vendredi 24 février 2012

La Lettonie entre crise et crispation

Article paru sur Alliance GéoStratégique le 27 février 2012

L'information n'a hélas pas vraiment percé dans les médias francophones, pourtant il s'est déroulé récemment un avatar des relations particulièrements tendues entre la Russie et les Pays Baltes. Une zone géographique où l'on ne perçoit pas toujours très clairement la ligne de fracture entre anciens membres de l'Union Soviétique.

Pourtant l'on peut se remémorer par exemple des échauffourées consécutives au déplacement d'une statue de l'Armée Rouge en 2007 ayant émaillé l'Estonie déclenchant ce que d'aucuns considèrent comme la première cyberguerre entre États [1] (quelque peu hâtivement car l'univers cyber ne répond pas à des règles ou à un terrain d'opération conventionnels mais ceci est un autre thème). Pour autant, la Lettonie, qui partage une frontière commune avec la Fédération de Russie et la République du Bélarus, ne le cède en rien à une certaine animosité vis à vis de l'héritière de l'ex-Union Soviétique. Et la crise économique qui l'a frappé, faisant plonger son PIB de 18% (!) en 2009 n'a en rien amélioré son humeur nationale [2]. Les statistiques s'accordent généralement pour estimer entre 30 et 40% les locuteurs russophones sur le territoire Lettons. Or c'est précisément de cette importance d'une diaspora Russe ou assimilée qui semble inquiéter nombre de résidents nationaux, et en corollaire les autorités qui ont multiplié certaines mesures particulières, notamment la mention "alien" (étranger en anglais) sur les passeports délivrés à nombre de russophones. Un procédé ayant quelque peu chagriné certaines instances internationales.

C'est dans ce contexte que le 18 février 2012 a été organisé un referendum pour déterminer si le russe devait devenir une langue administrative au même titre que le letton. Le résultat fut écrasant puisqu'il a entériné le fait que 78% des votants ont rejeté cette éventualité. Précisons que nombre de russophones ne purent voter du fait de leur non reconnaissance officielle sur le territoire Letton. Tout comme en Estonie, la minorité Russe le restera et demeurera un sujet de discorde fâcheux entre les deux États. Du reste, cette non-reconnaissance peut poser de réels soucis : en excluant les russophones de son système politico-judiciaro-administratif, les autorités ne vont-elles pas en faire des opposants acquis à une cause étrangère, ce dont ils sont souvent soupçonnés? ; comment continuera de réagir la Russie si des russophones sont de plus en plus brimés, elle qui fait de la protection de ses ressortissants à l'extérieur (bien que les russophones de Lettonie n'aient pas de passeport Russe mais demeurent assimilés) un levier de sa politique avec ses proches voisins? Seule la Lituanie plus au sud a trouvé pour l'heure une solution acceptable par les parties en promulgant la loi sur les minorités ethniques de 1991 [3] en décidant d'une intégration en douceur, sans pour autant renier sur une quelconque lituanisation de la société.

Malgré tout, la Lettonie fut bienheureuse en 2010 de pouvoir vendre pour 2,27 millions d’euros, Skrunda-1, une ancienne base militaire Soviétique désaffectée. Une somme bien coquette pour un endroit restant entièrement à réaménager. Skrunda qui par ailleurs fait partie de ces villes fantômes contemporaines qui furent pourtant des lieux stratégiques durant la guerre froide (concernant Skrunda-1, l'endroit abritait une station radar). Reste à savoir à quoi vont donc bien pouvoir servir ces 40 hectares de terrain en friche désormais aux mains d'un investisseur Russe toujours inconnu?

[1] Et qui aura pour résultat l'émergence un an plus tard du CCD COE, ou Cooperative Cyber Defence Centre of Excellence à Tallinn. Site officiel : http://www.ccdcoe.org
[2] La situation donna même lieu à des émeutes sociales relativement importantes en 2009, lesquelles se soldèrent par une tentative de prise d'assaut du parlement par quelques manifestants.
[3] Traduction par l'Université Laval du Québec : http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/europe/lituanie-loi-min.htm

2 commentaires:

Gilles a dit…

J'ai longuement hésité avant de poster un commentaire, mais il y a dans cet article un certain nombre d'erreurs majeures qui ne peuvent être passées sous silence. Je n'évoquerai que les erreurs objectives:
# Le référendum sur l'octroi du statut de langue officielle au Russe a eu lieu le 18 Février et non pas le 26 Janvier
# La ville fantôme de Skundra a été vendue pour 2,2 millions d'Euros et non pas milliards
# En 2010, le PIB de la Lettonie a baissé de 0,3 %. C'est en 2009 qu'il avait baissé de 18 % (chiffres d'Eurostat). Et, si on veut être objectif, on peut ajouter qu'en 2011 il a augmenté de 5 %.

Vous me rétorquerez sans doute que ce sont des points de détails (encore que confondre millions et milliards met votre démonstration quelque peu à mal). Mais il jettent une ombre certaine sur les opinions subjectives, dont certaines reviennent avec récurrence dans une certaine presse russe qui a fait du dénigrement des Etats baltes son sport favori.

Meilleures salutations.

Yannick Harrel a dit…

Bonjour Gilles et merci pour ces précisions que vous avez bien raison de me soumettre car l'article est corrigé au fil du temps (je procède toujours par un jet qui est corrigé/amendé les heures/jours suivants).

Cependant de façon incompréhensible j'ai fauté sur la date alors que pourtant je l'avais correctement noté sur mon document.

Pour le PIB j'avoue que le MOCI n'a pas été très clair sur le coup. Ce qui m'a induit en erreur quant à l'année exacte. Convenons cependant que la Lettonie revient de très loin, fût-ce de 2009 et non de 2010...

Merci de votre vigilance,

Cordialement