puis pour contenir l'avancée des forces Bolcheviques.

L'on aurait pu se gausser de l'antinomie entre les deux protagonistes principaux. L'idéaliste lettré Norbert et le guerrier exalté Conan. Il n'en est rien car le propos est amené très intelligemment, et avec moins de blanc et de noir que dans une superproduction hollywoodienne. Conan se découvre lors de cette guerre, pour y faire corps avec elle, avec sa bande de repris de justice (il me semble qu'il mentionne justement que sa troupe est composée de préventionnaires). C'est toute la force de Torreton de montrer jusqu'à quel point le capitaine est un jusqu'au-boutiste pour qui le retour à la paix signifie une morte lente sans médaille et sans gloire.

Le fascicule livré, loin de tomber de l'explétif est au contraire fort didactique : ainsi apprend-on que sur les 70 000 Français ayant trépassé sur le front d'Orient, la moitié l'aurait été en raison des maladies les plus diverses! De même que l'on saisit bien mieux pourquoi et comment le flanc sud des Empires Centraux flanche à ce moment là, en raison tant du redéploiement des forces Allemandes et Ottomanes que du fait de l'initiative de généraux énergiques et prévoyants que furent Guillaumat puis Franchet d'Espèrey. Et l'entretien accordé par Bertrand Tavernier permet de mieux saisir les dessous du film.

Point non négligeable, le film fait mention d'un affrontement entre forces Bolcheviques et Françaises dans le delta du Danube, à la frontière entre la Roumanie et l'Ukraine. Si personnellement je connaissais l'existence d'un corps expéditionnaire à Arkhangelsk, de la pitoyable mission du général Mangin en Extrême Orient et de conseillers militaires envoyés en Pologne à partir de 1919 (dont le futur général de Gaulle), en revanche j'étais ignorant qu'outre la flotte de la Mer Noire, il y eut un détachement envoyé sur place. Il semblerait qu'effectivement Odessa comme Sébastopol furent occupées par les Français.
Nécessité pour moi est de me replonger dans l'ouvrage de Jean-David Avenel, Interventions alliées pendant la guerre civile russe.
Quoiqu'il en soit, effectivement le futur maréchal Franchet d'Espèrey est bel et bien présent à Odessa pour en organiser la défense puis l'évacuation sans ne jamais avoir démérité durant sa tâche mais sans ne jamais non plus avoir eu les moyens de sa mission.

Tavernier a su sublimer avec maestria l'ouvrage du prix Goncourt de 1934 écrit par Roger Vercel (lui aussi ayant combattu sur le front d'Orient et démobilisé un an après l'armistice). Sachant parfaitement agencer les phases d'action dans le récit, sans troubler le tempo et l'attention du spectateur.

Pour 5€, il n'y a guère d'hésitation à avoir...


                        
En complément un bien instructif exposé de Jean Lopez, connu pour ses divers ouvrages sur le front de l'Est du côté Soviétique, sur le DVD comme le fascicule.


Sur ce front des Balkans, un site bien fourni de la médiathèque de l'Architecture et du Patrimoine : http://www.mediatheque-patrimoine.culture.gouv.fr/fr/archives_photo/visites_guidees/balkans.html

Et vous pouvez revenir sur les articles de Mars Attaque ou d'Historicoblog en ce qui concerne le film ou le dernier Guerres & Histoire.

Et puisque nous évoquons Guerres & Histoire, bimensuel de la collection Science & Vie, je tiens à remercier l'équipe, et plus particulièrement Laurent Henninger pour avoir tenté dans le dernier numéro de répondre à ma question qui je l'admets était coriace (à savoir l'existence d'une opération militaire conjointe entre la Ligue Hanséatique et les chevaliers Teutoniques en dehors de celle de 1398).
Comme je félicite aussi dans ce numéro l'article magistral sur l'arsenal de Venise (analyse de Roger Crowley et traduction de Pierre Grumberg).