mardi 28 février 2012

Les iconoclastes des années 30 : Peugeot 402 Andreau et GAZ A-Aero

Petite digression automobile sur deux modèles de concept-cars élaborés dans les années 30 fascinantes de beauté pour l'époque : la Peugeot 402 Andreau du constructeur Peugeot et la GAZ A Aero (ГАЗ-А-Аэро) du constructeur GAZ.



Le modèle Français sortit publiquement en 1936, tandis que son homologue Russe, enfin Soviétique, fut de deux ans plus précoce, puisque sa première apparition est datée de 1934.
Ce qui frappe dans ces modèles c'est la pureté de leurs lignes, et cette impression de caractère racé et futuriste. À signaler à ce propos une version sport de la 402, la Darl' Mat. Les connaisseurs remarqueront que l'Aero est une version passablement modifiée du modèle de base GAZ-A, produit en série depuis 1932 où les différences s'affichent plus que les ressemblances.

Je ne suis pas assez spécialiste pour parler dans le détail des caractéristiques techniques [1], je me bornerai par conséquent à vous renvoyer aux articles Wikipédia afférents et aux liens que je vous fournis dans le présent billet. Veuillez m'excuser cette facilité inhabituelle, tenant à vous faire profiter principalement de l'existence de ces véhicules relativement atypiques à leur époque.

Deux sources d'informations supplémentaires : Zhurnal.lib.ru pour la GAZ Aero et Vroom.be pour la 402 Andreau.



Et mentionnons l'existence pour les amateurs de belles courbes anciennes combinées à la puissance et confort modernes que le préparateur/constructeur Allemand Wiesmann reprend ces caractéristiques pour le plus grand bonheur des amateurs de belles mécaniques. La marque au gecko ayant suivi une belle ascension depuis ses débuts, somme toute très récents (1985 pour la création de la société et 1987 pour le premier modèle exposé publiquement).


[1] A minima, la GAZ-A Aero était capable d'atteindre 106 Km/h en vitesse de pointe et la 402 Andreau près de 120 km/h.

vendredi 24 février 2012

La Lettonie entre crise et crispation

Article paru sur Alliance GéoStratégique le 27 février 2012

L'information n'a hélas pas vraiment percé dans les médias francophones, pourtant il s'est déroulé récemment un avatar des relations particulièrements tendues entre la Russie et les Pays Baltes. Une zone géographique où l'on ne perçoit pas toujours très clairement la ligne de fracture entre anciens membres de l'Union Soviétique.

Pourtant l'on peut se remémorer par exemple des échauffourées consécutives au déplacement d'une statue de l'Armée Rouge en 2007 ayant émaillé l'Estonie déclenchant ce que d'aucuns considèrent comme la première cyberguerre entre États [1] (quelque peu hâtivement car l'univers cyber ne répond pas à des règles ou à un terrain d'opération conventionnels mais ceci est un autre thème). Pour autant, la Lettonie, qui partage une frontière commune avec la Fédération de Russie et la République du Bélarus, ne le cède en rien à une certaine animosité vis à vis de l'héritière de l'ex-Union Soviétique. Et la crise économique qui l'a frappé, faisant plonger son PIB de 18% (!) en 2009 n'a en rien amélioré son humeur nationale [2]. Les statistiques s'accordent généralement pour estimer entre 30 et 40% les locuteurs russophones sur le territoire Lettons. Or c'est précisément de cette importance d'une diaspora Russe ou assimilée qui semble inquiéter nombre de résidents nationaux, et en corollaire les autorités qui ont multiplié certaines mesures particulières, notamment la mention "alien" (étranger en anglais) sur les passeports délivrés à nombre de russophones. Un procédé ayant quelque peu chagriné certaines instances internationales.

C'est dans ce contexte que le 18 février 2012 a été organisé un referendum pour déterminer si le russe devait devenir une langue administrative au même titre que le letton. Le résultat fut écrasant puisqu'il a entériné le fait que 78% des votants ont rejeté cette éventualité. Précisons que nombre de russophones ne purent voter du fait de leur non reconnaissance officielle sur le territoire Letton. Tout comme en Estonie, la minorité Russe le restera et demeurera un sujet de discorde fâcheux entre les deux États. Du reste, cette non-reconnaissance peut poser de réels soucis : en excluant les russophones de son système politico-judiciaro-administratif, les autorités ne vont-elles pas en faire des opposants acquis à une cause étrangère, ce dont ils sont souvent soupçonnés? ; comment continuera de réagir la Russie si des russophones sont de plus en plus brimés, elle qui fait de la protection de ses ressortissants à l'extérieur (bien que les russophones de Lettonie n'aient pas de passeport Russe mais demeurent assimilés) un levier de sa politique avec ses proches voisins? Seule la Lituanie plus au sud a trouvé pour l'heure une solution acceptable par les parties en promulgant la loi sur les minorités ethniques de 1991 [3] en décidant d'une intégration en douceur, sans pour autant renier sur une quelconque lituanisation de la société.

Malgré tout, la Lettonie fut bienheureuse en 2010 de pouvoir vendre pour 2,27 millions d’euros, Skrunda-1, une ancienne base militaire Soviétique désaffectée. Une somme bien coquette pour un endroit restant entièrement à réaménager. Skrunda qui par ailleurs fait partie de ces villes fantômes contemporaines qui furent pourtant des lieux stratégiques durant la guerre froide (concernant Skrunda-1, l'endroit abritait une station radar). Reste à savoir à quoi vont donc bien pouvoir servir ces 40 hectares de terrain en friche désormais aux mains d'un investisseur Russe toujours inconnu?

[1] Et qui aura pour résultat l'émergence un an plus tard du CCD COE, ou Cooperative Cyber Defence Centre of Excellence à Tallinn. Site officiel : http://www.ccdcoe.org
[2] La situation donna même lieu à des émeutes sociales relativement importantes en 2009, lesquelles se soldèrent par une tentative de prise d'assaut du parlement par quelques manifestants.
[3] Traduction par l'Université Laval du Québec : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/lituanie-loi-min.htm

mardi 21 février 2012

Revivre l'histoire (inachevée) de l'industrie vidéoludique par une simulation de management


L'industrie du jeu vidéo est devenue complètement mature au sortir des années 90 au point de dépasser, est-il souvent relaté, les revenus issus de l'industrie du cinéma. Pour rappel : 52 milliards € : chiffre d'affaires du jeu vidéo dans le monde (matériel et logiciel, prévisions 2011) ; 2,7 milliards € : chiffre d'affaires en France (prévisions 2011) ; 5,2 milliards € : chiffre d'affaires des jeux sur téléphones mobiles dans le monde (prévisions 2011) ; 20 milliards € : chiffre d'affaires des jeux sur consoles de salon et portables dans le monde (prévisions 2011) ; 13,3 milliards € : chiffre d'affaires du jeu en ligne dans le monde (prévisions 2011).

Ce secteur d'activité marchant main dans la main avec le monde de l'informatique, et notamment de l'équipement matériel. Et de nos jours, le marché des mobiles et des set-top box (boîtiers-décodeurs) prend le relais des consoles de salon, avec entre autre l'émergence de jeux spécifiques pour ces plate-formes en sus de ceux issus de portages.
Le marché des boîtiers-décodeurs est par ailleurs en plein essor, d'une façon somme toute logique puisque le couple boîtier/écrans a tout pour devenir incontournable dans les foyers et bénéficie d'une évolution technique désormais satisfaisante pour non seulement des services à la demande mais aussi offrir des ludiciels disposant d'une jouabilité suffisante mais surtout d'un rendu agréable (le HD n'y étant pas pour peu). À ce titre, la société Française Gameloft s'est insérée sur ce marché concomitamment avec le lancement de la Freebox Revolution, la dernière née des boîtiers Internet/TV de la société Free accompagnée d'une télécommande aux commandes proches d'une manette de jeu. Un bel exemple de convergence des technologies de l'information et de la communication.

Ajoutons aussi l'émergence d'une activité économique soutenue par les jeux en ligne via les réseaux sociaux, les casual games ou jeux occasionnels. Un marché dont Zynga est l'un des meilleurs emblèmes sur Facebook avec ses titres phares comme Cityville ou Farmville, ayant généré près de 600 millions de dollars en 2010. Peu étonnant que le fonds Russe Digital Sky Technologies, le Japonais SoftBank et même l'Américain Google aient investi plusieurs millions d'euros au sein de cette société en pleine expansion.

Pour plus d'informations, le site de l'AFJV


C'est tout cet univers que se propose de vous faire revisiter un développeur indépendant Danois, Velocigames, à travers une série de jeux de management que sont les Gamebiz. Ces derniers étant uniquement disponibles sous forme dématérialisée, c'est à dire en téléchargeables en ligne. Enfin le dernier opus pour être exact car les deux premiers sont désormais des gratuiciels par la volonté du développeur. 
Une série qui a mûri au fil du temps au point d'être en sa troisième itération, un petit monument du genre (et malheureusement bien esseulé sur le marché). Ainsi vous serez amené à voir évoluer votre (très) petite société du tout début des années 1980 jusqu'aux années 2030 en se positionnant comme un acteur majeur spécialisé dans le domaine matériel (ordinateurs, consoles, ordiphones etc.) ou logiciel (développeur ou éditeur), voire si les moyens vous sont permis, sur les deux plans comme ce fut le cas pour la société nippone Sega. Le tout en jonglant avec vos menues économies et le dilemme d'emprunter des sommes rondelettes pour de lourdes réalisations à venir qu'il faudra rembourser à terme avec intérets, et si vous vous y sentez plus à l'aise, le boursicotage avisé sur les valeurs technologiques à la bourse.

Qui dit management dit ressources financières mais aussi humaines, et là tout se corse particulièrement car il vous faudra embaucher des spécialistes en matériel informatique, en graphisme, en design, en programmation et en édition. Sans omettre l'obligation de les tenir à jour des connaissances du secteur, ce qui nécessitera de dégager du temps libre pour les remettre à niveau ou à investir dans un programme pédagogique dédié. De même que la qualité de professionnels dans le domaine de l'édition vous amènera des développeurs plus renommés désireux de se faire éditer chez vous et augmentera votre capacité de production (pour peu que vous ayez investi dans des lignes de production préalablement). De plus, il sera nécessaire de confier une équipe à un membre disposant d'un niveau conséquent en commandement et organisation.
Enfin, un grand show annuel (l'E3, Electronic Entertainment Expo) désignera les produits les plus en vue en distribuant des prix et en fonction du stand que vous aurez loué durant ce grand-messe, offrira un meilleur éclairage à vos produits futurs encore en développement.

Il serait bien trop long de tout relater, toutefois quelques détails complémentaires pour attester du sérieux de la simulation : ainsi l'obligation de gérer l'agencement des éléments situés sur une carte mère tout en évitant la surchauffe et le manque de place ;  les prévisions du secteur obligeant parfois à retarder la sortie d'un matériel ou d'un logiciel ; le développement en interne de suites bureautiques professionnelles ; la possibilité en plein développement de prendre en considération les sorties de concurrents et par conséquent d'améliorer la qualité du produit en cours ; l'ouverture des marchés d'Europe de l'Est à partir de 1992 ; l'achat de kits de développement pour machines spécifiques et d'outils anti-piratage etc.

Quatre dates de lancement sont disponibles : 1980, 1985, 1990 et 1995. Chacune se situant dans un contexte particulier qui nécessitera une prise en compte sérieuse (exemple, commencer en 1980 vous exposera très rapidement au terrible krach du jeu vidéo de 1983). De même que l'implantation dans une zone donnée de votre société vous obligera à vous soumettre à des taxes différenciées (la France étant la moins accueillante à ce titre dans le jeu!).

Une simulation très professionnelle qui devrait à terme selon certaines indications parues sur le forum du développeur, aboutir à une quatrième occurrence.

Site officiel de Velocigames

Et puisque nous demeurons dans la sphère des jeux indépendants, annonçons déjà la tenue des EUROPEAN INDIE GAME DAYS à Marseille les 2 et 3 juillet 2012, avec remise de prix et tables rondes sur ce secteur qui affiche une belle santé économique.

MAJ : Challenges.fr annonce que l'État Français a pris en compte la déficience du secteur du jeu vidéo en France notamment à l'export et entend mettre tous ses moyens actuels (OSEO, COFACE, UBIFRANCE) appuyés par de grands groupes nationaux avec un label fédérateur Le game. Explication par le Secrétaire d'État chargé du commerce extérieur.

Les jeux vidéos français vont-il conquérir le... par Challenges

mardi 14 février 2012

Revue de presse géopolitique de février 2012

L'actualité mondiale est très riche, il est vrai que la crise financière mondiale n'en finit de provoquer des répliques ici et là et plus particulièrement sur le vieux continent qui offre au regard du monde une croissance asthmatique et des mouvements de contestation désormais endémiques.

À l'exception de l'Allemagne qui justement sert de modèle à nombre de dirigeants, provoquant en leur pays un sentiment diffus de réprobation à l'encontre de responsables politiques semblant hypnotisés par un modèle étranger. Car l'Allemagne comme toujours suscite bien des fantasmes qui ont le mérite pour l'analyste d'être la mèche à feu afin de se plonger plus en détails dans la réalité.

Le Courrier International s'est justement saisi du dossier pour en faire sa une de cette semaine. Avec une sélection d'articles de Der Spiegel, du Los Angeles Times, du Dagens Nyheter, du Newsweek Polska ou encore du Süddeutsche Zeitung. Lorsque l'on aime on ne compte pas, surtout en cette période de Saint Valentin, mais il est dommage de ne pas disposer d'encore plus de matériau sur le sujet. Quoiqu'il en soit, un focus passionnant qui ne se présente ni à charge ni à décharge de ce qui est devenue la principale puissance Européenne sans contestation depuis près de deux ans. Toutefois, et je rejoins en cela l'article du Monde, l'Allemagne devient un mastodonte politique (elle l'était déjà économiquement bien avant) sans vraiment l'avoir souhaité mais doit désormais l'assumer et tâtonner dans la tourbillonnante et piégeuse arène des puissances mondiales.
Extrait du Monde du 14/02/2012 : 
...Les Allemands se retrouvent dans l'étrange position d'être respectés, et même admirés, dans le reste du monde - rien n'impressionne plus les Chinois ou les Singapouriens que l'efficacité allemande ! - mais toujours contraints de feindre l'humilité auprès de leurs voisins et partenaires de l'UE. Cet inconfort est d'autant plus paradoxal que l'Allemagne a bel et bien émergé de la crise de l'euro comme le leader de l'Europe. Non seulement en raison de la taille de sa population et de son PIB, mais aussi parce que son économie est mieux gérée que celle des autres. Et parce que la situation est si grave, les acteurs si affaiblis, que l'on cherche un leader, désespérément.
Alors, de plus en plus, l'Allemagne remplit ce rôle, volontairement ou non. Lorsque Mme Merkel va à Pékin pour demander à la Chine d'investir en Europe, elle se présente de facto comme le leader de l'UE. Lorsqu'elle offre de venir soutenir la campagne de Nicolas Sarkozy, sans imaginer que ce soutien est à double tranchant, c'est qu'elle se sent forte. Lorsqu'elle exprime sa vision de l'Europe, "union politique", à six journaux européens ou en ouverture du Forum de Davos, cette vision a du poids parce qu'elle émane du numéro un allemand. C'est, après tout, à Berlin et non à Paris ni à Londres que le ministre polonais des affaires étrangères, Radek Sikorski, a choisi d'aller prononcer, fin novembre, son discours de fin de présidence polonaise de l'UE...


Autre publication ayant suscité toute mon attention : Carto. Un magazine bimensuel se proposant d'expliciter les enjeux mondiaux, présents et même passés, à travers l'études des cartes. Il est vrai que le succès sur la chaîne franco-allemande ARTE du Dessous des Cartes n'est peut-être pas pour rien dans le lancement de cette revue qui en est déjà à sa neuvième édition. Précisons que le premier numéro sorti en octobre 2010 traita de la puissance Russe en guise de sujet central.

L'on peut être quelque peu dérouté par le kaléidoscope de sujets disparates traités au sein d'un même numéro. Cependant, ce qui pourrait être une faiblesse se révèle une force tant l'on se plait à prendre connaissance de contrées n'ayant peu, voire pas du tout, fait l'objet de développement dans les actualités des grands médias (surtout télévisés malheureusement où l'on nivelle par le bas). Ainsi pour parler concrètement, ce numéro de début d'année revient en détails sur la guerre d'Algérie, avec de nombreuses cartes explicatives sur le déroulement de celle-ci mais aussi des plans antérieurs au déroulement des opérations. Pour le reste, et comme le Qatar semble de plus en plus susciter d'analyses, deux géographes, Philippe Cadène et Brigitte Dumortier se sont penchés sur l'émergence réelle ou extrapolée des puissances du Golfe Persique. L'on transite ensuite par la Moldavie, une ex-république Soviétique plongée dans l'oubli et qui demeure néanmoins une zone de conflit gelée. Un petit tour par l'île de Madeire, possession Portugaise, qui croûle de nos jours sous une dette difficilement gérable. Du plus exotique thématique avec l'industrie du manga au Japon ou encore la vente de terre Islandaise à la Chine. Un article moins anodin qu'il n'y paraît : comment cartographier des entités dont le territoire est écrasé en superficie par les voisins, comme l'Océanie? Un bien instructif petit dossier sur la course aux terres fertiles, cet or vert qui suscite de plus en plus de convoitises chez les puissances émergentes.

En somme, du bel ouvrage qui malgré une somme un peu rebutante au départ, près de 11 €, vaut l'investissement pour l'ensemble des informations délivrées avec l'avantage que la probabilité d'un sujet peu attractif soit compensée par une autre suscitant l'intérêt du lecteur. 

samedi 11 février 2012

UE - Russie : vers une pleine reconnaissance réciproque des décisions judiciaires



Organisée par la Société Juridique Franco-Russe, une conférence sur la reconnaissance réciproque des décisions judiciaires en partenariat avec la Cour de cassation.

Cette conférence aura lieu le 17 février 2012 à la Grand'chambre de la Cour de cassation et sera traduite simultanément en russe et en français. Le Premier Président de la Cour, Monsieur Lamanda ouvrira les débats. Plusieurs très hautes autorités russes seront présentes et notamment Monsieur Yakovlev, conseiller à la justice du Président de la Fédération de Russie et ancien ministre de la Justice ainsi que Monsieur Ivanov, Président de la Haute Cour Commerciale de la Fédération de Russie. D’autres très hautes autorités russes des ministères de la Justice et des Affaires étrangères sont attendues dont Monsieur Lyubimov Vice Ministre de la Justice de la Fédération de Russie. Sont encore attendus des spécialistes de tout premier plan sur les questions de droit international privé et sur les relations juridiques franco-russes.

Il convient de souligner que si les relations entre l'UE et la Russie ne cessent de s'améliorer, les décisions judiciaires des pays de l’Union dont les décisions françaises, ne sont pas toutes reconnues en Russie et qu’également certains pays Européens refusent de reconnaître les décisions Russes. Cette situation très problématique, bien connue des spécialistes, constitue une source interminable de difficultés. Une solution en faveur de la libre circulation des jugements ouvrirait la voie pour le traitement de nombreuses autres problématiques juridiques et commerciales qui persistent entre les pays de l'UE et la Russie. 

L'ambition de la conférence est d'offrir à tous un lieu unique d'échange pour comprendre les raisons qui empêchent cette question de progresser depuis tant d'années alors que de nombreux gouvernements dont les gouvernements français et russe souhaiteraient que la question soit résolue. Il s'agira plus précisément de comparer les différentes approches et les difficultés concrètes qu'ont les Etats Européens et la Russie pour conclure des conventions internationales de droit privé susceptibles de régler le problème.

Conférence prévue le 17 février 2012
Cour de cassation 5 quai de l'Horloge, 75001 Paris

dimanche 5 février 2012

Café Stratégique numéro treize : au delà de la Syrie, le grand jeu


Si la Syrie fait la une de nombreuses gazettes et journaux télévisés par les violents soubresauts politiques persistants depuis des mois, elle ne saura masquer que les évènements s'y déroulant font partie intégrante d'un plus grand jeu dépassant le seul cadre Syrien, impliquant Russie, Iran et nations occidentales. Pour mieux en comprendre les tenants et les aboutissants, Joseph Bahout, enseignant à Sciences Politiques Paris et spécialiste des questions Libano-Syriennes.

Venez nombreux le jeudi 9 février 2012 de 19h à 21h (entrée libre) au Café Le Concorde, métro Assemblée nationale, 239, boulevard Saint-Germain 75007 Paris.





Comme cela se déroule en certaines circonstances, un sujet peut déboucher sur une retranscription (anonymisée) de discussions internes entre membres d'AGS. Tel est le cas avec le sujet du café du jour.


A : N’étant pas un spécialiste de la Russie, je viens de lire un article du Monde que je trouve plutôt bon. Au-delà d’alimenter l’esprit avant le café stratégique du jeudi 9 février, je me disais qu’il y avait peut-être un des notre qui éclairera les lecteurs d’AGS sur les arcanes de la diplomatie russe à l’aune de la Syrie voire des révoltes arabes ?! Est-ce prévu, pas du tout, peut-être ?

B : L’article n’est pas trop mauvais mais pêche un peu par mauvaise foi ou par naïveté. Les Russes ne sont pas faciles comme partenaires mais peut-être qu’on ne s’est justement pas donné suffisamment la peine de les comprendre. En outre, ils privilégient l’approche multilatérale avec les États membres de l’Union Européenne et sont souvent blâmés pour ce fait. Cependant, soyons sérieux : qui a attendu le quitus d’Ashton ou de van Rompuy pour l’intervention en Libye? Intervention en Libye qui par ailleurs a outrepassé le mandat accepté du bout de la plume par la Russie et la Chine, mais ceci a fait l’objet d’un article publié sur AGS je n’y reviendrai pas. Il n’en demeure pas moins que les Américains ne peuvent aussi se sentir dépités de l’attitude Russe lorsqu’ils s’arc-boutent sur le bouclier de défense antimissile dans des pays proches (voire limitrophes) de la Russie. Si la Russie déployait son dispositif antimissile au Canada pour se prémunir de toute attaque provenant du Mexique, je doute que les Etats-Unis laissent faire ça sans réagir.

Revenons sur le cas syrien. C’est une question non seulement de partenariat stratégique (la base de Tartous) mais aussi et surtout de crédibilité internationale. La Russie a lâché du lest en Libye, et elle a vu ce que cela avait donné lieu en retour. Je ne suis pas certain, comme pour l’Iran par ailleurs, que dans les hautes sphères du Kremlin, ce soutien soit sous le signe de l’enthousiasme. Il l’est en revanche sur le plan de la realpolitik. Quant à évoquer une clique politico-militariste, j’ai cru un moment que l’auteur faisait référence aux États-Unis.

L’auteure de l’article du Monde est souvent approximative voire péremptoire dans ses affirmations déformées par son abhorration du régime russe. C’est regrettable car en certaines circonstances, elle montre une intelligence analytique (exemple : le fait que les BRICs refusent toute ingérence occidentale en Syrie – souligné dans le corps du texte, mais bizarrement elle continue malgré tout à se focaliser sur la Russie).

Autre point : AOK n’est point une société d’État mais un consortium récent crée en 2006 qui regroupe plusieurs constructeurs pour mettre un peu d’ordre dans le fatras des bureaux et chaînes de production. Yakovlev n’étant que l’un d’eux. On peut se gausser du matériel russe mais sa rusticité est aussi une de clefs de sa réussite car à l’épreuve de conditions très éprouvantes. Le souci avec les Russes, c’est le « gap » des années Eltsine où tout était vendu à l’encan, y compris les ingénieurs. La Russie a perdu énormément non seulement du bouleversement logistique et de la perte de centres stratégiques (Baïkonour par exemple, loué depuis) mais aussi par l’absence total d’investissement dans la matière humaine. Le sujet serait encore très long à développer mais j’espère avoir apporté quelques éléments d’éclairage…

A : Merci pour ces précisions, B. Tu me sembles répondre largement aux questions soulevées par l’article et qui n’ont pas forcément de réponses. Je comprend bien la position (politique & realpolitik) des hautes sphères russes sans pour autant la partager. Toutefois, peut-on poser une grille prospective ? Peut-on tracer les scénarii possibles pour les semaines à venir ? La Russie continuera-t-elle son soutien ? Les pressions US/EU pèseront-elles en coulisse ? Peut-on parier sur l’écroulement du régime Assad ? Quels sont les enjeux vus de Chine ? Quelques questions sans doute naïves mais qui conditionnent probablement les prochains mouvements si jamais la Syrie tombe…ou pas. Donc avec une influence sur une possible intervention d’Israël en Iran. Mais je m’égare…

C : J’ai bien aimé l’article du Monde. Je suis d’accord avec toi, B. : les Etats-Unis ne se font pas c…r pour hurler contre les Russes mais ceux-ci ont « raison » de jouer la géopolitique. Une pointe de désaccord avec toi : les BRICS n’ont aucune identité politique et n’agissent donc pas collectivement. Le seul point qui les unit, c’est justement leur vision très « souverainiste » des relations internationales, très westphalienne, pas du tout post-westphalienne. Il est donc logique que la Russie joue dans son coin – d’où le focus de l’article du Monde; même si, sans surprise, cette ligne est partagée, plus que suivie ou coordonnée, par les autres BRICS.

B : Dur dur de prédire la suite. Car fondamentalement Moscou, et dans une mesure moindre Pékin, peuvent bloquer toute intervention extérieure mais c’est en Syrie que la suite se passera. Et au-delà de la Syrie c’est tout le grand jeu du Moyen-Orient qui refait surface, avec Israël, l’Iran, le Liban etc. Et bien sûr, des pressions diplomatiques ou commerciales réelles, voire des envois de matériel et conseillers.

Le régime d’Assad est condamné internationalement dans une large mesure, c’est déjà un fait. Une des solutions serait une porte de sortie par un régime transitoire mais je n’ai pas trop l’impression que Bachar El Assad soit prêt à cette concession tant qu’il ne sera pas acculé à cette position. Et même si Assad part, comment cela se déroulera-t-il dans le pays une fois que l’unité du CNS autour du départ d’Assad s’étiolera… On peut prendre comme exemple l’Egypte qui sombre dans la violence erratique. N’oublions pas qu’Assad est un alaouite, une des nombreuses composantes ethniques de Syrie. Qu’adviendra-t-il de cette communauté au sortir du régime?

Les enjeux Chinois sont plus discrets mais réels, d’autant que la Syrie a supporté la Chine dans la récupération de ses territoires (Macao, Hong Kong, Taïwan) avec en contrepartie l’appui chinois pour le retrait des troupes israéliennes du plateau du Golan. J’en connais deux dans AGS qui auraient beaucoup à dire sur ce sujet…

D : Puisqu’on parle des BRICS, il faut noter que l’Inde et l’Afrique du Sud ont voté en faveur de la résolution. J’ai entendu ici et là des velléités de russian bashing dans certains pays arabes. Intéressant de voir également que l’OCI a « regretté » le véto sino-russe.

B : Oui, l’Inde et l’Afrique du Sud ont voté la dernière mouture du texte car celle-ci prenait en considération leurs réserves initiales. D’un autre côté, le veto reste dans les mains de la Chine et de la Russie, ce qui ne les engagent pas à grand chose tout en se montrant conciliant au reste du monde occidental. Ceci étant, et comme C. le précisait, les BRICS ne sont pas une entité visant à parler d’une seule voix bien que cette dernière puisse compter de plus en plus à l’avenir. Par ailleurs, le concept de BRICS est une invention du groupe Goldman Sachs, de mémoire, et non une entité géopolitique sui generis. Je suis bien d’accord C. Il y a toutefois une tentative de se fédérer par des réunions multilatérales – la première ayant eut lieu à Ekaterinbourg en Russie – voici bientôt deux ans et comme tu l’énonces si bien une vision souverainiste des relations internationales.

Cependant un point qui n’engage que moi : l’Occident en se sentant dépossédé du cours de l’Histoire, risque (potentialité) de se raidir et d’intervenir de plus en plus durement, ouvertement et même maladroitement en divers points du globe. Ce qui ne manquera pas de coaliser contre elle un ensemble de pays ne partageant pas sa vision. Mais au fond, les BRICS sont surtout la démonstration que les puissances du XXème siècle sont en sérieuse perte de vitesse économique, et comme l’économie est le nerf de la guerre…

E : D’accord avec B. D’où l’urgente nécessité pour l’establishment politique de lire le livre de Zakaria « le monde Post-Américain« … ou comment l’Occident et en particulier les Etats-Unis peuvent éventuellement passer la main en douceur ou alors exercer une hégémonie d’un autre ordre…

D : Au-delà des alaouites, une chute d’Assad aurait des conséquences sur les minorités druzes et chrétiennes de Syrie. Le durcissement, je ne le vois pas que du côté occidental : qu’en est-il de la Chine ?

E : C’est pas faux: le risque de la montée aux extrêmes par prophétie auto-réalisatrice est grand… « La menace chinoise », etc… Mais il faut noter que le « Reste » – comme dit Zakaria plutôt que BRICs, a émergé à travers les règles de l’ordre international pas contre elles, au besoin en cherchant à les modifier avec par exemple le renforçement de la norme de la souveraineté par opposition à l’ingérence « occidentale » qui peut être lue ici davantage comme une opération de « police » et de maintien de cet ordre…

F : Les US défendent autant leur ligne traditionnelle que les Russes à l’égard de la Syrie, et on retrouve les alliances classiques des années 70-80, sans parler du fait que les Occidentaux défendent leur vision morale, quels qu’aient pu être leurs errements par ailleurs. Finalement, les Russes et les Chinois assument sans complexe leur pragmatisme et la défense de leurs intérêts. Il me semble cependant que la Russie est plus fébrile que la Chine sur ce coup. Moscou, un empire affaibli, est très sensible aux critiques liées au mode de gouvernance tandis que Pékin, me semble-t-il, joue son rôle de puissance mondiale en donnant de la voie. Il y a aussi, sans doute, une forme de tiers-mondisme, une partition habile. Je n’ai hélas jamais vu de puissance passer la main en douceur. C’est contraire a l’idée même de puissance.

Il reste cependant assez intéressant de noter que Russes et Chinois en sont encore à défendre un régime manifestement condamné, puisqu’il me semble évident que le monde arabe, désormais uni par les dollars du Golfe, pour faire vite, va finir par avoir la peau de Damas. On serait rassuré de les voir avancer une alternative leur permettant de conserver cet allié, et je reste admiratif de la capacité du régime syrien à se préserver pour l’instant, le contrôle de son armée et de ses service et empêcher un coup d’Etat de régulation – une solution à l’égyptienne.

D : La guerre froide est-elle vraiment terminée ?

E : Oui, cela dépend quand même: une puissance peut coopter une autre,à l’image d’un condominium, comme cela a été le cas lors du passage de témoin entre Grande-Bretagne et Etats-Unis. Parfois, elle peut effectivement tout faire pour s’opposer à l’émergence de l’autre… Les changements systémiques sont rarement pacifiques mais ils peuvent mieux se passer dans des cas d’interdépendance. Quant à la puissance, c’est une grande question. Elle peut s’affirmer dans l’interaction mais aussi dans la constitution des identités et du contexte des « autres »… En douceur en quelque sorte…

B : Tout à fait, E. Maintenant l’histoire américaine ne semble pas fondamentalement abonder dans un sens très optimiste.

Autre précision. Lorsque l’on évoque la Russie à travers l’enjeu syrien, il faut aussi considérer que les élections présidentielles se profilent. Or, le nouvel ou le « nouvel ancien » homme fort du Kremlin devra montrer qu’il sait s’imposer sur la scène internationale. Sur le plan intérieur, il y a aussi un message à peine subliminal : pas de révolte de couleur sur le territoire de la Fédération! Il est clair que Poutine aurait très certainement préféré assortir son soutien à un pays sans soubresaut politique majeur. Maintenant difficile de reculer, reste à jouer le temps. Le temps joue toujours en faveur du régime établi ébranlé un premier moment par la révolte naissante, ensuite il peut se reprendre en mobilisant ses ressources humaines et matérielles. Ce faisant, même en cas d’apaisement par les armes in fine, le pays sera soumis à une mise au ban internationale pendant une durée plus ou moins prolongée. Enfin, derrière la Syrie, n’oublions pas qu’il y a non seulement la Russie ou encore la Chine mais… l’Iran !

C : C’est assez marrant de voir que les BRICS s’assembleraient pour défier une puissance déclinante : en général, selon la théorie des alliances, on s’allie contre un ennemi dont la puissance se renforce. Au contraire, son déclin amène en général la dilution des alliances qui le contraient. C’est pourquoi je suis très sceptique envers les rodomontades BRICSiennes qui y verraient un nouveau pôle organisateur de la scène internationale : il s’agit là d’une part d’un show of force sans grande réalité derrière et d’autre part, vu d’Occident, d’un schématisme reproduisant l’antique « péril jaune » qui serait un peu étendu.

En outre, on voit réapparaître un grand jeu moyen-oriental. Effectivement, les dollars du Golfe s’assemblent contre la Syrie. La vraie question est : pourquoi Israël surjoue-t-il actuellement le coup de l’intervention contre l’Iran, avec ce qui se passe en Egypte et en Syrie ? Quitte à parler de grand jeu, on n’entend plus trop la Turquie…

D’un côté, on voit une Russie faible, de l’autre une Chine faussement zen qui a vu les révoltes arabes avec horreur, d’autant qu’elle est également en année de transition politique…

A : Pour Israël, je m’interroge aussi. On peut se demander l’État hébreu n’estime pas une conjonction favorable d’ici quelques semaines : la Syrie qui tombe, le Hezbollah aussitôt privé de sa base arrière, des discussions apparemment positives entre le Fatah et le Hamas. Si ces deux bouquets d’épines dans le flanc israélien voient leurs capacités de nuisances réduites voire caduques, se profile une opportunité stratégique unique pour intervenir. Pour pousser le scénario, il y aurait dramatisation orchestrée pour permettre une intervention conjointe avec les Etats-Unis voire quelques nations européennes… au premier rang desquelles la France et le Royaume-Uni.

Est-il utile de préciser que des élections présidentielles auront lieu en avril/mai et en novembre 2012 et que l’un des deux présidents sortants – voire les deux – n’est pas en position favorable pour un second mandat…


D : La Turquie bombarde le Kurdistan irakien et fait la tournée des pays arabes. McCain menace la Chine d’une arrivée du printemps arabe chez elle. Comme dit B., les BRICS c’est surtout un axe économique pour le moment.

F : Oui, mais je crois qu’il s’agit aussi d’une alliance de circonstance avec quelques souvenirs communs : mouvements politiques de gauche, anti-colonialisme, etc. Il sera intéressant de noter les tensions entre eux notamment entre le Brésil et l’Afrique du sud au sujet de certaines ressources minières, par exemple…

D : Il faut aussi souligner le « forum » IBSA qui réunit les démocraties « émergentes » du Sud.

B : Il faut partir d’un principe intangible : en matière de géopolitique, la nature a horreur du vide. Regardons l’Histoire : nombre d’Empires et de grandes puissances se sont effondrés non sans réagir, parfois avec dureté sur leur zone d’influence ou en dehors. Une puissance peut décliner mais ne pas l’accepter et donc surréagir et, de fait, fédérer les pays qui sont visés directement ou indirectement parce que plus vigoureux économiquement, militairement et/ou diplomatiquement.

N’oublions pas que nous sommes aussi dans un schéma de superpuissance qui s’effondre plus sur elle-même que du fait de l’extérieur. Les nouveaux pays poussent mais sans le faire de manière coalisée, plutôt par une évolution propre. Evidemment sur leur chemin d’expansion, se dresse la puissance d’alors qui ne veut pas être dépossédée de son influence et donc de son pré carré. Pas forcément sur le plan militaire mais aussi sur celui économique car l’économie peut également être la continuation de la guerre par d’autres moyens…
un premier moment par la r

mercredi 1 février 2012

La guerre d'hiver en Finlande : conflit oublié des Européens



De même que la guerre sino-japonaise est mal connue des Européens, la guerre finno-soviétique est peu évoquée en tant qu'un des prémices de la seconde guerre mondiale. A contrario la guerre civile d'Espagne est autrement plus prégnante dans les esprits bien que ce théatre d'opération ne fut jamais directement concerné pendant le conflit.

Le ressentiment soviétique, ou plutôt des soviétiques d'origine Russe, à l'égard des Finlandais remonte bien avant l'indépendance de celle-ci au 15 novembre 1917. Le Tsar Alexandre III puis le grand ministre d'État Piotr Stolypine [1] firent de la question Finlandaise une des priorités de leur régime en tentant de russifier et mettre au pas les velléités séparatistes du territoire sous tutelle Russe depuis 1809. La guerre civile Russe de 1917 mit fin à ce contrôle permanent, et les Soviétique dans un premier temps eurent suffisamment à sécuriser les centres névralgiques du pays pour ne guère prêter attention aux intentions séparatistes des entités limitrophes. Ce n'est qu'une fois la paix revenue et la victoire des rouges acquise que les pays ayant profité du chaos ambiant pour s'émanciper furent ramenés dans le giron soviétique, manu militari pour la plupart. La Géorgie fit l'objet d'expéditions [2] , tandis que le Bélarus dont l'embryon d'armée nationale était trop récent et lacunaire ne put résister au coup de force du grand voisin. Quant à l'Ukraine qui avait posé tellement de difficultés au pouvoir Moscovite entre les anarchistes de Makhno, les Blancs de Dénikine et les forces régulières (si tant est que l'on puisse dans un tel contexte les évoquer de la sorte) de Simon Petlioura, Staline une fois seul maître du Kremlin lui réserverait un peu plus tard un statut « privilégié » en poussant à la famine une grande partie de la région (en réalité la région issue du traité de Brest-Litovsk attribuée à l'Union Soviétique, l'autre étant sous domination Polonaise).
La Finlande, elle, fut l'une des rares régions à pouvoir résister efficacement au redressement de l'Armée Rouge (qui rappelons le était aux abois pendant l'année 1919 [3] jusqu'à ce que Trotski impose une discipline de fer au service d'une vision stratégique avec le renfort d'anciens officiers de l'armée impériale). Une fois l'indépendance proclamée, elle allait devoir lutter à la fois contre les troupes de l'Armée Rouge mais aussi contre les volontaires ralliés à l'idéologie communiste sur son propre territoire. De janvier à mai 1918 les forces indépendantes Finlandaises combattront pied à pied contre les forces ennemies sur ce qu'elle considérait comme son espace national (les rouges contrôlant le sud du pays et les blancs tout le territoire au-delà de Tempere et Pori), aidées il est vrai par l'envoi d'une force expéditionnaire Allemande [4] qui fera basculer irrémédiablement le cours du conflit en faveur des indépendantistes. C'est durant cette épreuve que se distinguera Carl Gustaf Emil Mannerheim en tant que commandant de la Garde Blanche, agrégant volontaires, officiers étrangers (des Suédois) et militaires de carrière, principalement durant la décisive bataille de Tempere [5]. Ce dernier sut une fois la guerre civile en Finlande terminée obtenir la reconnaissance internationale du pays en réussissant à ne pas compromettre celle-ci du fait de l'aide Allemande obtenue [6].
Malgré quelques accrochages, telle l'expédition Aunus, le traité de Tartu en 1920 fera acte de reconnaissance des frontières par le pouvoir Soviétique. Toutefois, le document ne sera pas respecté à la lettre et nombre de ressentiments aiguiseront le désir de parfaire par les armes ce qui ne put être obtenu par les plumes des diplomates.

C'est pour ces raisons précédées de pressions diplomatiques lancinantes de la part de Staline que débutera la guerre d'hiver, ou Talvisota en langue locale, alors que les deux entités étaient liées formellement par un traité de non-agression signé en 1932 puis renouvelé en 1934. Du 30 novembre 1939 au 13 mars 1940, la Finlande subit une saignée terrible, près de 70 000 morts, blessés ou disparus sur une population de près de trois millions sept-cents mille individus d'alors. Complétement dépassés sur le plan numérique, les Finlandais s'arc-bouteront sur la ligne Mannerheim, du nom de leur commandant en chef reprenant du service vingt ans après l'obtention de l'indépendance. Cette ligne de quelques 70 kilomètres, traversant l'isthme de Carélie depuis le lac Ladoga jusqu'au Golfe de Finlande, sera comme un trait indépassable pour les combattants Finlandais qui employant au mieux leur connaissance du terrain compenseront leur infériorité numérique en hommes et matériel. C'est par ailleurs en étant souples dans leur approche que les assiégés répondirent le mieux qu'il soit possible aux assaillants : guerre de mouvement au nord et au centre du pays, guerre de tranchées et appuis sur des fortifications au sud [7]. Les théâtres d'opérations nord et centre furent très élastiques car telle était la volonté des autorités militaires Finlandaises de ne pas stationner inutilement sur des positions guère stratégiques mais au contraire jouer sur une guerre de mouvement (les skis seront employés à merveille pour ce type d'opérations) perturbant les voies d'approvisionnement et de communication, d'autant que la géographie défavorable et l'absence de centre industriel majeur ne justifiait pas le déploiement de troupes conséquentes tandis que les forces communistes ne pouvaient non plus franchir en nombre ces zones géographiques. Le front sud était en revanche très propice à des déplacements de troupes d'envergure du fait de la proximité de Léningrad, et Mannerheim l'avait saisi très rapidement en axant le gros de sa défense sur ce secteur : la septième armée Soviétique allait affronter l'armée de l'Isthme (Kannaksen armeija).

Précisons que les autorités Allemandes, liées par le pacte Molotov-Ribbentrop, ne pouvaient intervenir directement en faveur de la Finlande. En revanche, elles firent transiter du matériel militaire par la Suède qui ne se priva pas de laisser filtrer celui-ci ainsi que des volontaires de toute nationalité, y compris Suédoise [8]. En revanche il fut longtemps question d'une intervention combinée franco-britannique en faveur de la Finlande, tant pour affaiblir l'Union Soviétique que pour surveiller l'approvisionnement en matières premières de l'Allemagne Nazie en provenance de Suède. Celle-ci tergiversa du fait de son élaboration nécessitant une logistique synchrone et sécurisée et surtout des objections de la part des voisins Suédois et Norvégiens (tout débarquement dans la région de Petsamo tout au nord du pays ayant été exclue du fait de la présence Soviétique proche). Lorsque le plan fut de nouveau proposé au gouvernement Finlandais avec une extension du nombre de soldats, le traité de Moscou du 12 mars 1940 [9] vint stopper toute initiative. Après 105 jours de lutte, les belligérants pouvaient désormais faire le bilan des opérations.

Avec près de 150 000 tués, blessés, disparus et capturés, sans compter la gabegie du matériel mal employé (les chiffres ne sont pas fiables mais il apparaîtrait que le nombre de chars et d'avions perdus fut particulièrement conséquent et disproportionné), l'Union Soviétique ne sortait guère la tête haute du conflit. Seule la masse de moyens affluant en continu vers les lignes ennemies lui permit d'obtenir un traité fort avantageux actant la perte de 11% du territoire Finlandais (dont l'isthme de Carélie tant convoité). L'effet des grandes purges Staliniennes et le manque de préparation des troupes au moral très bas envers un adversaire outrageusement dépassé sur un plan numérique mais aucunement sur les plans tactique et humain avait été hautement préjudiciable.
Du reste, cette paix bancale allait rapprocher la Finlande revancharde de l'Allemagne qui joua double jeu pendant les hostilités en approvisionnant le pays Scandinave de matériel tout en assurant son allié du moment de sa neutralité bienveillante en faisant pression sur la Norvège et la Suède afin qu'elles refusent tout transit de troupes franco-britanniques. Les pertes incroyables de l'Armée Rouge ne manquèrent pas d'être analysées par les hiérarques Nazis se persuadant que si l'Union Soviétique n'avait pu qu'avec grandes difficultés obtenir une victoire mineure, c'est qu'elle ne saurait être préparée à un conflit d'envergure où le matériel et les hommes seraient en nombre et qualité plus conséquents. De juin 1941 à septembre 1944, la guerre de continuation allait placer la Finlande dans une nouvelle épreuve de guerre. Mais ceci est déjà une autre histoire... 

Les Soviétiques tireront un documentaire de cet évènement historique, Линия Маннергейма ou en bon français Ligne Mannerheim, orienté dans un souci de propagande mais ayant le mérite d'avoir un intérêt historique.


Enfin le film réalisé par Pekka Parikka en 1989, Talvisota, est un monument cinématographique rendant toute la dureté des combats et les conditions dans lesquelles se déroulèrent les combats.

Merci à Theatrum Belli pour avoir signalé ce film Finlandais qui assez étrangement dans sa version anglaise est censurée concernant les parties jugées trop crues sexuellement mais non les parties très crues militairement. Quoiqu'il en soit, et en dépit des trois heures du métrage, l'on ne peut reconnaître qu'il est saisissant et tourné de manière très réaliste (excepté les corps à corps qui tombent dans le risible).


[1] La question Finlandaise : discours prononcé dans la séance du 18 mai 1908 à la Douma d'Empire.
[2] L'invasion de la Géorgie par les bolcheviks (15 février-17 mars 1921) : une soviétisation atypique par Stéphane Mantoux.
[3] Les armées Blanches pressaient le pouvoir soviétique depuis l'est avec les forces de Koltchak, dont la fameuse légion Tchècoslovaque et au Sud avec l'armée de Denikine (ajoutons celle de Youdenitch près de Petrograd qui ne put malgré l'aide fournie par les alliés s'emparer de l'ancienne capitale le 20 octobre 1919 alors à portée de fusil).
[4] La Ostsee-Division conduite par le général Rüdiger von der Goltz, qui se fera un nom respecté parmi les Freikorps opérant en Baltique.
[5] Mars-Avril 1918.
[6] Il était initialement prévu que la forme de gouvernement soit une monarchie avec un prince Allemand, Frédéric-Charles de Hesse-Cassel, à la tête de celui-ci. Or la défaite de l'Allemagne en novembre 1918 et la réticence des Alliés à admettre pareille main-mise d'un proche de Guillaume II au sortir du conflit mondial aboutit à une solution plus transversale avec un titre de régent provisoire (Carl Mannerheim) puis l'établissement d'un régime républicain.
[7] Vyborg / Viipuri / Выборг alors sous contrôle Finlandais en 1939 n'est distant que de 130 kilomètres de Léningrad.
[8] Plus qu'une solidarité régionale, il est nécessaire de préciser qu'en Finlande subsistait (et demeure encore) une forte minorité suédophone, fruit d'une longue histoire débutée au XIIème siècle avec les croisades du nord et ayant duré jusqu'à la guerre de Finlande qui vit en l'an 1809 le détachement du territoire de l'Empire de Suède pour être intégré en tant que Duché de Finlande sous la férule des Tsars.
[9] Le traité de paix n'empêcha cependant pas les Soviétiques d'imposer postérieurement à sa signature la cession d'Enso (actuelle Svetogorsk) qui fut une perte sensible pour la Finlande en ce sens que la région était une zone industrielle conséquente. Un détachement militaire pressa le 20 mars les Finlandais d'accepter le transfert du territoire en dépit des clauses du traité.

Site traitant du sujet avec de nombreuses sources (mais hélas plus mis à jour depuis 2002) :
http://www.winterwar.com

Jeux de stratégie traitant du sujet :
Winter War squad battles : HPS
Combat Mission 2 :  Barbarossa to Berlin : Battlefront.com
Panzer General : SSI

Crédit illustration : HPS