mercredi 17 octobre 2012

L'Afghanistan, terre de conflits : Champs de bataille thématique juillet 2012


Je ne suis pas un spécialiste du monde Afghan contemporain, même si je ne demeure aucunement insensible ou ignorant de la situation géopolitique. À ce titre, et comme Theatrum Belli le relate, mentionnons la sortie de l'ouvrage « D'une guerre à l'autre : de la Côte d'Ivoire à l'Afghanistan avec le 2e RIMA » par les auteurs Yohann Douady et Bruno Héluin. Et ce au moment où les troupes de la coalition ont débuté leur retrait du terrain, tels les Français de Tagab et de Surobi. C'est pourquoi je m'étais procuré voici plusieurs mois ce magazine afin d'en apprendre encore davantage.

Ce Champs de bataille est un ouvrage qui présente beau et qui incite en feuilletant les pages à la volée à le parcourir de long en large. Il faut admettre aussi que pour 12€, ou presque, il est préférable pour la pérennité de la revue d'en avoir entre ses mains et dans le cerveau.

Le plan adopté : chronologique
La première partie consacrée à Alexandre le Grand est vraiment bien détaillée, dans ce qu'il est permit de recueillir ce qui peut encore l'être à travers les siècles. Et l'on s'enquiert ainsi d'une campagne relativement méconnue, sauf des spécialistes de l'histoire militaire de l'Antiquité, dont la conclusion fut longue à se dessiner et donna bien des soucis au roi de Macédoine. Surtout que flirtant avec les steppes d'Asie Centrale et des tribus de nomades aguerris dans l'art du harcèlement à distance, Alexandre aurait bien pu voir tous ses plans s'échouer dans les confins Afghans. Il sera en définitive vaincu par sa démesure et la lassitude de la colonne vertébrale macédonienne de son armée. Mais ceci est déjà une autre histoire...
La seconde partie n'est pas moins instructive puisqu'elle revient sur le Grand Jeu entre Anglais et Russes en ce partie du monde (relire à ce titre les propos de Kipling et de Prjevalski, exacerbant les velléités de leur patrie respective à s'implanter durablement dans cette zone géostratégique qu'est l'Asie Centrale). La superbe armée Britannique réussit relativement aisément à s'emparer du pays avant de devoir retraiter avec de lourdes pertes en 1842, non sans à l'instar de la campagne germanique du général Romain Germanicus faire payer cet affront au prix fort en ravageant le pays. Les uniformes rouges seront de retour quelques décennies plus tard, en 1878. Mais cette fois en retenant la leçon de la première campagne et en limitant les objectifs sans y installer d'armée d'occupation, s'assurant d'accords commerciaux favorables et d'une sphère d'influence tenant à distance Russes et Perses.
La troisième partie est de très loin la plus conséquente puisqu'elle relate les dix années d'occupation des Soviétiques (1979-1989). Faisant même le point sur des opérations spécifiques, tel le canyon d'Islam-Dara. Touffu, pourvu d'une cartographie et d'une iconographie de qualité, l'on ne peut qu'être séduit par la lecture et les enseignements à retirer de la campagne Soviétique qui aura été particulièrement gourmande en hommes et matériel. Mais qui aura surtout mis en exergue l'inadéquation des moyens militaires d'une force parée pour un choc sur de grandes zones dégagées et non en un terrain difficile d'accès et de cantonnement. Si les troupes spéciales ne démériteront pas, elles seront insuffisantes pour faire pencher le cours d'une situation fortement dominée par un contexte intérieur en Union Soviétique qui tend déjà vers la déliquescence avancée (Tchernobyl en 1986 engloutira des fonds particulièrement conséquents, disons même démesurés, pour la sécurisation du site et le « nettoyage » de la zone).
La dernière partie, la plus courte (hélas) est celle qui traite de la période contemporaine (2001-2012) et les opérations de la coalition.

Bilan : la revue est très agréable à lire ; la bibliographie présente est appréciable pour aller plus loin ;  les cartes ne manquent pas à l'appel et sont parfaitement lisibles ; les témoignages et focus sont de première importance pour avoir une vision rapprochée du conflit par expérience de témoins directs et étude de cas.

Néanmoins dans le chapitre des regrets :
La section relative aux opérations de la coalition pro-occidentale est « développée » sur... une demie-page! Autant être direct : on est frustré d'une telle lacune car l'on aurait apprécié un réel déroulé et bilan des opérations menées. Il y aurait eu pourtant tellement à signifier, que ce soit sur l'emploi intensifié des drones, du déroulement des opérations et de leur bilan, sur la coalition en elle même (rapport d'effectifs, répartition géographique des différentes composantes de la force, méthodes de combat, emploi des opérations psychologiques, entraînement des forces armées officielles Afghanes etc.), de la stratégie employée et son évolution au fil du conflit (surtout lorsque l'on connait les changements de responsables de l'ISAF qui se sont succédés de McColl à Allen)...
Sans prétendre que cette dernière partie gâcherait l'ensemble, l'on ressort de la lecture finale avec un très net sentiment d'inachevé. C'est encore plus dommageable lorsque l'on voit avec quel soin la revue a été élaborée, et le plaisir que l'on en retire après les trois premières parties. Quitte même à payer deux ou trois euros supplémentaires, l'on aurait été ravi de disposer d'un supplément sur les plus récents évènements.

À méditer lors d'une prochaine édition sur le sujet...

Pour le reste, il est possible de visionner L'Étoile du Soldat / Звезда солдата sorti en 2006 et réalisé par feu le documentariste Christophe de Ponfilly (décédé la même année) pour avoir une vision singulière du conflit entre passé Soviétique et contemporanéité Occidentale. Et qui a bénéficié d'une réalisation sur place en Afghanistan ainsi qu'en Russie.

Et aussi cette musique Russe emblématique : « Nous partons / Мы уходим » du groupe Kontingent.


3 commentaires:

Stéphane Mantoux. a dit…

Hello Yannick,

La revue Champs de bataille a pondu une nouvelle formule récemment qui privilégie l'illustration au texte, à mon avis. J'avais remarqué ça sur un autre thématique acheté cet été.

Le blog Guerres et Conflits a fait le même constat que toi sur ce volume-ci, en expliquant un petit peu le pourquoi.

Cordialement.

Yannick Harrel a dit…

Bonjour Stéphane,

Je me souviens aussi de ta propre critique sur il me semble l'aviation du Kaiser durant la Première Guerre Mondial. Me trompé-je?

Merci pour le tuyau, je vais aller lire la critique de ce confrère blogueur.

Cordialement

Stéphane Mantoux. a dit…

Hello Yannick,

oui, c'est bien celui-là (aviation du Kaiser) dont je parlais déjà dans mon premier commentaire ci-dessus.

A bientôt.
Stéphane.