lundi 6 août 2012

L'Anonymous tu ne déposeras point


Les Anonymous sont devenus les hacktivistes les plus célèbres du net. Au coeur de plusieurs affaires, ils n'ont cessé de défrayer la chronique depuis le projet Chanology dirigé envers l'Église de scientologie. Avec des résultats plus ou moins probants, et des méthodes plus ou moins appréciées. Ils demeurent pourtant un de ces phénomène nés d'Internet, existant virtuellement et défendant une vision de leur milieu fût-ce par des actions « coup de poing ». Se retranchant derrière le masque du héros de V for Vendetta (issu du long métrage des frères Wachowski, les mêmes ayant réalisé la trilogie Matrix et de la bande-dessinée du talentueux Alan Moore) lors de chacune de leurs interventions filmées (par leurs soins ou lors de participations sur des plateaux télé) ou même dans la rue lors de rassemblements divers.

Décentralisés, les Anonymous sont un groupe dont on aurait peine à compter les forces en présence. Ce qui ne les empêche pas de clamer qu'ils sont légion, qu'ils n'oublient pas et qu'ils ne pardonnent pas (We are Anonymous, we are legion, we do not forget, we do not forgive en langue originale). Tout un slogan qui fait mouche. Et qui n'a pas échappé à un petit malin dont les intentions ne sont pas claires à ce jour. Le dirigeant de la société Early Flicker (une EURL sise dans le XVIème arrondissement de Paris) entreprit en effet de déposer le logo et le slogan à son compte auprès de l'organisme de propriété intellectuelle en France, l'INPI. 

Évidemment une telle appropriation demeurant à l'opposé des idéaux originaux des Anonymous ne pouvait que susciter leur colère. Remarquons ce faisant la latence de réaction, puisque tout est parti d'un tweet six mois après le dépôt initial (février 2012) relatif à l'inscription par l'organisme national des classes visées (18, 21, 25) au bulletin officiel de la propriété industrielle (BOPI). Soit pêle-mêle de la maroquinerie, des produits ménagers et de l'habillement. Difficile d'entrevoir la visée réelle du gérant. Toutes les conjectures étant possibles : bourdonnement commercial (buzz), utilisation mercantile à terme ou comme il l'affirme volonté de protéger le logo et le slogan d'autrui de sa propre initiative ? Ou peut-être tout simplement naïveté confondante, trouvant l'ensemble très seyant pour son agence web et les produits dérivés possibles ?

Toujours est-il que les réactions n'ont pas manqué de survenir et le responsable de s'en expliquer, comme l'exprime son message posté sur la page du site Pickapop.fr
La société Early Flicker est une petite entreprise qui propose à chacun de personnaliser des objets divers, à l'effigie de pays, de personnages ou d'idées qu'ils défendent. Ses profits sont minimes, nous ne vendons que 2 ou 3 objets par jour mais l'idée était sympathique, ludique et m'a enthousiasmé...
Il semblerait que l'information ait été relayée il y a quelques jours seulement, mon action était jusque là passée inaperçue, pour la simple et bonne raison que je n'ai pas cherché à revendiquer quoi que ce soit, ni à "faire le buzz". Le dépôt a été fait dans la discrétion absolue en février et n'avait alors fait aucune vague. Je suis toujours sous le coup de l'étonnement face à la folie qui en resulte aujourd'hui, mais qui a au moins le mérite de prouver notre réactivité devant une menace contre notre liberté d'expression...
Soyons clairs, il n'est absolument pas question de créer une "marque" Anonymous. Je ne produis pas de séries, mais à l'unité et à la demande, je n'ai jamais vendu en gros de t-shirts à l'effigie du mouvement, je ne fabrique aucune étiquette ni aucun signe de reconnaissance de mes produits. Je ne fais que poser une image sur un objet, au choix du client, comme le font des centaines d'autres sites comme le mien...
Je confirme donc publiquement me porter garant de leur utilisation gratuite et légale en France par tous ceux qui se reconnaîtrons dans les idéaux d'Anonymous, et ceci aussi longtemps qu'il me le sera permis par les sympathisants du mouvement. Je répète que jusqu'à présent je ne me suis jamais éloigné de cette voie, ce qu'il est facile de vérifier. De plus, sans le buzz créé par des sites d'information, et non par ma société, rien n'aurait changé concernant l'utilisation de ces logos et credo, et le dépôt aurait même pu rester silencieux encore des mois ou des années durant...

Alors suffisant pour rasséréner les Anonymous sur le sujet? Des contacts auraient lieu en ce moment même car comme il est précisé à la fin du message : 
J'échange actuellement avec l'un des comités de soutien France des Anonymes, à leur demande, je ferai ce qui leur semblera dans l'intérêt du mouvement.

Question : pourquoi ne pas avoir tenté de prendre contact préalablement avec ce comité avant de s'attirer les foudres de la communauté dont il explique pourtant supporter les points de vue ? Et pourquoi ne pas avoir joué sur le parodique, ce qui aurait calmé bien des esprits ? Il est vrai qu'il y a quelque chose de risible à déposer une marque et un logo d'un mouvement qui a toujours férocement lutté contre les tentatives de musèlement de l'Internet par la propriété intellectuelle. Notamment l'ACTA pour ne citer que le plus récent (et qui mériterait un dossier à lui tout seul pour l'opposition véhémente que cet accord suscite depuis des années, d'autant que son existence avait été nié dans un premier temps).

Il pose aussi juridiquement la question de savoir si une phrase devenue célèbre et bénéficiant de l'antériorité sur un support numérique peut se voir protéger de facto et non de jure ? Dans la vidéo jointe ci-dessous, il est indiqué qu'une idée n'est pas à vendre. En vérité, les idées sont insusceptibles de dépôt, or le slogan des Anonymous fut déposé en tant que marque mais pourrait être battu en brèche sur ce plan.

Le dépôt peut être consultable ICI.

MAJ du 06/08/2012 : le gérant de la société Early Flicker a renoncé au dépôt de marque et de dessin à l'INPI en contrepartie de la possibilité de les utiliser commercialement par l'entremise de produits dérivés. Une solution équitable somme toute.

1 commentaire:

lejournaldepersonne a dit…

ANONYMOUS

Si vous cherchez le coupable… regardez-vous bien dans le miroir !
Vous cherchez à changer le cours de l’histoire ?
Alors rendez-vous le 5 novembre à 8 heures du soir place du Parlement avec votre masque sur votre visage pour une marche triomphale et pour signifier désormais :
que vous ne marcherez plus jamais… seuls.

http://www.lejournaldepersonne.com/2012/08/anonymous-2/