lundi 9 avril 2012

L'intelligence collaborative au service de l'innovation par les réseaux sociaux : synthèse


Participant au colloque international organisé par l'ISERAM le jeudi 5 avril sur le thème Entrepreneurs, innovation et création de valeur dans la mondialisation, mon intervention fut axée sur L’innovation par l’intelligence collaborative avec l’appoint des réseaux sociaux. Lesdits réseaux me tenant particulièrement à coeur puisqu'outre quelques billets sur ce même espace de publication, j'eus aussi l'occasion de les évoquer de manière connexe lors de mon récent article au sein de la Revue de Défense Nationale, Internet : catalyseur d’un nouveau paradigme économique, générationnel et géopolitique, ainsi que deux analyses à venir pour le compte de l'IRIS (Institut de Relations Internationales et Stratégiques).

Le public, nombreux, fut à la fois attentif et réactif. L'échange a été soutenu et pléthorique, signe d'un réel intérêt pour l'avènement des réseaux sociaux numériques, ce dont je me félicite.

Pour les personnes n'étant pas présentes et en attendant la publication des actes du colloque, je suis en mesure de leur fournir un condensé de ma réflexion en même temps que je souhaite expliciter des points qui auraient pu apparaître obscurs durant l'exposé.

À ce stade, il convient de mettre en exergue que l'intelligence collaborative, ou collective, n'a fort heureusement pas attendu l'avènement des réseaux sociaux pour émerger au sein de l'Humanité. Nonobstant ce qui pourrait passer pour une lapalissade, la problématique était de savoir en quoi et dans quelle mesure l'intelligence collaborative (Joël de Rosnay évoquant préférentiellement l'intelligence collective dans son ouvrage La révolte du Pronetariat) bénéficiait-elle de l'apport de ces réseaux sociaux ?

Les réseaux sociaux peuvent être subdivisés en plusieurs catégories, idéalement quatre : publics, privés (ou d'entreprise), propriétaires, open source. Ils ne sont pas si récents que l'on pourrait le penser, et sont plus une évolution qu'une révolution technique. Exemple : Lotus Notes existe depuis... 1989! Certes, il ne bénéficiait pas de toutes les options actuelles mais les bases étaient déjà posées. Pour autant, leur intérêt réside principalement dans leur action de catalyser les énergies et les compétences de tout individu concerné. Catalyser... et non initier. La différence réside dans la force motrice initiale : c'est l'Homme qui doit actionner et employer l'outil. Ce dernier ne saurait se mouvoir de lui-même. Il est impératif de bien saisir que les réseaux sociaux ne sauraient par eux-mêmes dégager de l'innovation. Ce sont des facilitateurs mais non des moteurs. C'est là un point essentiel sur lequel je tiens à insister et éviter toute ambiguïté.
Ensuite, le réseau social a pour fonction première de rationaliser, favoriser et optimiser les échanges et processus au sein de l'organisation. Toutefois, l'innovation ne saurait jamais être trop loin de manière connexe. Soit elle apparaît de manière incidente par l'échange soit elle apparaît par incitation hiérarchique et organisationnelle. En outre, le réseau social public ou d'entreprise sert lui même l'innovation au niveau managérial : il n'est pas sans conséquence ni bouleversement pour les entreprises entendant l'introduire.
L'innovation par les réseaux sociaux est favorisée par plusieurs avantages : la rapidité de diffusion ; l'interactivité avec les associés, clients, fournisseurs, experts et même simples observateurs ; un moindre coût en réunissant tout en un au lieu d'une pléthore de logiciels ; l'incitation au dynamisme par l'émulation réciproque.

Pour conclure : le réseau social numérique n'est ni un gadget technique, ni un phénomène de mode, ni une solution miracle. Si une entité souhaite un réseau social, il convient préalablement de passer par un audit afin de s'assurer de l'intérêt de celui-ci, et définir lequel serait le plus à même de répondre aux besoins de l'organisation, qu'elle soit publique ou privée. L'innovation n'est pas obligatoirement à la sortie du tunnel numérique, mais elle est en grandement facilitée par la maïeutique informatique.

Enfin, le début de mon intervention en attendant la publication des actes du colloque : 
Dans ses prolégomènes de la révolte du pronétariat, Joël de Rosnay énonçait l'intelligence collective de la manière suivante : « Dans la société de l’information, l’économie d’échelle ne s’applique plus selon les mêmes normes. La reproduction de contenus numériques se fait à un coût marginal et la diffusion peut être mondiale et instantanée. La création collaborative, ou intercréative, fait appel à des réseaux d’intelligence collective et non plus à des organisations humaines pyramidales ».
Les maîtres mots sont ainsi couchés.
Société d'information : une société où l'information n'est plus une richesse pour elle même mais par son emploi et la propension à en tirer une plus-value intellectuelle créatrice et innovante. L'homme n'est pas dépossédé de son action face à un ensemble exponentiel de moyens de créer, diffuser et collecter l'information, il en demeure le maître par l'obligation de trier, traiter et employer l'information à des desseins personnalisés, ce qu'aucun système automatisé ne saurait effectuer avec intelligence même si ces derniers servent à faciliter ce labeur tout en demeurant limités car prisonniers de leurs algorithmes prédéfinis (outils ils sont, outils ils resteront) et pouvant difficilement déborder de la simple compilation et archivage.
Réseaux d'intelligence collective : juxtaposition de mots qui met en relief une synergie. Les réseaux ne sont plus simplement des mises en rapport d'individus mais des catalyseurs d'intelligence car initiant une mise en collectivité de cette qualité intrinséque. En résumé : ce qui était cloisonné individuellement peut profiter à l'ensemble du groupe par une mise en commun via une infrastructure efficiente. Rejoignant en cela la prescience du professeur Pierre Lévy qui évoquait déjà en 1997 le concept d'intelligence collective au sein du monde virtuel.

Enfin sans quitter le sujet, un communiqué d'avertissement quant à l'emploi des réseaux sociaux par le Ministère de la Défense : http://www.defense.gouv.fr/guide-medias-sociaux/telecharger.pdf
Au final, beaucoup de bon sens et un rappel sur la question de l'oubli numérique :
• Respecter le secret professionnel (cf. article L4121-2) et le devoir de réserve.
• Faire preuve de réserve quant à vos opinions, croyances notamment religieuses, philosophiques ou politiques.
• Faire preuve de réserve sur les décisions et pratiques mises en oeuvre au sein de vos unités.
• Respecter vos obligations et responsabilités (loyauté et obéissance…)
• Respecter l’image de la Défense.
• Tout ce que vous publiez, partagez sera difficile à effacer : l’oubli numérique n’existe pas. Sur les médias sociaux, vous vous créez une identité numérique. Restez en adéquation avec ce que vous êtes, ce que vous représentez.
• Avant publication, réfléchir au fait que vos destinataires ne sont peut-être pas tous bienveillants.
• Sensibiliser vos familles, notamment vos enfants, aux conseils contenus dans ce guide.

Enfin et toujours sur le même sujet, au sein de la Tribune du 10 mars 2012 un article revient sur l'acquisition surprise, et onéreuse, de la société de partage d'images sur mobile Instagram par Facebook. Pour la somme d'un milliard de dollars.
L'un des points évoqués est à mon sens totalement dans le vrai : une bulle spéculative 2.0 qui ne cesse d'enfler.
Un milliard pour une société sans modèle économique et sans chiffre d'affaires ? C'est la « bulle 2.0. » Des signes avant-coureurs sont apparus lors de l'introduction en Bourse du Facebook chinois Renren, du réseau social pour professionnel LinkedIn ou de Zynga le leader des jeux pour réseaux sociaux : il y a un engouement des investisseurs pour ces sites Internet dont l'audience connaît une croissance exponentielle.
Facebook en est bien sûr l'exemple emblématique avec sa valorisation attendue à 100 milliards, à comparer par exemple avec les 200 milliards de capitalisation de Google. Ce sera la plus grosse introduction Internet de l'histoire, devant celle du moteur de recherche qui avait levé 1,7 milliard en 2004, et l'une des dix plus grosses entrées en Bourse de l'histoire de Wall Street, tous secteurs confondus.


Les réseaux sociaux bénéficient d'un engouement qui n'a cessé de se confirmer les années précédentes. Ce faisant, l'inquiétude ne peut qu'être de mise en raison des sommes engagées sur des sociétés qui fondamentalement ne génèrent pas ou peu de chiffre d'affaires (et pour certaines comme Groupon accusent même une perte croissante inquiétante). Pour l'heure certaines fortunes d'hier plongent irrémédiablement faute d'avoir prit suffisamment tôt le train du 2.0, tel Yahoo pour qui rien ne va plus depuis de très nombreux mois et qui vient d'annoncer la suppression de 2 000 emplois.

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