mardi 24 avril 2012

Naval War Arctic Circle : la guerre du cercle polaire sur vos écrans


Les vétérans de simulation navale informatique se souviennent émus du complexe mais exhaustif Harpoon. Sorti en 1989 et esquissant un affrontement des marines de l'OTAN envers celles du Pacte de Varsovie et alliés, la simulation essaima sur de nombreuses plate-formes en séduisant un grand nombre d'adeptes. La version de base, déjà relativement bien achalandée, fut complétée par des modules additionnels, les battleset. Ces derniers approfondirent plusieurs zones comme l'Atlantique Nord ou l'Océan Indien, avec un ordre de bataille mis à jour et augmenté le cas échéant. Harpoon II prit acte de la chute du mur de Berlin pour proposer de nouveaux scenarii. Harpoon 3 Pro eut un destin très singulier puisqu'il ne s'adressa pas cette fois-ci à des amateurs de stratégie maritime mais directement à des professionnels avec un produit sur mesure. Ce qui explique qu'il soit indisponible à la vente dans le grand commerce mais atteste du sérieux de cette simulation qui il est vrai ne pouvait que s'adresser à des mordus. Une version 3 civile, Larry Bond's Harpoon 3: Advanced Naval Warfare, fut distribuée en 2006 mais sans grand retentissement commercial malgré l'implémentation d'un mode multijoueur et de l'intégration de la piraterie maritime comme occurrence scénaristique. Peut-être du fait d'une trop grande aridité technique plus proche des standards des années 90 que des années 2000. Une version 2010 est encore disponible à l'achat avec quelques améliorations sur le plan de la jouabilité et une base de données mise à jour (notamment sur les marines Chinoise, Indienne et Sud Africaine).

Le succès relatif du dernier Harpoon aurait pu faire accroire à la désaffection des éditeurs pour ce genre de ludiciel. C'était sans compter sur l'abnégation de la société Suédoise Paradox Interactive, grand soutien des jeux de guerre. Société que j'eus l'occasion de citer lors d'une étude concernant Crusader Kings Deus Vult. Le sérieux des produits estampillé Paradox ne put que m'amener à m'intéresser à Naval War Arctic Circle.
Pour résumer NWAC est un Harpoon avec des scènes en 3D. Lesquelles bien qu'étant un peu juste techniquement demeurent pourtant suffisantes pour faciliter l'immersion du joueur au sein du conflit présenté. Les missions sont à ce titre relativement nombreuses, simulant l'affrontement entre deux blocs : de l'Ouest et de l'Est. Ce qui n'est guère original il faut en convenir mais efficace. Et pour ceux qui n'apprécient guère l'enchaînement décousu de missions, le mode campagne est là pour les sustenter. Dommage malgré tout que celle-ci soit si linéaire et non dynamique mais elle a au moins le mérite d'être progressive en difficulté et en tension, ainsi que d'autoriser le choix du camp incarné.
L'affrontement nous place dans un futur très proche, en 2030, où le Pôle Nord attise les convoîtises des pays riverains, couplé au dégel latent de la calotte glaciaire. 36 000 000 km² d'aire de jeu sont ainsi annoncés, cependant ne vous méprenez pas : vous aurez surtout droit à un horizon sans fin, parfois agrémenté de gros grain ou de quelque relief en vous approchant/survolant des côtes. Pas de fioriture à attendre de ce côté, l'essentiel s'y trouve sans effets spéciaux pour vous laisser concentré sur l'essentiel du jeu. Pour le reste, c'est byzance : terre-air-mer, les forces dont on dispose sont pléthoriques et chacune a son importance dans le succès ou l'échec de la mission. En certaines circonstances le dilemme se fera jour : doit-on s'approcher d'un contact inconnu pour l'identifier, risquer de se révéler et en corollaire subir une violente réaction ou doit-on prévenir la menace en envoyant ses missiles/torpilles pour ne pas risquer de perte et prendre la responsabilité d'envoyer par le fond ou de désintégrer un élément non belligérant?
Vous devrez apprendre à gérer les radars/sonars actifs/passifs dans la traque d'intrus avec le risque d'être soi même détecté et de devenir la proie!
La base de données est conséquente, et se projette dans ce futur en introduisant certaines unités vraisemblables actuellement à l'état de prototype ou en cours de modernisation, tel l'aéronef T-50 PAK FA développé conjointement par les Russes et les Indiens, l'hélicoptère de lutte anti-sous-marine Britannique AW101 HM2 ou encore les sous-marins Russes de classe Lada.

L'interface sobre si elle pourrait rebuter de prime abord par son manque d'éclat a en contrepartie un mérite essentiel : une prise en main très rapide. Malgré la richesse du jeu et les différentes actions possibles, il est assez remarquable que le tout demeure très accessible et plaisant à contrôler. Il est certes possible d'agrandir la vue 3D de l'action en cours mais l'essentiel de votre temps se déroulera sur la carte du cercle polaire nord à surveiller chacune de vos unités.

Les deux récents patchs ont corrigé nombre de petits défauts techniques tout en apportant des rectifications au sein de la base de données non sans ajouter un scénario complémentaire : Jutland 2030. Simulant l'affrontement entre les marines Britannique et Allemande au large du Danemark en référence à la grande et unique bataille sur mer de la Grande Guerre de 14-18.
Un aperçu très positif qui n'est assombri que par un seul réel point noir difficilement compréhensible : l'absence de créateur de missions. Un oubli que les développeurs ont promis sur leur forum de combler prochainement.

Petit détail pas si anecdotique : le ludiciel est le fruit d'une équipe de programmeurs résidant en Norvège. Un pays qui jusqu'à très récemment était en conflit larvé avec la Russie concernant la délimitation de leurs zones respectives en mer de Barents. Différend résolu depuis l'accord d'avril 2010.


J'en profite pour mentionner l'existence dans le numéro de mars-avril de Carto d'une étude, avec cartographie bien entendu, sur la mer Baltique en tant que carrefour énergétique, écologique et économique (certaines missions de NWAC se déroulant aussi en ce secteur). Et pour une analyse condensée des enjeux Russes dans l'Arctique, n'hésitez pas à vous replonger dans Des trous dans la glace.

MAJ :  Le monde Arctique n'est effectivement pas cette morne plaine glacée et délaissée comme le démontre cette annonce du 28 mai en provenance de Russie concernant le déploiement de postes frontières automatiques et autonomes ces prochaines années. S'inscrivant dans le développement du programme fédéral pour l'Arctique (2012-2020).

vendredi 20 avril 2012

Vers la Suisse tu ne regarderas point les résultats


Le parquet de Paris a menacé jeudi d'engager des poursuites judiciaires en cas de diffusion dimanche d'estimation de résultats ou de sondages à la sortie des urnes avant la fermeture des derniers bureaux de vote en métropole. Ainsi débutait l'article du Matin, quotidien Suisse. Et d'ajouter : Des dirigeants de médias suisses et belges, notamment, ont dénoncé ces derniers jours «l'absurde menace de la France» et affirmé qu'ils feraient leur «boulot de journalistes en faisant circuler l'information et en donnant les résultats dès qu'ils seront disponibles».

Fondamentalement, force est de constater que le pouvoir judiciaire s'évertue à tenir la bride en ce qui concerne la publication des résultats de la Présidentielle dès 20h. Les textes sont de ce point de vue éminemment clairs, y compris pour les non-spécialistes des arcanes du droit. Si l'on plonge dans les dispositions législatives du Code Électoral, l'article L52-2 complété par l'article L89 sont suffisamment clairs en ce sens : En cas d'élections générales, aucun résultat d'élection, partiel ou définitif, ne peut être communiqué au public par la voie de la presse ou par tout moyen de communication au public par voie électronique, en métropole, avant la fermeture du dernier bureau de vote sur le territoire métropolitain. Il en est de même dans les départements d'outre-mer avant la fermeture du dernier bureau de vote dans chacun des départements concernés ; Toute infraction aux dispositions de l'article L. 49 et L. 52-2 sera punie d'une amende de 3 750 euros sans préjudice de la confiscation des bulletins et autres documents distribués ou diffusés par tout moyen. L'amende en sus d'être lourde après constatation de l'infraction peut en sus entraîner la remise en cause du scrutin. L'on se doute que l'ampleur organisationnelle et le coût de la tenue d'élections impacteraient par la négative une telle décision (sans omettre les récriminations des partis ayant effectué une percée et qui se sentiraient lésés) mais elle n'est cependant pas à exclure en cas d'un phénomène à grande échelle. Il y a une raison toute simple à cette volonté de ne pas faiblir sur le sujet : la nécessité de ne pas influencer les individus n'ayant pas encore introduit leur bulletin de vote dans l'urne et susceptibles de le faire après 18h (heure à laquelle les premiers bureaux de vote ferment en France). Cette disparité horaire faisant le jeu de ceux qui entendent divulguer les premiers résultats (partiels) concernant le scrutin. Précisons utilement que ce ne sont pas les sondages de sortie des urnes qui sont en cause, notamment du fait de leur imprécision, mais les estimations obtenues à partir des premiers dépouillements, et qui seraient autrement plus à même de fausser les intentions de vote.

De manière quelque peu étonnante, cette sortie de l'actuel hôte de l'Élysée : Le président-candidat Nicolas Sarkozy a affirmé jeudi qu'il ne serait «pas choqué» par une publication anticipée des résultats. «Ne recréons pas une ligne Maginot. Nous avons des règles qui parfois sont datées, tout le monde le sait», a-t-il dit sur Europe 1. Aveu qui n'engage certes pas l'exécutif puisque le judiciaire se fondera sur les textes en vigueur au moment des faits mais qui sème le trouble et accentue la polémique sur le sujet par un tel laxisme. Et encore plus étonnant corroboré par le constat dressé des dernières tentatives législatives à l'encontre des infractions au droit d'auteur sur Internet, et de leur très relatif succès. Pourtant c'est aussi le même personnage qui évoquait voici encore quelque jours la nécessité de renforcer les dispositions contenues dans la loi Création et Internet (plus connue sous l'acronyme HADOPI) afin d'amorcer un filtrage plus actif de la toile avec le concours des fournisseurs d'accès, des moteurs de recherche ainsi que des intermédiaires de paiement en ligne. Il y a par conséquent un sentiment de deux poids deux mesures à la suite de cette déclaration... ou d'incompréhension de ce qui constitue l'univers du cyberespace ?

Enfin, pour terminer : La commission des sondages, qui tiendra une conférence de presse vendredi, avait annoncé mercredi qu'elle signalerait à la justice toute infraction. Pour constater les infractions des médias, mais aussi d'internautes qui pourraient diffuser des estimations sur leur compte Twitter ou Facebook, l'institution s'est dotée d'un dispositif de veille internet.
Une dizaine de personnes, travaillant avec des logiciels de recherche par mot clé, assurera cette surveillance des réseaux sociaux et du web. La Commission a également l'intention de poursuivre les médias suisses et belges qui violeraient la loi
. Cette commission ne sanctionne pas elle même toute constatation de manquement à la législation mais est habilitée à rapporter les faits au parquet qui décidera des suites à donner. Là où l'on peut s'interroger sur sa pleine efficacité c'est d'une part le faible nombre d'individus oeuvrant en son sein (ce qui ne présume en rien de leur capacité de travail) et surtout la puissance des logiciels pouvant obtenir de tels résultats en direct. A posteriori, il est déjà plus simple de pouvoir obtenir des preuves, l'indexation croissant avec le temps. Cependant une surveillance en temps réel pose autrement plus de questions de faisabilité. D'autant que plusieurs sources de diffusion sont visées : forums, réseaux sociaux, sites Internet... Et quid d'un langage codé subtil que certaines communautés emploieraient pour brouiller les pistes?

Les médias Suisses sont-ils en outre tenus de respecter la loi Française? Fondamentalement, et à moins d'une convention bilatérale expresse en ce sens, la réponse est négative. En tant que pays souverain, la Confédération Helvétique n'est absolument pas en demeure d'obéir aux injonctions en provenance de Paris. Seule une transmission des poursuites pourrait être envisagée par commission rogatoire entre les deux ministères de la justice sans pour autant que cette dernière ait des chances d'aboutir favorablement. Et puis, en définitive, ne faudrait-il pas au contraire se féliciter que ces mêmes médias accordent autant d'attention aux élections Françaises ?

Nonobstant ces réserves, l'on peut relever toute l'importance qui est accordée par les autorités aux nouveaux moyens de communication et prioritairement les réseaux sociaux (Twitter et Facebook en ligne de mire pour les plus connus). Non seulement pour véhiculer une information stratégique mais capables d'influencer le résultat, même aux marges, d'un scrutin national. Fantasme ou réalité? Le 22 avril donnera déjà une idée du phénomène...

MAJ : Ce lundi 22 avril, la commission de contrôle de la campagne a préconisé pour éviter pareilles complications et suspicions de fermer tous les bureaux de votes à 20h heure française. Une mesure qui sonnerait juste et qui éviterait cette disparité étonnante entre grandes villes et reste de la France métropolitaine. Du reste, les médias Suisses ont joué la conciliation en respectant le délai de 20h avant de publiciser les résultats des élections présidentielles Françaises, permettant d'une part de ne pas irriter les autorités judiciaires Françaises et d'autre part de bénéficier de résultats plus affinés.

mardi 17 avril 2012

Cinq bougies pour Cyberstratégie Est-Ouest

Hé oui, cinq années où un 17 avril 2007 je me suis mis réellement au blogging. Ouvert en décembre 2006 puis laissé en jachère, le blogue prit son réel envol avec ce premier article consacré à la Loi pour la Confiance dans l'Économie Numérique (LCEN). Il ouvrit le bal d'une série de billets consacré à la cyberstratégie, au monde Russe et à ces deux univers joints le cas échéant.

Cette longévité je la dois à vous chers visiteurs dont le flux n'a cessé de croître au fil du temps.
Agoravox, Сетевой Интеллектуальный Клуб (World Intellectual Network), Alliance Géostratégique furent des jalons importants durant la vie de celui-ci, et dont la collaboration fut amplement profitable pour la stimulation intellectuelle induite.

Coup d'oeil dans le rétro sur ce qui n'était au début qu'un brouillon numérique s'est révélé un exercice passionnant, chronophage certes mais pédagogique et didactique. 

Quelques très anciens articles que je souhaite mentionner rétrospectivement ici même par leur contemporanéité, les pistes de réflexion lancées ou tout simplement pour leur aspect singulier : 

    Certains articles publiés en ligne vont par ailleurs être réactualisés et corrigés là où ils se doivent dans le cadre d'une compilation à venir.

    En cadeau d'anniversaire, je vous livre en exclusivité mon intervention au format PDF lors du colloque international du bicentenaire du Code Pénal en 2010 organisé par l'Université de Strasbourg où mon intervention fut axée sur La peine à l'ère du numérique.
    En vous en souhaitant une lecture agréable!

    Extraits : 
    ...
    L'âge du numérique pose en réalité la problématique non de l'inexistence de règles de droit applicables mais d'une appréhension du phénomène qui n'est ni plus moins qu'une révolution sociétale et technologique en marche. Pour autant, les praticiens ne sont pas dépourvus de moyens.
    ...
    Innovation technologique majeure avec toute une grappe d'innovations connexes, Internet et les réseaux numériques en général mettent à l'épreuve l'adéquation entre les peines existantes et les réponses attendues par les différents acteurs du corps social. Il est un défi réel en ce sens qu'il est évolutif et que des solutions sommaires comme trop péremptoires n'aboutiront qu'à des résultats décevants comme coûteux pour la collectivité...

    jeudi 12 avril 2012

    Sous les arcades de l'Union Soviétique

    Petite découverte ludique sur un site Russe : les jeux d'arcade de l'Union Soviétique.

    L'on s'imagine l'Union Soviétique comme un pays à l'univers social extrêmement empesé et dénué de toute gaieté. Ce serait pourtant faire fi du sens de l'humour si particulier des Russes qui raffolent des anecdotes (anecdotes ayant une autre signification en russe, анекдот désignant plutôt une histoire drôle). Et l'on découvre qu'ils étaient aussi de fieffés joueurs dans les années 80 où les bornes d'arcade ont commencé à se populariser (rappelons que Pong d'Atari en 1972 a été le premier jeu d'arcade produit en série).

    Le site présente de fait plusieurs jeux décortiqués avec explications et photographies. Certains ayant même été émulés en langage flash pour votre plus grande curiosité (cliquez sur le bouton rouge marqué старт). N'hésitez pas à vous plonger dans une ambiance délicieusement rétro. Le musée n'existe pas uniquement que virtuellement puisqu'il est possible de rencontrer ces passionnés et ces machines d'un autre temps réellement à Moscou (Москва, Бауманская ул., 11).

    Au passage, les machines fonctionnaient avec des pièces (de 15 kopecks) ou des jetons distribués par le club de jeu.

    Le site : Музей советских игровых автоматов dont plusieurs versions en langues étrangères (mais hélas sans le français)

    lundi 9 avril 2012

    L'intelligence collaborative au service de l'innovation par les réseaux sociaux : synthèse


    Participant au colloque international organisé par l'ISERAM le jeudi 5 avril sur le thème Entrepreneurs, innovation et création de valeur dans la mondialisation, mon intervention fut axée sur L’innovation par l’intelligence collaborative avec l’appoint des réseaux sociaux. Lesdits réseaux me tenant particulièrement à coeur puisqu'outre quelques billets sur ce même espace de publication, j'eus aussi l'occasion de les évoquer de manière connexe lors de mon récent article au sein de la Revue de Défense Nationale, Internet : catalyseur d’un nouveau paradigme économique, générationnel et géopolitique, ainsi que deux analyses à venir pour le compte de l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques).

    Le public, nombreux, fut à la fois attentif et réactif. L'échange a été soutenu et pléthorique, signe d'un réel intérêt pour l'avènement des réseaux sociaux numériques, ce dont je me félicite.

    Pour les personnes n'étant pas présentes et en attendant la publication des actes du colloque, je suis en mesure de leur fournir un condensé de ma réflexion en même temps que je souhaite expliciter des points qui auraient pu apparaître obscurs durant l'exposé.

    À ce stade, il convient de mettre en exergue que l'intelligence collaborative, ou collective, n'a fort heureusement pas attendu l'avènement des réseaux sociaux pour émerger au sein de l'Humanité. Nonobstant ce qui pourrait passer pour une lapalissade, la problématique était de savoir en quoi et dans quelle mesure l'intelligence collaborative (Joël de Rosnay évoquant préférentiellement l'intelligence collective dans son ouvrage La révolte du Pronetariat) bénéficiait-elle de l'apport de ces réseaux sociaux ?

    Les réseaux sociaux peuvent être subdivisés en plusieurs catégories, idéalement quatre : publics, privés (ou d'entreprise), propriétaires, open source. Ils ne sont pas si récents que l'on pourrait le penser, et sont plus une évolution qu'une révolution technique. Exemple : Lotus Notes existe depuis... 1989! Certes, il ne bénéficiait pas de toutes les options actuelles mais les bases étaient déjà posées. Pour autant, leur intérêt réside principalement dans leur action de catalyser les énergies et les compétences de tout individu concerné. Catalyser... et non initier. La différence réside dans la force motrice initiale : c'est l'Homme qui doit actionner et employer l'outil. Ce dernier ne saurait se mouvoir de lui-même. Il est impératif de bien saisir que les réseaux sociaux ne sauraient par eux-mêmes dégager de l'innovation. Ce sont des facilitateurs mais non des moteurs. C'est là un point essentiel sur lequel je tiens à insister et éviter toute ambiguïté.
    Ensuite, le réseau social a pour fonction première de rationaliser, favoriser et optimiser les échanges et processus au sein de l'organisation. Toutefois, l'innovation ne saurait jamais être trop loin de manière connexe. Soit elle apparaît de manière incidente par l'échange soit elle apparaît par incitation hiérarchique et organisationnelle. En outre, le réseau social public ou d'entreprise sert lui même l'innovation au niveau managérial : il n'est pas sans conséquence ni bouleversement pour les entreprises entendant l'introduire.
    L'innovation par les réseaux sociaux est favorisée par plusieurs avantages : la rapidité de diffusion ; l'interactivité avec les associés, clients, fournisseurs, experts et même simples observateurs ; un moindre coût en réunissant tout en un au lieu d'une pléthore de logiciels ; l'incitation au dynamisme par l'émulation réciproque.

    Pour conclure : le réseau social numérique n'est ni un gadget technique, ni un phénomène de mode, ni une solution miracle. Si une entité souhaite un réseau social, il convient préalablement de passer par un audit afin de s'assurer de l'intérêt de celui-ci, et définir lequel serait le plus à même de répondre aux besoins de l'organisation, qu'elle soit publique ou privée. L'innovation n'est pas obligatoirement à la sortie du tunnel numérique, mais elle est en grandement facilitée par la maïeutique informatique.

    Enfin, le début de mon intervention en attendant la publication des actes du colloque : 
    Dans ses prolégomènes de la révolte du pronétariat, Joël de Rosnay énonçait l'intelligence collective de la manière suivante : « Dans la société de l’information, l’économie d’échelle ne s’applique plus selon les mêmes normes. La reproduction de contenus numériques se fait à un coût marginal et la diffusion peut être mondiale et instantanée. La création collaborative, ou intercréative, fait appel à des réseaux d’intelligence collective et non plus à des organisations humaines pyramidales ».
    Les maîtres mots sont ainsi couchés.
    Société d'information : une société où l'information n'est plus une richesse pour elle même mais par son emploi et la propension à en tirer une plus-value intellectuelle créatrice et innovante. L'homme n'est pas dépossédé de son action face à un ensemble exponentiel de moyens de créer, diffuser et collecter l'information, il en demeure le maître par l'obligation de trier, traiter et employer l'information à des desseins personnalisés, ce qu'aucun système automatisé ne saurait effectuer avec intelligence même si ces derniers servent à faciliter ce labeur tout en demeurant limités car prisonniers de leurs algorithmes prédéfinis (outils ils sont, outils ils resteront) et pouvant difficilement déborder de la simple compilation et archivage.
    Réseaux d'intelligence collective : juxtaposition de mots qui met en relief une synergie. Les réseaux ne sont plus simplement des mises en rapport d'individus mais des catalyseurs d'intelligence car initiant une mise en collectivité de cette qualité intrinséque. En résumé : ce qui était cloisonné individuellement peut profiter à l'ensemble du groupe par une mise en commun via une infrastructure efficiente. Rejoignant en cela la prescience du professeur Pierre Lévy qui évoquait déjà en 1997 le concept d'intelligence collective au sein du monde virtuel.

    Enfin sans quitter le sujet, un communiqué d'avertissement quant à l'emploi des réseaux sociaux par le Ministère de la Défense : http://www.defense.gouv.fr/guide-medias-sociaux/telecharger.pdf
    Au final, beaucoup de bon sens et un rappel sur la question de l'oubli numérique :
    • Respecter le secret professionnel (cf. article L4121-2) et le devoir de réserve.
    • Faire preuve de réserve quant à vos opinions, croyances notamment religieuses, philosophiques ou politiques.
    • Faire preuve de réserve sur les décisions et pratiques mises en oeuvre au sein de vos unités.
    • Respecter vos obligations et responsabilités (loyauté et obéissance…)
    • Respecter l’image de la Défense.
    • Tout ce que vous publiez, partagez sera difficile à effacer : l’oubli numérique n’existe pas. Sur les médias sociaux, vous vous créez une identité numérique. Restez en adéquation avec ce que vous êtes, ce que vous représentez.
    • Avant publication, réfléchir au fait que vos destinataires ne sont peut-être pas tous bienveillants.
    • Sensibiliser vos familles, notamment vos enfants, aux conseils contenus dans ce guide.

    Enfin et toujours sur le même sujet, au sein de la Tribune du 10 mars 2012 un article revient sur l'acquisition surprise, et onéreuse, de la société de partage d'images sur mobile Instagram par Facebook. Pour la somme d'un milliard de dollars.
    L'un des points évoqués est à mon sens totalement dans le vrai : une bulle spéculative 2.0 qui ne cesse d'enfler.
    Un milliard pour une société sans modèle économique et sans chiffre d'affaires ? C'est la « bulle 2.0. » Des signes avant-coureurs sont apparus lors de l'introduction en Bourse du Facebook chinois Renren, du réseau social pour professionnel LinkedIn ou de Zynga le leader des jeux pour réseaux sociaux : il y a un engouement des investisseurs pour ces sites Internet dont l'audience connaît une croissance exponentielle.
    Facebook en est bien sûr l'exemple emblématique avec sa valorisation attendue à 100 milliards, à comparer par exemple avec les 200 milliards de capitalisation de Google. Ce sera la plus grosse introduction Internet de l'histoire, devant celle du moteur de recherche qui avait levé 1,7 milliard en 2004, et l'une des dix plus grosses entrées en Bourse de l'histoire de Wall Street, tous secteurs confondus.


    Les réseaux sociaux bénéficient d'un engouement qui n'a cessé de se confirmer les années précédentes. Ce faisant, l'inquiétude ne peut qu'être de mise en raison des sommes engagées sur des sociétés qui fondamentalement ne génèrent pas ou peu de chiffre d'affaires (et pour certaines comme Groupon accusent même une perte croissante inquiétante). Pour l'heure certaines fortunes d'hier plongent irrémédiablement faute d'avoir prit suffisamment tôt le train du 2.0, tel Yahoo pour qui rien ne va plus depuis de très nombreux mois et qui vient d'annoncer la suppression de 2 000 emplois.

    vendredi 6 avril 2012

    Café stratégique numéro quinze : jeux d'influence en Somalie

    Quinzième numéro (déjà) des cafés stratégiques...
    Pour l’occasion nous poserons notre regard sur une région méconnue : la Corne de l’Afrique. Roland Marchal, chargée d’études au CNRS/CERI Sciences Po viendra évoquer les jeux d’influences observables en Somalie.


    La situation en Somalie se trouve radicalement modifiée depuis quelques mois : les Shebab ont quitté Mogadiscio en août, les Kenyans et les Ethiopiens ont lancé des opérations miliaires au sud et à l’Ouest du pays, la mission de l’Union Africaine (AMISOM) doit être révisée et de nouveaux financements sont nécessaires, etc.
    Mais un autre enjeu doit être relevé, celui de la coordination des différents acteurs présents sur place.

    En effet, la Somalie est un carrefour d’influences. Roland Marchal a montré que c’est l’intervention éthiopienne de 2006 et le soutien américain dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, qui ont créé un appel pour des éléments étrangers et le développement du radicalisme. Certes cette tendance existait auparavant mais uniquement au sein d’une frange minoritaire.
    Depuis d’autres acteurs étatiques imposent leur agenda dans le processus en cours. D’ailleurs, la conférence de Londres en février 2012 avait pour objectif de coordonner tous ces acteurs. Le 12 avril, nous demanderons à Roland Marchal de nous éclairer sur le rôle joué actuellement par : la Turquie qui fut la première à réouvrir son ambassade à Mogadiscio en 2011, mais aussi le Qatar, l’Iran, l’Arabie Saoudite, etc. Quelle est la politique de ces acteurs en Somalie ? Pensent-ils vraiment que processus en cours en Somalie est guidé par l'UA et l'IGAD et donc suivent les agendas des Occidentaux et des Ethiopiens ? Se montrent-ils plus efficaces que les Occidentaux justement (Etats-Unis et Européens) ? Quelle coordination possible avec ces derniers ?

    Pour répondre à ces questions et débattre avec Roland Marchal rendez-vous le jeudi 12 avril 2012 de 19h à 21h (entrée libre), Café Le Concorde, métro Assemblée nationale, 239, boulevard Saint-Germain 75007 Paris

    Bibliographie :

    - Markus Virgil Hoehne, “Counter-terrorism in Somalia, or : how external interferences helped to produce militant Islamism”, 17 décembre 2009, (en ligne) consulté le 15 juin 2011
    - Roland Marchal, “Islamic political dynamics in the Somali civil war”, in Alex de Waal (ed.), Islamism and Its Enemies in the Horn of Africa, Indiana University Press, 2004
    - Roland Marchal, « Somalie : un nouveau front antiterroriste ? », in Les Etudes du CERI, n°135, juin 2007, 28p.
    -David H. Shinn, “Al-Qaeda in East Africa and the Horn”, in The Journal of Conflict Studies, Eté 2007, 29p.

    Revue de presse :
    - Turkey challenges Iran in Somalia ICI
    - Only Turkey is showing solidarity with Somalia's people ICI
    - Turkey takes giant leap toward Africa, prioritizes Somalia on agenda ICI
    - Turkey's Increasing Role in Somalia: An Emerging Donor? ICI
    - HH Shaikh Nasser reiterates Bahrain's support to the brotherly Somali people ICI
    - La Somalie à la veille d'un tournant majeur ? ICI
    Sonia Le Gouriellec, Good Morning Afrika

    lundi 2 avril 2012

    Le parti qui ne fait plus rire les autres partis Allemands

    Énoncé au sein de la tribune parue dans la Revue de Défense Nationale en janvier 2012 à travers mon analyse du phénomène Internet en tant que catalyseur d'un nouveau paradigme, le parti Pirate Allemand s'ancre dans le paysage politique national, dans les pas de la Suède qui avait réussi aux dernières élections Européennes à envoyer deux députés.
    En septembre 2011, le Parti Pirate à Berlin avait raflé pas moins de 9% des voix des électeurs. Et l'on pouvait se poser la légitime question de savoir si le phénomène était éphémère ou allait être confirmé lors des élections suivantes.
    La récente élection en Sarre (Saarland) avec 7,4% des voix obtenues le 25 mars a fourni un élément de réponse.

    Tout porterait à croire que le jeune parti (le premier parti du genre né en Suède datant de... 2006) devient une force que les autres formations, à commencer par les Grünen (Verts) et le FPD (libéral), commencent suffisamment à considérer pour se permettre de les tancer.

    Le corpus idéologique est sensiblement le même partout dans le monde mais il s'offre des variantes nationales. Ainsi en Allemagne, le PP (Piratenpartei) dénonce l'ACTA et toute mesure attentatoire aux libertés liées à Internet mais va aussi plus loin en évoquant la dépénalisation des drogues douces ou encore l'auto-détermination sexuelle. Éléments que l'on ne retrouve pas, par exemple, chez le Parti Pirate Français. Ce dernier d'ailleurs venant de lancer son site de campagne pour les législatives. Son programme étant de ce fait très centré sur les problématiques numériques, ne débordant que sur la marge pour tout ce qui concerne les sujets annexes.

    Comme le rappelle le blogue Electorallemand, la progression du PP en Allemagne n'est pas sans analogie avec celle des écologistes. Ce que le TAZ relevait déjà au sein d'une analyse en date du 19 septembre dernier. Il est vrai que si les deux partis sont nés d'une contestation envers l'ordre établi et fruits d'une nouvelle donne à intégrer au débat politique, les deux formations « chassent » sur des terres similaires, ce qui tôt ou tard ne peut que provoquer un clash frontal. C'est ce qu'exprimait justement le responsable des Verts, Juergen Trittin en désignant le Piratenpartei comme une complication du schéma électoral pour son propre parti. Une vision partagée par Renate Künast, la pasionara du mouvement écologiste et ancienne ministre fédérale de 2001 à 2005, qui vient d'avouer dans l'édition du 1er avril 2012 que la lutte risquerait d'être longue avec ce nouveau venu. Du reste, le positionnement du parti n'est pas encore totalement établi, ce qui lui vaut aussi des lazzi en provenance du mouvement politique libéral FDP, d'autant que Mark Neis, un des membres du Parti Pirate Sarrois n'hésite pas à qualifier sa formation de libéraux humanistes (« Sind die Piraten also die bessere FDP? Ja, denn sie sind die humanistischen Liberalen »). Une manière de brouiller encore plus les tentatives de décryptage...

    Si le mot d'ordre de départ était Die Gedanken sind frei, le PP doit désormais savoir qu'il ne peut plus bénéficier de l'effet de la surprise et comptera des adversaires sur son chemin. Tout comme il lui faudra affermir ses positions sur certains thèmes de campagne.
    Et faire une première percée nationale aux élections fédérales de 2013?