mercredi 22 août 2012

Tali-Ihantala 1944 : l'ultime sacrifice de la Finlande

Chers visiteurs, j'avais déjà évoqué Talvisota, un film de guerre sur la Finlande datant de 1989, plongeant le spectateur dans la très inconnue Guerre d'Hiver. Et qui se solda le 12 mars 1940 par un Traité de paix à Moscou entre l'Union Soviétique et la Finlande, avec à la clef une cession plus modeste que prévue de territoires Finlandais en raison de l'opiniâtre résistance rencontrées par les Soviétiques. Ce traité n'allait rien régler au fond du problème mais bien au contraire laisser purulent un abcès pour les Finlandais qui s'estimaient injustement spoliés en raison de leur vaillante résistance.

Au hasard de mes déambulations en Allemagne, je suis arrivé à dénicher le long-métrage Finlandais Tali-Ihantala 1944 (Schlacht um Finnland) qui traite lui de la fin de la Guerre dite de continuation (Советско-финская война ou encore Война-продолжение en Russe) qui s'étala de 1941 à 1944. Une période où Finlandais et Allemands lutteront de concert pour enfoncer les lignes Soviétiques après la Grande Trêve, dénominant ironiquement la période séparant mars 1940 à juin 1941 où les pressions diplomatiques et militaires du grand voisin ne cessèrent d'inquiéter la Finlande (droits sur la concession minière de Petsamo au nord, intervention quant au choix du chef d'État après la démission du Président Kallio, menace d'occupation des îles Åland) au point de radoucir ses relations avec l'Allemagne Nazie.

Si les Finlandais opérèrent en effet une pression sur le front nord de l'Union Soviétique, en revanche ils s'en tinrent à des opérations limitées stratégiquement. Leur but premier étant de reconquérir les territoires arrachés par le Traité de Moscou. Si l'isthme de Carélie mobilisait bien évidemment la plus importante concentration des forces disponibles (comprenant des unités terrestres et aériennes Allemandes), la zone nordique fut aussi concernée par des mouvements de troupes. Ce sera l'opération Silberfuchs (Platinfuchs et Polarfuchs) du 29 juin au 17 novembre 1941. Laquelle tourna à l'avantage des défenseurs Soviétiques en dépit du soutien Allemand, dont le renfort d'une division SS, depuis la Norvège récemment occupée. Alors que la première étape qui avait visé à sécuriser la zone d'extraction de nickel de Petsamo, l'opération Renntier déclenchée le 22 juin 1941, fut victorieuse grâce notamment à l'effet de surprise. Cet échec sur un théâtre d'opération pouvant être jugé mineur fut au contraire lourd de conséquences pour les membres de l'Axe puisque l'un des acheminements du matériel Britanno-Américain transitait par le port de Mourmansk, et demeurera effectif jusqu'à la fin de la guerre. Camions, blindés, avions furent ainsi transférés en nombre, en dépit de l'attaque de convois par les sous-marins (U-Boote) et la marine Allemands. À ce titre, la résistance acharnée de Roman Panin (Роман Иванович Панин) fut primordiale et si l'Union Soviétique put bénéficier de ses fameux Studebaker si appréciés par le commandement militaire pour ses lignes d'approvisionnement, de même que les fameuses jeeps Willys, copiés ultérieurement par les locaux et même modifiées pour y adjoindre un lance-roquettes de type Katyusha, elle le doit outre le corridor Perse à la possibilité d'avoir pu conserver la péninsule de Kola.
L'isthme et l'Est de la Carélie firent l'objet d'opérations de plus grande envergure, drainant la majeure partie du contingent Finlandais. Le succès fut au rendez-vous et l'ancienne frontière fut atteinte le 5 septembre 1941. Le front ne varia guère durant les années suivantes, l'armée Finlandaise ne prenant qu'une part indirecte au blocus de Leningrad (Saint-Pétersbourg de nos jours), se contentant de réduire les saillants de Beloostrov et de Kirjasalo et d'avancer vers la ligne Ohta-Lempaalanjärvi qui menaçaient leur ligne de défense. Vers l'Est de la Carélie le front fut repoussé de manière à se garantir un espace stratégique, sans toutefois réussir à menacer la ligne ferroviaire reliant Mourmansk. Les opérations stoppèrent en décembre, laissant aux mains des Finlandais quelques têtes de pont et des villes comme Rugozero, Olonets et Petrozavodsk.

L'offensive Soviétique Vyborg–Petrozavodsk du 10 juin au 9 août 1944 visa à bousculer et reprendre la main sur le secteur et de mettre à genoux définitivement cet encombrant voisin. Las, le plan ne se déroula qu'imparfaitement. Et si la ville portuaire de Vyborg fut conquise, la solide défense à Tienhaara (nord de Vyborg) démontra que la progression allait être plus qu'acharnée, puisque mise en échec. Particulièrement la bataille de Tali-Ihantala du 25 juin au 9 juillet obéra sérieusement cette ambition trop hâtive et démesurée au regard de la résistance rencontrée. La dernière bataille, d'Ilomantsi, du 26 juillet au 13 août donna conscience aux autorités militaires et politiques Soviétiques que si la Finlande pouvait être vaincue à terme, cela ne le serait qu'au prix de très coûteuses pertes et de l'acheminement de renforts qui étaient nécessaire sur le front principal. L'objectif initial demeurait surtout de briser les forces du IIIème Reich en poussant vers l'Ouest.  
Le maintien de la ligne VKT (Viipuri - Kuparsaari - Taipale) et l'objectif initial remisé, qui avait été de parvenir à la rivière Kymi, favorisa une fenêtre de négociations entre les deux belligérants à des conditions meilleures pour la Finlande qu'en cas de défaite militaire.

Le film s'attèle à cette reconquête du terrain perdu par les Soviétiques entre le 10 juin et le 9 août 1944. Le pendant du front nordique de l'opération Bagration (s'étendant du 22 juin au 19 août 1944) visant à faire refluer les forces de l'Axe d'Union Soviétique. Ce qu'il y a de remarquable en visionnant ce film, encore plus qu'avec Talvisota, c'est que l'on a affaire à un quasi-documentaire avec cartes et indication temporelle de l'évolution de la ligne de front. Pour l'impétrant il faut bien reconnaître toute l'utilité d'un tel procédé. Alors que j'avais quelque peu regretté le manque d'aboutissement dans les combats au corps à corps, force est de constater que pour le coup, Tali-Ihantala 1944 se débrouille admirablement mieux, et ce dans tous les domaines. Avec une image léchée et une sobriété dans les propos qui ne font que renforcer l'immersion. Pas de grandiloquence hollywoodienne, ni de romance parasitant le suivi du film. Non, juste la vision très crue du conflit. Le propos n'est pas travesti, il est au contraire sublimé par cette façon de filmer qui remet le conflit au coeur du propos.

Épilogue :  Après le cessez-le-feu des 4 et 5 septembre 1944 (qui conduira à la très lourde armistice du 19 septembre 1944) l'offensive de Petsamo-Kirkenes (Петсамо-Киркенесская операция) mit fin à la présence Allemande en Finlande du nord par un assaut donné le 7 octobre 1944 jusqu'à la victoire de celui-ci le 29 du même mois. Dans le même temps, et par retournement de situation, une fois l'armistice conclu, les forces Finlandaises luttèrent en Laponie contre les divisions Allemandes restantes (trois fois plus nombreuses), et ce jusqu'en avril 1945.

En dépit de l'armistice du 19 septembre 1944 et de ses très lourdes obligations, tant financières (300 millions de dollars), territoriales (la remise cette fois de toute la région de Petsamo en sus des autres portions déjà obtenues en 1940) que symboliques (le procès  de personnalités jugées coupables de crimes de guerre, comme le Président Risto Ryti, avec la participation d'enquêteurs et de juges de l'Union Soviétique), l'indépendance du pays était sauve, ce qui n'était pas une gageure au vu de la disproportion des forces en présence. La question contemporaine chez les historiens nationaux est de savoir si cette guerre était vraiment nécessaire, jusqu'à quel point la peur d'une offensive préventive de l'Union Soviétique, l'absence d'appui formel des Alliés durant la Guerre d'Hiver ainsi que la surestimation de l'appareil de guerre Nazi auront pesé dans le déclenchement de celle-ci? Quant à l'Union Soviétique n'a-t-elle pas cédé à une volonté trop hâtive de régler la question du front nord, méprisant la qualité et l'abnégation des forces adverses, qu'elle connaissait pourtant pour les avoir affronté lors de la Guerre d'Hiver?

Anecdote : le terme de finlandisation très employé durant l'époque de la Guerre Froide désignera une politique étrangère d'un État dictée par une puissance étrangère.

PS : je ne manquerai pas de vous faire le compte de la série Военная разведка : Северный фронт (sorti en 2012), Front Nordique dès que je l'aurai visionné prochainement. Une manière d'équilibrer la vision cinématographique d'un même évènement.

4 commentaires:

Stéphane Mantoux. a dit…

J'ai vu le film il y a un certain temps (je crois que ton billet va me le faire revoir lol) et de mémoire il me semble que je l'avais plus apprécié que Talvisota (que j'ai vu aussi).

L'offensive contre les Finlandais du 10 juin 1944 faisait partie de la maskirovka mise en place pour détourner l'attention des Allemands du Groupe d'Armées Centre, cible de la principale offensive, Bagration, déclenchée les 22-23 juin.

Yannick Harrel a dit…

Bonjour Stéphane,

J'hésite sur le fait que ce ne fut qu'une maskirovka car les moyens étaient quand même conséquents, surtout pour un front mineur (certes il fallait totalement dégager Leningrad mais l'essentiel du pays était hors de danger d'une invasion par ce front).
Au vu des opérations, j'ai l'impression que les Soviétiques pensaient réellement enfoncer les lignes jusqu'à quelques dizaines de kilomètres d'Helsinki. Ils étaient dans une logique d'euphorie puisque victorieux sur les autres théâtres d'opération.
Par ailleurs, même s'ils n'ont pas réussi à atteindre leur objectif stratégique, le traité de Paris fut éminemment avantageux pour l'Union Soviétique, surtout par l'amputation et la neutralisation de la Finlande.

Cordialement

Stéphane Mantoux. a dit…

Possible en effet que les Soviétiques aient voulu obtenir la décision contre les Finlandais-c'était même sûrement le cas, si je me souviens bien ce que j'ai lu, mais je vais vérifier chez Glantz.

En revanche j'ai souvenir aussi que les Finlandais résistent efficacement grâce à un certain appui allemand (aérien surtout, si je ne m'abuse).

Cordialement.

Yannick Harrel a dit…

Tiens moi au courant si tu lis quoique ce soit là dessus ;-)

Concernant la résistance Finlandaise, c'est exact ils ont disposé d'un appui aérien Allemand et même de matériel anti-tank dont ils manquaient cruellement.

Au final un front relativement méconnu mais pas inintéressant...

Deux ouvrages pour approfondir :
Finland at War 1939-45, P. Jowett and B. Snodgrass Elite, Osprey Publishing 2006
The Finnish Defence Forces, Suomen Graafiser, Palvelut Oy Ltd, Kuopio 1995