jeudi 8 novembre 2012

Auralux, la stratégie ludique minimaliste



Depuis l'apparition des tablettes tactiles, ou plutôt depuis leur commercialisation à grande échelle, les applications ont été un mètre-étalon de l'intérêt des professionnels pour ce nouveau support (rappelons à ce propos que c'est bel et bien la firme française Archos qui a lancé le premier produit grand public en 2009 [1] ). À ce titre, tant les applications sous iOS que sous Android ne déméritent guère, que ce soit en terme de quantité que de qualité bien que cette dernière soit plus variable sur Android (tant il est vrai qu'Apple exerce un droit de regard confinant parfois à la censure).

Certaines applications ludiques sont remarquables et savent parfaitement employer à leur profit la limitation principale qui est l'absence native de clavier (même s'il est possible de nos jours pour certains appareils d'en raccorder un, et hop d'un coup on réinvente l'ordinateur). C'est le cas d'Auralux. Interface minimaliste, options l'étant tout autant. Malgré tout c'est un des jeux de stratégie les plus addictifs qui soit possible de trouver sur les appareils fonctionnant sous Android et disposant d'un processeur TEGRA.

Plusieurs tableaux (quatre dans la version gratuite, sans compter celui du tutoriel) sont proposés. Ce qui permet aisément de passer de bons moments et de suer pour l'emporter sur les adversaires. Oui déjà première précision : il est question de plusieurs rivaux qui seront à affronter en simultané. L'on devine déjà que les deux hémisphères du cerveau vont chauffer pour ébaucher une planification sur plusieurs fronts. Laquelle pourra d'ailleurs être mise en échec par un retournement de situation.

Pour en revenir au coeur du jeu : il s'agit d'une conquête spatiale très dépouillée. Ne sont reproduits que les étoiles et les vecteurs apparaissant à intervalles réguliers, ceux-ci symbolisant vos forces. Ici pas de complication excessive sur les différentes valeurs des unités : toutes vont à la même vitesse et ont la même force (c'est à dire s'annihilent en cas de confrontation). La carte de la galaxie implique par conséquent de prendre un par un l'ensemble des soleils, certains pouvant croître conséquemment une ou deux fois en y faisant pénétrer vos forces (ce qui du coup vous rend vulnérable à une attaque pendant cette phase). Cette croissance en vaut généralement la chandelle puisqu'elle vous permet en contrepartie de multiplier la production de vecteurs. Les adversaires font bien entendu la même chose, et vous devrez à certains tableaux prévoir un coup d'avance pour ne pas rester bloqué et dépérir par attrition. La pire des situations étant même de subir un assaut coalisé. Vous devez non seulement planifier intelligemment, mais aussi bloquer voire repousser toute avancée ennemie en attendant de pouvoir lui ravir ses propres étoiles. Pour ce faire, la force brute fonctionne mais elle n'est pas toujours la plus conseillée. Il est ainsi préférable souvent d'attendre que deux adversaires s'affrontent entre eux pour profiter de leur faiblesse respective, ou d'affaiblir le plus fort d'entre eux afin de ne pas le voir arriver trop vite en force près de votre zone d'influence. De même, la facilité d'exécution des ordres permet de simuler une attaque-retraite très profitable si l'on arrive à mettre en place une stratégie de déploiement de forces en simultané tout en s'assurant d'avoir les réserves nécessaires en cas de contre-attaque (ce qui arrive souvent si l'adversaire se rend compte que vous avez trop dégarni vos arrières).

On le constate : d'apparence anodine, le ludiciel cache en réalité une vraie richesse et oblige sans arrêt à jauger les forces en présence et modifier parfois à la volée son plan d'action initial. Ainsi qu'à opérer des choix sur les objectifs visés, avec prise de risque inhérente (vaut-il mieux prendre l'étoile la plus génératrice de forces mais au confluent des forces ennemies ou opérer tel un boa constrictor en se forgeant une ceinture de petites étoiles?). En certains tableaux, il est possible, ou plutôt préférable, d'user des lignes intérieures pour repousser toutes les attaques et frapper là où l'ennemi s'est affaibli.

La musique guère variée il est vrai, est en total rythme avec les actions graphiques, ou plutôt lumineuses.
Ce n'est toutefois pas le premier ludiciel qui met en oeuvre un système basé sur le son et la lumière, sur la scène indépendante Beat Hazard avait déjà menacé par son tempo endiablé et sa déferlante de couleurs kaléidoscopiques de laisser nombre d'épileptiques sur le carreau. Cependant il s'agissait là d'un shoot'em up, c'est à dire sans une once de stratégie, faisant plus appel aux réflexes.

Dernière précision, il a été implémenté une intelligence artificielle de type multi-agents (SMA). Ainsi sans que l'on ait besoin d'agir, les vecteurs qui perçoivent un mouvement massif hostile ont tendance à se regrouper en avant pour former un ensemble compact pour le ralentir ou mieux, le bloquer. De même qu'ils peuvent choisir, si le temps et l'espace leur sont laissés, de revenir à leur position initiale pour mieux résister à une double offensive provenant peu ou prou du même front. En revanche, ils ne semblent pas (encore?) capables de scinder le groupe pour répondre justement à une double offensive en provenance de deux directions bien distinctes. Peut-être lors d'une mise à jour prochaine? Après quelques parties, l'on décèle l'algorithme utilisé et il est ainsi plus facile de prendre l'ordinateur en défaut même si cela n'élude pas le coup de bluff.

Pour le reste, si vous désirez prolonger le plaisir, il vous faudra investir quelques euros dans les packs de cartes disponibles (0,99€ chaque). Il est possible de jouer sur PC Windows mais le plaisir à la souris ne saurait être le même que sur tablette il va de soi. Pas de version iOS de prévue pour l'instant.


[1] Les pointilleux m'objecteront que c'est en réalité le Stylator en 1957 qui fut la première tablette graphique. Seulement il s'agissait là d'une démonstration effectuée par Tom Dimon, une belle réussite technique en considération des capacités informatiques de l'époque mais inenvisageable pour une production en série. 




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