mercredi 30 novembre 2011

Maintenant toute l'Europe parle allemand


Une phrase, un peu malheureuse, mais symptomatique d'un député Allemand, Volker Kauder (CDU): « Jetzt auf einmal wird in Europa Deutsch gesprochen! ».
Maintenant, l'on parle allemand en Europe... Provocatrice peut-être, révélatrice assurément. Comme déjà mentionné dans un précédent billet assorti de quelques saillies d'hommes politiques de premier rang, il y a un effet latent qui se dégage en Allemagne depuis plusieurs années. Une force et assurance retrouvées, mal maîtrisées encore, mal employées et énoncées en certaines circonstances.

Pour autant, l'Allemagne doit composer avec ses partenaires Européens. Car ce sont aussi les mêmes chez qui elle peut offrir ses biens et services, un aspect à ne pas négliger (parmi les cinq principaux clients de l'Allemagne en 2010, quatre étaient Européens : France, Pays-Bas, Royaume-Uni, Italie). En outre, les créances seront autrement plus facilement remboursées que les États endettés pourront se relever rapidement (même si pour la Grèce, il est déjà assuré qu'une part conséquente des créances ne seront pas honorées).
Enfin, plus grave, la République Fédérale est accusée d'avoir usé de techniques comptables pour masquer une réalité pas si réjouissante, tel le Sondervermögen qui ne serait pas pris en compte dans le déficit public selon l'institut bancaire Natixis.

Nouveau signe inquiétant, la récente vente d'obligations Allemandes n'a aucunement séduit les marchés et investisseurs.
Berlin n'a trouvé preneur que pour 3,644 milliards d'euros émis à dix ans alors qu'elle pensait récolter six milliards, en raison de la faiblesse du rendement proposé - 2% par an sur dix ans - si bien que la Bundesbank, la banque centrale allemande, a dû conserver le restant. Source : Boursier.com
Pis, le quotidien d'affaires Handelsblatt révèle que selon l'expert financier Bernd Raffelhüschen, l'État fédéral serait endetté à 185% du PIB! 
Denn die deutschen Sozialkassen sind riesige Verpflichtungen eingegangen, die in der Zukunft zu hohen Ausgaben führen werden, ohne dass dafür Kapital angespart wurde. Auf mehr als 4,8 Billionen Euro oder 185 Prozent des BIP kalkuliert der Freiburger Finanzwissenschaftler Bernd Raffelhüschen alle durch das heutige Steuer- und Abgabenniveau nicht gedeckten Leistungsversprechen des Staates, insbesondere der Sozialversicherungen.


Allez, un rayon de soleil tout de même : l'Allemagne vient de « gagner » 55 milliards d'euros dans le calcul de sa dette suite à une écriture redondante pour HRE (Hypo Real Estate) nationalisée en 2009 suite à son trop grand nombre d'actifs toxiques. Du coup, la dette publique du pays retombe à 81,1% du PIB et non plus 83,2%. Restant tout de même bien loin des critères de convergence imposées par l'Union Européenne via le pacte de stabilité et croissance de 1997 pour garantir une union monétaire solide, à savoir 60% du PIB.

Le vent mauvais qui souffle sur les côtes Européennes ne semblent pas épargner l'Allemagne. Une Allemagne conspuée par ses partenaires du continent pour son égoïsme, son autisme même (refus des euro-bons/euro-obligations) mais que l'on doit reconsidérer au niveau des efforts consentis par sa population durant l'ère Schröder ainsi que de la mentalité et l'opinion Allemande de ne pas être réduite à un simple geldautomat. Si la Chancelière manque peut-être de souplesse sur les positions qu'elle a adopté, elle dispose cependant d'un fort appui populaire. Il n'est pas tout à fait juste de considérer l'État Allemand comme le richissime avare de la famille Européenne, vision réductrice si ce n'est erronée. Et si au fond l'Allemagne n'était pas frappée du syndrome du bon élève un peu incompris de la classe?

En attendant, le couple franco-allemand s'est resoudé dans la tourmente. Et les vues avancées par la France permettent en certaines occasions à l'Allemagne de réviser, même partiellement, sa position d'origine.
Une façon de souligner la complémentarité des deux principales puissances de l'Union Européenne.


Crédit illustration : Wolfgang Horsch


Crédit illustration : Shrank

vendredi 25 novembre 2011

Coup d'arrêt communautaire envers la progression du Deep Packet Inspection



La Cour de Justice de l'Union Européenne (ex-Cour de Justice des Communautés Européennes), instance juridictionnelle supranationale, a rendu un arrêt lourd de conséquences pour les législateurs nationaux envisageant de durcir une fois encore les législations en cours relatives au filtrage d'Internet.

Le 24 novembre 2011, la CJUE a rendu son verdict quant à l'affaire Scarlet Extended / Société belge des auteurs, compositeurs et éditeurs SCRL (Sabam). En ligne de mire : l'interprétation de quatre directives communautaires (à la différence des réglements, celles-ci sont sujettes à une certaine liberté de transposition) à l'égard d'un litige opposant un fournisseur d'accès Internet Belge à la SACEM locale au niveau de la Cour d'Appel de Bruxelles.
Après analyse desdits textes, la décision a été rendue comme suit dans ses aspects les plus essentiels :
Par conséquent, il convient de constater que, en adoptant l’injonction obligeant le FAI à mettre en place le système de filtrage litigieux, la juridiction nationale concernée ne respecterait pas l’exigence d’assurer un juste équilibre entre le droit de propriété intellectuelle, d’une part, et la liberté d’entreprise, le droit à la protection des données à caractère personnel et la liberté de recevoir ou de communiquer des informations, d’autre part.

Mais en quoi cela concerne-t-il la question lancinante des Deep Packet Inspection, qui est pour résumer à l'intention des béotiens une procédure visant à inspecter les flux d'informations transitant par les réseaux numériques afin de déterminer la nature des paquets de données?
L'enjeu? La lutte contre la contrefaçon et le respect des données personnelles. C'est ce que à quoi répond justement la juridiction en ces termes : 
En effet, il est constant, d’une part, que l’injonction de mettre en place le système de filtrage litigieux impliquerait une analyse systématique de tous les contenus ainsi que la collecte et l’identification des adresses IP des utilisateurs qui sont à l’origine de l’envoi des contenus illicites sur le réseau, ces adresses étant des données protégées à caractère personnel, car elles permettent l’identification précise desdits utilisateurs.

Intelligiblement : un filtrage des données déborderait du seul cadre de la lutte envisagée et négligerait le respect des données personnelles, par le truchement des adresses IP. Le juge Européen a clairement donné un coup d'arrêt à une pratique qui était avancée de plus en plus ouvertement par certains gouvernements. Ces derniers étant désireux de donner des gages quant à l'impitoyable combat qu'ils entendent mener au nom d'intérêts de sociétés privées. C'est inquiet du franchissement de la ligne jaune quant cette recherche et l'utilisation des données personnelles effrénée par des organismes publics et même privés que s'est élevée la Cour du Luxembourg, et ce sur la base des textes juridiques en vigueur. Le cas des DPI était quant à lui autrement plus problématique car il ne se cantonne pas juste aux données incriminées mais déborde de celles-ci et aucun garde-fou n'existe quant à cet oeil intrusif pouvant être assimilé techniquement à une écoute téléphonique généralisée version Internet. Une manière de considérer chaque Internaute comme un délinquant potentiel, dans la droite ligne de la loi Création et Internet qui par l'entremise des ordonnances pénales introduisit la présomption de culpabilité en se défaussant sur le manque de sécurisation de la ligne d'abonné.

Les juridictions nationales semblent aussi vouloir mettre un frein à la tentation intrusive des sociétés gestionnaires des droits d'auteur envisageant de frapper non seulement les individus (personnes physiques) coupables de contrefaçon mais aussi les intermédiaires techniques. Soit les moteurs de recherche, soit les sites de mises à disposition de vidéos en ligne (Youtube / Dailymotion) ou de fichiers (Free / Megaupload / Rapidshare). L'arrêt de la Cour d'Appel de Paris en date du 3 mai 2011 a par exemple refusé de donner suite à la demande de la SNEP (Syndicat National de l'Édition Phonographique) contraignant Google à retirer sur le territoire Français les termes de Torrent, Rapidshare et Megaupload, la cour ne relevant pas de lien direct entre le service proposé et les fichiers illicites y transitant : 
Considérant que la suggestion de ces sites ne constitue pas en elle-même une atteinte au droit d'auteur dès lors que d'une part les fichiers figurant sur ces sites ne sont pas tous nécessairement destinés à procéder à des téléchargements illégaux ; qu'en effet, l'échange de fichiers contenant des oeuvres protégées notamment musicales sans autorisation ne rend pas ces sites en eux-mêmes illicites ; que c'est l'utilisation qui en est faite par ceux qui y déposent des fichiers et les utilisent qui peut devenir illicite. Les magistrats ajoutant avec un brin de bon sens que la suppression des termes « torrent », « rapidshare » et « mageupload » rend simplement moins facile la recherches de ces sites pour les internautes qui ne les connaîtraient pas encore ; qu'elle n'empêche pas ceux qui les connaissent de les trouver en tapant directement leur nom sur le moteur de recherche.

Décisions qui ne semblent pas infléchir pour autant les décideurs politiques et l'autorité administrative HADOPI qui sur son site Internet a récemment déclaré : En profitant de l’évolution naturelle des usages et des technologies, certains sites ou services internet de « streaming » ou de téléchargement direct se sont spécialisés dans l’exploitation massive de contenus illicites dont ils tirent des profits à leur seul bénéfice. Il est temps désormais d’entrer dans une phase active de lutte contre ce comportement mercantile qui, du créateur à l’internaute, pénalise tous ceux qui sont respectueux des lois.
Omettant étrangement de souligner les études indiquant que les plus gros consommateurs de produits culturels sont aussi ceux qui les téléchargent, un phénomène sans réel paradoxe puisque découlant d'une certaine logique (il faut déjà être connaisseur pour désirer un produit et l'acquérir). De même aucune subtilité dans l'approche du phénomène : quid ainsi du ras-le-bol corrélé avec la limite du pouvoir d'achat des jeunes et moins jeunes consommateurs quant à la nécessité de racheter la même oeuvre sur un nouveau support technique? Pourquoi ne pas aussi répercuter à la baisse la durée d'existence du support matériel sur lequel est situé l'oeuvre dans le prix final et aussi le manque de sublimation du produit? Et pour finir, où en est l'amélioration qualitative des offres de vidéos en ligne qui ne semblent toujours pas séduire une large majorité du public?
Sur le sujet, vous pouvez lire ce billet du blogue Ma petite parcelle d'Internet, datant d'août 2011 et toujours actuel dans son développement.

Pour celles et ceux qui désireraient avoir lecture de la décision, notez je vous prie la référence suivante : C-70/10
Et rendez vous sur le site CURIA en optan pour le formulaire de recherche avancée.

mardi 22 novembre 2011

Des drapeaux au fond des eaux


En août 2007, et dans le prolongement de ses revendications sur la dorsale Lomonossov, la Russie avait au moyen de deux bathyscaphes (MIR-1 et MIR-2) réussit à planter un drapeau sous l'Arctique par 4 200 mètres de profondeur. Entre le scientifique et l'économique prospectif, la Russie démontrait son savoir-faire en la matière, de même qu'elle indiquait clairement que le Grand Nord était son territoire.

La Chine n'est désormais plus exclue de la lutte pour l'exploitation des richesses des grands fonds puisque son propre bathyscaphe d'un peu plus de 8 mètres pour 22 tonnes, dénommé Jiaolong en référence à un dragon des mers mythique, vient d'atteindre les 5 000 mètres de profondeur. Cet exploit technique la fait rentrer dans le club très select des pays capables de produire de tels engins. Les dépêches officielles ne précisent cependant pas le lieu exact où se serait déroulée la performance qui a été rendue publique en septembre dernier. Tout juste sait-on qu'elle se serait déroulée en zone Pacifique Nord.

Comme le mentionne Zhang Jixian, Président de l'Académie de cartographie, le but de cette expédition appelle des développements pratiques. La connaissance des hauts-fonds et de ses couches géologiques intéresse au plus haut point les puissances actuelles pour les ressources qu'elles sont susceptibles d'y extraire. Et la Chine n'y faisant aucunement exception. D'autant que la façade maritime du pays concentre les zones les plus actives, et malgré les « verrous » Coréen, Japonais et Taïwanais, pourrait donner envie à la Chine de s'immiscer vers le grand large comme ce fut le cas lors des expéditions du grand Amiral Zheng He. Après avoir dévoilé ses ambitions spatiales, l'Empire du Milieu semble désormais aussi faire montre d'intérêt prononcé pour les supposés trésors renfermés par les sous-sols marins. Le drapeau planté ne manquant pas non plus de renvoyer aux territoires disputés en mer de Chine : le rocher de Socotra (à ne pas confondre avec l'île située au large de la péninsule Arabique) et de nombreuses îles du sud de cette mer bien que pour la plupart il n'y réside aucun habitant et que certains territoires soient sous le niveau de la mer (tel les îles Zhongsha, connu aussi sous la dénomination de Banc de Macclesfield). Pour l'heure Wang Fei, responsable de l'opération Jiaolong, espère pousser encore plus loin le succès du sous-marin d'exploration en franchissant la barre des 7 000 mètres de profondeur en 2012.

Pour protéger ses intérêts présents et futurs, rappelons que la marine de guerre Chinoise est la troisième du globe derrière la Russe et l'Américaine. Et que les autorités ne semblent pas lésiner sur les moyens pour la doter conséquemment. L'accord récent entre les gouvernements Américain et Australien quant à une présence régulière de la marine Américaine sur l'île-continent semble découler de ce constat comme le subodore Barthélémy Courmont dans un entretien au Monde : ... en s'assurant des bases arrières dans une région [le Pacifique Sud et la façade orientale de l'océan Indien] où la Chine ne dispose pas de relais, les Etats-Unis marquent certainement leur présence stratégique, et cela s'inscrit de fait dans le bras de fer naval auquel semblent désormais se livrer les deux pays, même si celui-ci n'est pas encore officiellement à l'ordre du jour des agendas stratégiques...

Crédit photo : Xinhua

samedi 19 novembre 2011

Le serviteur du souverain : la guerre du Nord par deux observateurs Français


Слуга Государев ou Le serviteur du souverain est un film Russe sorti en 2007 et malheureusement toujours sans distribution en zone francophone. Inutile de ressasser des regrets identiques pour tant d'autres productions Européennes mises sous le boisseau faute de distributeurs plus que manque d'intérêt de la part du public. Et il y aurait de quoi avec ce métrage qui d'une part lorgne vers deux genres à la fois, le fait historique et le récit d'aventure par l'entremise de deux émissaires du roi soleil Louis XIV en contrée Russe pour suivre l'évolution de la Grande Guerre du Nord. La dernière d'une longue série qui verra la Russie de Pierre le Grand s'imposer face à la Suède de Charles XII. Monarque dont les mérites, réels en dépit d'une fin prématurée, furent vantés par Voltaire dans son Histoire de Charles XII. Il est regrettable que le métrage se laisse aller ici et là à quelques facilités scénaristiques, voire des raccourcis. Fort heureusement la réalisation est nerveuse, l'ambiance musicale bien à-propos et le tout emmené par des acteurs très professionnels. L'on louera aussi la reconstitution très aboutie de la bataile de Poltava, 1709, où les forces Russes mieux commandées et en nombre supérieur, écraseront les troupes Suédoises désorganisées et privées du coup d'oeil tactique de leur souverain, alors en retrait du champ de bataille pour cause de blessure. Ajoutons que l'absence d'un nombre suffisant de batteries Suédoises n'aida en rien à une conclusion positive pour le monarque scandinave. C'est aussi l'épisode de la déchéance pour l'hetman cosaque Mazeppa, allié malheureux de Charles XII, qui deviendra ultérieurement une figure nationale Ukrainienne, dont la geste trouvera écho dans un des poèmes d'Alexandre Pouchkine.

J'en profite pour signaler l'existence d'un excellent site sur le cinéma Russe et Soviétique: Kinoglaz sur lequel je pus offrir une maigre participation quant à la fiche du film ( ICI ).

L'action se déroule durant la guerre du Nord, dans les environs de Poltava en Ukraine, où Suédois et Russes fourbissent leurs armes en vue d'une bataille décisive. Deux duellistes français, le Chevalier Charles de Brézé et le Comte de la Bouche se retrouvent en plein coeur du conflit, chacun dans un camp en tant qu'observateurs mandatés par Louis XIV. Aucunement préparés à évoluer dans un contexte aussi hostile, les deux messagers devront apprendre à nouer des alliances au gré de leurs rencontres pour espérer revenir en France.

Le réalisateur a souhaité donner le plus de réalisme possible à son oeuvre, d'où des dialogues en langues étrangères selon la nationalité des protagonistes. Ainsi est-il possible d'entendre parler français, polonais, suédois durant tout le métrage en plus de la langue Russe
.


Le site officiel / Официальный сайт Интернета

jeudi 10 novembre 2011

Colloque Cyberstratégie du 29 novembre : un nouveau domaine de la pensée stratégique

3 et 6 juin 1980, une centaine de B-52 équipés d’armes nucléaires, prêts à décoller immédiatement, sont en alerte pour riposter à une attaque nucléaire soviétique… factice liée à un bug informatique. En 2008, les satellites d'observation Landsat-7 Earth et Terra AM-1 auraient été piratés pendant plusieurs minutes. Les exemples de Stuxnet contre les centrifugeuses iraniennes, des prodromes des combats entre la Russie et la Géorgie (2008), ou la récente Nitro Attacks, contre 29 entreprises de l'industrie chimique et 19 de défense, viennent rapidement à l'esprit.

Ces évènements ne sont pas isolés et, si hier la menace provenait presque uniquement de mauvais fonctionnement informatique, aujourd’hui l’interconnexion des réseaux et des pratiques malveillantes permettent d’envisager, depuis au moins deux décennies, une conflictualité accrue, armée ou non, dans le cyberespace. C’est pourquoi, après l'importante London cyberconference (1er et 2 novembre 2011), le Centre de Recherche des écoles de Coëtquidan et AGS ont décidé d’organiser un colloque, le 29 novembre 2011, sur la cyberstratégie (inscription).

Le colloque se propose de réfléchir à la réalité et aux fondements possibles d’une pensée cyberstratégique.
Il doit permettre d’alimenter la réflexion conceptuelle et doctrinale dans un domaine émergent qui présente des points communs mais aussi des dissemblances certaines avec d’autres domaines stratégiques qui se sont structurés progressivement au 20e siècle : stratégie aérienne, stratégie nucléaire.
Il fait suite à l’ouvrage publié par AGS sur la cyberstratégie et souhaite jouer un rôle séminal, clarifiant les concepts fondamentaux tout en contribuant à rassembler une « communauté cyber » existante mais dispersée.

Programme
Accueil : 8h30
Ouverture : Ronan Douaré (CREC)

Introduction (8h45) : François-Bernard Huyghe (bio) / Général Marc Watin-Augouard (bio), préfacier du cahier « Stratégies dans le cyberespace ».

Matinée : Penser stratégiquement la cyberguerre
Table ronde n° 1 : Un champ stratégique à délimiter (9h00-10h45 dont le débat)
Président de TR : Philippe Wolf
Une sémantique à qualifier : cybersécurité, cyberguerre, cyberdéfense, cybersécurité… Stanislas de Maupéou
Quels principes stratégiques fondamentaux ? O. Kempf
Cadre juridique de la cyberdéfense, Barbara Louis-Sydney
« Cyberwar » : peut-on réellement parler de « guerre » dans le cyberespace ? Stéphane Dossé
Table ronde n° 2 : Principes et modèles (11h00-12h45 dont le débat)
Président de TR : GDI (2S) Vincent Desportes
La cyber à la recherche d’un modèle stratégique : Dissuasion ? Guerre aérienne ? Asymétrie ? Stratégie indirecte ? Joseph Henrotin
Cyberpostures comparées : Guillaume Tissier
La dissuasion nucléaire est-elle un modèle stratégique transposable au cyberespace ? Alain Esterle


Déjeuner : 12h45 à 14h00 : restauration possible au mess de l’école militaire.


Après-midi : Penser opérationnellement la cyberguerre
Table ronde n° 3 : La « cyber » dans les opérations militaires (14h00-15h45 dont le débat)
Président de TR : Col Jean-Luc Lefèbvre
Cyber, opérations d’information, influence : Col François Chauvancy
Règles d'engagements, risques et réseaux : Charles Bwele
Vers le « combat cyberélectronique » ? Col. Aymeric Bonnemaison
Analyse des cyberconflits récents : Laurence Ifrah
Table ronde n° 4 : La cyber dans le domaine diplomatico-stratégique (16h00-17h45 dont le débat)
Président de TR : Alain Esterle
Espace ouvert et souveraineté numérique : y a-t-il des frontières dans le cyberespace ? Eric Hazane
Qui franchira le Rubicon le premier? : Bertrand Boyer
Cyber et maîtrise des armements : Christian Daviot


Conclusion (17h45 à 18h00) : AGS
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Inscription : cliquer ici
Contact : cyber.ags.crec@gmail.com
En attendant le colloque, découvrez Stratégie dans le cyberespace et venez en parler lors du café stratégique du 10 novembre 2011.



mercredi 9 novembre 2011

L'axe Paris-Berlin-Moscou... ferroviaire

Oui l'axe Paris-Berlin-Moscou cher à nombre de géopolitologues n'est mort, il est même en passe d'être une réalité. Ferroviaire à tout le moins.

À escompter du 12 décembre 2011, et moyennant 38 heures, Moscou sera à portée de Paris. Dans la continuité de la ligne Nice-Moscou mise en place depuis septembre 2010. Le tout dans une fourchette allant prévisionnellement de 231 à 1050 euros. Hors frais de visas s'entend. Nul doute aussi que le temps d'acheminement prend en compte le fameux transfert des voies norme Européenne à celles typiquement Russes qui avaient été décidées sous le tsarisme pour prévenir toute invasion rapide par voie ferrée (l'écartement des rails étant plus large pour les pays de l'ex-Union Soviétique, 1,52 m contre 1,43 dans le reste de l'Europe sauf pour les États ayant bénéficié d'un programme d'interopérabilité via des subsides de l'Union Européenne, tels les Pays Baltes).

Petit bémol quant à ce graphique, qu'est-ce donc que cette localité se dénommant Vorbach et semblant se situer en Lorraine? Ne s'agirait-il pas plutôt de... Forbach (ancienne Furpac Moyen-Âgeuse)?


Crédit illustration : RIA Novosti

samedi 5 novembre 2011

De la Transylvanie à la Scanie, passage cinématographique


Récemment l'allié Stéphane Mantoux d'Historicoblog s'est attelé à traiter d'une biographie du souverain Valaque Vlad Tepes, ou plutôt Țepeș, au moment où je découvrais lors d'un passage en Allemagne deux productions cinématographiques introuvables en France. Le second métrage j'y reviendrai ultérieurement, le premier étant bien évidemment consacré au personnage qui inspira tant l'écrivain Anglais Bram Stoker, donnant naissance au mythe du comte vampire Dracula.
Il est vrai que le qualificatif d'Empaleur ne serait pas de nature au XXIème siècle à déclencher un assaut touristique en ces terres. Il disposait cependant au XVème siècle, Tepes ayant vécu de 1431 à 1476, d'un rappel utile quant à un petit plaisir local appelé le supplice du pal : le condamné à mort ou l'ennemi ayant pris les armes contre la voïvodie Valaque se voyait puni par empalement. Mort lente et douloureuse assurée. Cette vision ne marquera pas uniquement les voyageurs, marchands et diplomates Européens mais aussi les soldats Ottomans qui lors d'une expédition punitive envers le souverain récalcitrant furent confrontés à la terrifiante vision d'une forêt de pals où achevaient d'agoniser nombre de leurs coreligionnaires.


Vlad III n'était pas un tendre dans les affaires intérieures comme extérieures mais cette dureté doit aussi s'apprécier au contact du contexte historique d'où il est issu : la Valachie est une région Balkanique luttant pour sa survie face non seulement aux autres puissances Européennes avoisinantes, Hongrie en première ligne, mais surtout envers la puissance Turque irrésistible qui mit à bas l'ancien Empire Byzantin en 1453 (prise de Constantinople). Mathias Corvin et Mehmed II, imposants personnages de l'époque se posaient comme une menace certaine pour l'indépendance du territoire. Le voïvode dut par conséquent savoir s'imposer, par les armes, la diplomatie, le développement économique et l'intimidation. Sa vie tumultueuse, dont la vérité historique est difficilement démêlable de la propagande pro et anti-Vlad, s'enracine dans les bouleversements qui affectèrent cette région de l'Europe. L'homme eut pour lui l'avantage de recevoir une éducation avancée et même son expérience en tant qu'otage de la cour Ottomane lui sera profitable pour manoeuvrer au mieux et résister aux forces ennemies.

C'est de fait tout l'intérêt de visionner ce film Roumain de 1979, intitulé sobrement Vlad Țepeș et réalisé par Doru Năstase. Ici point d'ambiance gothique, juste les hauts faits les plus connus du souverain Valaque avec quelques passages emblématiques. L'on pourra souligner la qualité très acceptable du métrage, et saluer la performance de Stefan Sileanu campant un Vlad l'Empaleur d'une saisissante prestance et dont le regard froid ainsi que les mots sentencieux permettent de mieux se plonger dans le récit. Une découverte très appréciable qui, bis repetita, ne peut que nous faire déplorer l'absence de distribution en zone francophone.

Le film complet avec sous-titres en anglais :



La seconde découverte, Snapphanar, a trait à une période plus récente, la fin du XVIIème siècle, 1678 pour être plus précis, en Scandinavie dans la province de Scanie (Skåne). Il est vrai que d'office le spectacteur lambda n'étant pas ressortissant de cette zone géographique aura bien des difficultés à ressentir une empathie pour cette quête effrénée de rebelles souvent issus de la paysannerie et favorable à la couronne Danoise alors en lutte contre la montée en puissance de la Suède. Il est vrai que l'Øresund, le détroit de Sund, distant d'à peine quatre kilomètres facilitait les liens entre les deux rives, et que la Scanie fut une place stratégique centrale perdue lors du traité de Roskilde en 1658. La situation ne fut jamais complètement acceptée par le Danemark qui n'eut de cesse de se relever de cette humiliation, réussissant ce faisant à faire revenir les provinces de Trøndelag et Bornholm en soulevant les partisans acquis à sa cause, succès conforté par l'intervention de la marine Hollandaise. Le retour de ces provinces fut consacré par le traité de Copenhague de 1660.

Réalisé en 2006, la technique est sans gros défaut majeur et se permet quelques scènes flattant la rétine. En revanche, l'histoire dévisse un peu de la réalité historique, et tend vers l'épopée à la Trois Mousquetaires. Il faut par conséquent prendre le film avec un certain recul, nonobstant la qualité du jeu des acteurs (certains surjouant, d'autre échouant). Il renseigne toutefois sur la guérilla qui perdura longtemps en la contrée de Scanie, où les rebelles se firent traiter de snapphanen, terme que l'on devine très péjoratif dans le lexique Suédois. La guerre de Scanie durera quatre années, de 1675 à 1679, pendant lesquelles des irréguliers locaux firent le coup de main au côté des forces Danoises : un risque conséquent pour eux puisqu'ils ne pouvaient bénéficier d'une quelconque mansuétude liée à la profession de la guerre. Las, les traités de Lund et Saint-Germain-en-Laye en 1679 aboutirent à la confirmation du traité de Copenhague évoqué au paragraphe précédent. Remisant de jure les espoirs du Danemark de recouvrer la province de Scanie malgré ses victoires terrestres et maritimes à l'encontre du rival nordique, contrebalancées par l'arrivée de troupes Françaises, alliées à la Suède, prenant le territoire Danois à revers. Une situation qui n'évoluera plus, y compris avec le traité de Frederiksborg en 1720 pourtant favorable aux Danois cette fois-ci.


L'amateur de géopolitique notera avec grande attention le terme de Dominium maris baltici prononcé par l'un des protagonistes principaux : le centre des préoccupations des puissances riveraines de la mer Baltique aux XVIIème et XVIIIème siècles. Ces conflits récurrents passeront à la postérité sous la dénomination de Guerres du Nord.

La première partie du film : 


Dans la droite ligne de ce film Suédois, je vous recommande le site suivant si le cinéma nordique est susceptible de vous intéresser : Kino Digital