mardi 24 avril 2012

Naval War Arctic Circle : la guerre du cercle polaire sur vos écrans


Les vétérans de simulation navale informatique se souviennent émus du complexe mais exhaustif Harpoon. Sorti en 1989 et esquissant un affrontement des marines de l'OTAN envers celles du Pacte de Varsovie et alliés, la simulation essaima sur de nombreuses plate-formes en séduisant un grand nombre d'adeptes. La version de base, déjà relativement bien achalandée, fut complétée par des modules additionnels, les battleset. Ces derniers approfondirent plusieurs zones comme l'Atlantique Nord ou l'Océan Indien, avec un ordre de bataille mis à jour et augmenté le cas échéant. Harpoon II prit acte de la chute du mur de Berlin pour proposer de nouveaux scenarii. Harpoon 3 Pro eut un destin très singulier puisqu'il ne s'adressa pas cette fois-ci à des amateurs de stratégie maritime mais directement à des professionnels avec un produit sur mesure. Ce qui explique qu'il soit indisponible à la vente dans le grand commerce mais atteste du sérieux de cette simulation qui il est vrai ne pouvait que s'adresser à des mordus. Une version 3 civile, Larry Bond's Harpoon 3: Advanced Naval Warfare, fut distribuée en 2006 mais sans grand retentissement commercial malgré l'implémentation d'un mode multijoueur et de l'intégration de la piraterie maritime comme occurrence scénaristique. Peut-être du fait d'une trop grande aridité technique plus proche des standards des années 90 que des années 2000. Une version 2010 est encore disponible à l'achat avec quelques améliorations sur le plan de la jouabilité et une base de données mise à jour (notamment sur les marines Chinoise, Indienne et Sud Africaine).

Le succès relatif du dernier Harpoon aurait pu faire accroire à la désaffection des éditeurs pour ce genre de ludiciel. C'était sans compter sur l'abnégation de la société Suédoise Paradox Interactive, grand soutien des jeux de guerre. Société que j'eus l'occasion de citer lors d'une étude concernant Crusader Kings Deus Vult. Le sérieux des produits estampillé Paradox ne put que m'amener à m'intéresser à Naval War Arctic Circle.
Pour résumer NWAC est un Harpoon avec des scènes en 3D. Lesquelles bien qu'étant un peu juste techniquement demeurent pourtant suffisantes pour faciliter l'immersion du joueur au sein du conflit présenté. Les missions sont à ce titre relativement nombreuses, simulant l'affrontement entre deux blocs : de l'Ouest et de l'Est. Ce qui n'est guère original il faut en convenir mais efficace. Et pour ceux qui n'apprécient guère l'enchaînement décousu de missions, le mode campagne est là pour les sustenter. Dommage malgré tout que celle-ci soit si linéaire et non dynamique mais elle a au moins le mérite d'être progressive en difficulté et en tension, ainsi que d'autoriser le choix du camp incarné.
L'affrontement nous place dans un futur très proche, en 2030, où le Pôle Nord attise les convoîtises des pays riverains, couplé au dégel latent de la calotte glaciaire. 36 000 000 km² d'aire de jeu sont ainsi annoncés, cependant ne vous méprenez pas : vous aurez surtout droit à un horizon sans fin, parfois agrémenté de gros grain ou de quelque relief en vous approchant/survolant des côtes. Pas de fioriture à attendre de ce côté, l'essentiel s'y trouve sans effets spéciaux pour vous laisser concentré sur l'essentiel du jeu. Pour le reste, c'est byzance : terre-air-mer, les forces dont on dispose sont pléthoriques et chacune a son importance dans le succès ou l'échec de la mission. En certaines circonstances le dilemme se fera jour : doit-on s'approcher d'un contact inconnu pour l'identifier, risquer de se révéler et en corollaire subir une violente réaction ou doit-on prévenir la menace en envoyant ses missiles/torpilles pour ne pas risquer de perte et prendre la responsabilité d'envoyer par le fond ou de désintégrer un élément non belligérant?
Vous devrez apprendre à gérer les radars/sonars actifs/passifs dans la traque d'intrus avec le risque d'être soi même détecté et de devenir la proie!
La base de données est conséquente, et se projette dans ce futur en introduisant certaines unités vraisemblables actuellement à l'état de prototype ou en cours de modernisation, tel l'aéronef T-50 PAK FA développé conjointement par les Russes et les Indiens, l'hélicoptère de lutte anti-sous-marine Britannique AW101 HM2 ou encore les sous-marins Russes de classe Lada.

L'interface sobre si elle pourrait rebuter de prime abord par son manque d'éclat a en contrepartie un mérite essentiel : une prise en main très rapide. Malgré la richesse du jeu et les différentes actions possibles, il est assez remarquable que le tout demeure très accessible et plaisant à contrôler. Il est certes possible d'agrandir la vue 3D de l'action en cours mais l'essentiel de votre temps se déroulera sur la carte du cercle polaire nord à surveiller chacune de vos unités.

Les deux récents patchs ont corrigé nombre de petits défauts techniques tout en apportant des rectifications au sein de la base de données non sans ajouter un scénario complémentaire : Jutland 2030. Simulant l'affrontement entre les marines Britannique et Allemande au large du Danemark en référence à la grande et unique bataille sur mer de la Grande Guerre de 14-18.
Un aperçu très positif qui n'est assombri que par un seul réel point noir difficilement compréhensible : l'absence de créateur de missions. Un oubli que les développeurs ont promis sur leur forum de combler prochainement.

Petit détail pas si anecdotique : le ludiciel est le fruit d'une équipe de programmeurs résidant en Norvège. Un pays qui jusqu'à très récemment était en conflit larvé avec la Russie concernant la délimitation de leurs zones respectives en mer de Barents. Différend résolu depuis l'accord d'avril 2010.


J'en profite pour mentionner l'existence dans le numéro de mars-avril de Carto d'une étude, avec cartographie bien entendu, sur la mer Baltique en tant que carrefour énergétique, écologique et économique (certaines missions de NWAC se déroulant aussi en ce secteur). Et pour une analyse condensée des enjeux Russes dans l'Arctique, n'hésitez pas à vous replonger dans Des trous dans la glace.

MAJ :  Le monde Arctique n'est effectivement pas cette morne plaine glacée et délaissée comme le démontre cette annonce du 28 mai en provenance de Russie concernant le déploiement de postes frontières automatiques et autonomes ces prochaines années. S'inscrivant dans le développement du programme fédéral pour l'Arctique (2012-2020).

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