mardi 20 mars 2012

Combat Mission Afghanistan, une simulation Russe de combats tactique très aboutie


La série des Combat Mission est déjà bien ancrée dans le paysage des simulations tactiques. Et ce depuis 2000 avec le premier opus consacré au débarquement.
Le succès n'était pas évident : de la 3D pixellisée, des sons minimalistes, un tempo de jeu très lent. Pourtant la sauce prit car malgré ces lacunes, le jeu bénéficiait d'une profondeur réelle, et la 3D dans un jeu tactique servait utilement par la prise en compte de nombreux facteurs (la ligne de vue et la distance étaient véritablement gérées par le moteur de jeu entre autres exemples). 

Sorti en 2010, Combat Mission Afghanistan est un stand-alone, ce qui signifie que le ludiciel n'a pas besoin d'un autre programme pour fonctionner. Il n'est par conséquent pas une extension comme le furent les modules additionnels de Combat Mission Shock Force (qui a pour théatre d'opération contemporain... la Syrie!).
D'origine Russe [1] et basé sur la dernière version du moteur de la série, le titre original est Линия фронта : Афганистан 1982. 
Ce conflit qui mobilisa d'importantes ressources de l'Union Soviétique dura près de 10 ans, de 1979 à 1989. Parfois appelé le Viêt-nam des Soviétiques, l'Afghanistan fut une litanie d'escarmouches plus ou moins sanglantes. Si les Soviétiques tinrent les axes stratégiques, ce le fut au prix du sang : 14 453 morts et près de 53 754 blessés. Une fois le retrait des Soviétiques effectué, le régime de Nadjibullah tiendra malgré tout trois ans sans appui extérieur sous la pression constante des moudjahidine, non sans avoir obtenu une victoire probante durant la bataille de Jalalabad entre mars et mai 1989.
Le jeu se propose de vous faire revisiter ces longues années de tiraillements en milieu hostile avec le moteur de jeu habituel des Combat Mission : les vétérans ne seront ainsi pas déboussolés et les autres bénéficieront d'un produit stable et complet.
Au menu : 2 campagnes, l'une démarrant en 1980 lors de l'entrée en masse des Soviétiques dans le pays et l'autre en 1985 [2] lors de violentes embuscades orchestrées par les moudjahidine et 14 scenarii historiques indépendants disponibles. L'éditeur de scénario et de campagne est comme il se doit intégré, ainsi qu'un module de scénario rapide et promet de fait une rejouabilité infinie, ou peu s'en faut. Les conditions géographiques et climatiques sont de la partie, de même que le facteur humain comme dans les itérations précédentes. L'armement est comme il se doit fidèle à la réalité historique, de même que la composition des forces en présence. L'intelligence artificielle est réactive selon l'expérience de l'unité, et les troupes sont capables d'une certaine initiative. Ainsi une unité sous le feu ennemi alors que l'on est occupé à gérer une autre unité ailleurs n'attendra pas un ordre de se replier, de se mettre à couvert ou encore de riposter, elle le fera en revanche plus ou moins rapidement et efficacement en fonction du degré d'expérience de ses gradés, de même qu'elle pourra prendre la fuite faute d'un moral et soutien suffisants. Quatre camps sont disponibles : la République démocratique d'Afghanistan, l'Union Soviétique, les moudjahidine et les forces tribales. Le tout dans une période s'étalant de 1979 à 1992, incluant donc une partie de la guerre civile. L'armement est pléthorique et réaliste puisque sont même introduits les engins explosifs improvisés (à l'efficacité fluctuante) et des armes occidentales comme le FN FAL tout comme l'antédiluvien SMLE (Lee-Enfield) Mk. III disponible en grand nombre en Afghanistan durant le conflit. En outre, l'appui d'artillerie et aérien est de la partie (dont les hélicoptères qui furent à l'honneur dans le très criticable historiquement mais divertissant cinématographiquement Rambo III).
Le choix de la partie au tour par tour ou en temps réel, y compris en multijoueur, achève d'en faire une simulation très pointue. Et que l'on peut même qualifier de hautement complexe. Il serait trop long et difficile d'être exhaustif quant à toutes les possibilités offertes et les facteurs intéragissant dans ce ludiciel, et il est bien difficile de se demander ce que les développeurs auraient pu ajouter à l'ensemble. En outre, loin de la réalisation grossière des premiers épisodes de la série, celui-ci est agrémenté de détails assez remarquables sur le plan graphique et l'environnement sonore s'il demeure moyen n'est pas à vilipender.

Pour tout passionné de la question du conflit, Combat Mission Afghanistan est une vraie perle dépassant le titre d'HPS Soviet Afghan War qui est lui autrement plus classique, uniquement en tour par tour, en 2D, et de fait moins ludique avec même quelques lacunes dans les mécanismes de jeu.

Si le sujet vous intéresse, je vous recommande vivement le numéro thématique de novembre 2008 du Centre de Doctrine d’Emploi des Forces et coordonné par Mériadec Raffray : Les Soviétiques en Afghanistan 1979-1989, l'Armée Rouge boulversée.
Au passage, l'auteur évoque l'impact du Stinger Américain,le FIM-92, sur le champ de bataille, d'autant qu'il est souvent cité comme ayant eu une importance cruciale dans le retour en force des moudjahidine.
On a beaucoup écrit que l’arrivée des Stinger sur le théâtre à partir du dernier trimestre de l’année 1986 marque la fin du règne des hélicoptères dans le ciel afghan et le début du retournement du conflit en faveur des Moudjahidin. « Ce missile était efficace », corrigent aujourd’hui les experts occidentaux, « mais l’examen des pertes en hélicoptères soviétiques ne révèle pas une augmentation significative après son introduction. Le Stinger ne détruisit pas tant d’avions que cela. En revanche, il entraîna une révision complète de la doctrine aérienne soviétique (…). Il se montra efficace non pas en nombre d’appareils abattus mais par le changement de tactique qu’il engendra ».
La menace de ces missiles rend les pilotes plus prudents et la pression sur les Moudjahidin diminue. Cette nouvelle arme antiaérienne réduit la menace exercée par le couple hélicoptères-forces spéciales sur les routes d’approvisionnement de la résistance. Jusqu’en 1981, les appareils évoluent très bas. Progressivement, les pilotes grimpent entre 500 et 700 m puis à 1 500 m d’altitude. Pour échapper aux Stinger, ils volent au-delà de 2 000 m, tandis que les techniciens équipent les aéronefs de nouveaux systèmes de contre-mesures électroniques et de leurres.
A partir de 1987, les appareils s’aventurent moins du côté ennemi. « L’arrivée des Stinger provoque une révision de la tactique aérienne et freine la mobilité des troupes. Mais les conséquences ne furent pas aussi dramatiques qu’on a bien voulu le dire, car les Soviétiques n’ont jamais été adeptes du tout aérien comme les Américains au Vietnam. En réalité les Stinger permirent aux Moudjahidin de sécuriser leur logistique mais n’ont pas accru la vulnérabilité des Soviétiques pour autant ». En réaction, les Soviétiques multiplient les convois terrestres pour ravitailler leurs troupes.
En dix ans, la 40e armée a perdu quelques 334 hélicoptères. Les États-Unis ont estimé qu’à la fin de l’année 1987, les Soviétiques perdent en moyenne un aéronef (avion ou hélico) par jour. Cette statistique est sans doute exagérée bien qu’elle donne une idée précise de l’effet que l’introduction de ce missile a pu produire sur les pilotes soviétiques.

En complément, une analyse sur l'emploi du jeu de stratégie (même non informatique) au sein de l'armée de terre par Michel Goya : À propos du wargame dans l'armée de terre.

Le site officiel de Battlefront.com
Le site officiel du développeur Russe Snowball (avec le regret de ne pas disposer de version anglophone pour les visiteurs étrangers car le site est très riche en informations)


[1] Les Russes depuis quelques années redécouvrent ce conflit par l'entremise de métrages et reportages. Les jeux vidéo ne sont pas en reste comme l'illustre l'existence de 9 рота ou encore Правда о девятой роте. Seul le premier a bénéficié d'une commercialisation dans les pays occidentaux sous l'appellation 9th Company : Roots of Terror.
Enfin, une curiosité de 1989 traitant du sujet sur le plan cinématographique : Груз 300. Le film est d'autant plus étonnant qu'il évoque une guerre se clôturant au moment même du tournage. Cargo 300 signifiant argotiquement en russe un soldat blessé. Symptomatiquement l'histoire fait référence à des instructeurs étrangers aux côtés des Afghans, ce qui n'est pas incongru dans le cadre de l'Operation Cyclone élaboré par la CIA dès 1979.
[2] Basées sur des opérations réelles comme la protection de la banlieue de Kaboul en septembre 1982, l'éradication d'individus hostiles en pleine zone habitée dans la province de Wardak en février 1985 ou encore l'attaque de nuit dans la vallée d'Andarab de la province de Baghlân en février 1988.



La première partie de Груз 300 :



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