jeudi 28 juin 2012

Napoléon et le mirage Russe


1812 - 2012 : le bicentenaire de la campagne de Russie est à l'affiche sur plusieurs magazines.

Retour sur une décision que l'on considérera comme malheureuse par son résultat. Mais qui scella surtout une incompréhension regrettable entre les deux Empereurs : Alexandre Ier et Napoléon Ier. Et dont la levée du blocus continental unilatéralement par les autorités Russes précipitera l'entrée en guerre des Français (d'autres évènements y contribuèrent à des degrés divers comme la non-venue du Tsar au mariage entre Napoléon et Marie-Louise d'Autriche, la création du Duché de Varsovie ou encore la perte du Portugal un an auparavant laissant une tête de pont Britannique dans la péninsule Ibérique). Débutera de la sorte ce que l'on a nommé la sixième coalition, avec la notoire opposition du Maréchal Bernadotte, ancien général Français passé à l'ennemi une fois sur le trône de Suède. Malgré la tactique de la terre brûlée et d'escarmouches du futur Feld-Maréchal Koutouzov, un affrontement ne put être évité et se déroula en septembre de cette année près de Borodino : la victoire fut obtenue à l'arraché par les Français qui laissèrent cependant nombre de braves joncher le sol Russe : des pertes qui ne furent jamais compensée en dépit d'un nombre encore plus conséquents de disparus du côté Russe (dont le général Bagration, un des officiers les plus doués de sa génération). Les portes de Moscou étaient ouvertes mais à un prix bien trop élevé.

Les quelques gestes de panache et de sacrifice (songeons aux pontonniers de la Bérézina oeuvrant dans les eaux glacées d'un courant d'eau charriant des blocs de glace) durant cette campagne ne peuvent effacer le fiasco d'une opération militaire qui a sous-estimé le climat Russe (même si exceptionnellement froid cet hiver là), la capacité de résistance et d'adaptation stratégique des Russes ainsi que les problèmes de sécurisation des lignes d'approvisionnement (alors qu'un de ses aides de camp, Armand de Caulaincourt, avait mis en garde l'Empereur d'une entrée en profondeur dans le territoire ennemi, lui préconisant de s'en tenir à la périphérie de l'Empire Russe). Un Napoléon qui restera fasciné par ce peuple dont il admirera la bravoure jusqu'à la folie, les traitant même de Scythes!

C'est aussi durant cette période que s'éveillera celui qui deviendra LE poète Russe par excellence : Alexandre Pouchkine (Александр Сергеевич Пушкин) faisant encore ses gammes au lycée impérial de Tsarskoïé Selo. Le romantisme Russe comme ses épigones irriguant l'Europe à cette époque devra énormément à l'épopée Napoléonienne (rappelons, entre autres exemples, que Lord Byron fut par exemple un admirateur zélé du souvenir du souverain Français). Et nous retrouvons aussi Stendhal durant ce voyage en Russie, s'extasiant devant les portraits de femmes slaves dans une galerie au moment où la ville s'embrasait, un détachement que le même personnage réitèrera lors de la Bérézina où il s'emploiera à rester glabre en dépit du froid mordant et du chambardement militaire alentour. 

N'oublions pas d'évoquer l'un des principaux historiens Russes spécialiste de la période allant même jusqu'à participer lui même à des reconstitutions sur le terrain : Oleg Sokolov (Олег Валерьевич Соколов).

Deux ouvrages à signaler pour rappeler l'évènement. Le premier étant celui du numéro 43 de Gloire & Empire se focalisant uniquement sur cette partie de l'Histoire Napoléonienne avec cartes, photographies et études à l'appui : 



Le second étant celui de la Nouvelle Revue d'Histoire en son numéro 60 qui prend cependant partie d'élargir le spectre de cet évènement historique pour établir un parallèle avec cette autre invasion de la Russie, celle des forces de Hitler (bien que je sois quelque peu dubitatif quant à la date choisie puisque l'opération Barbarossa est lancée en juin 1941 et non durant l'année 1942). Enfin, une tentative de compréhension du phénomène Poutine est amorcée au sommaire suite à son troisième mandat.



Il est par ailleurs significatif que la bataille de Borodino soit considérée comme une victoire pour les deux pays. J'en avais été notamment surpris lors d'un séjour en Russie, et lors de la visite du musée-panorama Borodino à Moscou où se dévoile à l'intérieur une fresque immense circulaire. À ne surtout pas manquer pour les amateurs!
Et pour ceux qui veulent se rendre directement sur les lieux, évidemment ne pas manquer de rentrer au sein du musée Borodino dans la région de Moscou.


J'en profite puisque nous parlons des campagnes Napoléoniennes pour vous inciter à lire dans les cahiers du CESAT numéro 25 l'analyse du commandant Alain Messager sur la campagne de France (en 1814 celle-là). Trop souvent ignorée, voire même boudée, l'Empereur retrouva pourtant le temps de quelques mois tout le génie tactico-opérationnel qui lui permit de briller précédemment en d'autres théâtres d'opérations. Et l'auteur d'en tirer des enseignements contemporains : 
Mais il ne s’agit point de refaire l’histoire car, malgré toutes ces circonstances, un fait se dégage: le génie tactique, la valeur et le courage des Français ne suffisent pas à compenser le poids du nombre.
À l’heure où la plupart des armées occidentales font le choix des réductions d’effectifs, c’est un fait qui ne saurait être négligé, comme le rappelle justement le «Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale»: «Le critère du nombre – effectifs et équipements – demeure pertinent et ne peut être entièrement compensé par la qualité».
Une série de victoires tactiques qui se brisera malgré tout sur la réalité stratégique mise en place par les alliés.

Et pour illustrer en musique le présent texte, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cette musique qui illustre à elle seule toute la confiance et le dévouement de la Garde à son Empereur. Laquelle fut semble-t-il jouée lors de l'entrée à Moscou.

La victoire est à nous!

mardi 26 juin 2012

Présentation du marché des énergies renouvelables Ukrainiennes à la CCI de Nancy le 28 juin 2012


Il est beaucoup question de l'Ukraine, en sus de la Pologne, à l'heure où cette dernière accueille l'une des plus grandes manifestations sportives du continent : le championnat Européens des nations de football. Pour l'heure, aucune fausse note n'est venue émailler le bon déroulement des rencontres, et les villes comme les centres logistiques ont bénéficié de cette opportunité pour rénover/agrandir/ériger les infrastructures. Et ce malgré la polémique lancée par le joueur Anglais Sol Campbell dénigrant l'attitude des habitants Ukrainiens et le boycott politique des autorités Anglaises ne délégant aucune personnalité lors des matchs impliquant la sélection nationale afin de protester contre le procès intenté à l'ancienne Premier Ministre Ioulia Timochenko. Il sera toujours temps de tirer le bilan de cette grand messe footballistique après la cérémonie de clôture mais d'ores et déjà l'on peut se féliciter du bon déroulement de celle-ci jusqu'à ce jour.

L'Ukraine à l'honneur par conséquent, de même que dans le domaine économique, puisque le 28 juin prochain à la CCI de Nancy en partenariat avec le CEFU se déroulera une conférence sur les opportunités d'investissements dans le secteur des énergies renouvelables. Rappelons que pour l'heure, le premier pays Européen occidental n'arrive qu'en troisième position dans la liste des clients de l'Ukraine, l'Italie avec 4,7% des exportations, et que la France ne s'y trouve même pas dans le top 20. Il y a par conséquent bien des secteurs économiques locaux à explorer puis à faire fructifier. D'autant que la terrible année 2009 est désormais loin derrière, et que les prévisions statistiques de croissance sont positives puisqu'au-dessus des 4% pour les années 2012-2013.

Le marché des énergies renouvelables en Ukraine est en pleine expansion. En effet, depuis le 1er avril 2009, l’Ukraine s’est doté d’une loi sur le tarif vert qui est parmi l’une des meilleurs d’Europe et qui concerne toutes les énergies renouvelables. En 2011, la Commission Nationale de Régularisation du Marché de l’Electricité en Ukraine a augmenté de 0.34% le tarif vert pour les producteurs de l’électricité à partir des énergies renouvelables.

 A ce titre, le Cercle Économique France Ukraine (CEFU), la CCI International Lorraine et le cluster YES (cluster sur les EnR en Lorraine) vous convie à la présentation du marché EnR ukrainien. Participation est libre, sous réserve d'inscription préalable. Veillez trouver ci-joint le programme et le bulletin d'inscription.

La conférence sur le marché des Énergies Renouvelables en Ukraine aura lieu le jeudi 28 juin de 09h00 à 12h00

 À la CCI de Meurthe et Moselle

 53, rue Stanislas, 54000 Nancy


vendredi 22 juin 2012

Débat sur la cyberstratégie à l'École Militaire le 27 juin 2012


À la suite du dossier paru dans la Revue de Défense Nationale, en ses versions papier et numérique, et en partenariat avec l'allié EGEA dont je parlais encore récemment, un débat sur le thème de la cyberstratégie est organisé à l'École Militaire le mercredi 27 juin 2012 de 18H00 à 20H00.
Amphi Louis, École militaire, 1 place Joffre, 75007 Paris.

L'entrée est libre, toutefois deux conditions impératives à respecter si vous désirez y assister :
  • se munir d'une carte d'identité
  • réserver préalablement auprès de Mme Mounet au 01 44 42 31 92 ou par courriel mh@defnat.com
Présidé par l'Amiral Jean Dufourcq et animé par Olivier Kempf, plusieurs personnalités seront présentes et animeront des tables rondes ainsi le Général d’armée M. Watin-Augouard, le Colonel (cpn) B. Depardon, H. Guillou (EADS), J.-M. Lagarde (Thales) ainsi qu'É. Hazane. Trois thématiques seront abordées à cette occasion : État et cyber ; Industrie et cyber ; Réponses étrangères.

J'y interviendrai à la suite de mon analyse publiée dans le supplément de la Revue de Défense Nationale de juin 2012 et intitulé Cyberstratégie à la Russe ? Lequel peut encore être librement consulté au moment où vous lisez ces lignes.

Depuis la fameuse affaire du gazoduc Ourengoï–Pomary–Oujhorod en 1982 où une explosion sur ce pipeline causé semblerait-il par une bombe logique [1], la Russie n'a cessé de faire parler d'elle sur le terrain du monde cyber. À tort comme à raison. Forte d'une école de mathématiques appliquées de haut niveau, l'informatique Soviétique bien que méconnue n'en demeura pas moins d'une grande efficience et surprit les observateurs occidentaux. Et si elle pécha au crépuscule de l'URSS dans un domaine émergent, celui de l'informatique grand public, elle n'en produisit pas moins une cohorte d'ingénieurs et de chercheurs qualifiés de haute tenue. Passé le temps de la déréliction des années Eltsine et de la main-mise de la mafia, l'État Russe sous la férule de Poutine prit peu à peu conscience de l'intérêt du monde cyber. Et c'est à ce moment là que débute mon développement au sein duquel je pris soin d'évoquer et de mettre en perspective les deux textes fondateurs de la cyberstratégie Russe qui ne se définit aucunement comme telle par les intéressés, plutôt en tant que sécurité de l'information (информационная безопасность) ou encore plus récemment d'espace informationnel (информационное пространство), terme paraissant plus neutre que guerre informationnelle (информационная война). Textes qui évoquent ce faisant l'existence et l'action des forces armées de la sécurité de l'information (информационная безопасность вооруженных сил).
Ce sont tous ces éléments que je développerai devant vous le 27 juin prochain.

Dans l'attente de vous rencontrer et d'échanger.

L'invitation au format PDF : ICI

[1] Évènement relaté par Thomas Reed au sein de son ouvrage At the Abyss: An Insider's History of the Cold War. Lequel semble toutefois faire l'objet de critiques, notamment par son manque de validation par la partie Russe.

mardi 19 juin 2012

Ces forums de geeks où il fait bon de traîner à l'ombre l'été (autres saisons acceptées)

La charge de labeur étant ce qu'elle est, oeuvrant sur plusieurs écrits en même temps, sans compter une intervention à un débat dont je vous ferai part prochainement, le blogue est quelque peu en pause le temps d'achever ce qui a été initié.

Quoiqu'il en soit, et pour éviter de se focaliser uniquement sur ma propre personne, je vous enjoins à visiter trois forums dédiés à l'informatique et tout ce qui gravite autour. Les forums sont une source parfois ignorée ou méconnue où l'information est pléthore et le débat très vif entre spécialistes. Même sans être un bricolo du watercooling ou un bidouilleur de Samba vous y trouverez grand intérêt à y fouiner et y trouver ce que vous ne cherchiez même pas! Rassurez-vous il existe aussi une partie bistro ou discussions qui vous permet de vous épancher sur d'autres sujets moins sérieux ou déconnectés du monde informatique. Du reste, les amateurs de sécurité informatique y trouveront tout leur content pour la somme d'éléments disponibles sur les sites en question. Que ce soient des données brutes ou des échanges entre connaisseurs avancés.

Sans opérer une étude sociologique, l'on dénotera que le niveau d'expression est généralement de bonne facture, le langage SMS banni et l'interface ergonomique (parfois sobre mais au moins efficace). Ainsi vous ne sauriez rester uniquement passif mais pouvez devenir actif, soit pour évoquer un souci logiciel/matériel soit pour intervenir à escient sur une autre problématique n'ayant pas forcément trait à l'informatique. En revanche ne pas s'offusquer d'un langage et d'images pouvant être considérés comme un peu crus (quoique 4Chan est d'un autre calibre), en raison d'un micro-environnement avec ses codes et ses expressions comme ses références à des membres élevés au rang de héros (parfois malgré eux).

Les trois larrons :


Chacun ayant ses avantages/inconvénients et son type de population. Du reste, la partie forum de ces sites bien qu'étant conséquente n'est pas monopolistique puisqu'il peut exister une section achat/vente, tests, tutoriels et même emplois!

J'en profite ce faisant pour saluer et remercier La Mare du Gof qui relaye sur Zebulon certaines interventions des alliés de l'Alliance GéoStratégique (ainsi qu'en certaines occasions votre serviteur). Et dont le travail de recherche et de compilation force le respect.

vendredi 15 juin 2012

L'E-Stonie, l'autre pays du cyber


L'Estonie, ou Esthonie en son ancienne graphie, j'apprécie énormément certaines anciennes appellations telle Kirghizie ou encore Leopol pour désigner la ville de Lviv actuellement sous les feux de l'actualité footballistique avec l'Euro 2012, a été récemment à la pointe de l'actualité cyber pour une double raison.

La première suite à l'évènement de la CyCon (Conférence Internationale sur les Cyber Conflits) organisée par l'OTAN du 5 au 8 juin 2012. Un symposium d'autant plus logique que Tallinn accueille le Cooperative Cyber Defence Centre of Excellence depuis mai 2008 faisant suite un an après aux cyber-attaques ayant paralysé nombre de services publics comme privés. Cette aréopage de personnalités issus de divers secteurs de la sécurité de l'information à l'économie en passant par le droit. Plusieurs points ont été abordés, et non des moindres : 
  • l'assimilation à l'application des règles de conflit conventionnel lors de la survenance d'une cyber attaque ciblée
  • la migration de l'IPv4 à l'IPv6, ses difficultés, sa progression et ses vulnérabilités
  • l'imputabilité de toute cyber-attaque d'envergure
  • les effets des bombes logiques envers l'Iran
  • l'observation que la Russie reste relativement neutre dans ses textes en matière de guerre informationnelle, laissant la responsabilité aux États et organisations d'assurer la défense du cyberespace
  • l'augmentation et la sophistication grandissantes des malwares (logiciels malveillants)
  • des défenses de plus en plus complexes à mettre en place du fait de l'exposition des ordiphones, de l'émergence de l'infonuagique et l'efficacité des nouveaux outils numériques de cryptage
  • les moyens de cartographies les menaces du cyberespace via le Security Intelligence Operations (SIO) de l'équipementier CISCO, partenaire officiel
Membre de l'OTAN depuis 2004, l'Estonie s'est enorgueillie et félicitée par la voix de son représentant officiel Toomas Hendrik Ilves du succès de ces rencontres tout en mettant en garde la latence observable chez diverses institutions quant à la valeur stratégique que représente le cyberespace.

La seconde tient à un article passionnant paru sur Ars Technica et relatif à la croissance de l'économie numérique de ce pays très branché cyber.  Ce qui de qualité s'est transformé en faille critique lorsque le pays fut frappé comme en avril 2007 par des attaques répétées et coordonnées.

Ainsi apprend-on tout d'abord que le logiciel pionnier de VoIP (voix par IP) Skype a été le fruit d'une équipe de programmeurs Estoniens. Un logiciel au succès exponentiel qui sera racheté en mai 2011 par le géant de Redmond, Microsoft. Précisons en outre que ces petits génies Estoniens furent à l'origine du logiciel de partage de point à point (peer to peer) Kazaa qui fit longtemps enrager les sociétés détentrices de droits d'auteurs. De même qu'ils sont les initiateurs du projet Joost, utilisant le même type de réseau pour la diffusion de programmes télévisuels. La matière grise et les idées ne manquent par conséquent pas en Estonie. De même est-il précisé que sous l'Union Soviétique, le pays abrita l'Institut de Cybernétique, Küberneetika (basé à Tallinn) depuis le 1er septembre 1960 : ce qui est une base sérieuse en matière de formateurs et de chercheurs qui semble avoir perduré malgré l'effondrement de l'entité qui l'a vu naître.

Partant de ce constat, l'analyste Allan Martinson, un homme d'affaires local ayant prospéré durant les années post-soviétiques, évoque l'émergence de toutes ces sociétés nées de la révolution Internet. Et de relever que l'Estonie se place à la deuxième place en matière de création de jeunes pousses en joint-venture, juste derrière les États-Unis! Et d'asséner que plusieurs d'entre elles génèrent déjà près d'un million de dollars de chiffre d'affaires juste après quelques années d'activité, et même 10 millions pour certaines autres.

Le tableau n'est pourtant pas si idyllique et se heurte à une réalité de plus en plus conséquente : le déclin démographique. Car l'Estonie a subi une chute dramatique de sa natalité dans les années 90, passant en 1987 de 16,2 naissances pour 1000 habitants à... 8,8 en 1998! Le niveau du taux de natalité remonte depuis cette date (stagnant à 11,8), lentement, trop lentement et risque d'être prochainement un facteur handicapant brisant l'essor de toutes ces jeunes entreprises innovantes tant demandeuses de nouveaux talents.

MAJ: Courant du deuxième semestre 2012 sera délivré un ouvrage que l'on ne manquera pas d'en effectuer l'exégèse entre spécialistes du secteur : Le manuel Tallinn (Manual on International Law Applicable to Cyber Warfare). Ou plus exactement en français, manuel des lois internationales applicables en cas de conflits armés au sein du cyberespace. Et prenant comme référence deux autres manuels, celui de 1995 relatif aux lois applicables des conflits armés en mer et celui de 2010 quant aux lois internationales applicables sur la guerre aérienne. Un ouvrage que l'on ne manquera pas d'étudier avec tout l'intérêt qu'il se doit.

mercredi 13 juin 2012

Ce drapeau Russe qui flotta en Californie


Une colonie Russe en Californie : uchronie?
Non une réalité. Celle que relate par ailleurs l'allié EGEA à travers l'article consacré à Fort Ross dont je vous laisse découvrir l'histoire et la destinée. Et comme précisé au sein du billet précité, l'une des conséquences indirectes de cette présence Russe en territoire Américain sera l'établissement de la doctrine Monroe, du nom du cinquième Président des États-Unis préconisant l'absence d'ingérence Européenne aux Amériques.

Le parc actuel, conservé aussi fidèlement que possible, sur près de 3 000 acres (1 214 hectares) est l'un des vestiges les plus pittoresques de cette façade Pacifique Américaine qui aurait pu devenir Russe. Une potentialité devenue totalement nulle avec la vente en 1867 de l'Alaska et qui réclama toute la perspicacité et patience du secrétaire d'État Américain William Henry Seward pour devenir réalité (la valeur géostratégique comme économique de ces quelques 1 700 000 km2 lointains et gelés était considérée comme nulle à l'époque). Ce qui ne l'empêcha pas de s'attirer nombre de quolibets lors de son achat jugé par trop onéreux par ses compatriotes. Ainsi que l'opposition de la Chambre des représentants, House of Representatives, qui retarda pendant un plus d'un an la procédure d'achat du territoire.

Pour en revenir à Fort Ross (Форт-Росс en langue originale), son destin Russe s'acheva par sa vente en décembre 1841 à John Sutter, propriétaire Suisso-Mexicain. Un possesseur malheureux qui bénéficia de par son histoire incroyable (il ambitionna en tant que francophile convaincu de faire de son petit bout de Californie un territoire Français et fut ruiné paradoxalement par la ruée vers l'or de 1848 sur ses terres) de la plume de Stefan Zweig au sein de l'ouvrage Les très riches heures de l’humanité. Mais ceci est déjà une autre histoire Californienne...

Cette Amérique Russe demeure un souvenir enfoui dans la conscience populaire Russe, et faisant parfois l'objet de résurrection comme l'illustre le clip du célèbre groupe rock Liube (ЛЮБЭ "Не валяй дурака, Америка").



Crédit photo : The Fort Ross Interpretive Association

dimanche 10 juin 2012

Victoires tactiques et défaite stratégique d'Apple?



Depuis de nombreux mois, y compris du temps de feu Steve Jobs [1], la stratégie d'Apple prit une ampleur soutenue quant aux actions judiciaires visant ses concurrents directs.

Une stratégie payante à ses débuts puisque le Galaxy Tab, une tablette électronique produite par Samsung, fut même temporairement interdite de commercialisation en Allemagne et en Australie. Pourtant ces succès ont eu des effets plus symboliques que réels.
La stratégie de départ s'essouffle et menacerait même Apple dans son propre futur. Pour plusieurs raisons que j'énonce :
  • le trésor de guerre de Google, visé indirectement en tant que propriétaire et développeur du système Android [2], est suffisant pour amortir procès et même défaites inhérentes à ces procès : la guerre d'usure est par conséquent une mauvaise option qui ne peut qu'apporter des victoires tactiques mais aucunement décisives. Si Apple ne craint rien à court et moyen terme sur le plan financier, aucune situation n'est figée, comme le démontre la lente chute de Nokia. En outre, Google rachète nombre de brevets pour les mettre à disposition de ses clients, comme ce fut le cas avec HTC.
  • la firme supportant le petit robot vert se renforce sur le propre terrain d'Apple à grand renfort de rachats de brevets. Ce qui aboutirait à terme pire qu'à un match nul mais à un renversement du rôle des belligérants, la compagnie de Cupertino pouvant se trouver en position très fragilisée. Les constructeurs de téléphonie ne sont pas en reste et trouvent les parades. Samsung ayant par exemple évité toute aspérité judiciaire lors de la conception du modèle de son Galaxy S3 en repensant la coque et l'interface. En outre, l'arrivée de l'iPhone 5 est déjà attendu par ses concurrents... y compris dans les prétoires!
  • Apple peut voir s'effriter son image auprès du public et des consommateurs par ses actions jugées par trop agressives comme cupides.  Cet aspect est d'autant moins à négliger que toute marque se vend à travers la qualité intrinsèque de ses produits mais aussi de son image. Or si les actions d'Apple devaient s'amplifier davantage, la société pourrait passer comme réactionnaire, opposée à la concurrence et belliqueuse.
  • en se consacrant à une guerre de tranchées judiciaire, Apple risque l'embourbement et perdre son statut de société innovante. Les brevets défendant principalement une position acquise. Donnant l'impression d'un repli sur l'acquis et non d'un investissement sur le futur. Ce qui n'a pas empêché par ailleurs de voir Samsung monter sur la plus haute marche du podium des constructeurs (mobiles et ordiphones) malgré ses démêlés judiciaire. D'ailleurs le différend contre Nokia s'est traduit par en juin 2011 un match nul qui ne profita fondamentalement à aucune des parties (Apple ayant même été contraint de sortir son chéquier pour verser des royalties).
Dernier élément qui donne à réfléchir : il existe une coopétition (fusion des mots coopération et compétition illustrant l'ambiguïté d'une situation commerciale) entre les deux géants sur certains éléments. Une situation demeurant peu connue du grand public. Ainsi les processeurs que l'on trouve dans les iPhone et les iPad sortent des usines Samsung (modèles A4 et A5) de même que la mémoire flash utilisée par nombre d'appareils d'Apple! Enfin, le nom de Andy Rubin est une pomme de discorde pour Apple puisque celui-ci a oeuvré au sein de l'entreprise avant de devenir l'homme clef du système concurrent Android!

La lassitude des magistrats commence en outre à poindre, telle Lucy Koh juge fédéral Américain demandant purement simplement aux deux parties de procéder par voie amiable. Ce qui n'a toutefois pas été possible malgré le soutien actif de la magistrate quant à cette solution, obligeant le procès à se dérouler pour juillet 2012. De plus, une majorité de juridictions a refusé les demandes des plaignants, telle dernièrement celle d'Apple envers Motorola en Allemagne.

Au final et pour toutes ces raisons, Apple serait peut-être bien tentée de réviser à terme sa stratégie qui ne peut fonctionner ni sur le plan de la victoire décisive ni sur le plan de l'attrition. À défaut peut-être se recentrer sur le plan de l'innovation sur le plan matériel et marketing qui ont permit d'écrire les plus belles heures de la firme de Cupertino?

Pour un rappel des actions engagées entre Apple et Samsung/HTC, n'hésitez pas à vous reporter à mon article de septembre 2011 : La meilleure défense en propriété industrielle c'est l'attaque selon la stratégie Apple

[1] Selon sa biographie officielle, ce serait même le co-fondateur d'Apple qui courroucé du succès croissant du système Android décida de livrer une bataille sans répit sur le terrain des brevets.
[2] Apple pouvait espérer éventuellement embrayer sur une action plus directe et susceptible d'un succès retentissant envers Google en cas de défaite de ce dernier dans son procès contre Oracle. En définitive, fin mai le verdict couperet est tombé contre toute attente sur Oracle, dégageant l'horizon pour Google et son système d'exploitation Android.

mercredi 6 juin 2012

Cafés Stratégiques numéro dix-sept : L'industrie Européenne de Défense


Pour leur dix-septième édition, les Cafés Stratégiques d'AGS vous invitent cordialement à venir le 13 juin assister au débat sur L'industrie Européenne de défense avec Stéphane Fort, directeur de communication chez Dassault-Aviation.

Le rendez-vous aura lieu comme de coutume au Café le Concorde, 239 boulevard Saint-Germain à 19h.
/!\ Attention /!\ le jour a été exceptionnellement fixé le mercredi et non le jeudi comme d'ordinaire.

Dans l'attente de votre venue.

dimanche 3 juin 2012

Du côté de la Baltique cinématographique


Je vais relater ici même deux productions cinématographiques auxquelles j'ai prêté un véritable intérêt. D'une part parce qu'elle était issues de pays où les métrages se font rares (nous ne parlons ici que de quantité et non de qualité) et d'autre part parce que les scenarii sont relativement exotiques. Les deux ont néanmoins un point éminemment commun : des hommes dressés contre l'adversité, contre le doute et contre un système inique.

Le premier a trait au célèbre pirate Germain Klaus Störtebeker. Illustre personnage outre-Rhin qui avait bénéficié d'un écrit de ma main voici quelques années sous le titre évocateur d'Ami de Dieu, ennemi du Monde. Red Gallion : la légende du corsaire rouge part déjà mal avec un titre francisé un peu incongru alors que l'appellation d'origine était bien plus proche de la légende du personnage : 12 Meter ohne Kopf (12 mètres sans tête). Mystère quant à cette appellation peu inspirée. Le reste, une affiche qui « claque » comme l'on dit, et qui semble augurer d'un Pirates des Caraïbes tendance bretzels et Löwenbräu. Las, il n'en est rien. On s'attend à juste titre à un film ayant la « gnac » et des plongées dans l'univers de la Hanse et des Frères Vitaliens (Vitalien Brüder) qui furent les terreurs des mers froides au bas Moyen-Âge. Rien du tout ou plutôt tellement peu que ça n'en laisse qu'un amer regret.

Les rares scènes de combat sont très bien filmées, léchées même (l'affrontement avec Simon d'Utrecht par exemple). Cependant elles sont entrecoupées de longueurs qui n'apportent rien à l'histoire, et il est difficile de comprendre là où le réalisateur Sven Taddicken veut en venir, on le sent plutôt hésiter entre film d'action, film psychologique et film historique. Au final, l'on en ressort avec quelques belles images, un début d'empathie pour l'un des personnages (je ne tiens pas à vous révéler lequel) et un peu d'intérêt pour cette partie du monde qui charriait richesses et sang sur des flots déchaînés. Malheureusement il aurait été plus satisfaisant de se voir offrir un docu-film plutôt qu'une oeuvre bâtarde quelque peu indigeste et délivrant moins un message (l'épisode du capitaine angoissé tourne totalement dans le vide) qu'il n'apporte des regrets. Et je ne disserterai aucunement sur l'humour Allemand qui lui passera difficilement dans l'esprit d'un francophone. Enfin ce n'est pas non plus la musique braillarde et décalée qui arrive à faire surnager l'ensemble.

En somme, un abordage du genre pour rien et un gâchis de plus en matière de films de pirates. Klaus Störtebeker n'en perdra pas davantage sa tête  mais méritait amplement mieux...

Pour rappel quant au titre et au paragraphe ci-dessus, la légende relate qu'au moment d'être exécuté à Hambourg il aurait obtenu que soient libérés autant de ses marins que la distance que son corps décapité pourrait marcher. Douze hommes auraient pu avoir ainsi la vie sauve... si ce n'est la rétractation de la parole donnée par l'édile...



Le second métrage est lui déjà rehaussé en matière d'intérêt et plus assuré dans la voie qu'il s'est choisi. Tadas Blinda est d'origine Lituanienne, et conte l'histoire fictive d'un Robin des Bois local. Encore que l'analogie avec le célèbre héros-bandit de la forêt de Sherwood est légèrement biaisée ne serait-ce que par le contexte historique en sus de géographique. L'action se déroule en effet au XIXème siècle, en plein Empire Russe. Tadas Blinda va ainsi se retrouver bien malgré lui à la tête d'une révolte voulue par un officier réactionnaire souhaitant contrer les projets de réformes sociales du Tsar (nous sommes alors en pleine abolition du servage) en fomentant des troubles, notamment en Lituanie.

Le plan se déroule parfaitement dans un premier temps grâce à l'entremise d'un traître allumant la mèche de la contestation mais va consumer l'ensemble de la région et rapidement faire d'un proscrit un véritable symbole malgré lui de la résistance à la présence Russe. C'est en cela que le personnage principal mérite de l'intérêt : il n'est pas un chef né, il le devient, poussé par les autres et par obligation envers ses fidèles partisans. La romance introduite dans le déroulé de la geste ne parasite pas le plaisir du visionnage. La réalisation est propre, sans aspérité, sans grand coup d'éclat non plus mais tant qu'à faire autant privilégier le sobre et l'efficace. Mantas Jankavicius et Agniya Ditkovskite jouent de manière très convaincante et offrent un véritable souffle à ce film inattendu mais plaisant. Disponible en français sous le titre Fireheart : la légende de Tadas Blinda.

J'ajouterai pour terminer que la forêt très présente dans le métrage est un élément central chez les peuplades germano-baltes, ne serait-ce que par un vieux fond de paganisme toujours persistant (le mouvement Romuva en Lituanie étant reconnu en tant que religion) et comme ultime refuge des résistants pendant la férule Soviétique, sous l'appellation des Frères de la forêt emmené par la figure tutélaire d'Adolfas Ramanauskas. Quant à la date éventuelle, l'on s'approcherait de façon plus crédible vers 1817, lorsque le servage fut régionalement aboli au sein de l'Empire Russe sur le territoire de Courlande.