lundi 2 avril 2012

Le parti qui ne fait plus rire les autres partis Allemands

Énoncé au sein de la tribune parue dans la Revue de Défense Nationale en janvier 2012 à travers mon analyse du phénomène Internet en tant que catalyseur d'un nouveau paradigme, le parti Pirate Allemand s'ancre dans le paysage politique national, dans les pas de la Suède qui avait réussi aux dernières élections Européennes à envoyer deux députés.
En septembre 2011, le Parti Pirate à Berlin avait raflé pas moins de 9% des voix des électeurs. Et l'on pouvait se poser la légitime question de savoir si le phénomène était éphémère ou allait être confirmé lors des élections suivantes.
La récente élection en Sarre (Saarland) avec 7,4% des voix obtenues le 25 mars a fourni un élément de réponse.

Tout porterait à croire que le jeune parti (le premier parti du genre né en Suède datant de... 2006) devient une force que les autres formations, à commencer par les Grünen (Verts) et le FPD (libéral), commencent suffisamment à considérer pour se permettre de les tancer.

Le corpus idéologique est sensiblement le même partout dans le monde mais il s'offre des variantes nationales. Ainsi en Allemagne, le PP (Piratenpartei) dénonce l'ACTA et toute mesure attentatoire aux libertés liées à Internet mais va aussi plus loin en évoquant la dépénalisation des drogues douces ou encore l'auto-détermination sexuelle. Éléments que l'on ne retrouve pas, par exemple, chez le Parti Pirate Français. Ce dernier d'ailleurs venant de lancer son site de campagne pour les législatives. Son programme étant de ce fait très centré sur les problématiques numériques, ne débordant que sur la marge pour tout ce qui concerne les sujets annexes.

Comme le rappelle le blogue Electorallemand, la progression du PP en Allemagne n'est pas sans analogie avec celle des écologistes. Ce que le TAZ relevait déjà au sein d'une analyse en date du 19 septembre dernier. Il est vrai que si les deux partis sont nés d'une contestation envers l'ordre établi et fruits d'une nouvelle donne à intégrer au débat politique, les deux formations « chassent » sur des terres similaires, ce qui tôt ou tard ne peut que provoquer un clash frontal. C'est ce qu'exprimait justement le responsable des Verts, Juergen Trittin en désignant le Piratenpartei comme une complication du schéma électoral pour son propre parti. Une vision partagée par Renate Künast, la pasionara du mouvement écologiste et ancienne ministre fédérale de 2001 à 2005, qui vient d'avouer dans l'édition du 1er avril 2012 que la lutte risquerait d'être longue avec ce nouveau venu. Du reste, le positionnement du parti n'est pas encore totalement établi, ce qui lui vaut aussi des lazzi en provenance du mouvement politique libéral FDP, d'autant que Mark Neis, un des membres du Parti Pirate Sarrois n'hésite pas à qualifier sa formation de libéraux humanistes (« Sind die Piraten also die bessere FDP? Ja, denn sie sind die humanistischen Liberalen »). Une manière de brouiller encore plus les tentatives de décryptage...

Si le mot d'ordre de départ était Die Gedanken sind frei, le PP doit désormais savoir qu'il ne peut plus bénéficier de l'effet de la surprise et comptera des adversaires sur son chemin. Tout comme il lui faudra affermir ses positions sur certains thèmes de campagne.
Et faire une première percée nationale aux élections fédérales de 2013?

1 commentaire:

Spurinna a dit…

Le Parti Pirate Français, cela donne PPF. Pas forcément le meilleur choix pour un nom de parti !