lundi 24 septembre 2012

Vladivostok, capitale de l'APEC et des ambitions Pacifique de la Russie


La Coopération économique pour l'Asie-Pacifique ou Asia-Pacific Economic Cooperation, plus connue sous l'acronyme APEC, s'est déroulée pour cette édition 2012 entre les 2 et 9 septembre à Vladivostok (Russie).

Ce symposium des principaux responsables de l'exécutif de vingt-et-un pays est depuis 1989 une façon de donner de la voix à une région considérée comme  l'une des, si ce n'est LA, plus en forme sur le plan économique [1].
Précisons d'office que contrairement à une idée répandue, l'APEC ne réunit pas que des États d'Asie mais tous ceux ayant une façade maritime pointant vers le Pacifique, ainsi le Mexique, le Canada ou encore le Chili par exemple sont aussi membres de cette organisation. 

Mais qu'est-ce qu'il faut retenir de ce sommet? Principalement le fait que c'est la Russie qui l'a accueilli. Et pas n'importe tout : sur sa façade Pacifique. Ce n'est aucunement anodin, de la même manière que les autorités accueillent un sommet des BRICS à Ekatérinbourg, à proximité de la zone de séparation de la Russie Européenne de l'Asiatique. Vladivostok c'est le Seigneur de l'Orient. La porte vers les marchés Asiatiques et une fenêtre géopolitique sur un espace qui tend peu à peu à contester la suprématie occidentale en matière politique et économique. 
La Russie, forte d'une croissance solide, et de ressources en énormes quantités [2], s'autorise à regarder où bon lui semble. Sa bicéphalie le lui permet. Plus encore, l'atonie de la zone Européenne lui commande aussi de revoir ses priorités si la crise devait se prolonger (et elle prend le chemin vu que les instances Européennes injectent de l'argent dans un système vicié à la base), et de se prémunir de toute chute de la demande par le relais des marchés de la zone Pacifique. 

Ce qu'énonçait déjà l'analyste Russe Féodor Loukianov dans une tribune parue sur RIA Novosti le 10 novembre 2011 : 
La mise en service du nouveau gazoduc se déroule dans le contexte de discussions de plus en plus actives en Russie sur les perspectives du développement stratégique du secteur énergétique, en particulier sur le rapport entre les vecteurs asiatique et européen. Moscou tend de plus en plus vers la nécessité d’une sérieuse diversification: la situation où l’UE est pratiquement le seul consommateur de gaz russe est irrationnelle. Toutefois, en renforçant des relations similaires avec la Chine, le principal client potentiel en Asie, la Russie se heurte à une autre mentalité et à un client très difficile. Les conditions sur le marché asiatique sont moins avantageuses par rapport à l’Europe. Cependant, les garanties concernant la demande y sont plus solides. Il existe également un certain potentiel politique: l'Asie compte  plusieurs clients (avant tout, hormis la Chine, ce sont la Corée du Sud et le Japon) avec lesquels les relations énergétiques sont capables d’influer sur la configuration géopolitique. A noter également que Moscou tente de proposer un nouveau paradigme du règlement du problème nord-coréen en construisant un gazoduc transcoréen.

Et ce d'autant plus que la Commission Européenne regarde désormais de plus près l'activité de Gazprom sur le sol Européen [3]. Vexée peut-on penser de l'infinitésimale avancée de son propre projet phare, Nabucco, au regard du concurrent Russe South Stream. Par ailleurs cette annonce fut rendue publique au moment où la Russie accueillait justement le sommet de l'APEC. Cruel raccourci et piqûre de rappel que la Russie demeure fondamentalement et paradoxalement dépendante de la demande Européenne jusqu'à présent.

Comme pour répondre en filigrane à cette réalité géoénergétique, la déclaration finale en son annexe B n'a pas manqué de préciser le renforcement des liens énergétiques et leur sécurisation entre les membres de l'APEC : 
Continue working on improving sustainability, efficiency, predictability, and transparency of traditional energy markets;
Review the current state and prospects of energy markets of the APEC region, with a view to increasing the share of natural gas in the energy mix as one of the most widespread and cleanest burning fossil fuels in the region in order to facilitate the transition to a lower carbon economy without prejudice of other energy sources;
Promote steady investment in energy infrastructure, including natural gas liquefaction facilities, as appropriate for increasing energy security and economic growth in the APEC region;

Tout était dit... Et l'Europe de s'interroger à son tour sur sa propre fragilité énergétique. Une menace à peine du domaine de la fiction puisque déjà le Japon envisage suite à la récente catastrophe de Fukushima le projet d'un gazoduc entre les deux pays, et ce en dépit des frictions au sujet des îles Kouriles. De même que l'oléoduc russo-chinois a déjà permis pour 2011 d'acheminer près de 15 millions de tonnes de pétrole (via le pipeline Sibérie orientale-Pacifique, VSTO, dont le deuxième tronçon a débuté et devrait s'achever pour fin 2012). Auxquels s'ajoutent les 10,5 millions de tonnes de charbon en sus. Et pour enfoncer le clou, un contrat de livraison d'énergie électrique a été signé toujours entre les deux puissances pour une durée de 25 ans.

Petit élément à relever, le fait que dans la déclaration la Russie mentionne bien que désormais tous les membres de l'APEC sont membres à part entière de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce) [4]. Ce qui s'adressait d'abord à elle, en raison de son très long cheminement depuis sa demande en juin 1993 jusqu'à son entrée officielle en août 2012.

Et pour ceux qui s'intéressent à la cyberstratégie Russe, ce passage emblématique illustrant une volonté réitérée de la Russie de promouvoir sa vision de stratégie informationnelle par les grandes instances internationales : 
We recognize the importance of information and communication technologies (ICT) as a crucial driver for further integration in the APEC region. We believe it is possible and necessary to be more active in promoting confidence and trust in electronic environments globally by encouraging secure cross border flows of information, including electronic documents. We reaffirm the necessity of multi-stakeholder cooperation to continue efforts to expand and strengthen the Asia-Pacific Information Infrastructure and to build confidence and security in the use of ICT. We encourage the cooperation of member economies to improve disaster preparedness, response and recovery through the development of ICTs and promotion of appropriate systems and technologies and welcome the discussion on supporting people affected by disasters and emergencies through enhanced and timely access to information about risks.

[1] Selon les dernières prévisions en date du Fonds Monétaire International, l'Europe (la zone Euro, +1,5%, le Royaume-Uni +0,7% et l'Union Européenne +1,6%) affiche la croissance la plus ralentie de toutes les zones pour 2011 avec 1,5%. L'Asie, +7,8% et l'Amérique Latine/Caraïbes, +4,5% prouvant leur dynamisme actuel. La Russie atteignant +4,3% de croissance à elle seule. Signalons les grandes difficultés du Japon qui a accusé en 2011 une croissance négative de -0,7% en raison de perturbations diverses, dont principalement Fukushima.
[2] Et qui vient de révéler par l'Institut de Géologie et de Minéraux Sobolev à Novossibirsk un vieux secret de plusieurs décennies, à savoir l'existence du gisement de diamants le plus important au monde. Du reste, cette manne diamantaire n'aurait pas que des aspects propres à la joaillerie mais aussi sur le plan industriel.
[3] Une enquête a été initiée début septembre 2012 par la Commission Européenne envers le géant gazier pour abus de position dominante.
[4] We recognize that robust international trade, investment, and economic integration are key drivers of strong, sustainable, and balanced growth. With all APEC economies now being members of the World Trade Organization (WTO), we strongly reaffirm our commitment to trade and investment liberalization and facilitation in the Asia-Pacific region.

Le discours de présentation du Président Russe Vladimir Poutine :


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