mercredi 19 décembre 2012

L'Italie : la soeur latine délaissée de la France


Un mot, un seul, résumant à lui seul l'incroyable effervescence italienne du XIXème siècle : Risorgimento. Soit résurrection en bon français. Le siècle qui donnera à l'Italie une existence politico-géographique d'un seul tenant. Une langue pour cimenter le tout et des figures de premier plan ayant embrasé les consciences européennes.

Quel kaléidoscope que cette virevoltante galerie de portraits. Que l'on juge : Camillo Cavour, Giuseppe Garibaldi, Giuseppe Verdi, Antonio Meucci, Giuseppe Mazzini, Alessandro Manzoni ou encore Vittorio Emanuele II di Savoia. Personnages haut en couleurs qui connaîtront des destinées diverses mais intimement liés à l'éveil puis la formation d'une Italie unifiée.
La France ne sera par ailleurs jamais très loin d'elle et en dépit de la politique étrangère brouillonne de Napoléon III, l'entrevue de Plombières-les-Bains de juillet 1858 scellera le futur destin de l'Italie par l'appui français aux vues des patriotes transalpins (succès qui sera terni quelque temps plus tard en raison de l'envoi par l'Empereur d'une force destinée à assurer la défense des États pontificaux). Précisons au passage que Cavour, alors Premier Ministre du royaume de Piémont-Sardaigne obtint l'envoi d'un contingent (20 000 hommes environ) lors des opérations en Crimée (principalement à la bataille de la Tchiornaïa), et en raison de la victoire, participa à la table des négociations lors du traité de Paris en 1856.

Le 17 mars 1861 est enfin proclamé le royaume d'Italie, même si le héros romantique des deux mondes (tels Lafayette et Kosciusko, il lutta à la fois en Europe et aux Amériques) Garibaldi ne fit guère état de son souhait d'établir préférentiellement une république mais la realpolitik l'emporta. Son souhait ne devint réalité qu'avec le référendum du 2 juin 1946.

Hormis l'épisode malheureux de la déclaration de guerre de Mussolini envers la France en 1940 (une décision qui n'emporta guère l'adhésion de son entourage comme de l'opinion publique et qui donnera lieu à la bataille des Alpes) et la finale de la Coupe du Monde de football remportée en 2006 (victoire non volée par une squadra azzura gaillarde, n'en déplaise aux esprits chagrins), l'entente fut souvent cordiale entre les deux entités.

Hélas, elle n'en fut pas forcément plus chaleureuse ces dernières décennies. En dépit d'une proximité culturelle et linguistique, l'Italie qui menace de glisser vers la crise économique, ne semble plus recueillir un intérêt prononcé de l'opinion publique française. Peut-être plus mal informée que désintéressée.
Élément symptomatique : l'anniversaire des 150 ans de l'unification n'a guère trouvé d'écho l'année précédente dans les médias généralistes français. Un bien coupable dédain envers une contrée qui n'en souffre pas moins des mêmes maux que la France, quand même serait-ce à des degrés divers.

Méditerranéenne, de langue romane, inspiratrice culturelle, au drapeau quasi-identique (le tricolore), l'Italie ne mériterait-elle pas davantage d'attention pour en faire un partenaire stratégique ? Chiche? Ce qui au passage aurait permis par exemple une action militaire commune en Libye voici un an, sans froisser les autorités Italiennes considérant leur ancienne colonie comme un pré-carré. En méditerranée, l'Italie serait complémentaire de la politique étrangère française, d'autant qu'elle partage aussi les mêmes préoccupations et bientôt réseaux énergétiques (tel South Stream, le projet concurrent de Nabucco [1], dont les deux pays sont désormais membres à travers ENI et EDF).
Sur le site de l'Ambassade de France en Italie, il est possible d'avoir un aperçu de son économie :
Le tissu industriel italien se distingue par un important capitalisme familial : la présence de grands groupes emblématiques – dont Fiat, ENI, ENEL, Olivetti, Benetton, Finmeccanica… - est complétée par un très large réseau de PME, véritables porte-drapeau du savoir-faire italien, souvent regroupées en « districts industriels ». Ces dernières, qui font la force du système économique italien par leur dynamisme, se caractérisent par leur haut degré d’intensité capitalistique, une forte ouverture au progrès technique, une production ciblée et sur-mesure et une part importante de leur activité à l’exportation.
L’Italie souffre de faiblesses structurelles parmi lesquelles ses disparités régionales et un manque de matière premières et de ressources énergétiques qui déséquilibrent sa balance commerciale : les importations de ces produits satisfont plus de 80% de la demande intérieure nette d’énergie du pays et elles représentent 3,4% du PIB... Au même titre que les autres grandes économies mondiales, l’Italie a été durement affectée par la crise de 2008 et est prise actuellement dans la tourmente générale dans le cadre de la crise de la zone euro.
Non sans conclure utilement que la France et l’Italie sont l’un pour l’autre les deuxièmes partenaires commerciaux. Mais tout comme pour l'Allemagne, son premier partenaire, l'Italie semble pour les politiques français étrangement assez lointaine de leurs préoccupations.

En recherches géopolitiques, la revue Limes (rivista Limes) est toujours en activité pour ceux qui maîtriseraient la langue de Dante et souhaiteraient avoir un point de vue complémentaire à leurs propres études.
Je recommande à ce titre, de ce qu'il m'est resté de mes trois années d'apprentissage de la langue italienne, de lire l'article sur le Caucase : http://temi.repubblica.it/limes/circassi-il-caucaso-in-siria/40645

Pour en revenir à l'époque de l'effervescence révolutionnaire Italienne de la première moitié du XIXème siècle (et qui aura laissé une empreinte parmi les groupes libéraux et républicains français s'organisant secrètement sous la Restauration, l'exemple le plus significatif ayant été la société dite de la Charbonnerie), je vous recommande particulièrement de vous (re)plonger dans la trilogie Angelo Pardi, personnage de plume inventé par l'écrivain Jean Giono, dont l'une des oeuvres, Le Hussard sur le toit, fut portée magistralement à l'écran avec le talent d'acteurs de Juliette Binoche, d'Olivier Martinez et François Cluzet avec la mise en scène plus qu'inspiré du réalisateur Jean-Paul Rappeneau.

Et pour clore ce billet, un dicton transalpin :
« Chi vive nella speranza, muore a stento. »

[1] Ironiquement, tiré d'un opéra de Giuseppe Verdi qui servira comme catalyseur de mouvements révolutionnaires lors de sa représentation à la Scala de Milan en 1842.

MAJ : Le numéro 59 de Questions internationales en date de janvier 2013 vient de sortir, consacré précisément à l'Italie : un destin Européen.


Crédit photo : Gallica. Carte d'emplacement des forces militaires de l'Italie en temps de paix, 15 novembre 1884. Dressé par le 2e bureau de l'état-major général

Aucun commentaire: