jeudi 28 juin 2012

Napoléon et le mirage Russe


1812 - 2012 : le bicentenaire de la campagne de Russie est à l'affiche sur plusieurs magazines.

Retour sur une décision que l'on considérera comme malheureuse par son résultat. Mais qui scella surtout une incompréhension regrettable entre les deux Empereurs : Alexandre Ier et Napoléon Ier. Et dont la levée du blocus continental unilatéralement par les autorités Russes précipitera l'entrée en guerre des Français (d'autres évènements y contribuèrent à des degrés divers comme la non-venue du Tsar au mariage entre Napoléon et Marie-Louise d'Autriche, la création du Duché de Varsovie ou encore la perte du Portugal un an auparavant laissant une tête de pont Britannique dans la péninsule Ibérique). Débutera de la sorte ce que l'on a nommé la sixième coalition, avec la notoire opposition du Maréchal Bernadotte, ancien général Français passé à l'ennemi une fois sur le trône de Suède. Malgré la tactique de la terre brûlée et d'escarmouches du futur Feld-Maréchal Koutouzov, un affrontement ne put être évité et se déroula en septembre de cette année près de Borodino : la victoire fut obtenue à l'arraché par les Français qui laissèrent cependant nombre de braves joncher le sol Russe : des pertes qui ne furent jamais compensée en dépit d'un nombre encore plus conséquents de disparus du côté Russe (dont le général Bagration, un des officiers les plus doués de sa génération). Les portes de Moscou étaient ouvertes mais à un prix bien trop élevé.

Les quelques gestes de panache et de sacrifice (songeons aux pontonniers de la Bérézina oeuvrant dans les eaux glacées d'un courant d'eau charriant des blocs de glace) durant cette campagne ne peuvent effacer le fiasco d'une opération militaire qui a sous-estimé le climat Russe (même si exceptionnellement froid cet hiver là), la capacité de résistance et d'adaptation stratégique des Russes ainsi que les problèmes de sécurisation des lignes d'approvisionnement (alors qu'un de ses aides de camp, Armand de Caulaincourt, avait mis en garde l'Empereur d'une entrée en profondeur dans le territoire ennemi, lui préconisant de s'en tenir à la périphérie de l'Empire Russe). Un Napoléon qui restera fasciné par ce peuple dont il admirera la bravoure jusqu'à la folie, les traitant même de Scythes!

C'est aussi durant cette période que s'éveillera celui qui deviendra LE poète Russe par excellence : Alexandre Pouchkine (Александр Сергеевич Пушкин) faisant encore ses gammes au lycée impérial de Tsarskoïé Selo. Le romantisme Russe comme ses épigones irriguant l'Europe à cette époque devra énormément à l'épopée Napoléonienne (rappelons, entre autres exemples, que Lord Byron fut par exemple un admirateur zélé du souvenir du souverain Français). Et nous retrouvons aussi Stendhal durant ce voyage en Russie, s'extasiant devant les portraits de femmes slaves dans une galerie au moment où la ville s'embrasait, un détachement que le même personnage réitèrera lors de la Bérézina où il s'emploiera à rester glabre en dépit du froid mordant et du chambardement militaire alentour. 

N'oublions pas d'évoquer l'un des principaux historiens Russes spécialiste de la période allant même jusqu'à participer lui même à des reconstitutions sur le terrain : Oleg Sokolov (Олег Валерьевич Соколов).

Deux ouvrages à signaler pour rappeler l'évènement. Le premier étant celui du numéro 43 de Gloire & Empire se focalisant uniquement sur cette partie de l'Histoire Napoléonienne avec cartes, photographies et études à l'appui : 



Le second étant celui de la Nouvelle Revue d'Histoire en son numéro 60 qui prend cependant partie d'élargir le spectre de cet évènement historique pour établir un parallèle avec cette autre invasion de la Russie, celle des forces de Hitler (bien que je sois quelque peu dubitatif quant à la date choisie puisque l'opération Barbarossa est lancée en juin 1941 et non durant l'année 1942). Enfin, une tentative de compréhension du phénomène Poutine est amorcée au sommaire suite à son troisième mandat.



Il est par ailleurs significatif que la bataille de Borodino soit considérée comme une victoire pour les deux pays. J'en avais été notamment surpris lors d'un séjour en Russie, et lors de la visite du musée-panorama Borodino à Moscou où se dévoile à l'intérieur une fresque immense circulaire. À ne surtout pas manquer pour les amateurs!
Et pour ceux qui veulent se rendre directement sur les lieux, évidemment ne pas manquer de rentrer au sein du musée Borodino dans la région de Moscou.


J'en profite puisque nous parlons des campagnes Napoléoniennes pour vous inciter à lire dans les cahiers du CESAT numéro 25 l'analyse du commandant Alain Messager sur la campagne de France (en 1814 celle-là). Trop souvent ignorée, voire même boudée, l'Empereur retrouva pourtant le temps de quelques mois tout le génie tactico-opérationnel qui lui permit de briller précédemment en d'autres théâtres d'opérations. Et l'auteur d'en tirer des enseignements contemporains : 
Mais il ne s’agit point de refaire l’histoire car, malgré toutes ces circonstances, un fait se dégage: le génie tactique, la valeur et le courage des Français ne suffisent pas à compenser le poids du nombre.
À l’heure où la plupart des armées occidentales font le choix des réductions d’effectifs, c’est un fait qui ne saurait être négligé, comme le rappelle justement le «Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale»: «Le critère du nombre – effectifs et équipements – demeure pertinent et ne peut être entièrement compensé par la qualité».
Une série de victoires tactiques qui se brisera malgré tout sur la réalité stratégique mise en place par les alliés.

Et pour illustrer en musique le présent texte, je ne résiste pas au plaisir de partager avec vous cette musique qui illustre à elle seule toute la confiance et le dévouement de la Garde à son Empereur. Laquelle fut semble-t-il jouée lors de l'entrée à Moscou.

La victoire est à nous!

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