dimanche 3 juin 2012

Du côté de la Baltique cinématographique


Je vais relater ici même deux productions cinématographiques auxquelles j'ai prêté un véritable intérêt. D'une part parce qu'elle était issues de pays où les métrages se font rares (nous ne parlons ici que de quantité et non de qualité) et d'autre part parce que les scenarii sont relativement exotiques. Les deux ont néanmoins un point éminemment commun : des hommes dressés contre l'adversité, contre le doute et contre un système inique.

Le premier a trait au célèbre pirate Germain Klaus Störtebeker. Illustre personnage outre-Rhin qui avait bénéficié d'un écrit de ma main voici quelques années sous le titre évocateur d'Ami de Dieu, ennemi du Monde. Red Gallion : la légende du corsaire rouge part déjà mal avec un titre francisé un peu incongru alors que l'appellation d'origine était bien plus proche de la légende du personnage : 12 Meter ohne Kopf (12 mètres sans tête). Mystère quant à cette appellation peu inspirée. Le reste, une affiche qui « claque » comme l'on dit, et qui semble augurer d'un Pirates des Caraïbes tendance bretzels et Löwenbräu. Las, il n'en est rien. On s'attend à juste titre à un film ayant la « gnac » et des plongées dans l'univers de la Hanse et des Frères Vitaliens (Vitalien Brüder) qui furent les terreurs des mers froides au bas Moyen-Âge. Rien du tout ou plutôt tellement peu que ça n'en laisse qu'un amer regret.

Les rares scènes de combat sont très bien filmées, léchées même (l'affrontement avec Simon d'Utrecht par exemple). Cependant elles sont entrecoupées de longueurs qui n'apportent rien à l'histoire, et il est difficile de comprendre là où le réalisateur Sven Taddicken veut en venir, on le sent plutôt hésiter entre film d'action, film psychologique et film historique. Au final, l'on en ressort avec quelques belles images, un début d'empathie pour l'un des personnages (je ne tiens pas à vous révéler lequel) et un peu d'intérêt pour cette partie du monde qui charriait richesses et sang sur des flots déchaînés. Malheureusement il aurait été plus satisfaisant de se voir offrir un docu-film plutôt qu'une oeuvre bâtarde quelque peu indigeste et délivrant moins un message (l'épisode du capitaine angoissé tourne totalement dans le vide) qu'il n'apporte des regrets. Et je ne disserterai aucunement sur l'humour Allemand qui lui passera difficilement dans l'esprit d'un francophone. Enfin ce n'est pas non plus la musique braillarde et décalée qui arrive à faire surnager l'ensemble.

En somme, un abordage du genre pour rien et un gâchis de plus en matière de films de pirates. Klaus Störtebeker n'en perdra pas davantage sa tête  mais méritait amplement mieux...

Pour rappel quant au titre et au paragraphe ci-dessus, la légende relate qu'au moment d'être exécuté à Hambourg il aurait obtenu que soient libérés autant de ses marins que la distance que son corps décapité pourrait marcher. Douze hommes auraient pu avoir ainsi la vie sauve... si ce n'est la rétractation de la parole donnée par l'édile...



Le second métrage est lui déjà rehaussé en matière d'intérêt et plus assuré dans la voie qu'il s'est choisi. Tadas Blinda est d'origine Lituanienne, et conte l'histoire fictive d'un Robin des Bois local. Encore que l'analogie avec le célèbre héros-bandit de la forêt de Sherwood est légèrement biaisée ne serait-ce que par le contexte historique en sus de géographique. L'action se déroule en effet au XIXème siècle, en plein Empire Russe. Tadas Blinda va ainsi se retrouver bien malgré lui à la tête d'une révolte voulue par un officier réactionnaire souhaitant contrer les projets de réformes sociales du Tsar (nous sommes alors en pleine abolition du servage) en fomentant des troubles, notamment en Lituanie.

Le plan se déroule parfaitement dans un premier temps grâce à l'entremise d'un traître allumant la mèche de la contestation mais va consumer l'ensemble de la région et rapidement faire d'un proscrit un véritable symbole malgré lui de la résistance à la présence Russe. C'est en cela que le personnage principal mérite de l'intérêt : il n'est pas un chef né, il le devient, poussé par les autres et par obligation envers ses fidèles partisans. La romance introduite dans le déroulé de la geste ne parasite pas le plaisir du visionnage. La réalisation est propre, sans aspérité, sans grand coup d'éclat non plus mais tant qu'à faire autant privilégier le sobre et l'efficace. Mantas Jankavicius et Agniya Ditkovskite jouent de manière très convaincante et offrent un véritable souffle à ce film inattendu mais plaisant. Disponible en français sous le titre Fireheart : la légende de Tadas Blinda.

J'ajouterai pour terminer que la forêt très présente dans le métrage est un élément central chez les peuplades germano-baltes, ne serait-ce que par un vieux fond de paganisme toujours persistant (le mouvement Romuva en Lituanie étant reconnu en tant que religion) et comme ultime refuge des résistants pendant la férule Soviétique, sous l'appellation des Frères de la forêt emmené par la figure tutélaire d'Adolfas Ramanauskas. Quant à la date éventuelle, l'on s'approcherait de façon plus crédible vers 1817, lorsque le servage fut régionalement aboli au sein de l'Empire Russe sur le territoire de Courlande.


5 commentaires:

Stéphane Mantoux. a dit…

J'ai Red Gallion en stock mais je ne l'avais pas encore regardé, je crois que je vais le faire passer sur le haut de la pile (lol).

Par contre je ne connaissais pas Tadas Blinda, je vais tâcher de le dégoter.

Yannick Harrel a dit…

Bonjour,

Ah mais que ma critique ne te dissuade pas de le visionner tout de même ;-)
Non sérieux vu la qualité de certains documentaires Allemands, j'aurais préféré avoir entre les mains un docu-film qui aurait été clair sur son rôle alors que là c'est un breuvage hétéroclite de genres.

Cordialement

Stéphane Mantoux. a dit…

Au contraire je voulais dire que j'allais le regarder, même s'il est décevant, histoire de voir...

A+

Yannick Harrel a dit…

Alors je lirai avec intérêt ta propre vision sur le sujet ;-)

Ah et félicitations pour ton article sur Yarmouk : magnifique, je suis fan ^^

Stéphane Mantoux. a dit…

Merci Yannick !
Et encore il reste bien des choses à dire... je ne fais qu'effleurer tout ça, moi !