vendredi 26 octobre 2012

Le protectionnisme éducateur : mythe et réalité


Il est de coutume dans la presse à grande diffusion de fustiger le protectionnisme. Source de bien des malheurs, et fauteur de troubles dans les années 30 peut-on généralement lire.
Pourtant cette leyenda negra est bien imméritée et surtout relève d'une pensée falsifiée. Cela reviendrait à confondre cause et conséquence, ce qui serait relativement paradoxal par inversion des rôles.
La réalité est comme souvent bien autre : le protectionnisme faisant plus peur par dogmatisme que par l'appui de la raison et des faits historiques.

  • Le protectionnisme n'est pas synonyme d'autarcie, les deux termes n'étant pas similaires puisque le protectionnisme ne vise pas à se fermer à l'extérieur mais à préparer des entreprises à se lancer sur le marché mondial en pleine maturité de moyens. L'enfermement nuisant à terme à la compétitivité, à la recherche et l'innovation, des paliers peuvent être décidés par des partenariats et aides croissantes/décroissantes en fonction de la stratégie et des besoins.
  • La vocation écologique est de mise puisque de la production à la transformation jusqu'à la distribution, les déplacements sont réduits considérablement. Ce qui n'est pas le cas dans une économie où toutes les activités sont délocalisées, engendrant une frénésie du transport avec augmentation des émissions de dioxyde de carbone et consommation accentuée de ressources fossiles.
  • L'État a un rôle de régulateur et non d'acteur économique, il ne fausse pas la concurrence mais permet au contraire celle-ci de façon optimale au lieu de laisser les petites entités en essor se faire écraser, racheter ou dépecer brutalement. Toutefois l'État doit éviter de la même manière de procéder à une politique fiscale confiscatoire ou rédhibitoire à la croissance d'une activité source de richesses.
  • Il n'y a pas de hiatus entre le social et l'économie, les deux étant intrinsèquement liés. De ce point de vue,le protectionnisme agit comme un garant de l'emploi et non comme son destructeur puisqu'il vise justement à pérenniser l'activité des entreprises. Et à les rendre moins instables et moins dépendantes de la financiarisation à outrance.
  • Le protectionnisme n'est pas la guerre : il y a là un réel sophisme puisque l'épouvantail d'un conflit traditionnel brandi continuellement par les dirigeants peu enclins à infléchir leur position masque la réalité d'une guerre économique contemporaine ayant débuté dans les années 1980 et qui n'a cessé d'être poussée à son paroxysme avec son cortège de sans-emplois à longue durée. D'autant plus absurde que ce n'est pas le protectionnisme éducateur qui domine dans les esprits et les instances majeures depuis cette époque. Les troubles économiques et sociaux ne sont jamais bons pour l'entreprenariat, c'est pourquoi au lieu de paupériser davantage pour sauver un système érigé en idéologie mortifère il serait plus utile et nécessaire d'élever le niveau de vie général et les capacités des entrepreneurs à pourvoir aux besoins nationaux. Les premiers achetant à terme aux seconds.
Le principal auteur ayant conceptualisé cette doctrine économique est Friedrich List (1789-1846), le père du Zollverein Allemand mais aussi et surtout des premiers chemins de fer nationaux. Il passera à la postérité pour son Système National d'Économie Politique (Das nationale System der politischen Ökonomie). La prescience de List fut d'accompagner sa démonstration en chevauchant une innovation majeure du siècle non sans avoir été lui même entrepreneur aux États-Unis et après avoir rencontré d'éminentes personnalités du monde politique et économique. Mentionnons pour terminer sur ce personnage qu'il fut aussi un analyste passionné et rigoureux des mercantilistes et des libéraux, s'inspirant des premiers, fustigeant les seconds.
De nos jours, Jacques Sapir et Emmanuel Todd sont les nouveaux promoteurs de cette doctrine en y apportant leur propre vision et compréhension d'un monde où la finance assèche le crédit et dégage des profits sur des produits fictifs.

À l'heure où des économies nationales Européennes sont équarries au profit de la locomotive Allemande (dont l'on ne rappellera jamais assez combien nombre d'entreprises importantes sont restées familiales et héritières de ce que l'on nommait le capitalisme rhénan), il serait de bon ton de réaliser que toutes ne se valent pas. Que chacune est spécifique, obéissant à des règles particulières et ne pouvant décemment s'ouvrir sous la contrainte alors que la fragilité du marché domestique est un talon d'Achille récurrent. Pour faire dans la métaphore maritime, il est illusoire de se lancer vers le grand large tout en accueillant plus puissant que soi en ses ports si l'on ne dispose pas soi-même d'une flotte marchande taillée pour la haute mer et pouvant rivaliser, et mieux, compléter les apports de l'extérieur.

C'est ce qu'énonce dans les grandes lignes Hervé Juvin, économiste et président de l'Eurogroup Institute.
Au passage, dans l'extrait il est évoqué le nom de Paul Bairoch, grand historien de l'économie et auteur notamment de Mythes et paradoxes de l'histoire économique que j'ai eu le loisir de découvrir et de compulser. L'un de ses développements porta à ce titre sur la crise de 1929 et ses répliques sismiques dans le monde.




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