jeudi 31 mai 2012

La première tournée diplomatique de Poutine III



Depuis le 7 mai 2012 s'est amorcée l'ère Poutine III. III pour 3ème mandat présidentiel (non consécutif puisque la constitution l'interdit, à l'instar de son homologue Américaine). Comme un rite initiatique, les premiers voyages officiels sont souvent l'occasion de démontrer l'axe international qu'entend privilégier le Président en titre. L'on se souvient à ce propos que Dmitri Medvedev avait choisi le Kazakhstan et la Chine à dessein de faire comprendre aux Occidentaux, Européens en tête, que des alternatives existaient pour la Russie. Notamment sur le plan énergétique. Un avertissement loin d'être resté par ailleurs sans suite puisque les projets de tuyaux énergétiques se sont accélérés en direction de la Corée du Nord comme de la Chine de même que le Kazakhstan s'est rapproché singulièrement de son voisin septentrional par le truchement d'une union douanière.

Poutine vient d'effectuer son itinéraire diplomatique de prise de fonction en sélectionnant trois escales : Bélarus, Allemagne et France. Ces trois choix ont été sans nul doute très mesurés et relèvent d'une volonté de normalisation.
  • Le Bélarus : un choix d'amitié avec le Président Loukachenko qui avait caressé un temps la vision d'une union entre les deux pays. Las, la popularité et la poigne de Vladimir Poutine ne lui laissèrent par conséquent que le choix de se retrancher sur Minsk et de se consacrer principalement sur le développement du territoire. Du reste, l'accord tripartite (dite aussi union douanière) nécessite de marcher sur des oeufs tant le sujet au-delà du cadre douanier nécessite d'éviter de froisser les susceptibilités nationales tant du Kazakhstan que du Bélarus, surtout en vue d'autres accords à venir [1]. En outre, malgré une économie sous contrôle, l'exécutif a dû se résoudre à opérer une demande de prêt au FMI pour absorber le choc de la crise économico-financière mondiale, le PIB s'étant contracté à 0,2% avec un taux d'inflation de près de 13% en 2009! Le retour à la croissance soutenue est attesté mais demeure fragile néanmoins, dépendant de la bonne volonté de la Russie de laisser les tarifs du gaz à un niveau relativement clément bien que supérieur à celui qui prévalait encore il y a cinq ans (47 $/m3), ce qui vaut également pour les importations de pétrole pour ce pays manquant cruellement de matières premières. Dernier point, le Bélarus serait un allié de premier choix pour la Russie si le bouclier anti-missile (ABM) devait voir finalement le jour en dépit des objurgations réitérées des officiels Russes : l'installation de missiles Iskander ayant été envisagée à quelques reprises, ce qui à proximité immédiate des frontières de pays membres de l'OTAN (Pologne, Pays Baltes) donnerait rapidement à réfléchir aux partisans d'un système militaire jugé agressif.
  • La France : l'ancien Président Français qui avait promis qu'il ne serrerait pas les « mains sanglantes » de Vladimir Poutine (lequel terminait alors son deuxième mandat) s'était finalement rangé à la realpolitik au cours de l'exercice du pouvoir. L'intervention diplomatique lors de la guerre russo-géorgienne en 2008 et la vente du BPC Mistral en 2011 furent les points d'orgue de son revirement sur la question. François Hollande a d'ores et déjà signifié qu'il entendait respecter le contrat conclu en juin 2011 concernant la construction puis vente de ces navires de projection et de commandement (d'où le sigle BPC). Il y a peu à parier que l'actuel hôte de l'Élysée manifeste une hostilité quelconque à l'égard de son homologue Russe, les sujets discordants n'étant pas très nombreux et Paris ayant toujours adopté jusqu'à présent une attitude globalement neutre voire amicale à l'égard de la Fédération de Russie. Les sujets « chauds » tels que la Syrie, l'Afghanistan, l'Iran, l'Ukraine devraient sans trop de surprise être abordés, de même que la crise de l'Euro qui si aggravation il devait y avoir impacterait sérieusement les échanges commerciaux entre les pays membres de la monnaie unique et la Russie [2]. La France est de ce point de vue considérée positivement par les responsables Russes, en qui souvent ils peuvent trouver une oreille attentive et un « bouclier » envers certains membres de l'Union Européenne hostiles à son égard (généralement les anciens pays du Pacte de Varsovie [3] ). Le bouclier anti-missile devrait aussi trouver place dans les discussions entre dirigeants, Paris n'ayant pas d'opinion tranchée sur la question et pouvant se révéler utile pour infléchir la décision d'autres États de souscrire à ce système jugé attentatoire aux intérêts Russes.
  • L'Allemagne : Angela Merkel avait prévenu dès le début de son premier mandat de Chancelière qu'elle n'entendrait pas transiger avec ses principes, y compris face à Vladimir Poutine. Celui-là même qu'elle retrouvera après quatre année d'intermède Medvedien. Entre sa première rencontre et la prochaine prévue le 1er juin à Berlin, bien des évènements se sont déroulés et bien des chantiers sont encore en cours. Les relations sont considérées comme bonnes, héritière il est vrai d'un rapprochement très abouti sous Gerhard Schröder (1998-2005), ce dernier étant d'ailleurs devenu l'un des administrateurs de Nord Stream AG, la compagnie gérant les deux pipelines gaziers passant par la Mer Baltique et reliant l'Allemagne à la Russie d'une seule traite [4]. En ces temps d'orage sur l'Euro, la priorité de la Chancelière ne se situe guère du côté de la Moskova. Malgré tout, les sujets qui seront abordés devraient être les mêmes que pour le Président Français. Pour le reste, le fait pour l'Allemagne d'avoir été sorti du podium des clients de la Russie par la Chine sera un aiguillon pour relancer des initiatives diverses.
Il ne devrait pas ressortir d'annonces fracassantes au fil de cette tournée portée vers l'Ouest, plutôt la confirmation de liens diplomatico-économiques privilégiés. Le nouveau Président Russe n'entend en rien bouleverser la donne géopolitique, plutôt la consolider dans l'intérêt premier de son pays.

[1] Le traité d'union économique eurasiatique est prévu pour janvier 2015, le temps pour les États-membres (Russie, Bélarus, Kazakhstan, Tadjikistan et Kirghizstan) d'exposer les difficultés potentielles et les moyens de les résorber de concert.
[2] Pays-Bas, Italie et Allemagne ont été respectivement son 1er, 2ème et 4ème client de la Fédération de Russie en 2010.
[3] Lors du sommet de Bruxelles de septembre 2008, une majorité de pays pour protester contre le conflit russo-géorgien vota pour le gel temporaire des relations économiques entre l'Union Européenne et la Fédération de Russie, au grand dam de l'Italie, de l'Allemagne et de la France qui se firent les plus ardents avocats d'une relation apaisée avec le grand voisin.
[4] Le second tracé devrait être pleinement opérationnel en juin 2012.

mardi 29 mai 2012

Journée d'études sur les frontières et les technologies


Le pôle Action globale et forces terrestres du Centre de Recherche des écoles de Saint-Cyr Coëtquidan organise, le lundi 11 juin 2012 à l'École Militaire à Paris, une journée d'études sur le thème " Frontières et technologies ".



jeudi 24 mai 2012

Le géant Nokia décroche, Microsoft s'accroche...


Il y a un peu plus d'un an, Nokia avait décidé de prendre une décision stratégique lourde de sens en s'alliant avec Microsoft tout en laissant choir son système d'exploitation Symbian. Corroborant les dires arguant que l'ancien géant Finlandais peinait à percer dans les ordiphones et tablettes graphiques.

Un an plus tard qu'en est-il et quels sont les résultats?

Premier constat : Samsung est passé numéro un en ce qui concerne son coeur de métier, les mobiles. Ainsi comme le relate Boursier.com : Sur le marché global du mobile, Samsung, avec 86,6 millions d'appareils écoulés sur le premier trimestre, passe devant Nokia (pourtant leader depuis 1998 !). La part de marché de Samsung passe ainsi de 16,1% à 20,7%, alors que celle de Nokia baisse de 25,1% à 19,8%.
Le coup est rude, d'autant que l'écart ne s'affiche pas en quelques dixièmes mais de quelques points! Certes l'on s'y attendait, malgré tout le constat est très abrupt pour celui qui régnait sans partage depuis de nombreuses années en ce secteur. 

Toujours selon la même source, et rayon système d'exploitation l'on prend connaissance que l'interface logicielle supportée par Google, Android, occupe désormais un confortable 56,1% du marché, iOS d'Apple 22,9% et Symbian... 8,6% seulement. Dans le domaine des applications, c'est néanmoins Apple qui continue de dominer outrageusement le marché Français, même si sa position est grignotée mois après mois par l'essor d'Android, tout en demeurant très largement dominante.

Autre signe des temps, le Nokia World, cette grand-messe vantant les produits maison et ses dérivés, se fera désormais plus modeste. La version 2012 à Helsinki sera plus « intimiste » comme il est précisé dans le communiqué officiel.

Windows Phone, ex-Windows Mobile, engagé dans ce partenariat pâtit lui aussi de cette désaffection (d'aucuns pourraient prétendre qu'il en serait la cause). Si l'on se fit aux informations recueillies par le site Silicon.fr, il n'est même pas question de difficulté de transition pour les produits Nokia ayant tourné le dos à Symbian mais clairement de manque de percussion du système d'exploitation de Microsoft chez les utilisateurs. Celui-ci équipant moins de 4% des appareils mobiles actuels sur le marché Américain. HTC et Samsung, avec Apple, étant les seuls constructeurs à profiter d'une pénétration positive : ces derniers ayant adopté soit Android soit iOs, confortant ainsi l'avance de ces deux plate-formes dynamiques. 
Du reste, le même vent mauvais souffle du côté de Microsoft qui essuie de virulentes critiques relatives à son absence très nette parmi les leaders du secteur sur les appareils nomades (mobiles et tablettes). Ainsi est-il reproché au dirigeant Steve Balmer, qui très honnêtement reconnaissait en septembre 2011 que son produit peinait à monter en puissance malgré le partenariat scellé avec Nokia, de ne pas avoir su prévoir la croissance rapide et fructueuse des ordiphones couplée à l'Internet mobile. Ayant même été désigné comme le pire CEO (Chief Executive Officer) de l'année par le magazine Forbes! L'une des critiques récurrentes les plus virulentes étant la non prise en compte de l'essor des interfaces logicielles sur les nouveaux moyens de communication, Microsoft s'étant trop reposé sur sa position dominante liée à Windows sur les ordinateurs personnels. Il est d'ores et déjà évident que Windows 8 [1] sera un coup de poker de la part de la compagnie de Redmond si Windows Phone ne donne pas signe de décollage rapide et pérenne.

Seul rayon de soleil : Steve Wozniak, co-fondateur historique d'Apple, déclarant préférer Windows Phone aux autres systèmes pour sa praticité inégalée. De quoi renverser la vapeur chez les mobinautes et redonner espoir à la firme nord-européenne ? Bilan en fin d'année 2012...

L'essentiel demeure de retenir et comprendre qu'une situation acquise en un moment donné est, encore plus dans l'informatique et les télécommunications qu'en d'autres secteurs, très éphémère. La longévité de Nokia comme numéro un est de la sorte exceptionnelle et mérite le respect. Seulement l'émergence de la fusion des technologies de l'information et de la communication a accéléré sa désorientation et sa perte de vitesse. L'agressivité, l'évolutivité comme l'inventivité de concurrents tels qu'Apple, Samsung, RIM ou encore HTC ont considérablement entamé l'avance des Finlandais qui en ont été à devoir quasiment se saborder en abandonnant Symbian et Meego sur lesquels ils plaçaient de grands espoirs pour leur nouvelle génération de mobiles. Au final et en dépit d'une guerre chaude envers Apple sur la question de nombreuses violations de brevets, Samsung s'impose désormais comme la référence des appareils nomades de dernière génération, laissant Nokia s'époumoner derrière lui.

[1] Windows 8 doit faire oublier le semi-échec de Windows Vista auquel l'on a reproché de n'avoir été qu'une plate-forme d'essai pour le lancement de Windows 7, peu d'utilisateurs ayant apprécié de posséder un produit semi-fini.  L'interface Metro donnant beaucoup d'espoir puisque basée sur une utilisation intuitive par un usage des « tuiles » héritée justement de Windows Phone. L'une des applications maîtresses du prochain système d'exploitation reposera justement sur la prise en compte de la mobilité avec le near field communication ou communication en champ proche, autorisant le paiement sans contact ou facilitant encore plus l'interaction entre appareils nomades.


mardi 22 mai 2012

Conférence de géoéconomie : la reconquête de l'espace



L'Institut Choiseul organisera le 29 mai au CNES une conférence sur la reconquête de l'espace. Un sujet qui ne manquera pas d'intéresser et de questionner puisque l'espace est un domaine où sa maîtrise, même partielle, demeure un attribut de puissance internationale.

J'en profite pour vous rappeler l'existence de l'allié De la Terre à la Lune, et vous inviter à lire plus particulièrement sa réflexion passionnante en trois parties Pour ou contre l'exploration de l'espace?

jeudi 17 mai 2012

La grande (et secrète) aventure des supercalculateurs de l'Union Soviétique

L'informatique est souvent pense-t-on une chasse gardée des occidentaux, où les soviétiques n'auraient été que de pâles copieurs imparfaits. La réalité est malgré tout quelque peu différente, et la discrétion des autorités sur le sujet n'avait d'égale que leurs avancées en la matière.

L'AMSAT-France n'est plus depuis avril 2011 et la dissolution prononcée par assemblée générale nous apprend le site. Et c'est un réel regret que cette association née en 1996 dont l’objet était de promouvoir le service radioamateur en général et le service radioamateur par satellites en particulier, n'officie plus car ses articles, et traductions, étaient le plus souvent de qualité. 

Le présent billet que je relaie ici provient partiellement du site officiel http://www.amsat-france.org encore laissé en activité pour consultation. Il s'attache à l'évolution en pleine guerre froide de l'informatique Soviétique au regard de son vis-à-vis Américain. 

Un secteur stratégique puisque relié directement à la conquête spatiale. Le paragraphe suivant énonce d'emblée cette problématique : Cette histoire commence avant la seconde guerre mondiale et elle se situe en grande partie sur le plan intellectuel. Il se trouve que l’URSS a une école de mathématique qui est au plus haut niveau, face aux USA, tout aussi bien ouverte sur cette voie. Étonnamment les USA vont s’octroyer généreusement la paternité de toutes les avancées intelligentes, et les Russes, pour des raisons de contre espionnage vont cacher tous leurs travaux universitaires innovants dans ce domaine. 

Cette ambivalence se retrouve en d'autres secteurs, encore qu'il y eut une évolution des mentalités en ce sens tel cet aéronef Soviétique qui battit plusieurs records officiels, le MiG 25. Ce qui n'en empêcha pas d'autres de rester dans le plus grand secret malgré leurs qualités intrinsèques, comme le Su-24, un avion d'attaque très élaboré qui donna de réelles sueurs froides aux hiérarques de l'OTAN lorsqu'il fut découvert. Mais revenons aux qualités de l'informatique made in Russie.  

Dans les années cinquante, les Russes vont développer des algorithmes de qualité et en même temps, poussés par la nécessité de faire des calculs pour obtenir la bombe atomique d’une part et calculer les routes de leurs IRBM [Intermediate-range ballistic missile] d’autre part ils vont construire leurs premiers ordinateurs faits maison. Les performances seront au rendez-vous. Jusqu’au milieu des années cinquante ils utiliseront les tubes électroniques à vide, puis en 1957 ils mettront en service leur premier calculateur tout transistor : le M-4. Très honorable dit-on. 

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C’est en 1965 qu’aux USA est construit le premier ordinateur standardisé le fameux IBM-360 (comme 360°). Le mot standard voulant dire que les successeurs seront compatibles avec les modèles plus anciens. Les Russes adopteront ce même standard pour la construction de leurs équivalents aux IBM-360. Cela va leur permettre de compléter les besoins de leur grand parc informatique en achetant quelques unités d’IBM-360 aux USA (1975) avec discrétion toute fois. En 1965 les Russes mettent en service le BESM-6 qui est une puissante machine, équivalente aux hauts de gamme occidentaux. Mots de 48 bits, horloge à 9 MHz, 192 Ko de RAM, c’est un des plus puissants modèle du moment. Il sera construit en 350 exemplaires en URSS et pays amis. 

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Les Russes sauteront l’étape microprocesseur que l’on voit se naître aux USA en avril 1972 avec le Intel 8008. Il s’agit d’un 8 bits, horloge à 1.5 MHz, 64 Ko de RAM et une concentration de 4 à 6000 transistors intégrés sur une puce. La raison est principalement due à un choix volontaire des bureaucrates russes qui n’en voient pas l’utilité face à leurs gros ordinateurs scientifiques. Effectivement en 1973 l’URSS met en service une grosse machine sans doute la plus puissante du moment au monde le M-10. Il s’agit d’un des tous premiers multiprocesseurs qui tourne à 30 MIPS (million d’opérations seconde). Cet ordinateur est dédié au réseau d’alerte SPRN qui sert à la détection des missiles, il est couplé aux radars et satellites d’alertes Russes. 

 ... 

Pourtant c’est à ce moment que l’URSS semble décrocher du développement industriel informatique. Certes elle va garder le principe de la grosse machine centralisée par opposition à la diversification US. C’est en 1978 que les USA mettent sur le marché mondial un microprocesseur, le Intel 8086 le premier 16 bits (LSI), qui va bouleverser le monde de l’informatique. Les Russes font toujours la sourde oreille à ce principe. Pour enfoncer le clou ils mettent sur leur marché (captif) un nouveau monstre le M-13 qui met en oeuvre des LSI (comme dans les microprocesseurs occidentaux) c’est une machine vectorielle multiprocesseurs qui tourne à 200 MIPS, ce qui se fait de mieux au monde. Mais cela veut dire que les ogives atomiques, et leurs systèmes de navigation ne sont pas reprogrammable comme on va le voir aux USA avec les ICBM Minutman-I dôtés de microprocesseurs. Certes cela ne change peut-être rien à la dissuasion (MAD), mais cela va affaiblir l’industrie informatique Russe au début des années 80. 
 
Assagie, l’URSS décide de se lancer dans les microprocesseurs vers 1988 mais surtout les DSP (digital signal processing). Ils lancent une petite merveille dit-on aujourd’hui le ELBROUS. Ce dernier est encore développé dans une économie de marché qui est très centralisée, il passera à côté de sa réputation et tous les micro-ordinateurs du monde seront Américains ; depuis le changement de régime en Russie (1992) l’équipe soviétique qui a conçu le ELBROUS travaille chez Intel ! Sans doute il y a des morceaux d’ELBROUS dans le Pentium qui anime mon PC au moment où je rédige cet article ; un comble ! Seules les mémoires seront de conception nippone, et au final pas plus la Russie que l’Europe ne participeront à cette aventure pour cause d’ouverture très maladroite de leur marché à la concurrence. Certes comme en France en Chine et en Russie, il y aura une petite production indigène d’électronique numérique de qualité, orientée systèmes militaires, mais même là, pour des raisons d’économie, de nos jours, on est pas loin d’y renoncer. De toute façon en Russie les systèmes électroniques numériques de guidage des missiles étaient construits par l’Ukraine ; elle est aujourd’hui en pourparler pour s’unir à la CEE. 

Ne sourions pas, car l’Ukraine achetait l’électronique de ses centrales de navigation à la République de Biélorussie. Par chance pour la Russie actuelle, la Biélorussie reste plus attachée à la CEI qu’à la CEE. Donc les missiles Russes sont encore un peu indépendants. Au final le vainqueur de l’affrontement technologique Est-Ouest n’est pas l’Ouest, ce sont les USA et dans une moindre mesure le Japon. Le reste du monde a perdu cette guerre. La domination absolue. Même pas de résistance ! Le plus étonnant c’est qu’aucun de tous ces pays n’essaie de résister aux développements technologiques Américains sauf peut-être un peu de ce qui reste de la Russie et la Chine ! 

Dernière indication, si le site de l'AMSAT France est désormais sans maintenance, celui de la maison-mère demeure toujours actif : AMSAT.org.

À l'ombre des supercalculateurs, la micro-informatique vivota derrière le rideau de fer, bien que produisant quelques ordinateurs relativement atypiques comme l'Electronica BK-0010 (Электроника БК-0010) aux capacités particulièrement ridicules pour un 16 bits ou des copies à peine cachées de modèles de l'Ouest tel l'Agat 9 (Агат-9) qui n'était qu'un clone de l'Apple 2. L'Union Soviétique fut bien plus en demeure de répondre aux problématiques d'unités de calcul très conséquentes pour leurs ambitions militaires, à commencer par la course à l'espace que de répondre à un quelconque essor ou demande en matière d'informatique domestique. C'est surtout sur ce plan que le CoCom (Coordinating Committee for Multilateral Export Controls), un organisme de contrôle et de blocage des exportations occidentales à l'égard de pays suspects comme l'Union Soviétique, fut le plus douloureux puisqu'il empêcha ce secteur de croître efficacement d'autant qu'il n'était pas une priorité de l'État d'investir dans les biens de consommation de cette nature. Or l'Union Soviétique possédait déjà un vivier de virtuoses du code qui allaient être bridés par les machines mises à disposition, et ne purent par conséquent mettre leur talent au service de leur patrie. Le système Soviétique révéla sur ce point, comme sur d'autres, une rigidité excessive ainsi qu'un manque de projection qui allait pénaliser toute une génération jusqu'à l'effondrement du système. Suivies des années Eltsine où nombre de codeurs durent pour survivre répondre au plus offrant, souvent au profit d'organisations criminelles où leur connaissance informatique allait se révéler profitable. Désormais, et comme l'allié Cidris l'a rappelé récemment au sein de son article consacré à la stratégie informationnelle Russe, les autorités ont à coeur d'asseoir non seulement leur souveraineté technologique mais aussi leur sécurité cyberstratégique. Notamment en prenant en grande considération la formation et l'emploi de spécialistes du secteur, y compris avec l'appui d'universités étrangères réputées comme le MIT (Massachusetts Institute of Technology) s'agrégeant au grand projet national Skolkovo.

Avant de clore cette note, je tiens à mentionner combien fut essentielle la figure de Sergeï Alexeïevitch Lebedev (Сергей Алексеевич Лебедев) dans le rôle des supercalculateurs , lui qui est considéré comme le père de l'informatique Soviétique, et plus précisément du premier BESM (БЭСМ), un supercalculateur mis en service en 1953 (déjà opérationnel bien avant). D'autant que son invention traitait les opérations de façon parallèle et non en série : remarquable avancée sur les recherches occidentales d'alors, et prenait en compte les virgules flottantes : un incroyable tour de force pour l'époque! Les machines BESM perdureront au fil des améliorations jusqu'au crépuscule de l'entité qui les avait vu naître, la dernière en date fut le modèle 6, sortie en 1965, et capable de traiter près d'un million d'instructions seconde, sans compter une miniaturisation de l'espace requis par une recherche sur l'interconnexion des unités de calcul. La production du BESM ne fut interrompue qu'en 1987 avant que le dernier exemplaire ne soit démantelé en 1995. N'omettons pas non plus de mentionner l'autre poids lourd des supercalculateurs Soviétiques d'alors : la série des Elbrous (Эльбрус) conceptualisé par Boris Babaian (Борис Арташеcович Бабаян), autre grand nom de l'informatique Soviétique, qui remplacèrent peu à peu les BESM par leurs capacités supérieures pour gérer les programmes spatiaux, nucléaires et militaires. Particularité : les Elbrous continuent d'exister, dont la tradition a été perpétuée par la compagnie MCST (МЦСТ) créée spécifiquement pour sauvegarder le savoir-faire d'alors en pleine tourmente des années 90. Une continuité tant dans la performance que dans la miniaturisation des unités puisque le modèle Elbrous-90Micro (Эльбрус-90микро) vit le jour en 1998 utilisant un système d'exploitation Solaris ou Linux et un processeur de type SPARC. De même qu'une unité portable professionnelle en partenariat avec la compagnie Elins (Элинс) fut particulièrement appréciée grâce à la présence de son système de navigation par satellite intégrée GLONASS.

Enfin je vous renvoie à mon article sur le projet SKIF / СКИФ, fruit de la collaboration entre ingénieurs Russes et Bélarusses, mis en service officiellement en 2000 et décliné en série suivant les améliorations successives. L'itération sortie en 2008, le MGU (МГУ [1] ), capable de traiter près de 60 téraflops. La dernière version en date, le SKIF Soyouz (СКИФ-СОЮЗ) prévoyant de dépasser le pétaflop (le programme ayant débuté en 2011 et devant s'achever en 2014) à dessein de remplacer l'actuelle génération SKIF Grid (СКИФ-ГРИД) dont fait par ailleurs parti le MGU. Une volonté des autorités des deux États de demeurer souverains technologiquement et ne pas dépendre entièrement d'importations étrangères, y compris sur le plan informatique. Un rapprochement semble cependant s'esquisser depuis décembre 2011 entre Russie et Chine pour mettre au point un nouveau supercalculateur fabriqué 100% avec des éléments locaux (même le tenant du record mondial de puissance 2010, le Chinois Tianhe-IA disposait de processeurs Intel Xeon et de nVidia Tesla de fabrication Américaine). Et ce avec le concours de la société Т-Платформы (T-Platforms). Ce sera la prestigieuse université de Lomonossov qui accueillera en ses locaux le « monstre », prévisionnellement en 2013.


[1] MGU désignant l'université des humanités de Moscou et hôte d'un supercalculateur de type SKIF.

samedi 12 mai 2012

Crowdsourcing, crowdsolving, et human computation : le dossier d'OWNI


Sous ces vocables quelque peu barbarisants, c'est d'intelligence collaborative dont il est question. Un sujet qui m'est cher puisqu'il avait été voici quelques semaines le thème d'un billet faisant lui même suite à une intervention lors d'un colloque. Le magazine en ligne OWNI a développé tout un dossier sur le sujet. Prenant pour point de départ le Harnessing Collective Intelligence with Games qui se déroulera à Brême (Bremen) en Allemagne du 26 au 29 septembre 2012. L'un des axes de recherche de la conférence portera sur l'apport des jeux aux processus de décision et de management au sein des entreprises. Précisons que l'évènement sera couplé à l'International Conference on Entertainment Computing se déroulant lui aussi à Brême. 

Anaïs Richardin n'hésite pas à le relever avec justesse : Dans cette même veine de jeux scientifiques, l’université McGill au Canada a crée un jeu, Phylo, qui fait appel aux capacités humaines pour arranger les séquences ADN et ainsi participer à la recherche génétique. Les séquences ADN, transformées en formes géométriques colorées doivent être alignées et les formes similaires doivent être associées les unes aux autres tout en évitant les trous qui symbolisent les mutations. Pour les concepteurs du projet, la combinaison humains/ordinateur permet d’obtenir de meilleurs résultats. Dans ces jeux où l’on fait appel à l’intelligence collective, les leviers de l’engagement sont nombreux. La reconnaissance sociale par les pairs, la réputation et l’interaction humain-ordinateur jouent un rôle important dans les jeux qui participent d’une avancée scientifique. Cependant la gratification ou les mécaniques du jeu telles que la géolocalisation, la collaboration ou encore les missions sont des ressorts de bien d’autres jeux qui font appel au crowdsourcing. Le projet Noah par exemple est une application qui permet à ses utilisateurs de contribuer à l’élaboration d’une documentation sur la vie sauvage de leur lieu de vie. Des missions incitent une communauté de citoyens à photographier, taguer, identifier et en apprendre plus sur la faune et la flore locale. Toutes ces données agrégées sont une précieuse aide apportée aux chercheurs et permettent d’établir une base de données qui peut être mise à jour en temps réel et qui est accessible par tous

Le thème passionne, et l'avènement d'outils nomades toujours plus performants et ergonomiques (songeons à la puissance d'une tablette graphique actuelle comme la Samsung Galaxy Tab qui emporte un processeur graphique, GPU, double coeur cadencé à 1 Ghz [1] ) qui communiquent entre eux (via WiFi, Bluetooth ou 3G/3G+ [2] ) tout en permettant le recueil d'information par voie vidéo, audio ou textuelle ouvrent encore plus grandes les fenêtres de l'intelligence collaborative. La convergence des divers appareils (ordinateurs portables, mobiles, tablettes) s'accentuant encore...

Le sujet n'en est qu'à ses balbutiements, mais il apparait déjà très sollicité par la communauté scientifique. Les résultats de leurs travaux seront à analyser de près... 

 [1] L'avenir semble désormais appartenir aux GPGPU réunissant à la fois la carte graphique (GPU) et le processeur central (CPU). Les processeurs graphiques dont la puissance est telle qu'ils peuvent moyennant une programmation ad hoc (en parallèle) servir à optimiser certains programmes en se servant de leur force de calcul. Pour les anglophones, un site relativement complet afin d'approfondir le sujet : GPGPU.org
[2] Évolution à suivre ces prochaines années : l'EAP SIM (Extensible Authentication Protocol Method for GSM Subscriber Identity Module) permettant de permuter de la connectivité en 3G au WiFi dès lors qu'une borne est accessible dans les environs. D'où un gain de bande passante pour l'opérateur comme pour l'utilisateur, désengorgeant le réseau mobile en employant les potentialités des accès WiFi.

jeudi 10 mai 2012

La convergence de deux univers : vidéoludique et cinématographique

L'allié Historicoblog avait évoqué en 2010 la guerre de cinq jours en Alanie du Sud à travers un ludiciel ayant marqué les esprits, L’ombre de Ghost Recon : la guerre de Cinq Jours en Ossétie du Sud-Géorgie (7-12 août 2008). Il y était fait mention notamment d'une certaine prescience quant à l'avènement d'un conflit entre la Géorgie et la Russie sur le territoire des Alains, appelés aussi Ossètes. Comme l'énonçait justement Stéphane Mantoux : Le joueur dirige un peloton de Bérets Verts américains présents en Géorgie (D Company, 1st Battalion, 5th US Special Forces Group, une unité fictive excepté le dernier terme) chargé de contrer l’action des ultranationalistes russes par un certain nombre d’opérations spéciales hautement secrètes en lien avec les opérations militaires conventionnelles. Les premières missions du jeu se déroulent d’ailleurs en Ossétie du Sud où les Ghosts pilotés par le joueur font face aux troupes rebelles puis à l’armée russe qui envahit ensuite la Géorgie. Le jeu a été suivi de trois extensions et a connu plusieurs suites, dont la dernière, Ghost Recon : Future Soldier, doit sortir fin 2010 (la bande-annonce du jeu prend d’ailleurs, encore une fois, pour théâtre… la Russie !).

Oui, décidément et en dépit de la chute du mur de Berlin et de l'Union Soviétique, les Russes demeurent amplement plus vendeurs que les Chinois, Talibans, Français et autres rustres géopolitiques. Ubi Soft, compagnie Française née en 1986 par la volonté des frères Guillemot, et possédant de nombreuses franchises associe désormais des métrages au lancement de ses productions vidéoludiques. Une évolution complémentaires des cinématiques intégrées aux jeux qui tendent de plus en plus par leur réalisme à devenir des oeuvres à part entière.

Tout comme le fut Assassin's Creed Lineage en son temps, la sortie de Ghost Recon Future Soldier est déjà annoncée à grand renfort de moyens, notamment par le truchement d'un film ayant coûté la bagatelle de 10 millions d'euros et qui n'a absolument pas à rougir en matière d'action face à des scènes dites « hollywoodiennes ». Encore plus fort, et qui risque de donner le hoquet à l'intellocratie de Saint-Germain très attachée à ses petites histoires vaudevillesques, c'est l'oeuvre de deux réalisateurs Français : François Alaux et Hervé de Crécy (titulaires d'un Oscar en 2010 avec Logorama du studio H5). Mentionnons un détail symptomatique de nombreuses productions cinématographique des pays de l'Est : l'emploi de langues étrangères (et sous-titrages subséquents) lorsque le jeu des protagonistes le réclame pour plus de réalisme, facilitant d'autant plus l'immersion du spectateur. Autre élément pas si anodin : la vision d'un drone très semblable à celui de la firme Parrot auquel j'avais récemment consacré un article et qui vient de sortir une version améliorée techniquement (présentée aussi comme 2.0 car liée aux outils sociaux) de son ouvrage phare. La présence de celui-ci donne une touche plus futuriste mais pas fondamentalement fantaisiste à l'ensemble. La numérisation du champ de bataille est elle aussi de la partie à travers quelques scènes où l'on observe l'apport projeté des technologies de l'information et de la communication. Enfin, les auteurs ne sont pas ignorants de l'actualité puisqu'il est fait mention du missile RSM-56, plus connu sous la dénomination de Boulava et qui devrait entrer en service en octobre 2012.

Ce sont de telles petites pointes d'attention qui ajoutent en qualité à l'oeuvre générale. L'on notera avec à propos qu'il est fait mention de Tom Clancy, le romancier Américain à succès ayant délivré de nombreux écrits très touffus, souvent plausibles et généralement d'anticipation (exemple: la série NetForce évoquant une brigade oeuvrant à la fois dans l'univers virtuel et réel).



Frédéric Thonet, producteur chez Ubisoft Motion Pictures revient plus en détail sur cette incursion d'Ubi Soft dans le secteur cinématographique, livrant quelques éléments sur le travail effectué et les orientations futures, comme un éventuel long métrage d'Assassin's Creed, tout en insistant sur le côté transmédia.



Comme j'évoquais Assassin's Creed ci-dessus, voici le métrage auquel je faisais référence et qui a le mérite de présenter une Florence de la Renaissance plongée entre les ombres et la lumière. La reconstitution d'époque de la Sérénissime, Venise, étant saisissante de qualité. Quant à la qualité du film, je vous laisse seul juge.



Les professionnels ne sont toutefois pas les seuls à proposer des productions de qualité, ainsi Left for Dead, un jeu surfant sur la vague des zombis très populaires depuis quelques années (certains prétendront depuis le succès du film de George Romero, La nuit des morts vivants (1968)). Une mise en scène solide, un mimétisme avec des personnages du jeu vidéo bluffante et un tempo idéal en font vraiment un petit bijou cinématographique.


mardi 8 mai 2012

Cafés Stratégiques numéro seize : Traques sur le Net


Pour leur 16ème édition, les Cafés Stratégiques recevront le Lieutenant-Colonel Eric Freyssinet de la gendarmerie nationale et auteur du blog Criminalités numériques. Il interviendra à titre personnel et abordera les méthodes utilisées par les gendarmes lors d'une enquête criminelle ou cybercriminelle et dans la lutte-antiterroriste (notamment dans le cadre de l'affaire Merah). 

Venez donc nombreux le 10 mai 2012 à 19h au Café le Concorde, 239 boulevard Saint-Germain 75007 PARIS.

vendredi 4 mai 2012

Technologies de libération contre contrôle technologique

Sous la direction de François-Bernard Huyghe, l’Observatoire Géostratégique de l’Information au sein de l’IRIS (Institut des Relations Internationales et Stratégiques) a pour but d’analyser l’impact de l’information mondialisée sur les relations internationales. Comprendre le développement des médias et de l’importance stratégique de la maîtrise de l’information. Il traite par exemple des rapports de force entre puissances politiques et économiques et les firmes qui contrôlent le flux des informations dans le Monde.

Le dernier dossier paru ce mois amorce une réflexion sur les technologies de libération et le contrôle technologique, dont le fil rouge est l’emploi que font gouvernements et populations des nouveaux outils numériques. Le dossier balaie un large champ de la thématique, évitant l’approche trop techniciste. Deux membres de l’Alliance GéoStratégique ont prêté leur concours à cette étude, ainsi Charles Bwele du blogue Electrosphère s’est-il penché sur le dilemme Chinois du dictateur tandis que Yannick Harrel du blogue Cyberstratégie Est-Ouest s’est attelé à traiter de la logique de l’épée et du bouclier au sein du cyberespace. Et de clore leurs analyses par un échange consacré aux enjeux de ces technologies numériques au vu des évènements d’ordre géopolitique survenus ces dernières années.

Le lien de téléchargement du document au format PDF

mercredi 2 mai 2012

Le e-commerce Russe se porte bien, merci pour lui


Le e-commerce, ou commerce électronique est un des relais de croissance actuel pour les pays développés qui ne connait pas la crise. La France ne peut plus en être ignorante depuis le rapport du cabinet McKinsey de 2011 sur les retombées de ce nouveau secteur d'activité, et d'autant moins le ministère de l'économie puisque commanditaire dudit rapport. Les revenus produits par l'emploi d'Internet et de ses outils dérivés auraient généré 60 et 72 milliards d'euros pour les années 2009 et 2010 respectivement.

La Russie bien qu'ayant émergé plus tardivement dans le domaine de l'accès généralisé à Internet s'est rattrapée de fort belle manière si l'on en croit le Journal du Net. 10 milliards de dollars pour 2011 et un taux de croissance de +25% par rapport à l'année dernière. Par ailleurs est relatée le succès insolent d'une société dirigée par une Française, Maëlle Gavet, à la tête d'Ozon.ru, le PriceMinister local qui n'a pas manqué au fil du succès grandissant de l'entreprise d'ouvrir de nouveaux domaines dans son activité de commerce en ligne jusqu'aux voyages avec Ozon.travel. Cette dirigeante eut droit à un focus justifié sur Aujourd'hui la Russie. Passage emblématique quant à la belle adaptation des Français au sein de la vie et du management en Russie où leurs qualités intrinsèques, leur formation et leur ouverture d'esprit sont grandement appréciées : Seule étrangère au sein de l’entreprise, Maelle Gavet dit se sentir en Russie « presque comme à la maison ». La Russie est un pays qui lui a offert des opportunités de travail qu’elle n’aurait jamais trouvées en France. Un patron qui semble en tout cas très apprécié par son personnel. Ekaterina, sa secrétaire, a évoqué une directrice très ouverte et très « démocratique » dans une entreprise où chacun est libre d’exprimer son opinion.
Pour en revenir au e-commerce Russe stricto sensu, l'article énonce que le numéro 1 Ozon.ru... s'est beaucoup développé ces trois dernières années et a annoncé un volume d'affaires de 302 millions de dollars en 2011, en croissance de 84%", précise Ulric Jerome. Le numéro 2 KupiVIP est le Vente Privée russe, créé en 2008, qui a depuis donné naissance à l'usine à clones Fast Lane Ventures où  est né Sapato. L'un comme l'autre ont réalisé des levées de fonds d'un niveau inconnu dans l'e-commerce français. Ozon a levé 100 millions de dollars en septembre 2011, notamment auprès du japonais Rakuten et de Baring Vostok Capital, qui demeure son actionnaire majoritaire. Quant à KupiVIP, le site a levé 20 millions de dollars en janvier 2010 auprès d'Accel Partners et Mangrove Capital Partners, puis 55 millions en avril 2011, investis par Russia Partners, Balderton Capital et Bessemer Ventures Partners.

Ce tableau prometteur est néanmoins limité par deux éléments handicapants : Comme l'explique Ulric Jerome : "Les infrastructures logistiques et de transport russes ne sont absolument pas adaptées à la vente en ligne, les e-commerçants ne peuvent pas confier leur colis à la poste comme en France. En outre, le taux de pénétration de la carte bancaire se limite à 15%, à tel point que 80 à 90% des commandes de ces deux sites sont réglées à la réception du colis. Les e-commerçants doivent donc développer leur propre infrastructure logistique, ce qui nécessite des moyens colossaux.".
Avec 61 millions d'utilisateurs de ce médium en 2011 (source Internetworldstats), l'on devine que la croissance ne peut qu'être au rendez-vous ces prochaines années même si le crédit à la consommation et la logistique demeurent encore lacunaires comme relevé ci-dessus, obligeant les acteurs étrangers à s'adapter à une donne particulière. Mais quel pays ne demande pas un minimum d'effort pour s'acclimater aux us et coutumes, y compris en affaires, locales?

La Russie électronique est une réalité imparfaite certes, mais existante. Et si l'on s'en méfie en raison de sa réputation de vivier de hackeurs, produisant néanmoins ses propres anticorps (mentionnons à ce titre que Kaspersky, l'un des plus gros groupes mondiaux de développement d'antivirus est d'origine Russe, de même qu'à un moindre niveau Dr. Web), elle a aussi nombre d'opportunités à offrir et à saisir. 

Et pour terminer, je porte à votre connaissance un documentaire vidéo de France24 daté d'avril 2012 et consacré à la Russie digitale. Un éclairage suffisamment rare pour être souligné comme salué, d'autant que le reportage s'attarde chez Yandex, le moteur de recherche numéro un en Russie, puis chez Kaspersky Labs que j'évoquais peu auparavant et enfin Skolkovo, le parc technologique majeur de la Fédération porté à bout de bras par Dmitri Medvedev soucieux d'offrir à son pays un incubateur et une vitrine digitaux.