dimanche 30 octobre 2011

Sony Ericsson sans Ericsson


Cela deviendra totalement acquis en 2012 : Sony Ericsson ne possèdera plus le statut de co-entreprise (ou joint-venture en anglois) mais de filiale mobile à 100% contrôlée par le géant Japonais Sony. Existante depuis octobre 2001, et fruit d'un rapprochement entre deux poids lourds du secteur des télécommunications, Sony et Ericsson avaient entrepris de collaborer intelligemment pour continuer à affronter la concurrence vorace dans le secteur du mobile. À peine fêtés les dix ans, voici que Sony ingère la co-entreprise... Le succès du très récent Xperia mélangeant téléphonie mobile et console de jeu (là où la défunte Nokia N-Gage ou pis la Tiger Telematics Gizmondo n'avaient su s'imposer malgré des qualités techniques attestées) incitant peut-être Sony à mettre le prix fort pour cette transaction.

Une décision qui bien que réaliste, Sony regroupant l'ensemble de ses filiales dans la téléphonie mobile, les tablettes graphiques, l'informatique grand public déplaît à la bien connue agence de notation Moody's. En effet, comme l'énonce l'AFP, Sony pourrait perdre sa note A3, la septième meilleure sur une échelle de 19, en raison de sa décision de reprendre 50% des parts détenues par son partenaire suédois Ericsson dans leur coentreprise de téléphones mobiles Sony Ericsson pour un montant de 1,05 milliard d'euros. Moody's craint que cette transaction ne retarde encore les améliorations escomptées de la situation financière de Sony, en raison du coût de l'acquisition payé en numéraire. Nul doute que la firme Japonaise va expliciter sa stratégie dont le mimétisme, toute proportion gardée, ressemble à celle d'Apple : à savoir une convergence des différentes filliales vers un système d'offres technologiques interopérable.

Reste deux questions : quelle stratégie technologique et commerciale dorénavant pour Ericsson qui va perdre sa branche ordiphone (ou smartphone) dès l'accord entériné début 2012 et avec quel système d'exploitation les prochains appareils Sony seront-ils livrés (où l'on parle énormément de WebOS)?

L'information sur le site officiel de Sony Ericsson : Sony Corporation (“Sony”) and Telefonaktiebolaget LM Ericsson (“Ericsson”) today announced that Sony will acquire Ericsson’s 50 percent stake in Sony Ericsson Mobile Communications AB (“Sony Ericsson”), making the mobile handset business a wholly-owned subsidiary of Sony... As part of the transaction, Ericsson will receive a cash consideration of EUR 1.05 billion

jeudi 27 octobre 2011

Café Stratégique numéro dix : Stratégies dans le cyberespace avec Charles Bwele



À la suite de la sortie du deuxième cahier de l'Alliance GéoStratégique, et dans la continuité des cafés stratégiques, la parole est offerte à l'un des membres de l'Alliance de passage à Paris quant aux enjeux décrits dans l'ouvrage, secondé par d'autres alliés présents. Charles Bwele soulèvera et décryptera les problématiques majeures tout en répondant bien volontiers à vos interrogations sur ce sujet dont l'intérêt ne se dément pas parmi les spécialistes et le grand public.

Venez donc nombreux au Café le Concorde (239, boulevard Saint-Germain, Paris Vième, métro : Assemblée nationale) à 19h-21h, vous aurez également l'occasion de (re)découvrir plusieurs membres d'AGS.

dimanche 23 octobre 2011

Le Japon médiéval source d'inspiration vidéoludique


Si le Japon fait tristement parler de lui depuis des scandales politico-financiers endémiques et plus encore depuis la catastrophique survenance du tsunami suivi du désastre écologique Fukushima, il réapparait néanmoins dans la sphère vidéoludique de manière imprévue mais appréciable.

Coup sur coup ce sont deux ludiciels qui ont marqué l'année 2011. Le premier est la reprise du premier succès de la série des Total War que j'avais évoqué voici près d'un an lors d'une thématique amorcée par AGS. Shogun Total War fut en effet révolutionnaire en son temps puisqu'il intégrait non seulement un module stratégique (relativement basique toutefois)et un module tactique en temps réel. En 2000 une telle innovation fit l'effet d'un bouleversement au sein des logiciels de stratégie comme le fut en son temps Europa Universalis. Suivie par ailleurs d'une extension fort originale puisqu'elle permettait de simuler avec succès les tentatives Mongoles d'invasion de l'archipel, en 1274 puis 1281, à un moment où les héritiers de Genghis Khan ne connaissaient aucune limite à leurs ambitions territoriales.
Pour fêter les dix ans de sa sortie, le studio Creative Assembly, racheté par l'éditeur Japonais (hé oui!) Sega décida en 2010 d'annoncer une version next-gen (nouvelle génération) de son premier succès en l'intitulant sans surprise : Shogun Total War 2. Elle sortit en 2011 et eut droit aux impressions positives de la critique spécialisée.
La guerre d'Ōnin de 1467 à 1477, embrasant l'archipel entre les différents clans du Shogun, est le point de départ du jeu, et plonge le joueur dans un entrelac de relations fluctuantes le tout dans un contexte graphique et sonore de grande qualité comme de coutume dans la série des Total War. Ajoutons que l'une des innovations majeures du jeu, outre des sièges de fortifications retravaillés et une météo fluctuante plus présente dans l'impact du déroulement des batailles, est l'immixtion de batailles côtières avec la possibilité de faire échouer les embarcations ennemies ou de se cacher d'elles derrière une île ou une côte.

Cette guerre est aussi le point de départ de Sengoku, le dernier né de la société Paradox Interactive que j'avais aussi présenté lors de l'article paru dans l'Alliance GéoStratégique. Moins de fioritures esthétiques, plus de mécanismes de de jeu aboutis : tel a toujours été le credo respecté jusqu'à présent de la société.
Les Europa Universalis, à partir du second épisode, permettaient déjà de choisir une puissance extrême-orientale et de titiller les velléités de puissances Européennes sur une chronologie allant du milieu du XIVème siècle au début du XIXème. La société accentua son intérêt pour les peuplades d'Asie avec la sortie d'un ajout à Europa Universalis III au travers d'un complément intitulé Divine Wind, consacré à l'Orient et plus particulièrement au shogunat Japonais et la Chine Impériale. Il bénéficiait d'un développement qui sans rien retrancher à ce qui était déjà intégré, renforçait le réalisme historique des luttes sur le plan intérieur comme au plan régional.
Sengoku, relatif à cette période de troubles socio-économico-politiques que connut l'archipel Nippon entre 1477 et 1571, est un ludiciel à part entière qui se consacre entièrement aux évènements en ces lieux. Comme à son habitude, le jeu de Paradox est riche, très riche peut-être même trop car il est extrêmement compliqué de s'y retrouver entre tous les clans, d'autant que la diplomatie occupe une part centrale dans la progression du jeu : il n'est ainsi pas possible d'embraser l'ensemble des territoires sans retrouver contre soi une ligue à la puissance irrésistible. Mariages, cadeaux, assassinats et échanges seront de sorte privilégiés en lieu et place d'actions militaires. Ces dernières étant dispendieuses en ressources économiques et humaines. Encore qu'une intimidation armée n'est parfois pas inutile pour faire avancer la cause que l'on défend. L'on appréciera particulièrement l'effort portée sur la carte, et son rendu géographique très saisissant.
Les dernières mises à jour, outre quelques rééquilibrages de l'intelligence artificielle et optimisations des mécanismes de jeu, autorise désormais de débuter plus en avant dans la période Sengoku, en 1551, et s'acheminer vers celle de l'époque Azuchi Momoyama (1573 - 1603) tout en intégrant l'immixtion de marchands Hollandais et Portugais, vecteurs de contrats commerciaux lucratifs et d'armes à feu! Nul doute que les prochaines ne feront que bonifier ce ludiciel passionnant.

Et pourquoi pas se remettre dans les indépassables métrages d'Akira Kurosawa pour s'immerger au mieux dans la période?






PS : pour ceux qui se poseraient la question, l'affiche commerciale en début d'article correspond à Lords of the Rising Sun, de la société défunte Cinemaware qui avait le talent de rapprocher ses produits de l'univers cinématographique avec il faut l'admettre beaucoup de réussite. Hélas le studio ne put s'adapter efficacement à la montée en puissance des compatibles PC et déclina.

lundi 17 octobre 2011

Deux cyberfailles significatives de l'année 2011

En fouillant voici peu dans mes archives, je dénichai deux éléments relatifs à des failles dans le domaine cyber qui ne furent pas sans conséquence lors de leur survenance.

La première au début de l'année, avec l'attaque ciblée envers cinq multinationales pétrolière et gazière par ce que l'on soupçonne être une filière de hackers Chinois. Les faits remontent à février 2011 et ont été révélés par l'éditeur d'antivirus MacAfee.
Le butin? Des documents confidentiels tant sur les infrastructures que sur les négociations en cours et passées. En somme des données stratégiques informationnelles qui ont été subtilisées, et sans nul doute, analysées à escient par les malandrins. D'autant que selon les recoupements opérés par MacAfee ces intrusions particulièrement intentionnées perduraient depuis deux années. Autre fait d'importance : ces attaques, toujours selon l'éditeur d'antivirus, n'auraient pas été aussi complexes que d'autres occurrences précédentes mais opérées avec insistance et méthodologiquement.

La seconde très récemment avec l'information transmise par Wired selon laquelle les drones Américains, Reaper et Predator, auraient été infectés par un virus au sein des ground control station (GCS) du centre de commandement de Creech. Aucun dysfonctionnement majeur n'a été répertorié et imputé à l'existence dudit virus mais à vrai dire, personne ne sait exactement sa fonction première, ce qui ne rassure pas pour autant.
Enregistre-t-il et transmet-il des informations sensibles à distance? Est-il prévu pour agir et dérégler une fonction X ou Y à un moment précis? Difficile de savoir, le fait même d'apprendre l'existence de ce virus au centre de commandement est en soi déjà exceptionnel.

Pour digresser très légèrement sur le sujet des pilotes de drones, je vous recommande particulièrement cet article du Los Angeles Times (en anglais hélas) et qui traite du sujet par une plume très vivante.

En complément d'information et pour mieux cerner toute question contemporaine connexe à ce sujet, n'hésitez pas à lire le dernier ouvrage collectif d'AGS : Stratégies dans le cyberespace : Editions L'esprit du livre

vendredi 14 octobre 2011

La déification présomptueuse de Steve Jobs


Steve Jobs a été un entrepreneur extrêmement lucide, doublé d'une intuition ayant souvent fait mouche. Il a contribué à l'essor de l'informatique domestique. Il a aussi érigé le système de management et de marketing Apple : une machinerie rodée, efficace et rentable. Qui par ailleurs incite nombre de jeunes cadres à lorgner vers cette société.

Cependant, et en dépit du concert de louanges adressés pendant et après la disparition de l'un des fondateurs (n'oublions pas l'autre Steve, Wozniak) de la firme à la pomme, peut-on pour autant laisser passer certains raccourcis si ce n'est affirmations fallacieuses?

La première d'entre elles serait que tout ce que tout touche Steve Jobs se serait commutée en or. Oui... en partie, mais n'excluant pas des flops réels.
Ainsi qui se souvient du four que fut l'Apple Lisa en 1983? Ou du NeXT Computer en 1987? Du Power Mac G4 Cube en 2000? Ou encore du Motorola ROKR E1 en 2005?
Cela ne saurait relativiser les succès réels de l'iPod, l'iPhone ou de l'iPad en leurs différentes versions, mais modère à tout le moins l'impression d'invicible prescience de l'ancien responsable d'Apple.

En outre, comme le rappelle Le Post, Steve Jobs n'a pas été ce génial innovateur mais plutôt un vulgarisateur d'idées innovantes d'autrui. Sévère? Peut-être mais réaliste, car il faut rendre à César ce qui est à César. Ainsi a-t-il été entendu et lu que l'ancien patron d'Apple aurait été l'inventeur de la souris! Ah... pauvre Douglas Engelbart qui se retrouve dépouillé de son invention. De même qu'il aurait été le père de la première tablette graphique : ce qui n'aura pas manqué de provoquer une déglutition difficile chez les Français d'Archos!

Il ne s'agit pas de dénigrer l'excellence des produits Apple mais de remettre un peu de bon sens dans les larmoyantes cérémonies d'adieu. La vérité ne mérite pas qu'on la sacrifie même au nom d'un génie du marketing...

Méthodes marketing qui par ailleurs agacent le secteur de la presse en France, mécontent de payer une « dîme » de 30% pour être diffusé sur les tablettes iPad. Ce qui a amené nombre de journaux de premier plan, généralistes ou spécialistes, à s'organiser en un GIE (groupement d'intérêt économique) appelé ePresse ayant pour vocation à peser pour préserver le fruit de leur contenu éditorial. Ce n'est ni la première ni ne sera la dernière fois que les médias traditionnels seront confrontés à la révolution technologique qu'est Internet, cependant le fléau du rapport de force semble irrésistiblement pencher vers les forces numériques.

MAJ : En prévision de la sortie prochaine d'une biographie consacrée à ce dirigeant, l'on apprend à travers le site BusinessMobile.fr que ce dernier serait à l'origine de la guerre en propriété intellectuelle faisant rage entre Apple et HTC/Samsung.
A son biographe, Jobs confie : "Je me battrais jusqu'à mon dernier souffle, je dépenserai tout l'argent d'Apple si besoin est, pour corriger cela, pour détruire Android, parce que c'est du vol à haut niveau. Je vais leur faire une guerre thermonucléaire".

Pour finir, un documentaire sur le sujet par Bloomberg TV et relayé en France par le Nouvel Observateur :



Documentaire : la face cachée de Steve Jobs par Nouvelobs

Un peu d'humour façon Guignols de l'Info :

dimanche 9 octobre 2011

Une visite Chinoise qui embarrasse les Européens

Article paru sur Alliance GéoStratégique le 17 octobre 2011

Si la Chine s'est faite remarquée récemment aux côtés de la Russie suite à son veto au Conseil de Sécurité, elle s'est aussi incrusté dans le sphère économique Européenne avec à-propos. Mal en point, la zone Euro est à la dérive, et malgré un fonds de stabilisation Européen créé en dépit des réticences de nombreux adeptes du laissez faire-laissez passer, force est de constater que l'état de la Grèce a été simplement stabilisé... pour quelques années ou pire mois. L'on observera en faisant le détail de ce fonds qu'il fait appel à un organisme extérieur : le Fonds Monétaire International [1]. Or toute ingérence n'est pas sans conséquence à terme, qu'elle soit le fait d'une institution internationale ou d'une entité nationale.

Pour en revenir à la venue en Europe de M. Wen Jiabao, Premier Ministre Chinois, l'on ne peut contester que sa venue aura eu un retentissement assez conséquent : Italie comme Hongrie l'accueillant tel le sauveur du lointain Orient. Oublié l'oncle d'Amérique et ses billets verts... Les billets verts sont désormais dans la poche du mandarin.
Comme l'énonce de façon très grinçante Marc Fiorentino dans La Tribune : Avez-vous vu le visage de Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, qui s'étalait à la une de tous les journaux ? Un large sourire. Il faut dire qu'il venait de faire une bonne blague. Il avait fait croire qu'il était prêt à faire l'aumône à l'Italie. Tous les commentateurs et même les investisseurs y ont cru. Mais en fait, c'était une blague. Juste pour le plaisir de voir tous les responsables européens tendre leur sébile et repartir tout penauds en l'écoutant dire : "Si vous voulez qu'on vous aide, mettez un peu d'ordre chez vous... Faites comme nous.".

Dans l'édition du Courrier International traduisant un article du Frankfurter Allgemeine Zeitung, voici ce que l'on peut y lire :
La véritable leçon du voyage de Wen Jiabao en Europe est tout autre : le Premier ministre chinois a montré à un continent qui vit depuis longtemps au-dessus de ses moyens ce que cela faisait d’avoir un véritable trésor de guerre. Confisquée par le Parti communiste, la nouvelle richesse de la Chine n’a pas été consommée mais amassée en un vaste trésor qui va désormais lui servir à acheter tout ce dont une grande puissance mondiale a besoin : de bonnes relations avec ses grands partenaires commerciaux, des matières premières dans le monde entier et surtout une puissante armée. Chaque année, les dépenses militaires chinoises augmentent de plus de 10 %, dotant ainsi le pays d’une des armées les plus puissantes au monde.
C’est à ce moment décisif dans l’histoire du monde que l’Europe s’enfonce dans la crise budgétaire. La Grèce n’est pas la seule à avoir tiré sur la corde depuis plusieurs générations ; l’Europe est bien représentée dans la liste des pays les plus endettés au monde. Elle a hypothéqué son avenir – même en Allemagne, les dépenses sociales et le service de la dette représentent les deux premiers postes du budget. La défense aussi a été abandonnée, l’Europe le découvre aujourd’hui brutalement : sans soutien américain, le Vieux Continent n’a pas les moyens de maintenir une opération militaire dans un pays africain presque désert pendant plus de deux semaines. La question n’est donc pas de savoir si la Chine cherche à gagner en influence sur le continent, mais plutôt de savoir si l’Europe n’est pas devenue trop faible pour lui résister.
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Avons que le récent démantelement de la banque franco-belge Dexia et l'évaluation de reconsolidation des banques estimée à quelques 100 milliards d'euros selon le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan n'est pas peu pour rassurer l'avenir de la zone Euro. Le sommet Européen prévu le 17 octobre et relatif à la crise de la dette vient d'être reportée par la voix du Président de l'Union Européenne van Rompuy au 23 octobre : faudrait-il y voir une difficulté des parties à s'entendre sur le scénario de résorption de crise?

Une Europe à la croissance anémique, et frappée non d'aboulie mais de désordre permanent. Le Traité de Lisbonne passé en force au-dessus des peuples au mépris de toute règle démocratique est déjà susceptible d'être modifié, comme le préconise la Chancelière Angela Merkel dans sa conférence de presse du 5 octobre dernier. Une situation qui n'est pas sans alarmer les deux principales forces économiques mondiales, dépendantes à leur manière de la bonne santé de la région Europe pour l'écoulement de leurs produits et services (sans compter la dépréciation d'actifs par les actionnaires). Et interdépendants entre eux.

Il est constant depuis de nombreuses années que Chinois et Américains se tiennent par la barbichette des échanges commerciaux et des bons du trésor. Dépendance réciproque qui n'empêche pas le cas échéant un coup de gueule de l'une ou l'autre des parties comme le Président Américain vient de se l'autoriser lors d'une conférence de presse donnée le 7 octobre 2011 : « La Chine a été très offensive pour fausser le système des échanges commerciaux à son avantage (…) ». Dans sa conférence de presse donnée hier jeudi 6 octobre à Washington, Barack Obama a critiqué la Chine pour la manipulation de sa monnaie, le yuan, et a demandé aux Européens d’agir vite pour régler le problème de leur dette, mais a exclu comme solution l'exportation. Source : RFI
Une fois encore, la monnaie nationale Chinois est visée car sa manipulation permet effectivement d'exporter à moindre coût les marchandises, provoquant de faire un vrai dumping commercial en sus de social de par les conditions de travail locales. Un sujet qui n'a cessé d'irriter les instances Américaines depuis plusieurs années, et qui en devient critique de par la dette exponentiellement croissante des États-Unis.

L'on peut se douter, sans trop se méprendre, que le G20 habituel lieu de causerie en bons gens du monde, va devenir les 3 et 4 novembre prochain à Cannes un crash test pour la politique Européenne de gestion de crise.

En complément, ne pas manquer de lire les propos de l'écrivain Italien rapportés par PressEurope (traduits d'un article de La Stampa). Et en retenir particulièrement ce passage sonnant comme une mise en garde prophétique :
Si dans un avenir proche la politique ne parvenait pas à refaire en sens inverse le chemin qui l’a conduite de la souveraineté à l’obscénité, le risque serait effectivement que dans un avenir pas si lointain un gigantesque conflit se déchaîne entre les intérêts spéculatifs de la finance apatride – – et qu’elle soit chinoise, américaine ou de chez nous importe peu – et les besoins, les attentes légitimes, les espoirs de chacun d’entre nous.

MAJ : une dépêche de Reuters en date du 30 octobre 2011 fait part du souhait du président du Fonds Européen de Stabilisation Financière d'intégrer activement la Chine au processus de sauvetage économique de l'Europe. L'on peut à ce titre se demander si l'on est en face soit d'une volonté de provoquer un électrochoc politique de la part des contributeurs du FESF soit d'un coup de poker pouvant être préjudiciable à la souveraineté des États Européens.
Le directeur du Fonds européen de stabilité financière (FESF) Klaus Regling a tenté samedi de convaincre la Chine d'investir dans le fonds de sauvetage, précisant que les investisseurs seraient assurés contre un cinquième des pertes initiales si nécessaire et que les titres de dette pourraient éventuellement être cédés en yuan si Pékin le souhaitait...
Klaus Regling a laissé entendre qu'il serait dans l'intérêt de Pékin d'investir davantage dans le FESF, afin de préserver l'euro, devise alternative au dollar pour les réserves de change chinoises, qui s'élèvent à 3.200 milliards de dollars. 

[1] Pour mieux saisir ce qu'est le FSE, lire ce très didactique, et légèrement sarcastique, article des Échos : http://lecercle.lesechos.fr/abecedaire/f/221133050/fonds-europeen-stabilisation-financiere
L’Accord Monétaire Européen, n’avait pas prévu ce cas…. il fallut improviser, le Fonds Européen de Stabilisation Financièrre est né de cette crise.
Dans la nuit du 9 au 10 mai 2010, (il est intéressant de relever que les grandes décisions collectives ont besoin de la nuit pour sortir au grand jour….) Un fonds de stabilisation de 750 milliards d'Euro était créé. Approvisionné comme suit : 60 milliards d'Euros provenant de la Communauté européenne, qui est, pour l’occasion, autorisée à emprunter. C’est le mécanisme européen de stabilité financière, garanti par le budget européen ; 440 milliards apportés par les États membres de cet accord sous forme de garanties (la Grande-Bretagne ne s’y joignant pas motif pris qu’elle n’est pas membre de la Zone Euro) via la création d'un Fonds Européen de Stabilité Financière et 250 milliards apportés par le Fonds Monétaire International.


Crédit illustration : cleanbiz.asia

jeudi 6 octobre 2011

Veto sino-russe : un blocage géopolitique

Article paru sur Alliance GéoStratégique le 6 octobre 2011

Courroux et incompréhension, telle est la teneur des titres journalistiques ce jeudi matin à l'annonce du double veto Chinois et Russe. Une stupeur laissant sourdre une forme de colère et qui renvoie à l'axe du mal, axis of evil, pourfendu en son temps par l'ancien Président des États-Unis, Georges W. Bush.
Ainsi comme le synthétise le service de presse de l'ONU :
Une résolution condamnant la répression et les violations des droits de l'homme par les autorités syriennes n'a pas été approuvée mardi par le Conseil de sécurité en raison du vote négatif de la Chine et de la Russie, deux membres permanents ayant un droit de veto [1].
Rappel technique préalable : le Conseil de Sécurité se compose de 15 membres, dont 5 membres membres permanents - Chine, États-Unis, Fédération de Russie, France et Royaume-Uni et 10 membres élus par l'Assemblée générale pour un mandat de deux ans... Les décisions sur les questions de fond sont prises par un vote affirmatif de neuf membres également, parmi lesquels doivent figurer les cinq membres permanents. C'est la règle de l' « unanimité des grandes puissances », souvent appelée droit de veto. comme le précise le site officiel.

Indifférents voire complices de massacres à grande échelle les compères de l'Orient? Non, et il n'est pas acquis que leur veto soit en ligne directe l'approbation de la politique menée par Bachar el-Assad. Si la Russie a effectivement engagé des relations commerciales et militaires soutenues avec le président Syrien, la Chine en est, elle, plus éloignée. Il se dégage surtout un agacement latent qui n'a cessé de macérer au fil des années vis à vis de l'Occident.
La résolution S/2011/612 n'aura en définitive que servi à démontrer clairement à la face du monde le clivage existant et persistant entre un Occident interventionniste et un Orient attentiste. Il faut aussi souligner, ce qui n'a pas été suffisamment le cas voire même non relevé, que ni l'Afrique du Sud, ni le Brésil ou encore l'Inde n'ont voté en la faveur de cette résolution, préférant l'abstention. Un fait hautement révélateur qui en dit tout autant que le veto des deux autres membres. L'on retrouve pour schématiser les BRICs (Brésil / Russie / Inde / Chine) en ligne face à une coalition occidentale (et alliés) : ce n'est pas un hasard, et les abstentions des uns servent le veto des autres. Relevons en outre que Chine et Russie sont les membres les plus éminents de l'Organisation de Coopération de Shangaï : un groupe intergouvernemental aux modalités d'entraide tant militaires que financières face à un Occident perçu comme agressif au fil de son amenuisement financier et en corollaire de la perte de leadership en ce domaine.

Le double veto ayant tant défrayé la chronique est il est vrai historique car si en 2003 les États-Unis avaient été menacés par un veto de la Russie et de la France (mais la résolution menant à l'intervention en Irak ne fut aucunement soumise au vote), jamais un veto commun aux deux principaux membres de l'Organisation de Coopération de Shangaï n'avait été enregistré. Le veto est un arme de jure souvent brandie, rarement employée : il est la fracture dans l'habituelle tentative de chercher et trouver un consensus quant à une situation débattue. Mettre en oeuvre cette disposition signifiant que l'on acte un point de non-retour et de défiance vis à vis des autres membres.

Il est permis de conjecturer que l'application zélée de la résolution 1973 [2] autorisant l'intervention en Libye pour protéger les civils et qui aboutit à la chute du dictateur Kadhafi par les rebelles et les forces de la coalition n'a pas peu joué dans la volonté sino-russe de s'opposer à toute itération en Syrie.
Des considérations économiques et militaires ne sont pas à écarter : la Syrie étant depuis 2005, date du dégel des relations bilatérales, un partenaire stratégique de la Russie : la base navale de Tartous servant de port de maintenance en Méditerranée pour la flotte Russe. En outre Vladimir Poutine effaça près des 3/4 de la dette Syrienne en contrepartie d'achats préférentiels de matériel militaire Russe. Les relations avec la Chine étant de moindre intensité comparées avec celles reliant Moscou à Damas. Économiquement, Chine et Russie totalisent à eux deux près de 24% des importations de l'État Syrien selon l'IMTS.
Toutefois, bien que satisfaisantes, ces explications ne sauraient suffire à elles-mêmes, le volet géopolitique étant de prime importance quant à cette décision qui ne trouve son substrat que dans la volonté de marquer un coup d'arrêt à ce que les deux pays estiment comme une politique globale d'ingérence. Pour preuve que l'exécutif Russe n'est pas insensible à la situation régnant dans le pays, le Président Vladimir Poutine avait rappelé au pouvoir Syrien en juin dernier qu'il n'entendait pas cautionner les agissements de ce dernier, accueillant même une délégation d'opposants au régime à Moscou.

L'erreur des initiateurs de la résolution aura été finalement non pas de réagir, mais de promouvoir une intervention sur la base des droits de l'Homme : ces droits présentés comme universels sont en réalité d'essence occidentale, un élément parfois trop naïvement éludé. Et sont de plus en plus perçus comme le bélier idéologique de vils desseins. En outre ces justifications philosophico-juridiques ont été employées récemment lors de la crise Libyenne pour « muscler une intervention » ayant dépassé le strict cadre légal dans lequel elle devait s'établir. Realpolitik qui ne pouvait fonctionner qu'une seule fois, tel un joker, et ne bénéficier d'aucune autre faveur de la part des États réticents à l'origine quant à donner leur accord. Et ce alors qu'objectivement la récente résolution rejetée était autrement plus modérée que celle qui sonna l'hallali pour le régime de Tripoli [3].
Si la colère occidentale est compréhensible, la réaction russo-chinoise l'est tout autant : il convient surtout de ne pas l'analyser sous le seul angle d'un soutien inconditionnel à un régime en perdition.

Pour rappel, le détail du vote :
Décision : Le projet de résolution (S/2011/612) obtient 9 voix pour (Allemagne, Bosnie-Herzégovine, Colombie, États-Unis d’Amérique, France, Gabon, Nigéria, Portugal et Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord), deux contre (Chine et Fédération de Russie) et quatre abstentions (Afrique du Sud, Brésil, Inde et Liban), et n’est pas adopté en raison du vote négatif d’un membre permanent.


[1] Source : site officiel du Conseil de Sécurité
[2] Relire à ce sujet l'article intitulé « Faut-il armer les rebelles Libyens? »
[3] La résolution qui a été rejetée aujourd'hui exigeait que les autorités syriennes cessent immédiatement de violer les droits de l'homme et coopèrent pleinement avec le Haut commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme (HCDH). Elle exigeait également la libération de tous les prisonniers politiques en Syrie et le retour des réfugiés syriens en toute sécurité. La résolution appelait tous les Etats à s'abstenir de vendre des armes à la Syrie.

PS : je profite de ce billet pour fustiger le système de diffusion électronique des documents de l'ONU rétif au possible. Ce qui devrait être une simple formalité se révèle au final un horrible supplice qui devrait faire l'objet d'une résolution tant il est inadmissible d'avoir autant de difficultés à accéder aux documents.

Crédit photo : ONU

Addendum : Le Capitaine Tran-Huu a souhaité apporter ses propres observations à la suite de l'article, propos que je retranscris tels quels ici même.

Chers auditeurs,

Yannick HARREL revient, pour l’Alliance géostratégique, sur le veto opposé par la Russie et la Chine au vote d’une résolution qui «exigeait que les autorités syriennes cessent immédiatement de violer les droits de l’homme et coopèrent pleinement avec le Haut-commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH). Elle exigeait également la libération de tous les prisonniers politiques en Syrie et le retour des réfugiés syriens en toute sécurité. La résolution appelait tous les Etats à s’abstenir de vendre des armes à la Syrie. », en expliquant icelui par des raisons économiques et militaires mais pas seulement. En effet, selon Yannick Harrel, le volet géopolitique a toute son importance si on songe que cette décision «ne trouve son substrat que dans la volonté de marquer un coup d’arrêt à ce que les deux pays estiment comme une politique globale d’ingérence. » d’autant que la résolution s’appuie sur un concept, les droits de l’homme, perçu comme « occidental ».

Est-ce suffisant comme explications ? Oui mais à compléter, dans le cas de la Chine, par exemple, l’auteur semble oublier que depuis l'établissement des relations diplomatiques le 1er août 1956, la Chine et la Syrie jouissent de compréhension et de soutiens mutuels sur la scène internationale. La Syrie n’a pas de relations officielles avec Taïwan et ne reconnait qu’une seule Chine. La Chine soutient quant à elle la Syrie la considérant comme une partie importante du processus de paix au Moyen-Orient. Elle reconnait, également, le droit légitime de la Syrie de restaurer sa souveraineté sur le plateau du Golan occupé… Là où je rejoins M. Harrel, c’est que les deux pays partagent par ailleurs des points de vue similaires sur les droits de l'Homme qui servent, selon eux, aux pays occidentaux pour en profiter pour s'ingérer dans les affaires internes des pays en développement.

Le cas de la Russie est un petit peu différent et peut se résumer à cette phrase de l’envoyé spécial du Président Medvedev, Mikhaïl Margelov : «Nos relations avec la Syrie représentent un capital qui ne peut-être dilapidé ». Phrase prononcée à l’issue de la rencontre qu’il a eu, en juin 2011, avec une délégation de six membres de l’opposition syrienne à l’étranger qui s’était rendue à Moscou avec pour objectif d’inviter la Russie à modifier sa politique étrangère vis-à-vis de la Syrie (que mentionne M. Harrel du reste). Les relations diplomatiques entre Moscou et Damas remontent à la fin de la seconde Guerre Mondiale (1944) quand Moscou reconnaît la Syrie, deux ans avant l’indépendance effective du pays. Malgré un certain refroidissement des relations dans les années 80, à la suite de l’intervention syrienne au Liban, Moscou considère la Syrie comme un partenaire non négligeable, du fait à la fois de sa situation géographique sur la Méditerranée et de son indépendance affichée vis-à-vis de l’Occident. De plus, la Syrie s’est toujours montrée une alliée inconditionnelle de la Russie. Ainsi, elle apporte son soutien à une autre présidence héréditaire, celle des Kadyrov, en prise à la dissidence tchétchène ou encore en août 2008, la Syrie est le deuxième Etat après la Biélorussie à apporter son appui à Moscou dans sa guerre contre la Géorgie. Pour autant, le veto russe veut-il dire que la Russie soutient, quoiqu’il en coûte, le régime syrien ? Pas vraiment si on en croit les déclarations du Premier Ministre russe, Vladimir Poutine, en juin 2011 : «On a tendance à croire - j'ignore pourquoi - que nous avons des relations particulières avec la Syrie. De telles relations existaient en effet à l'époque soviétique. Aujourd'hui, il n'y en a plus » Selon le chef du gouvernement russe, «c'est plutôt la France qui entretient actuellement des relations particulières avec ce pays ». Quant à la Russie, elle « n'a pas d'intérêts particuliers en Syrie. Nous n'y avons ni de bases militaires, ni de projets importants, ni d'investissements se chiffrant à des milliards que nous devrions défendre. Nous n'y avons rien ».

Le veto de deux membres permanents du Conseil de sécurité a des motifs légèrement différents mais si le but officiel , pour ces deux pays, est de ne pas envenimer la situation en Syrie, le but réel est bien, ce qu’analyse Yannick Harrel, un rappel à l’ordre….

Capitaine Pascal TRAN-HUU

lundi 3 octobre 2011

La guerre froide survit dans l'arène vidéoludique (bis)

Je l'avais évoqué voici quelques semaines : la guerre froide semble avoir le vent en poupe pour les amateurs de stratégie vidéoludique. Doit-on y discerner un engouement pour une période où il était facile de repérer les bons des méchants ou du manque de charisme des ennemis d'aujourd'hui?

Toujours est-il que très prochainement sortira le dernier né du studio Français Eugen Systems [1], Wargame: European Escalation. Contrairement à leur succès précédent, R.U.S.E. qui faisait intervenir le paramètre de bluff afin de leurrer l'adversaire, WEE est lui basé sur un affrontement frontal, sans guère de subtilité mais tout en nerfs. Tout en remettant à l'honneur le moteur IRISZOOM autorisant de grossir le terrain de bataille de façon extrême et qui aurait bénéficié selon les développeurs d'améliorations substantielles. Précision préalable : le terrain d'affrontement des deux blocs sera circonscrit en Allemagne avec l'armement employé par les forces en présence durant la période 1975-1985.

Voici ce qu'énonce le site officiel :
Le terrain, et surtout l'emploi que vous en faites, est un facteur crucial pour l'emporter sur votre adversaire. Wargame : European Escalation gère avec précision le moindre couvert, qu'il s'agisse d'un bosquet d'arbres ou d'une haie de bocage. Une unité engagée à découvert ne fera pas long feu, mais abritée derrière un couvert, non seulement elle bénéficiera d'une protection plus ou moins importante, mais surtout sera difficile à localiser avec exactitude. Progression par bond, établissement de lignes d'arrêt articulées sur le relief, mise en place d'embuscade en retenant son feu le plus longtemps possible, sont donc autant de tactiques réalistes mises à l'honneur.
En plus de la gestion du couvert, vous devez tenir compte du relief : une colline peut masquer la présence de troupes ennemies proches de vous et couper les lignes de tir. Permettant de dominer le champ de bataille, ne serait-ce que pour gagner une bonne vue de celui-ci, les hauteurs deviennent rapidement des objectifs tactiques naturels.
Pour tirer parti au mieux du champ de bataille, ou vous assurez de celui qu'en tire votre adversaire, la reconnaissance s'avère vitale.
Si toutes les unités sont capables de repérer à bonne distance un adversaire, toutes ne sont pas logées à la même enseigne en matière de renseignement.


Fondamentalement rien de transcendant ni de novateur : tant d'autres logiciels ayant déjà intégré ces données lors de simulations guerrières plus ou moins anciennes. Reste cependant à vérifier ce qu'apporte WEE et lui laisser le bénéfice du doute. Selon une forte probabilité, le ludiciel se reposera sur la puissance du moteur du jeu qui permet il est vrai de suivre des unités au plus près des évènements... Encore faudra-t-il qu'il soit pleinement optimisé pour que l'on n'ait pas droit à une séquence de diapositives rédhibitoire pour le plaisir de jeu et la possibilité de mise en place de tactiques en temps réel.






[1] Site officiel : http://www.eugensystems.com/