mardi 27 décembre 2011

2012, vers un nouvel élan pour la conquête spatiale?


Paradoxalement, c'est l'échec de la sonde Russe Phobos-Grunt, qui s'écrasera début janvier sur le sol Afghan selon les prévisions, qui m'a amené à me replonger dans l'actualité spatiale.

Et je ne peux m'empêcher pour ce faire de mentionner le site De la Terre à la Lune qui dans son dernier billet a tenu à opérer le bilan 2011 du secteur en deux parties. Non sans avoir jeté un coup d'oeil dans le rétro et envisager l'avenir : 
Rappelons en effet que 2011 a commencé sous le signe de la nostalgie. Comme je vous en avais fait part il y a quelques mois et aussi plus récemment, nous avons fêté cette année un triple anniversaire. 1) Russe tout d’abord, avec les 50 ans du premier homme envoyé dans l’espace. 2) Américain ensuite, avec le cinquantenaire du discours de Kennedy et le début du programme Apollo qui a conduit 12 astronautes à marcher sur la Lune. 3) Sans oublier, Français enfin, soit l’anniversaire des 50 ans du Centre national d’études spatiales (CNES) dont vous pouvez encore suivre le déroulement des festivités sur le site internet et sur twitter #LeCNESa50ans...
Alors 2011 année charnière ? Pari américain, modernisation russe, affirmation européenne et accélération chinoise : tout y est, bien qu’à des degrés différents et selon des efforts variables. Ainsi, les relations spatiales sino-américaines seront celles qui détermineront certainement tout le reste comme le montre ce récent article de la revue Nature. Elles s’inscriront de fait dans un ensemble plus vaste traduisant l’ascension militaire chinoise et le déclin relatif américain

Pour en revenir à la Russie, c'est son deuxième échec consécutif vers la planète rouge qui se refuse à elle. En 1996 (soit près de 15 années d'absence!), une défaillance du lanceur Proton avait fait échouer la mission. La récente avanie eut l'heur de provoquer l'ire du Président Dmitri Medvedev : "Я не предлагаю ставить к стенке, как при Иосифе Виссарионовиче. Но, тем не менее, наказать по серьезному или рублем - просто вытряхнуть все деньги, которые были заплачены. Или второй вариант, если есть явная провинность, это может быть дисциплинарная или даже уголовная ответственность", - цитирует слова Медведева РИА Новости. Source : 1TVNet.ru
Il est peu plausible que les Russes qui font de l'épopée spatiale une question de prestige et de maintien de leur souveraineté technologique abdiquent aussi vite. L'année 2012 pourrait être celle d'une reprise en main en ce secteur, quelque soit le Président sortant aux prochaines élections. Et ce d'autant que la croissance est à un niveau acceptable et n'entraînera pas d'obligations de coupes budgétaires.

Pour ceux qui aimeraient faire un tour virtuel de notre système solaire et même au-delà, je puis vous recommander un logiciel, gratuit de surcroît : Celestia. Plusieurs avantages : multi-plateforme (Linux, Windows et MacOS) et faible poids en terme de Mo (une trentaine avant installation). Un inconvénient cependant : la procédure assez retorse pour intégrer de nouveaux éléments (add-ons), regrettable car il est fort bien achalandé en ajouts telles les navettes Atlantis ou Endeavour avec Astro-2 ainsi que des corps célestes comme la Nébuleuse Omega. Du reste, la visualisation en 3D est bluffante pour certaines représentations telle la Lune, au prix il est vrai d'une place mémoire conséquente grâce à ces fameux add-ons.
Laissez-vous tenter au moins, ne serait-ce que pour découvrir l'immensité de ce qui nous attend au-delà de l'exosphère.

Enfin, je puis aussi vous recommander un film visionné très récemment : Apollo XVIII. Du nom d'une mission programmée mais qui ne put être menée à bien du fait des coupes budgétaires, clôturant de fait la conquête de la Lune par les Américains en attendant que Chinois, Indiens ou autres relèvent le gant. Le film s'appuie sur des documents d'archive réassemblés dévoilant ce que fut en réalité la mission XVIII du programme Apollo qui aurait été finalement exécutée et quelle serait la raison pour laquelle le gouvernement Américain n'aurait pas souhaité le poursuivre. Tourné à la manière d'un vrai documentaire d'époque avec impuretés sur le film et des plans en noir et blanc, la trame nous emmène autour puis sur le corps céleste, et plus précisément dans le cratère Copernic.
Je ne puis trop en dire, sachez cependant que le producteur est un... Russe : Timur Bekmambetov, qui fut aussi réalisateur des deux premiers épisodes de la trilogie des Dozor (Дозор). Le réalisateur étant lui Espagnol : Gonzalo López-Gallego. De même qu'un site fut monté pour l'opération : www.lunatruth.com (n'allez pas dessus néanmoins pour éviter de perdre trop de la surprise lors du visionnage).
À regarder, ne serait-ce que pour se rappeler qu'il y a déjà un peu plus de 40 ans l'homme avait posé le pied sur cet astre.


En complément, lire avec à propos cet article du Monde datant de 2010 mais restant entièrement actuel : Qui va décrocher la Lune ? Ce n'est pas un hasard si les Chinois, dans leur apprentissage du spatial, semblent à la fois revisiter les classiques des missions Apollo et les fondamentaux des vols soviétiques. Avec cependant une manière bien à eux de ne pas afficher trop vite, et trop clairement les objectifs. "Ils ont chaque fois procédé de la même façon, analyse Philippe Coué, spécialiste du spatial chinois et auteur de La Chine veut la Lune (A2C Médias, 2007). Jusqu'à la fin des années 1990, ils disaient avancer prudemment vers les vols habités, ils montraient quelques vagues études pour un avenir lointain. En réalité, ils étaient prêts, et tout le monde s'en est rendu compte avec le premier tir d'une capsule Shenzhou en 1999 qui a conduit au premier Chinois dans l'espace en 2003."... 
...l'Inde compte sur une botte secrète : une coopération étroite avec les Russes, qui eux connaissent bien la route de la Lune. Cette aide peut leur ouvrir quelques raccourcis. Ainsi Chandrayaan-2, qui doit poser en 2012 un robot sur le sol, fera-t-il l'objet d'une collaboration étroite avec Roskosmos, l'agence spatiale russe. Celle-ci vendra aussi aux Indiens un vol de Soyouz, vers 2013, pour aguerrir un équipage indien avant l'épreuve du premier vol orbital autonome, en 2015...
La course à la Lune sur le point d'être relancée pour des questions de prestige, mais pas uniquement... Des spéculations scientifiques sur les propriétés de l'Hélium-3 ne sont pas anodines à ce regain d'intérêt bien qu'aucune annonce ne sera délivrée en ce sens.

Signalons enfin la sortie des actes du colloque de Participation & Progrès intitulé sobrement Espace et Défense aux éditions L'Harmattan.


En attendant ces retrouvailles avec notre satellite naturel, n'oubliez jamais ce que professait si bien le savant Russe Tsiolkovski : « La Terre est le berceau de l'humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau ».

Crédit illustration : Celestia

MAJ : J'apprends que la mission GRAIL (Gravity Recovery and Interior Laboratory) de la NASA est en cours, les deux sondes Grail-A et Grail-B descenderont progressivement d'altitude jusqu'à seulement 55 kilomètres de la surface de l'astre pour percer les secrets de l'intérieur lunaire et avoir une meilleure connaissance des différentes couches de celui-ci.

jeudi 22 décembre 2011

Des deux rives de la Mer Rouge, l'aventure de deux coeurs vaillants


Petite idée cadeau Noël, un livre. Pas n'importe lequel, un ouvrage revigorant, relatant des paysages sauvages et des hommes tout autant mais non dépourvus de vertus et de respect. Le tout servi par une prose de grand vol. Fortune Carrée du nom de la voile de tempête.
Des montagnes Yéménites à la splendeur des plateaux de la corne d'Afrique en passant par la capricieuse Mer Rouge, c'est l'aventure de deux hommes, deux coeurs vaillants qui, chacun ayant ses raisons, vont affronter les éléments et les individus se dressent devant eux. Le pirate Français et l'éternel fugitif Kirghize, dont les traits sont tirés de véritables personnages à savoir l'émissaire Russe Hakimoff et le contrebandier-écrivain Henri de Monfreid.

Un vrai souffle épique irrigue le roman, une leçon de vie y compris au-dessus des morts magnifié par de belles images couchées grâce à la plume alerte de Joseph Kessel dont le roman datant des années 30 a ce charme que la patine du temps offre aux oeuvres méritantes. L'auteur ne juge jamais, il accompagne et ce pour notre plus grand bonheur.

Un ancien article des Échos permet de tracer le cheminement de l'oeuvre : 
Les éditeurs devraient envoyer au Yémen leurs écrivains en panne d'inspiration. Là-bas, Joseph Kessel a eu l'idée de « Fortune carrée ». Qui plus est, il est rentré à Paris regonflé à bloc, à en croire son biographe, Yves Courrière : « Momentanément soulagé grâce à l'écriture, de son désaccord avec lui-même, en 1931 Kessel entreprit la rédaction du grand roman d'aventures. » Les vertus de l'air de la montagne, sans doute. Sanaa est à plus de 2.300 mètres d'altitude, et les sommets voisins dépassent les 3.000 mètres, le Jebel Nabi Shuab arborant un joli 3.760 m. Tel était l'état de nos maigres réflexions, depuis la terrasse de l'« Arabia Felix », un petit hôtel rustique au coeur de la vieille ville...
C'est en observant de l'un de ces toits l'aventurier moscovite Hakimoff caracoler sur l'étalon de l'imam que Kessel composa le portrait du héros du roman : Igricheff, le « bâtard kirghize »... 

Ne pas manquer aussi de consulter cette archive télévisuelle inestimable sur Joseph Kessel et sur les dessous de l'écriture de son roman : http://www.ina.fr/art-et-culture/litterature/video/I05299169/joseph-kessel-a-propos-de-fortune-carree.fr.html

mardi 20 décembre 2011

Vseslav de Polotsk et Dovmont de Pskov, princes Rus'


Publié sur Agoravox et Alliance GéoStratégique les 22 et 24 décembre 2011

La Russie Moyen-Âgeuse fort peu connue du grand public ne manque pas de hauts faits et de personnages passés au statut de légende dans les chroniques et contes. Parmi tant d'exemples, deux peuvent être cités pour leur importance dans l'Histoire Rus' : Vseslav de Polotsk et Dovmont de Pskov. Tous deux surent lutter contre l'adversité avec des fortunes diverses, et marquèrent leur époque et l'avenir en asseyant l'indépendance des territoires leur étant assujettis.

I Vseslav, le Prince Sorcier

Vseslav de Polotsk (1039-1101) fut une de ces figures ayant marqué les esprits et demeurant célébré sur les terres du Bélarus. À Polotsk comme il se doit, là où il régna et mourut, là où la gloire l'inscrivit sur les tablettes de l'Histoire et où la tradition populaire en fit un mythe national.

Ce souverain allait passer à la postérité sous bien des dénominations, Vseslav de Polotsk (ou de Kiev est-il parfois couché) étant la plus neutre. Mais il est aussi possible d'y trouver des références en tant que Vseslav le Sorcier ou le Prophète. Une manière de camper le personnage...

Noble ascendance pour une dure conquête du trône de Kiev

Vseslav pouvait se targuer de descendre de Vladimir Ier, Grand Prince de Kiev (958-1015), celui-là même qui baptisa la Rus' et scella un rapprochement diplomatique avec l'Empire Byzantin. Une bien jolie carte pour briguer un territoire plus vaste que celui de Polotsk qui lui échut par Rogneda (962-1002), sa grand-mère et épouse de Vladimir. Pour autant, la réclamation du titre de Grand Prince n'allait pas de soi, d'autant qu'il n'était qu'un prétendant secondaire puisque Vladimir s'était remarié avec Anna Porphyrogeneta, fille de l'Empereur Byzantin. Laquelle dit-on, imposa le christianisme en lieu et place du paganisme comme préalable inconditionnel au mariage avec le souverain du nord. Toujours est-il que sa lignée pouvait légitimement et prioritairement s'arroger le droit de revêtir le titre princier au grand dam de Vseslav.

De la politique d'attrition à la bataille sanglante

Mais l'homme n'était pas de nature à s'en laisser compter, et allait amorcer une conquête vers le pouvoir, aidé de la puissance de son apanage. Souci : Yaroslav le Sage (978-1054) [1] avait trois fils, Iziaslav Ier, Sviatoslav II et Vsevolod Ier qui n'entendirent aucunement se laisser spolier de leur droit.  

Relativement avisé en matière militaire, et conscient que le fléau de la balance ne penchait pas en sa faveur, Vseslav renonça à s'emparer de la formidable forteresse qu'était Kiev à cette époque. Préférant laisser les trois fils de Yaroslav en son sein et ne point risquer d'assaut meurtrier susceptible d'être fatal à ses ambitions.

Il adopta dès lors une autre stratégie que le choc frontal : la coupure des lignes d'approvisionnement des forces lui étant hostiles. Il s'en alla avec ses troupes ravager les terres du nord et perturber conséquemment les voies marchandes, la fameuse route commerciale des Varèges aux Grecs. Pskov Novogrudok et Novgorod n'échappant pas à sa stratégie. En profitant même pour subtiliser les cloches de la cathédrale Sainte-Sophie de Veliky Novgorod pour l'installer en sa principauté de Polotsk. Laquelle occupait une superficie territoriale conséquente, correspondant grossièrement à la moitié nord de l'actuelle Bélarus avec quelques empiètement territoriaux sur la Lituanie et la Lettonie contemporaines.  

Iziaslav Ier, l'aîné des trois fils, ne pouvait rester guère longtemps en position d'attentiste puisqu'au fil du temps s'amenuisaient les communications et ressources en provenance du nord du pays. Le point de non-retour fut atteint lorsque Mstislav II, son fils, prince de Novgorod, fut contraint de laisser derrière lui sa principauté, chassé par le souverain ambitieux. Iziaslav dut se résigner à manoeuvrer et mobiliser l'ensemble des troupes dont disposait encore Kiev pour déserrer l'étau et obtenir une victoire décisive.

Celle-ci allait avoir lieu le 3 mars 1067, près de la rivière Nemiga non sans avoir au préalable brûlé Minsk alors sous dépendance du prince de Polotsk. Le Dit de la campagne d'Igor n'est pas très expansif à ce sujet, tout juste prend-on connaissance de deux éléments : la bataille fut âpre et sanglante,  et Vseslav préféra retraiter en ses terres, actant ce qui aurait pu être apparenté à une défaite militaire si ce n'était l'état peu reluisant des troupes adverses qui, exsangues, s'abstinrent de le poursuivre.

De la trahison à la trahison

Vseslav rejoignit ses terres et eut comme réconfort de constater que les belligérants avaient décidé de ne pas tenter de passer en force sur ses terres. Était-ce la neige, un souci d'approvisionnement ou la terrible saignée qu'il infligea à ses ennemis qui les en dissuada, voire toutes ces raisons? Toujours est-il qu'il reçut en juin une demande de négociations à la limite des territoires en guerre avec promesse que rien ne serait intenté à son encontre. La rencontre devant se dérouler sur le Dniepr, non loin d'Orsha.

Bien mal lui en prit, aussitôt se rendit-il sous la tente censée célébrer la paix retrouvée qu'il fut capturé et emmené en détention à Kiev. Sans risquer davantage de morts, les princes de Kiev avaient mis la main sur le fauteur de troubles.

Son histoire toutefois n'allait pas s'en arrêter là...

Elle allait rebondir par suite d'une défaite militaire, paradoxalement celle de son vainqueur, sur les bords d'une autre rivière, l'Alta, en 1068 face aux Coumans (ou Kiptchaks). Tribu nomade belliqueuse installée sur le pourtour de la mer Noir jusqu'à la mer Caspienne au faîte de sa puissance. L'ampleur du désastre obligea le souverain de Kiev à haranguer la population en vue d'une défense face à l'ennemi tout en lui fournissant des armes après consultation du véché (assemblée populaire). Grossière erreur qui se retourna contre lui et l'obligea à quitter rapidement les lieux pour se réfugier en Pologne. Dans la foulée, Vseslav fut couronné Grand Prince de Kiev avec pour objectif de repousser la menace Coumanne efficacement.
Le sort venait de remettre Vseslav de Polotsk sur pied, et même assis sur trône.

Retour à Polotsk et sécurisation de son règne

Il n'allait cependant guère profiter de sa nouvelle responsabilité tant inattendue en pareilles circonstances. Deux évènements lui privèrent après une année d'exercice du titre suprême : d'une part Iziaslav Ier revint de en territoire Kiévien à la tête d'une armée prêtée par le roi de Pologne, Boleslas II, par lequel il était lié dynastiquement [2] ; ensuite Sviatoslav II remporta une bataille décisive l'année suivante de la débâcle face aux mêmes Coumans, annihilant de fait à Vseslav le soutien populaire qui lui avait permis de ravir le pouvoir. Pressé militairement à l'ouest par les troupes de Iziaslav et au sud par celles de Sviatoslav, tout en ne bénéficiant que d'un soutien populaire versatile, Vseslav prit la seule décision raisonnable qui lui était encore possible : s'enfuir en sa principauté.

Pendant de longues années, le prince de Polotsk eut à lutter contre la tentative de reconquête de son territoire par les fils et petit-fils de Yaroslav. Plusieurs expéditions militaires furent engagées à son encontre mais aucune ne put le contraindre à quitter son fief, y compris lorsque ce fut l'habile Vladimir II Monomaque à la tête des opérations. Il profita au contraire de cette résistance pour organiser et améliorer le développement de ses terres. Offrant de facto à sa principauté une autonomie, si ce n'est une quasi-indépendance vis à vis du pouvoir Rus' basé à Kiev. C'est peut-être bien là sa principale réussite : avoir donné à Polotsk pendant trois décennies une prospérité et sécurité qu'elle n'avait plus connu depuis trop longtemps. La cité lui devra notamment sa cathédrale, la troisième chronologiquement du monde Rus' après Novgorod et Kiev ainsi, et surtout, un rayonnement intellectuel inégalé jusqu'alors pendant toute la durée de son règne. Oubliées les chimères du trône de Kiev, l'administration de sa principauté sera, elle, couronnée de succès.

Les chroniques ne nous apprennent guère d'évènements sur ce personnage jusqu'à son trépas le 24 avril 1101. Tandis que les byliny (contes populaires) allaient s'emparer de sa légende pour en faire le Sorcier ou le Prophète au sein du Dit de la Campagne d'Igor [3] où il se serait transformé en faucon ou en loup (d'où l'allégorie présente sur la pièce commémorative frappée au Bélarus en 2005), et que sa destinée aurait été consacrée par un rite païen dès sa naissance. De nos jours il est considéré comme le premier chef de l'amorce d'un État Bélarus indépendant.

II Dovmont, Duc païen, Prince chrétien et terreur de l’Ordre Livonien

Postérieurement, un évènement majeur allait survenir qui allait briser à jamais l'unité et encore plus les mentalités des Rus', au point de créer une véritable césure entre Occident et Orient en ces terres.


La césure Mongole

La Rus’ de Kiev n’était plus, brisée par l’incommensurable et impitoyable déferlante des hordes tataro-mongoles conduites par Batu Khan. Si ces dernières refluèrent d’Europe de l’Est, non sans avoir de nouveau démontré toute leur supériorité militaire en défaisant les armées Polonaises puis Hongroises, les Principautés Russes encore libres mais affaiblies par l’invasion demeuraient à la merci des appétits Scandinaves comme Germaniques. Les Novgorodiens, qui s’étaient détachés de l’influence de Kiev au XIIème siècle, avaient transformé leur cité en une République marchande qui ne dédaignait pas pour autant le métier des armes en sus des son appétence pour le commerce. Pour autant elle ne fut pas seule à faire pièce aux ambitions hégémoniques étrangères : une autre République se dressa fièrement et victorieusement face à l’envahisseur avec un personnage de légende à sa tête : Dovmont de Pskov (1240-1299).

Désunion et invasion

De l’extensive, raffinée et opulente Rus’ de Kiev sous Iaroslav (978 - 1054), deux siècles plus tard il n’en restait outre le lien linguistique qu’une vague attache historique entre les différentes principautés ayant profité du relâchement du pouvoir central pour bénéficier d’une indépendance de fait [4]. En 1216 la terrible et fratricide bataille de Lipitsa fauchant l’élite guerrière de la Rus’ de Kiev allait aboutir à laisser le territoire sans réelle défense et unité. Les efforts courageux mais désordonnés de seigneurs locaux furent bien peu face à l’efficace et rodée machine de guerre Mongole lorsqu’elle déferla une première fois en 1223, dite bataille de la Kalka (située actuellement dans l’oblast’ de Donetsk, Ukraine). De cette cinglante défaite, et en dépit de la perte de nombreux nobles, aucune leçon ne fut retenue et lorsque la deuxième invasion eut lieu en 1237 elle ne trouva quasiment aucune résistance sérieuse sur sa route. N’allaient plus subsister que des territoires épars ayant échappé à la fureur Mongole par versement d’un tribut et/ou de l’impraticabilité du terrain pour les tactiques de l’envahisseur. Nul répit n’était à attendre toutefois car fort avisées de cette nouvelle donne géopolitique, les forces de la région Baltique souhaitaient au contraire se tailler de nouvelles extensions territoriales à coups d’épées.

Forces en présence

Peu nombreuses mais très bien entraînées et galvanisées par la foi, les troupes croisées de la Baltique n’avaient pas hésité à faire couler le sang païen, qu’il soit Prussien, Finnois, Estonien puis Lituanien, avant de déborder de leur mission évangélisatrice initiale pour porter leur regard vers les riches terres de l’Est bien que chrétiennes [5].

Les Suèdois et les Danois, peuples nordiques récemment convertis au christianisme, n’étaient pas les moins zélés et la geste d’un Valdemar II sur les rives Estoniennes fut l’éclatante illustration de tout l’intérêt que trouvaient les puissances du Nord à convertir et coloniser cet espace riche d’ambre, de bois et de fourrures. Pourtant ils ne pouvaient rivaliser en efficacité comme en férocité avec une prélature toute droite venue de Jérusalem où la rigueur s’imposait dans tous les domaines, religieux bien entendu, mais aussi économique comme militaire : l’Ordre de la Maison de Sainte Marie des Teutoniques plus communément appelé Ordre Teutonique.

Si les Teutoniques s’implantèrent durablement en terre Baltique [6], ils n’étaient cependant pas les premiers moines guerriers à avoir manifesté une singulière volonté de « calmer » les réticences des locaux à la conversion. Ainsi l’Ordre Livonien, érigé en 1202 à l’initiative de l’évêque Albert de Buxhoeveden (fondateur de la ville de Riga) connut pour le moins un début très prometteur puisqu’il s’empara de domaines Estoniens conséquents en à peine une vingtaine d’années. C’était faire fi de voisins autrement plus coriaces et organisés, frôlant la disparition pure et simple suite à une défaite retentissante contre ces Lituaniens qu’ils méprisaient (et trop certainement sous-estimaient) lors de la bataille de Šiauliai en 1236. N’ayant guère d’alternatives, les chevaliers Porte-Glaive acceptèrent de se faire absorber par l’Ordre Teutonique qui non content de bénéficier de revenus financiers autrement plus conséquents [7] progressait inexorablement en s’accaparant de larges domaines.

L’Ordre Livonien réussit toutefois à conserver une certaine autonomie sur sa juridiction dans la mesure où tout acte devait en être référé à son suzerain direct, le Grand Maître de l’Ordre Teutonique.
Il allait cependant se retrouver en première ligne par la volonté tenace de leurs nouveaux protecteurs de reprendre pied en terre Russe.

Dovmont : Duc, paria puis Prince

Singulière destinée que ce Duc Lituanien, proche du grand roi Mindaugas avant de le trahir qui dut pour préserver sa vie trouver refuge à Pskov, ville alors sous dépendance directe de Novgorod. De son vrai nom Daumantas, ce noble possesseur en titre du fief de Nalšia prit fait et cause pour le neveu rebelle Traniota et acquiesca à l’assassinat de son suzerain. Mauvaise décision qui se retournera contre lui lorsque l’un des fils survivants de Mindaugas éliminera (physiquement) l’usurpateur, obligeant Daumantas à fuir la contrée avec ses hommes les plus fidèles. Il deviendra l’hôte de la cité de Pskov en 1266 et mènera dès le début pour le compte de cette dernière une expédition destinée à punir ses frères Lituaniens de récentes incursions sur le territoire Pskovien. Le succès fut tel qu’il fut proclamé dès son retour Prince par la population, au grand dam de Novogorod qui exercait une tutelle de droit sur la cité et ses dépendances immédiates.

Véritable émule d’Alexandre Nevsky, ce Prince de Novgorod qui arrêta une tentative d’invasion de ses terres par les Suédois en 1240 puis une autre des Teutoniques en 1242, Dovmont sut faire preuve de qualités militaires identiques pour préserver l’indépendance de sa nouvelle patrie. Anecdote singulière, après sa conversion au christianisme orthoxe, il prendra comme épouse la fille de Dimitri Ier Vladimirski, fils aîné d’... Alexandre Nevsky !

Loin de n’être qu’un coup de chance, le nouveau Prince réitéra une expédition plus ambitieuse avec l’apport de troupes Novgorodiennes (Iaroslav, Prince de Novgorod s’étant opposé à cette aide pour punir Pskov de sa décision mais le vétché [8] en décida autrement et ne put que s’incliner devant la décision de celui-ci) en portant l’épée directement sur le territoire ennemi pour mieux le surprendre, ce dernier malgré la récente défaite demeurant trop confiant en sa force et en la sécurité de ses positions. La campagne se termina par une conclusion encore plus heureuse que la précédente pour les Pskoviens puisque la Lituanie en remisant ses prétentions territoriales cessa d’être une menace immédiate pour eux.

Un ennemi avait cependant décidé de bouger ses pions et de prendre possession de ce qu’il estimait lui être dû : les chevaliers Porte-Glaives avec leurs supplétifs Estoniens et des renforts Danois amorçaient une opération d’envergure...

La lutte jusqu’au dernier souffle

C’est en 1268 à Rakovor, en plein territoire Estonien que fut décidé une action audacieuse mais nécessaire pour mettre fin au risque d’invasion qui avait été précédé par de très inquiétantes escarmouches. Les forces de Pskov et de Novgorod s’unirent une fois encore sous la férule de Dovmont, et derechef n’eurent pas à le regretter.
Les effectifs adverses étaient près de trois fois moins nombreux selon les chroniques mais bénéficiaient d’un sens de la discipline et d’une chevalerie supérieurs à celle des Russes. En outre, retenant les leçons de l’échec du Lac Peïpous, le Grand Maître Otto von Lutterberg opta pour une ruse susceptible d’emporter la victoire : il scinda ses chevaliers en deux corps, l’un censé bousculer et percer les lignes adverses par une charge frontale de puissante intensité et l’autre se tenant en embuscade pour prendre à revers l’ennemi et parer à tout retournement de situation comme en 1242.

Un plan judicieux qui omettait un seul détail : la contingence humaine.

L’affrontement se déroula comme prévu par le Grand Maître puisque l’armée Russe dut céder à la charge effrénée des chevaliers. Cependant, alors que le deuxième corps aurait dû s’activer pour écraser les forces ennemies disloquées, son commandant pensa à tort la bataille remportée et s’urgea de participer au pillage du camp Russe ! Funeste erreur qui passait outre le talent de meneur d’hommes de Dovmont qui rassembla et réorganisa ses troupes pour provoquer un encerclement des chevaliers bloquée dans la nasse. Ses combattants paièrent cependant un lourd tribut quant à cette résistance (le maire de Novgorod, le posadnik / посадник, fut tué au cours de celle-ci). Inexorablement, les forces coalisées Russes reprirent le dessus et anéantirent l’ensemble de l’armée Livonienne qui avait manqué cruellement de juste appréciation du déroulement de la bataille.

La victoire finale apporta près de trente années de paix sur la frontière occidentale des Principautés de Novgorod comme de Pskov, donnant une bonne idée des pertes et du choc subis par l’Ordre Livonien.

C’est au crépuscule de sa vie que Dovmont allait une dernière fois prendre le commandement d’une force armée Pskovienne. Et ce fut pour briser la volonté de revanche des chevaliers Porte-Glaives qui en 1299 opérèrent une manoeuvre surprise pour mettre le siège devant Pskov. Si la garde Pskovienne réussit à retarder suffisamment les Livoniens pour permettre aux habitants des alentours de se réfugier dans la citadelle, en revanche il était acquis que la cité allait devoir se préparer à un long siège vraisemblablement coûteux en vies [9]. Ce fut alors que le Prince au petit matin suivant saisit l’occasion unique de remporter une victoire éclair. Plus de trente ans après sa plus grande victoire, Dovmont n’avait rien perdu ni de son audace guerrière ni de son coup d’oeil tactique : remarquant avec acuité que les ennemis avaient établi leur camp près de la rivière et qu’ils en étaient aux préparatifs de siège, il décida d’une sortie soudaine de toutes les forces stationnées au sein de la citadelle afin de renverser l’avantage de la surprise, lui même chargeant avec les siens.
Le soir venu, l’Ordre Livonien avait quitté les terres de Pskov, une nouvelle fois anéanti militairement et brisé moralement. Le peuple de Pskov n’eut guère de temps pour s’en réjouir puisqu’ayant certainement puisé dans ses dernières forces, son Prince s’éteignit deux mois après sa dernière geste. Il avait cependant laissé à sa principauté une indépendance de fait (qui sera reconnue en droit par Novgorod lors du Traité de Bolotovo en 1348) ainsi qu’une prospérité lui permettant de continuer à entretenir une milice bien armée et respectée.

Le grand héros de Pskov fut canonisé par les autorités orthodoxes et son corps étendu au sein de la cathédrale de la Trinité. Dernier hommage légitime à celui qui réfugié avait tant apporté à la cité, et jusqu’à son dernier souffle de vie.

Remarquable tacticien comme stratège, Dovmont sut utiliser à merveille les lignes intérieures et l’exiguïté de l’espace du terrain d’affrontement pour retourner contre ses adversaires ce qui faisait leur force. Ainsi lors d’une escarmouche les autorités militaires Livoniennes pensèrent-elles affaiblir le Prince de Pskov en l’attaquant simultanément sur plusieurs fronts, mais ce faisant et en plaçant Dovmont au centre du dispositif (puisqu’en étant l’objectif principal) elles lui offraient l’opportunité de procéder par de puissantes attaques en série contre chacune des formations rencontrées. Revenant à chaque fois au milieu de l’espace pour choisir sa prochaine victime : en scindant leurs forces pour frapper simultanément les Croisés avaient adopté un plan qui allait les perdre. Le roi Frédéric II lors de la guerre de sept ans (1756 - 1763) allait expérimenter de nouveau avec succès ce concept et contrer un ennemi pourtant supérieur numériquement.

Durant l'été 2011, les habitants de la cité de Pskov eurent une heureuse surprise : l'épée légendaire de Dovmont reposant désormais auprès de son maître à l'église de la Trinité après avoir été rendue par les autorités de Saint-Pétersbourg le jour anniversaire de la ville. Et de retrouver le bras de son maître qu'elle servit fidèlement...


[1] Ce Grand-Prince de Kiev maria l'une de ses filles, Anna, au roi de France Henri Ier (1008-1060) qui lui donnera quatre enfants, dont Philippe Ier. Ses dates de vie et de mort sont sujettes à controverse historique. Elle passera à la postérité sous le vocable d'Anne (parfois Agnès) de Kiev et l'ouvrage en slavon d'Église, appelé aussi évangéliaire slave, qu'elle amena de sa contrée sera celui sur lequel les futurs monarques Francs prêteront serment jusqu'à la Révolution Française.
[2] Sa femme Gertruda (1025-1108) était princesse de Pologne.
[4] Le même sort frappait le Saint Empire Romain Germanique qui se délitait inexorablement d’avoir plus consacré son énergie à lutter envers l’autorité Papale (avec l’excommunication retentissante d’Henri IV) puis les communes Italiennes, subissant les terribles défaites de Legnano (1176) et de Parma (1248), qu’à renforcer l’unité de tous les vassaux assujettis à l’Empereur. Délitement qui sera consacré par Frédéric II de Hohenstaufen (1194 - 1250) qui ne put qu’abdiquer et concéder nombre de privilèges aux évêques et nobles de son Empire par les Confoederatio cum principibus ecclesiasticis et Statutum in favorem principum.
[5] Le divorce entre les Eglises catholique et orthodoxe ayant été consommé en l’an 1054 et perdurera malgré la tenue de deux conciles oecuméniques postérieurs à Lyon en 1274 puis à Florence en 1439. En 1204 le sac de Constantinople, qui conservait des liens commerciaux mais aussi cultuels très étroits avec la Rus’ de Kiev, n’améliora en rien la compréhension mutuelle des deux communautés.
[6] Pour une meilleure approche de cet épisode, veuillez vous reporter à l’article suivant : La Baltique, terre de croisade
[7] Les opérations militaires de l’Ordre sur le pourtour de la Baltique ne sauraient confiner leur présence à cette seule région : nombre de commanderies étaient disséminés en Europe, à Metz par exemple dont la Porte des Allemands est le témoignage de la proximité d’une commanderie locale. Lire à ce sujet le très bon ouvrage de Kristjan Toomaspoeg, Histoire des chevaliers Teutoniques, Flammarion, Paris, 2001.
[8] Le vétché (вече), que l’on peut désigner comme étant une assemblée populaire se réunissant au son des cloches. Ladite assemblée pouvant le cas échéant se muer en cour de justice pour les cas les plus graves devant être tranchés impérativement.
[9] Bien que Dovmont eut pris soin pendant les années précédentes d’ériger des fortifications au sein de la ville.


L'Europe de l'Est au temps de Vseslav (XIème siècle)
La Livonie et Pskov au temps de Dovmont (fin XIIIème siècle)

vendredi 16 décembre 2011

Real Warfare 2 : les croisades du Nord


Lors de deux précédents billets consacré à XIII Century : Death or Glory/Blood of Europe puis Real Warfare 1242, j'avais attiré votre attention sur un ludiciel Russe particulièrement méritant quant à la reproduction des combats du XIIIème siècle. Le module tactique, s'il n'égalait pas techniquement celui du très remarqué Medieval Total War 2, reposait sur un socle de qualité : celui de la précision des combats et de la prise en compte de plusieurs facteurs pouvant décider du sort d'une bataille, ainsi que d'un tempo autrement plus réaliste. Le développeur Russe, Unicorn Games, ayant compris qu'il fallait jouer sur un autre terrain que son plus proche concurrent : celui du détail historique et de l'aspect tactique réaliste, loin de son rival donnant dans le grand spectacle. L'un des aspects les plus importants pris en compte demeurant le degré d'initiative des troupes, celles-ci pouvant s'enhardir ou s'encouarder durant la bataille, opérant le cas échéant un basculement décisif lors du conflit. Cet aspect non scripté donnant un réel gage de sérieux à la simulation rejoignant certains exemples historiques de batailles moyen-âgeuses perdues ou renversées par l'action inopinée de troupes.

Qu'apporte ce volume qui était relativement attendu?
Pour la première fois une campagne, une vraie qui vous place en tant que Komtur de l'Ordre Teutonique (les précédents épisodes n'offraient qu'une succession d'opérations immuables à accomplir pour avancer). Et à la grande différence de Medieval Total War 2, non en tour par tour mais en temps réel!

Responsable d'une entité administrative de l'Ordre, vous évoluez de fait dans un univers en constant bouleversement, et êtes obligé de composer avec la diplomatie de votre Ordre (bien que vous puissiez aussi l'altérer par vos propres actons diplomatiques). Votre personnage est par conséquent un rouage de l'ensemble de l'organisation, vos actions étant susceptibles d'être déterminantes en fonction de votre masse militaro-économique, dans le cas contraire vous vous contenterez de gérer au mieux votre propre province (ce qui n'est déjà pas une sinécure). Il ne faut pas négliger, loin de là, les échanges commerciaux et savoir entretenir des voies de passage sûres entre les différentes cités. De même que vous pouvez perturber les liaisons de l'ennemi en rançonnant ses caravanes marchandes. Au total ce sont près de 45 produits qui peuvent être échangés sur les marchés, le cours de chacun variant selon la localité.
L'aspect militaire bien évidemment recquiert la levée de troupes locales ou l'enrôlement de mercenaires, et tout cela coûte cher. Outre le commerce, il faut lever régulièrement les taxes pour ce faire. Ensuite, les troupes doivent être entrenues, et le cas échéant, entraînées pour qu'elles puissent obtenir une expérience supérieure avec des capacités de combat accrues. Pour se débarrasser de maraudeurs ennemis ou les brigands, des unités basiques suffisent mais dès lors qu'il s'agit d'une force armée ennemie expérimentée, il est préférable de mobiliser des ressources autrement plus conséquentes. Sans compter qu'une armée en campagne a grande nécessité en chevaux comme en provisions de bouche. L'on ne peut de ce point de vue pester contre une vérité historique bien retranscrite : les forces Teutoniques misaient prioritairement sur leur discipline et des points d'appui solides que sur leur capacité à mobiliser d'imposantes armées. Et il y a fort à faire entre les différentes factions en présence dès le début de la partie : Prussiens, Lituaniens, Rus', Polonais, Scandinaves et même entités du Saint Empire Romain Germanique. L'on devine à ce titre combien est étendue la carte des opérations et la portée du défi à relever.

Élément perturbateur lors du déroulement de la partie : l'immixtion des hordes Mongoles par l'Est. Elles sont une puissance avec laquelle il faut composer, et dans la mesure du possible repousser partiellement si un détachement d'une force réduite est éloigné de ses bases d'approvisionnement. Selon le déroulement de leurs propres opérations, leur apparition pourra soit faciliter l'expansion de l'Ordre soit sa contraction, voire sa disparition.

Pour le reste, le module tactique ne change quasiment pas si ce n'est quelques modestes améliorations sur le plan technique (vol de corbeaux sur le champ de bataille, brume etc.) assorties de retouches graphiques cosmétiques pour les unités. En revanche, absent des précédents opus, les sièges sont relativement impressionnants et immersifs. Avec le bon goût de ne pas afficher de forteresses génériques, chacune laissant transparaître sa culture et sa localisation géographique : un souci du détail qui charme l'oeil. Peut-être une nouveauté concernant les batailles : la possibilité outre la formation en ligne et en flèche d'adopter celle en cercle dont je n'ai pas souvenir dans les anciennes productions.

Mention spéciale à cette immense carte animée qui retrace magnifiquement les terres brumeuses, frigorifiées et engoncées en de sombres forêts du pourtour Balte. Et appréciable aussi le fait d'avoir conservé l'outil de création de batailles, permettant le cas échéant de simuler des affrontements entre Guelfes et partisans du Saint Empire Romain Germanique ou entre les troupes de Charles d'Anjou et celles de Manfred de Sicile, parmi tant d'autres exemples...

Parce que l'on ne saurait jamais être satisfait, l'on déplorera quelques bogues encore présents dans la version 2.2.5, l'absence de tout autre choix que l'Ordre Teutonique en matière de campagne et enfin, des menus un peu spartiates, symptomatiques des productions des pays de l'Est.


Puisque nous sommes en plein XIIIème siècle, je me permets de relayer une bonne nouvelle pour les habitants de la cité de Pskov. L'épée légendaire de Dovmont, personnage illustre de l'époque médiévale Rus' dont j'ai brossé le portrait il y a quelque temps, repose depuis quelques mois en lieu et place auprès de son maître à l'église de la Trinité

Петербуржцы вернули жителям Пскова важную реликвию 13 века - меч князя Довмонта. Такой подарок один из древнейших городов России получил в свой день рождения. Оружие будет храниться в Троицком соборе, рядом с гробницей самого князя.
Довмонт правил в купеческой столице рекордный для того времени срок - 33 года - и стал настоящим героем псковской истории, как и его легендарный меч. Оружие было освящено по всем правилам средневековых обрядов. Специально для этого его возили в Иерусалим в храм Гроба Господня. А затем ещё раз освятили в самом Пскове - именно в День города
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Source : Vesti.ru

mercredi 14 décembre 2011

Digital economy rankings 2010 : les Scandinaves sur le toit du monde numérique, Allemagne, Suisse et France peuvent (doivent) faire mieux

Fruit d'une recherche entre l'IBM Institute et The Economist, le Digital Economy Rankings a pour ambition de dresser un tableau des principales puissances numériques contemporaines, à tout le moins pour soixante-dix d'entre elles. Et leur implication dans la nouvelle donne de l'économie dont une part de plus en plus conséquente s'effectue par les réseaux numériques désormais.
Pour ce faire, la méthodologie s'est basée sur plusieurs catégories pour le besoin de l'enquête assorties d'une pondération spécifique : 
  • connectivité et infrastructures (20%)
    • environnement des affaires (15%)
    • environnement socio-culturel (15%)
    • environnement juridique (10%)
    • vision et politique gouvernementales (15%)
    • clientèle et politique des offres commerciales (25%)
    Ces grandes catégories étant subdivisées ensuite en de multiples critères formulées dans les derniers paragraphes du document. 

    L'on constate que tous les pays de Scandinavie se tiennent chaud dans le peloton de tête : Suède (1er), Danemark (2ème), Finlande (4ème), Norvège (6ème). Que les États-Unis sont sur le podium à la troisième place. Que les deux principaux poids-lourds du Pacifique Sud sont bien classés, Australie (9ème) et Nouvelle Zélande (10ème). Que les tigres Asiatiques se défendent très bien avec Hong-Kong (7ème), Singapour (8ème) et Taïwan (12ème). Que les Pays-Bas occupent une jolie place (5ème). A contrario, l'Allemagne (18ème), la Suisse (19ème), la France (20ème) et la Belgique (21ème) affichent des places très décevantes. De même que l'Estonie apparaît à la 25ème place alors que ce pays Balte avait été il fut quelques années très en pointe dans le domaine du numérique (ce qui l'a par ailleurs rendu vulnérable en 2007 face à la cyberattaque massive qui paralysa ou ralentit ostensiblement certaines de ses activités administratives et bancaires). Et ferme la marche, l'Azerbaïdjan (70ème).

    N'omettez pas de lire le passage sur la problématique RFID (radio-identification), un enjeu qui ne cessera de prendre de l'ampleur le temps aidant.
    The increasing use of RFID (radio frequency identification, a wireless data identification and capturing technology) portends another dimension of the Internet in which there is connectivity between things, and not just between people and networks. RFID tags have manifold uses in logistics and supply chain management, such as in inventory control, quality control, baggage handling and automatic toll payments, among other areas.

    Une très étrange absence est à relever : celle de l'Islande, pays pourtant très à la pointe en la matière et qui n'apparaît aucunement dans le classement. Cyberstratégie Est-Ouest va tenter de se renseigner plus en avant auprès de l'organisme et vous tiendra informé de toute réponse.


    lundi 12 décembre 2011

    Nuntius Belli : plus que des mots, un message


    L'opération NUNTIUS BELLI organisée par Theatrum Belli est à saluer. Elle prolonge l'essai qui avait été effectué précédemment et qui a récolté de nombreux soutiens adressés aux forces en mission sur le sol Afghan.
    À l'approche des fêtes de fin d'année, l'on ne peut qu'accueillir favorablement cette volonté d'offrir un peu de réconfort aux troupes éloignées de leur famille et amis. L'actualité ne cesse de nous rappeler que la zone géographique reste létale et que la mort frappe erratiquement les composantes de la force internationale sur place. 

    C'est pourquoi un petit mot de votre part, y compris sous forme manuscrite, vidéo ou audio, sera grandement appréciée par les destinataires. Et d'avoir une pensée qui sont tombés depuis le début des opérations.

    Je me permet en outre de me citer moi-même. Que l'on me pardonne cette facilité mais j'estime n'avoir rien à retrancher ou ajouter de ce que j'exprimais en début d'année déjà :

    J'en profite pour saluer l'action de toutes les forces Françaises engagées en divers points du globe dans toutes ses composantes. Que l'on ne soit pas en accord avec les motivations politiques ayant amené ces soldats à participer à des opérations extérieures est recevable et participe de la liberté d'expression, ce qui ne l'est pas en revanche est de conspuer directement les troupes engagées risquant leur vie. C'est un point sur lequel j'insiste car j'observe malheureusement ici et là des amalgames fâcheux : il convient aussi lors de toute polémique de savoir ne pas se tromper de cible...

    Le formulaire en ligne de l'opération est directement sur le site de Theatrum Belli, sinon cliquez ICI.

    jeudi 8 décembre 2011

    Revue de Défense Nationale : remise du prix Amiral Duval 2011 et lancement de la version Russe

    L'on ne présente plus la Revue de Défense Nationale qui depuis 1939 rayonne sur le monde de la défense sous ses différents aspects, et offrant à une multitude de personnalités, tant civiles que militaires, l'opportunité d'exposer leurs analyses.

    Je me permets de reproduire ici l'intégralité du discours prononcé à l'École Militaire lors de la remise du prix Amiral Marcel Duval 2011, le prix d'honneur du jury ayant été décerné à M. Pierre Hassner. Le présent prix récompensant l'article paru dans le numéro de juin 2011, intitulé Au-dessus du Rhin.
    La brève parue sur le site de la Revue de Défense Nationale.

    En recevant cette distinction, je ne puis m'empêcher d'en éprouver une réelle fierté. Non feinte. Et qui est évidente lorsque l'on parcourt la liste des auteurs publiés cette année encore. Je n'en mesure que davantage tout l'honneur qui m'est fait d'être le récipiendaire du prix Amiral Duval 2011 au milieu de tous ces contributeurs de qualité.

    Ce faisant, une cérémonie ne saurait être ce qu'elle doit être sans les remerciements d'usage quant à :
    • L'Amiral Alain Coldefy
    • L’Amiral Jean Dufourcq
    • L'ensemble des membres du jury m'ayant décerné le prix
    • La Revue de la Défense Nationale et son personnel
    • Xavier Laborde pour l'étincelle intellectuelle au départ de la rédaction de l'article et Olivier Kempf pour sa sévère mais juste relecture.
    • L’Amiral Duval, ce marin émérite ayant servi sous trois Républiques.

    Je serai relativement concis car comme l'énonçait si laconiquement l'écrivain-soldat Miguel de Cervantes « Soyez bref, car les discours qui n'en finissent pas ne plaisent pas ». Dont acte.

    DISCOURS

    Pour parler des relations franco-allemandes quoi de mieux indiqué de se référer à l'actualité? La crise de l'Euro faisant la part belle au couple / au moteur / à l'axe / au tandem etc. franco-allemand. Certains journaux telle la Tribune de Genève évoquant même la Françallemagne en des termes quelque peu ironiques. Seulement derrière l'ironie se cache souvent une réalité. Celle déclarée récemment par le député Allemand Volker Kauder : « Jetzt auf einmal wird in Europa Deutsch gesprochen! » : maintenant d'un coup l'on parle allemand en Europe. Provocatrice, la phrase est révélatrice d'une tendance lourde : l'Allemagne redécouvre l'ivresse de la puissance, et ose dire non à ses proches partenaires Européens. Ce n'est plus l'Allemagne de Konrad Adenauer remerciant le geste magnanime du général de Gaulle lors de l'inauguration du traité de l'Élysée en 1963. Les sorties, mêmes controversées de personnages au premier plan de l'État comme l'ancien Président Horst Köhler, l'ancien Ministre de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg et son successeur Christian Schmidt ou encore l'ancien membre du conseil de la banque centrale Allemande Thilo Sarrazin ne sont pas de simples "dérapages" comme on le lit trop souvent dans la presse, mais bel et bien le signe que le monde change et le peuple Allemand aussi. Et sa perception du monde de même, sa weltanschauung.

    Une autre Allemagne avec laquelle il faut composer, mais aussi et surtout associer aux vues Françaises. Car l'Allemagne, puissance économique, a besoin de la France sur ce registre : 9,5% de ses exportations en font le premier client, et 7,7% de ses importations son troisième fournisseur. Une Allemagne par ailleurs qui n'est pas exempte de défis conséquents pour son avenir, loin de l'image d'invincibilité que certains lui prêtent un peu trop exagérément : démographie (taux de fécondité en 2010 de 1,39 enfant/femme couplé à un vieillissement bien entamé de la population), dette publique (81,1% du PIB, loin des 60% du pacte de croissance et stabilité fixant le seuil à 60%), solidité de son propre paysage bancaire (Commerzbank, deuxième institut bancaire du pays en voie de nationalisation), l'intégration de populations étrangères (comme l'atteste la remise en cause récente du multiculturalisme/multikulti par la chancelière) etc.

    Souci : les Français connaissent mal l'Allemagne, leur premier partenaire commercial : un véritable paradoxe. Faisant d'elle un pays à la limite de l'exotisme. Symptomatiquement, l'on relève une expatriation professionnelle forte en direction de l'Angleterre mais négligeable au-delà du Rhin. Cette méconnaissance, y compris linguistique, demeure pénalisante et en certaines circonstances constitue un réel obstacle quant à l'aboutissement de projets communs ambitieux, faute soit d'un décryptage nécessaire des codes du partenaire (ce qui vaut aussi pour d'autres partenariats stratégiques, telle la Russie, et d'une manière plus générale avec l'Europe septentrionale et orientale trop souvent délaissée par les autorités Françaises) soit d'un excès de méfiance.

    L'Allemagne a de fait besoin d'être mieux appréhendée. Le processus est heureusement en cours au vu du nombre d'ouvrages sortis depuis ces dernières années sur les étals de librairies. Dans le même temps, la France doit faire face à de nouveaux défis. Et elle le peut, car comme le disait si bien le juriste et philosophe du XVIème siècle Jean Bodin, « Il n’y a ni richesse ni force que d’hommes », or la France ne manque aucunement de gens de valeur. La quintessence de ce pays est tirée du fait historico-politique, et c'est de cet axiome que tout se corrompt et se fortifie par l'entremise de ses dirigeants. Lesquels se doivent de faire corps avec ce legs multiséculaire et une pratique du pouvoir axée vers le pragmatisme, non exempte en certaines circonstances de panache. Tournée vers l'échiquier-monde, la France sur terre, air, mer et cyber se doit de défendre son héritage et ses positions, car comme le précisait le penseur Julien Freund « Personne n'est assez naïf pour penser qu'un pays n'aura pas d 'ennemis parce qu'il ne veut pas en avoir ».

    Au niveau Européen comme extra-Européen, la France a une nécessité cruciale de chercher et nouer des partenariats. Soit comme adjuvant au bon accomplissement de ses propres objectifs, soit comme bouclier face aux menaces de tout ordre. Partenariats qui cependant ne sauraient constituer un frein à ses ambitions ou une vassalisation d'ordre militaire ou financière. Ainsi un rapprochement franco-germanique doit-il être perçu comme une possibilité de faire front aux enjeux stratégiques de notre temps. Et ce tant dans les intérêts Français qu'Allemands.

    Une confédération franco-allemande, socle d'une force continentale équilibrée, ne saurait être fructueuse et pérenne qu'à partir du moment où la compréhension serait mutuelle avec l'acceptation de l'altérité de nos deux peuples, et qu'au côté d'une Allemagne décomplexée se tienne une France souveraine, industrieuse, mère des arts, des armes et des lois.

    En vous remerciant pour votre attention.



    PS : merci à Nina Brewes pour ses corrections quant à des erreurs s'étant glissées dans le discours.




    Enfin, saluons la publication en Russie du premier numéro de la Revue de Défense Nationale en version 100 % russe, composée pour partie d'anciens articles parus cette année dans la version Française et pour autre partie d'articles inédits provenant de plumes Russes.

    Souhaitons lui un vrai succès de lancement et de pérennité locale.

    Pour en avoir un aperçu : cliquez ICI

    mardi 6 décembre 2011

    Réflexion sur l'état de la presse à l'ère du numérique par le centre d'analyse stratégique


    L'étude que je me permets de relayer provient du Centre d'Analyse Stratégique et touche à la cyberstratégie dans le sens où l'acception du terme signifie bien la stratégie des pouvoirs à travers le cyberespace. Incluant de fait ce que l'on nomme parfois le quatrième pouvoir, à savoir la presse.

    La problématique de la presse est cruciale puisqu'elle subit une évolution de premier ordre avec l'avènement d'Internet. Sa mutation s'effectuant pour certaines publications dans la douleur, et remet non seulement en cause le magistère qu'exerçait certaines mais laisse apparaître une crise de confiance entre lecteurs et journalistes. Le succès insolent du Hunffington Post est à ce titre éloquent puisque ce périodique tout-en-ligne débarque désormais sur les terres (numériques) de France. Avec une stratégie très offensive comme le relate Benoît Raphaël... Récemment c'est le patron Russe Alexandre Pougatchev qui déclarait qu'après avoir dépensé sans compter pour renflouer la version papier de France Soir, il allait désormais opter vers un basculement intégral au tout numérique dès janvier 2012.

    C'est bien pour cela que l'étude menée conjointement par Sarah Sauneron et Julien Winock est opportune pour mieux saisir le désarroi de la presse actuelle et ses portes de sortie.


    Les solutions envisagées par les auteurs étant les suivantes : 
    • Étendre l’opération “mon journal offert” aux abonnements “tout numérique” des grands quotidiens et à ceux des “pure players”.
    • Développer des modules d’ingénierie informatique, d’infographie et de data journalisme, au sein des formations de journaliste.
    • Créer un laboratoire français de réflexion en ligne dédié à l’avenir de la presse.
    • Conditionner l’attribution des financements du fonds d’aide au développement des services de presse en ligne à des engagements en matière de développement de contenu enrichi et d’applications pour tablettes numériques innovantes.
    • Aligner le taux de TVA de la presse payante en ligne (19,6 %) sur celui de la presse papier (2,1 %).

    Morceaux choisis : 
    ...Les enjeux de la presse numérique ne sauraient toutefois se réduire à la seule dimension économique. La lecture traditionnelle du journal papier laisse place en effet à une relation beaucoup plus interactive entre l’internaute et le journaliste dont le monopole dans la fabrication de l’information semble remis en cause. Les journaux en ligne doivent donc se réinventer, innover et trouver de nouveaux atouts pour se différencier et valoriser l’information produite...
    ...Dans la grande majorité des pays de l’OCDE, la vente des journaux diminue tendanciellement depuis quatre décennies, sous l’effet notamment du faible renouvellement des générations de lecteurs. Ce phénomène s’est accentué à la fin des années 1990 à la suite de l’émergence d’Internet et des médias numériques. Seuls les pays émergents semblent encore protégés de cette érosion, grâce à leur croissance démographique et à l’élévation du niveau de vie...
    ...C’est donc le modèle industriel de la presse papier, reposant sur des économies d’échelle, qui est aujourd’hui en grand péril. La presse en ligne entraîne en effet une compression des coûts de production (on estime ainsi que le basculement sur le web ferait économiser 35 % de ces coûts. Le circuit entre l’écriture de l’article et sa diffusion est réduit au minimum. La phase industrielle disparaît, ce qui représente une économie significative de frais d’impression, de papier et de masse salariale. La suppression de la distribution physique minore encore les coûts, accélère et permet la diffusion à toute heure et en tout lieu...
    ...l’Internet se démarque des médias traditionnels, qui fonctionnent principalement dans une logique verticale et descendante, par sa dimension participative. Les lecteurs de la presse numérique peuvent devenir acteurs : en commentant et débattant des articles, en contribuant aux enquêtes (data journalisme), voire en devenant des contributeurs ou des éditeurs avec la possibilité de créer des journaux personnalisés en fonction des flux de lecture...
    ...Enfin, on assiste à une certaine remise en cause de la place du journaliste comme producteur de l’information. Un consommateur critique se substitue progressivement au traditionnel lecteur qui n’entrait en relation avec son journal que par le biais du courrier des lecteurs. Le développement des réseaux de blogueurs associés transforme tout autant la physionomie de la rédaction d’un journal. Experts dans leur domaine ou témoins privilégiés, les blogueurs prennent une place croissante dans les contenus proposés. Le journaliste a perdu en même temps son quasi monopole dans le tri et le choix de l’information jugée digne d’être traitée. La sélection est désormais réalisée par une multitude d’intermédiaires (blogueurs, réseaux sociaux, agrégateurs de contenus)...

    samedi 3 décembre 2011

    Café Stratégique numéro onze : La parole est la Défense., la vie complexe des idées stratégiques non institutionnelles

    Le colonel Michel Goya, tenancier du blog "La voie de l'épée" et auteur de plusieurs ouvrages dont Res Militaris, est l'invité du prochain Café Stratégique qui aura lieu le jeudi 8 décembre, à partir de 19h, au café Le Concorde (239 bd Saint-Germain, Paris). Les lecteurs avertis se rappellent notamment de l' "affaire" du retrait de l'article "Michel Goya, le colonel qui parle trop ?" du site lemonde.fr en juin dernier.


    Le thème en sera "La parole est la Défense. La vie complexe des idées stratégiques non institutionnelles".

    En plus simple, la pensée stratégique peut-elle exister, se déployer et vivre, en dehors du cadre des organismes officiels militaro-civils, qu'il s'agisse de l'IRSEM, de l'IHEDN ou autres ? C'est-à-dire, mais pas seulement, sans nécessairement se faire l'écho du discours officiel, notamment cadré par le LBDSN, contraint par la strate politico-politicienne et les OPEX en cours ? Les individus appartenant par ailleurs à la sphère publique de la défense, peuvent-ils s'exprimer librement en tant que "citoyens avertis", ou ont-ils un devoir de réserve ? Plus largement, est-on légitime et pris au sérieux quand on ne fait pas partie de l'intelligentsia officielle ? Et quel accueil est fait à ces idées par les institutions (sont-elles ouvertes à la critique, à l'échange avec l'extérieur ?) ? Peuvent-elles avoir une quelconque influence sur le cours des choses ? Quel est leur intérêt ? Leurs auteurs s'exposent-ils, le cas échéant, à des conséquences fâcheuses pour leur carrière (on se rappelle de Mac Mahon qui disait effacer du tableau d'avancement tout officier dont le nom se serait trouvé sur la couverture d'un ouvrage) ? Une idée qui se développe hors du cadre institutionnel est-elle nécessairement "politiquement incorrecte" ? Quels sont les espaces de réflexion non-institutionnels ouverts à ceux qui n'ont pas "le" badge ?

    Sujet hautement contemporain et source de débats, notamment pour l'Alliance Géostratégique, qui à son très modeste niveau se veut un lieu d'échanges d'idées hors de tout cadre officiel...

    Venez nombreux !

    Voir aussi : Officiers, exprimez-vous... mais bien et pas trop ?