lundi 5 novembre 2012

Destination Lune : les projets russes d'exploration du satellite de la Terre


Article d'Olga Zakoutnaya paru sur La Voix de la Russie le 29 octobre 2012

Le programme détaillé de l'exploration lunaire au cours des deux prochaines décennies prévoit deux atterrissages, une expédition orbitale et l'acheminement d'échantillons du sol lunaire sur Terre. Les projets seront réalisés grâce à une large coopération internationale. La réalisation de ce programme marquera une nouvelle étape dans l’étude du satellite naturel de notre planète.

Le programme russe d'exploration de la Lune commence à prendre forme. La description détaillée du projet lunaire a été présentée lors du Troisième symposium international de recherche sur le Système Solaire, qui s'est tenu cette semaine à l'Institut de recherche spatiale de l'Académie des Sciences de Russie. Le plan d’exploration lunaire a été présenté par l’académicien Lev Zeleny, directeur de l'Institut.

Après la tragédie de Phobos-Grunt, le programme spatial de la Russie était resté en suspens. Non seulement la composante scientifique du programme a été entièrement revue, mais aussi tous ses aspects technologiques. Finalement, il a été décidé de se concentrer avant tout sur l’augmentation de la qualité et la fiabilité des missions.

C’est pourquoi le projet Luna-Glob a été divisé en deux parties, avec deux appareils : l’un se posera sur la surface de la Lune et l’autre se mettra sur son orbite. Les deux parties du projet sont prévues respectivement pour 2015 et 2016. Et si la première partie du projet est axée sur l’amélioration des technologies d’atterrissage en douceur, ce qui aura comme conséquence la réduction du nombre d’expériences scientifiques, la partie orbitale promet d’être plus intéressante en ce qui concerne l'exploration lunaire. L’appareil orbital Luna-Glob travaillera à tour de rôle sur trois orbites à 50, 150 et 500 kilomètres d’altitude. Les trois altitudes sont nécessaires pour les expériences scientifiques diverses, notamment pour l'étude des rayons cosmiques des énergies ultra-hautes.

L’appareil Luna-Ressours devrait se poser sur la Lune en 2017. Cet appareil est une véritable station scientifique, sur laquelle il y aura deux fois plus d’appareils scientifiques que sur l’appareil d’atterrissage  Luna-Glob. Par ailleurs, la phase la plus importante de ce programme est l’acheminement sur Terre de fragments du sol lunaire (projet Luna-Grunt) qui devrait être réalisée en 2019 si les circonstances le permettent. Cependant, comme l’a reconnu Lev Zeleny, la préparation de ce projet est assortie de certains risques.

Les projets Luna-Glob et Luna-Ressours sont réalisés en collaboration avec l’Europe. La Russie doit collaborer avec d’autres pays dans la réalisation de ses projets scientifiques, a souligné lors de ces interventions le directeur de l’Agence spatiale russe Vladimir Popovkine, en notant en particulier la perspective de travail avec l'Agence spatiale européenne, qui a également évoqué ses projets d’acheminement sur Terre d'échantillons de sol lunaire d'ici 2020-2022. Dans un certain sens, Luna-Ressours sera le prédécesseur de ce projet.

La réalisation du projet Luna-Ressours était prévue en collaboration avec le satellite lunaire Chandrayaan-2 lancé par l’Inde. Il était même prévu de les envoyer dans l’espace au moyen d'un seul lanceur, le GLSV Mk.2 indien. A l'heure actuelle, les spécialistes ont pris la décision de scinder le projet en deux. Le module d’atterrissage russe sera envoyé sur la Lune avec la fusée porteuse Proton. Une coordination au niveau des expériences scientifiques subsistera toutefois entre les deux projets. D’ailleurs un rover indien pourrait faire partie du module d’atterrissage.

En plus de l'Inde, l'Agence spatiale européenne pourrait également participer au projet Luna-Ressours. Elle fournira au projet un système de forage. La tâche consistera à extraire des échantillons de sol à une profondeur de 1,5-2 mètres, car à cette profondeur les échantillons ne risquent pas d’être contaminés par les produits des moteurs d'atterrissage. La coopération internationale n’est pas exclue dans d'autres parties du projet, à commencer par la conception des expériences à bord des véhicules et jusqu’au traitement conjoint des données obtenues.

Il est symbolique que le programme ait commencé à prendre forme l’année du 75e anniversaire de le groupement de recherche-production NPO Lavotchkine, principale entreprise de construction de matériel spatial à l’époque soviétique et l’une des plus grandes entreprises de fabrication de satellites dans la Russie actuelle. Dans les années 1960, la recherche aérospatiale a été transférée du Bureau d’études OKB-1, dirigé par Sergueï Korolev à ce bureau expérimental, dirigé à l’époque par Gueorgui Babakine. C'est sur ce site qu’ont été créés les engins lunaires qui ont fait la gloire de l’aérospatiale soviétique. Il s’agit notamment de la station Luna-9, des appareils Luna-16, Luna-20 et Luna 24 qui ont rapporté sur Terre des échantillons de sol du satellite naturel de la planète bleue, mais aussi des fameux Lunokhod - les rovers lunaires.

Après la réussite de la mission Luna-9 en 1966, un demi-siècle plus part la Russie continue de travailler sur les technologies permettant aux appareils de se poser en douceur sur la Lune. Mais comme on le dit souvent, l’histoire évolue en spirale. Ce projet permettra donc peut-être d'efffectuer un nouveau tournant technologique dans ce domaine.

Crédit photo : couverture de Jour J, Philippe Buchet

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