mercredi 15 août 2012

Et si les Soviets avaient marché sur la Lune?


L'arrivée récente de la sonde de la NASA Curiosity sur Mars a enflammé les passions et relancé l'intérêt pour le secteur spatial au sein du grand public. Pour ceux qui par ailleurs désireraient en savoir un peu plus sur l'évolution du programme, ils peuvent se rendre sur le site officiel de la NASA : Mars Science Laboratory. Et prendre connaissance ainsi du premier panorama à 360° du lieu d'atterrissage (amarsissage?) de l'astromobile blindé d'éléments de mesure pour un poids total de 899 kilos! Depuis son point de départ du cratère Gale, le robot devra durant un périple de près de deux ans se rendre sur l'Aeolis Mons. Les composants électro-informatiques soumis à la dure ont été radiodurcis, c'est à dire protégés par les radiations. Et l'énergie pour lui permettre de se mouvoir provenant d'un générateur thermoélectrique à radioisotope, autrement dit une pile nucléaire pour simplifier à l'extrême. La mission qui devrait durer une année martienne, soit presque deux années terrestres prendra fin si tout se déroule comme prévu en juin 2014.

Cette réussite Américaine n'en marque que d'autant plus l'échec en 2011 de la mission Phobos-Grunt, la sonde Russe qui devait analyser l'un des deux satellites Martiens, Phobos. Couplé au lancement raté d'une sonde Indonésienne par un Proton-M le 7 août 2012, le programme spatial Russe peine à retrouver ses couleurs d'antan. Ce qui valut par ailleurs l'ire du Premier Ministre Dmitri Medvedev lors de ces deux évènements, et qui ne manquera pas de provoquer des changements drastiques les mois à venir. Les projets à venir sont malgré tout ambitieux, et tant le futur lanceur Angara que le futur vaisseau spatial sur lequel planche RKK Energuia sont prometteurs. Car cette fois, la course à l'espace semble doucement se ranimer, à la différence que Russes et Américains ne sont plus les seuls à postuler à ce club prestigieux de la conquête de l'espace, Chinois et Indiens se positionnant comme de sérieux outsiders. Pour en revenir aux Russes, les autorités de Rosskosmos avec l'accord au plus haut sommet de l'État ont lancé le plan de réflexion sur la stratégie de développement spatial jusqu'en 2030 et au-delà (Cтратегия развития космической деятельности России до 2030 года и на дальнейшую перспективу) : http://www.federalspace.ru/main.php?id=402

Je n'ai pas encore eu le temps de m'y plonger dans le détail, mais il fera vraisemblablement l'objet d'une étude à venir sur ce blogue. Toutefois le passage suivant est d'importance puisque fixant l'un des objectifs majeurs de ce plan : « разработку средств для контактных исследований и последующего освоения Луны ; осуществление демонстрационного пилотируемого облета Луны с последующей высадкой космонавтов на ее поверхность и возвращением их на Землю. » 
Ce qui signifierait l'arrivée sur la Lune des Russes à l'horizon 2020-2030 (et de leur retour sur Terre il va de soi). Là où le programme Luna échoua voici près de 50 ans à faire poser le pied d'un homme sur le satellite naturel. Cependant, il convient au vu des derniers échecs de remettre un peu d'ordre dans les services avant de se projeter aussi loin, ainsi le proféra Dmitri Rogozine, vice-Premier Ministre mais surtout superviseur des secteurs de la défense et spatial.

Cette course à l'espace, il est possible de la revivre virtuellement à travers un programme édité par Interplay et sorti en 1993 pour ordinateurs PC, puis décliné en 1994 sur un support CD-Rom permettant un stockage plus élevé de cinématiques que la version disquettes d'origine : Race Into Space (initialement Buzz Aldrin's Race Into Space). Loué pour son réalisme, il resta dans les mémoires de nombreux amateurs de ludiciels traitant de la conquête spatiale. Il est depuis dans le domaine public et a bénéficié d'un portage pour systèmes d'exploitation modernes (Windows, Linux, MacOs, FreeBSD).
Les passionnés qui oeuvrent autour du programme original l'améliorèrent substantiellement sur des points de réalisme et d'optimisation des mécanismes de jeu (ex. il est désormais possible lorsque l'on retire un astronaute du programme d'entraînement intensif de le ré-envoyer ultérieurement, ce qui n'était pas le cas dans le jeu original).

Pourquoi un tel succès presque vingt ans après? Pour la bonne raison qu'il projetait ni moins que de faire revivre la course à l'espace entre les deux superpuissances du moment : l'Union Soviétique et les États Unis d'Amérique. Débutant en 1957, la simulation ne s'arrête qu'à partir du moment où l'un ou l'autre arrive à faire poser le pied d'un spationaute ou cosmonaute sur le sol lunaire. Là où le ludiciel est vraiment performant c'est qu'il n'est possible d'y arriver qu'en suivant des étapes préalables et non en rushant comme un fou. En effet, des missions précipitées (le choix est offert d'avancer la date d'une mission pour coiffer au poteau le concurrent sur une mission particulière) accentuent la probabilité de les voir se conclure de manière catastrophique. Avec à la clef perte de budget et de prestige, ajoutée à la disparition de ressources humaines précieuses en cas de tentative ratée de vol habité.
Car les astronautes sont en effet une donnée essentielle : ils doivent être recrutés, puis formés en deux temps par un programme spécifique. Le jeu laisse ici le choix entre un panel historique (il est possible d'envisager de faire atterrir Gagarine sur la Lune) ou aléatoire. Chaque candidat ayant des attributions diverses, que ce soit pour le pilotage du module lunaire ou de la capsule, la sortie dans l'espace, l'endurance ou encore l'arrimage d'un module.
Souci du détail : une femme envoyée dans l'espace sera considérée comme une nouvelle étape de la conquête spatiale et rapportera aussi des points de prestige.

Les ressources humaines sont un aspect à ne pas négliger, par l'entraînement bien sûr mais aussi la motivation car des candidats écartés trop longtemps pour les missions spatiales demanderont à être libérés du service. D'autres enfin peuvent disparaître du fait d'un trop grand âge, d'un accident pendant ou en dehors d'une mission. On le constate cette partie est très dynamique et requiert une attention soutenue du joueur.

La combinaison des missions possibles est appréciable. Par exemple les sondes en direction d'autres planètes permettent d'une part d'améliorer la connaissance et la fiabilité des différents composants techniques du programme comme de rapporter encore plus de prestige et de fonds. Lesdits composants justement coûtent énormément d'argent tant pour les obtenir que pour les faire progresser à un niveau satisfaisant de sécurité (d'où les dépenses en recherche et développement). C'est tout un équilibre à trouver entre budget alloué, sécurité optimale, gestion des ressources humaines et avancement du projet. Car l'échec se tapit derrière chaque lancement et l'on maugrée en revanche lorsque l'adversaire franchit une nouvelle étape rapportée par un flash d'information.

Difficile de tout évoquer lorsque la simulation est à ce point complexe, car il serait nécessaire de répertorier l'ensemble des lanceurs, des modules, des combinaisons de sortie disponibles, comme la phase d'assemblage des divers éléments (avec prise en compte de leur poids inhérent) ainsi que l'impact des informations transmises, juste ou erronées, par la CIA/KGB etc. 

Alors oui ça a prit un coup de vieux sur le plan des graphismes et de l'ambiance sonore (encore que les musiques sont immersives malgré leur répétitivité), malgré tout l'on se prend rapidement au jeu. Et l'on en vient à suivre fébrilement le lancement d'un nouveau projet par la succession des cinématiques tout en croisant les doigts pour que le succès soit au bout. Précisons pour rajouter encore au plaisir de jeu que les deux camps sont sélectionnables, et chacun a été modélisé différemment pour ajouter encore au réalisme. D'où l'impression d'avoir deux ludiciels en un.

Disponible sur Source Forge (le site officiel semble abandonné mais le téléchargement demeure actif) : http://sourceforge.net/projects/raceintospace/

Enfin, toujours dans la catégorie simulation spatiale sérieuse et gratuite, je tiens à mentionner Mars Simulation Project développé depuis... 1998!

L'ambition de départ et qui a été conservé au fil des mises à jour depuis quatorze ans est de reproduire aussi fidèlement que possible les implications d'une colonisation humaine sur Mars. Il peut difficilement être assimilé à un ludiciel connu et frustrera fondamentalement énormément de joueurs car l'on n'a que peu d'effet sur la vie des colons. Certes il est loisible par exemple d'ordonner à un groupe de se lancer dans une mission d'exploration ou de collecte de minéraux mais sitôt celle-ci terminée ou annulée (pour cause d'avarie/décès), les protagonistes reprennent leur vie en fonction de leur spécialité. En outre, les interactions entre individus ont une influence sur le cours du jeu, provoquant des amitiés/ressentiments et partant de là du stress et du bonheur, rallongeant ou diminuant d'autant la vie de ceux-ci. Car oui, les colons ne sont pas immortels, ils vivent et meurent. Parfois d'accidents comme un dysfonctionnement dans une combinaison mais aussi de maladies.
La gestion de la ou des bases est aussi épineuse puisqu'il faut tenir compte du stock de matériel (pièces détachées) disponible pour la maintenance ou l'édification des installations. Et d'apprendre à ne pas gaspiller certaines ressources comme l'oxygène, l'eau ou même l'énergie en les rationnant. Ou alternativement en activant une procédure de recyclage (si l'infrastructure est disponible/construite dans la base il va de soi).

La simulation est à ce point si bien conçue qu'il est possible d'ouvrir une route commerciale entre deux bases pour échanger du matériel. Bien pratique pour la survie de colonies éloignées. À ce stade de développement néanmoins, cette possibilité apparait trop peu développée bien qu'il est appréciable qu'elle soit disponible.

Toujours en cours d'amélioration, les versions successives n'ont fait que bonifier une idée originale basée principalement sur l'intelligence artificielle et la tentative de simuler les difficultés de la vie martienne. Sous des dehors un peu arides (entre tableaux façon Excel et cartes tirant vers l'orangé), la richesse du programme reste son principal atout et même si l'on n'a que peu d'emprise sur le cours général de la vie, l'intérêt est surtout de comprendre combien une colonisation en bonne et due forme relève de la gageure.
La dernière mise à jour date de juin 2012 et l'on attend déjà avec impatience la suivante.

Disponible sur le site officiel : http://mars-sim.sourceforge.net/

2 commentaires:

Frédéric a dit…

Ce jeu est il compréhensible par un non-anglophone ?

Yannick Harrel a dit…

Bonjour,

Les deux réclament un bon niveau d'anglais, ainsi que la connaissance de termes spécifiques (ex. EVA suits). Toutefois, il n'est pas impossible que la communauté francophone ait procédé à une traduction. À vérifier sur les forums officiels.

Cordialement,