vendredi 15 juin 2012

L'E-Stonie, l'autre pays du cyber


L'Estonie, ou Esthonie en son ancienne graphie, j'apprécie énormément certaines anciennes appellations telle Kirghizie ou encore Leopol pour désigner la ville de Lviv actuellement sous les feux de l'actualité footballistique avec l'Euro 2012, a été récemment à la pointe de l'actualité cyber pour une double raison.

La première suite à l'évènement de la CyCon (Conférence Internationale sur les Cyber Conflits) organisée par l'OTAN du 5 au 8 juin 2012. Un symposium d'autant plus logique que Tallinn accueille le Cooperative Cyber Defence Centre of Excellence depuis mai 2008 faisant suite un an après aux cyber-attaques ayant paralysé nombre de services publics comme privés. Cette aréopage de personnalités issus de divers secteurs de la sécurité de l'information à l'économie en passant par le droit. Plusieurs points ont été abordés, et non des moindres : 
  • l'assimilation à l'application des règles de conflit conventionnel lors de la survenance d'une cyber attaque ciblée
  • la migration de l'IPv4 à l'IPv6, ses difficultés, sa progression et ses vulnérabilités
  • l'imputabilité de toute cyber-attaque d'envergure
  • les effets des bombes logiques envers l'Iran
  • l'observation que la Russie reste relativement neutre dans ses textes en matière de guerre informationnelle, laissant la responsabilité aux États et organisations d'assurer la défense du cyberespace
  • l'augmentation et la sophistication grandissantes des malwares (logiciels malveillants)
  • des défenses de plus en plus complexes à mettre en place du fait de l'exposition des ordiphones, de l'émergence de l'infonuagique et l'efficacité des nouveaux outils numériques de cryptage
  • les moyens de cartographies les menaces du cyberespace via le Security Intelligence Operations (SIO) de l'équipementier CISCO, partenaire officiel
Membre de l'OTAN depuis 2004, l'Estonie s'est enorgueillie et félicitée par la voix de son représentant officiel Toomas Hendrik Ilves du succès de ces rencontres tout en mettant en garde la latence observable chez diverses institutions quant à la valeur stratégique que représente le cyberespace.

La seconde tient à un article passionnant paru sur Ars Technica et relatif à la croissance de l'économie numérique de ce pays très branché cyber.  Ce qui de qualité s'est transformé en faille critique lorsque le pays fut frappé comme en avril 2007 par des attaques répétées et coordonnées.

Ainsi apprend-on tout d'abord que le logiciel pionnier de VoIP (voix par IP) Skype a été le fruit d'une équipe de programmeurs Estoniens. Un logiciel au succès exponentiel qui sera racheté en mai 2011 par le géant de Redmond, Microsoft. Précisons en outre que ces petits génies Estoniens furent à l'origine du logiciel de partage de point à point (peer to peer) Kazaa qui fit longtemps enrager les sociétés détentrices de droits d'auteurs. De même qu'ils sont les initiateurs du projet Joost, utilisant le même type de réseau pour la diffusion de programmes télévisuels. La matière grise et les idées ne manquent par conséquent pas en Estonie. De même est-il précisé que sous l'Union Soviétique, le pays abrita l'Institut de Cybernétique, Küberneetika (basé à Tallinn) depuis le 1er septembre 1960 : ce qui est une base sérieuse en matière de formateurs et de chercheurs qui semble avoir perduré malgré l'effondrement de l'entité qui l'a vu naître.

Partant de ce constat, l'analyste Allan Martinson, un homme d'affaires local ayant prospéré durant les années post-soviétiques, évoque l'émergence de toutes ces sociétés nées de la révolution Internet. Et de relever que l'Estonie se place à la deuxième place en matière de création de jeunes pousses en joint-venture, juste derrière les États-Unis! Et d'asséner que plusieurs d'entre elles génèrent déjà près d'un million de dollars de chiffre d'affaires juste après quelques années d'activité, et même 10 millions pour certaines autres.

Le tableau n'est pourtant pas si idyllique et se heurte à une réalité de plus en plus conséquente : le déclin démographique. Car l'Estonie a subi une chute dramatique de sa natalité dans les années 90, passant en 1987 de 16,2 naissances pour 1000 habitants à... 8,8 en 1998! Le niveau du taux de natalité remonte depuis cette date (stagnant à 11,8), lentement, trop lentement et risque d'être prochainement un facteur handicapant brisant l'essor de toutes ces jeunes entreprises innovantes tant demandeuses de nouveaux talents.

MAJ: Courant du deuxième semestre 2012 sera délivré un ouvrage que l'on ne manquera pas d'en effectuer l'exégèse entre spécialistes du secteur : Le manuel Tallinn (Manual on International Law Applicable to Cyber Warfare). Ou plus exactement en français, manuel des lois internationales applicables en cas de conflits armés au sein du cyberespace. Et prenant comme référence deux autres manuels, celui de 1995 relatif aux lois applicables des conflits armés en mer et celui de 2010 quant aux lois internationales applicables sur la guerre aérienne. Un ouvrage que l'on ne manquera pas d'étudier avec tout l'intérêt qu'il se doit.

Aucun commentaire: