mercredi 28 septembre 2011

Le Conseil de l'Europe préconise la neutralité du net


Après avoir éludé la question lors de la discussion sur le paquet télécoms par volonté de parer au plus pressé [1], un autre organisme Européen, le Conseil de l'Europe (à ne surtout pas confondre avec le Conseil Européen) a tenu à remettre sur le devant de la scène cette problématique de plus en plus pressante qu'est la neutralité du net.

Qu'est-ce que ce concept en premier lieu? C'est l'assurance que les contenus transitant par les réseaux numériques seront traités à égalité.
Pourquoi cette conception est-elle l'objet d'âpres débats en dehors des hémicycles? Parce qu'elle voit l'émergence d'une tentative de prise en main d'Internet par des forces gouvernementales et/ou commerciales. Ce qui signifie que les contenus seraient différenciés, privilégiés voire censurés si la neutralité du net devait être mise à bas.
Seul hic : le coût des réseaux, de leur entretien comme de leur amélioration pour passer à des standards supérieurs obligent de plus en plus certains fournisseurs à brider les accès à des services ciblés très nécessiteux en bande passante. Et des rapprochements entre opérateurs, fournisseurs et sociétés commerciales de premier plan n'incitent pas à y voir un horizon limpide mais plutôt chargé de menaces et de contenus préférenciés en fonction de paiement à la carte.

Telle est la situation que souhaite éviter le Conseil de l'Europe par la déclaration du 23 septembre 2011.
Si l'on reste dans le purement déclaratoire, la prise de conscience par une assemblée de haut rang ne serait être anodine. Rappelons en outre que le Conseil de l'Europe fut à l'initiative d'une convention sur la cybercriminalité datant de... 2001!
Si les décisions et les orientations de cet organisme ne sont pas toujours heureuses ni dénuées de dogmatisme, l'on peut en revanche saluer en cette occasion une opportunité réelle pour appuyer une réflexion de fond sur Internet, ses enjeux, ses limites et le rôle de la législation.
Un point souligné incidemment est la volonté de défendre la liberté... des noms de domaine! Un sujet peu connu, peu traité mais qui effectivement relève d'une forme de liberté d'expression. Dans la déclaration il est fait mention de 2012 à ce sujet. L'enjeu est qu'effectivement à partir de janvier de cette année, les entreprises commerciales pourront déposer leur propre extension
Stephane Van Gelder, Président de GNSO (Generic Names Supporting Organisation), instance décisionnelle au sein de l'ICANN et directeur général du registrar Indom, dans un article de L'Expansion évoque cette novation stratégique pour toute entreprise :
Aujourd'hui, quand je rencontre des entreprises pour parler de ces nouvelles extensions, je me rends compte que leur processus de décision est assez long. Or, il faut être bien conscient que l'on parle de créer une extension, pas de déposer un nouveau nom de domaine. Cela demande de monter un vrai business plan, cela coûte dans les 500.000 euros, cela prend trois mois au minimum. Les entreprises n'auront que trois mois, à compter du 12 janvier, pour postuler. Ensuite, on ne sait pas quand la prochaine fenêtre de tir s'ouvrira, car la capacité de validation de l'Icann, en termes humains et techniques, se limite à créer environ 1000 nouvelles extensions par an.

La déclaration intégrale en français et autres langues du Conseil : http://www.coe.int/t/dc/av/allreleases_fr.asp sous la référence DC079(2011).
Dans une Déclaration, le Comité des Ministres a adopté 10 principes de la gouvernance de l’Internet que les Etats membres du Conseil de l’Europe devraient respecter lorsqu’ils élaborent des politiques nationales et internationales relatives à l’Internet : protection des droits de l’homme, de la démocratie et de l’Etat de droit ; gouvernance multipartite ; responsabilité des Etats ; renforcement du pouvoir d’action des usagers de l’Internet ; universalité ; intégrité, gestion décentralisée ; normes ouvertes, interopérabilité et caractère « de bout en bout » du réseau ; ouverture du réseau ; et diversité culturelle et linguistique...
Dans une déclaration sur la liberté d’expression et la liberté de réunion et d’association en ce qui concerne les noms de domaine et les chaînes de noms utilisés sur l’Internet, le Comité des Ministres s’est déclaré préoccupé par les mesures proposées dans certains Etats pour interdire l’usage de certains mots dans les noms de domaine et dans les chaînes de noms. Il a précisé que le droit à la liberté d’expression s’appliquait pleinement aux noms de domaine et aux chaînes de noms, ce qui est particulièrement important au vu de l’extension de l’espace des noms de domaine qui doit inclure des expressions génériques en 2012.


Reste à vérifier que du 27 au 30 septembre 2011 à Nairobi, Kenya, les États Européens signataires parleront d'une seule et même forte voix au sixième forum sur la gouvernance d'Internet...

[1] Lire à ce sujet le dossier exhaustif, ou peu s'en faut, de La Quadrature du Net : http://www.laquadrature.net/fr/Telecoms_Package
Et en particulier l'amendement 138 qui fut finalement rejeté lors de la seconde lecture au Parlement.
[2] Pour rappel : http://conventions.coe.int/treaty/fr/Treaties/Html/185.htm
A ce titre, signalons la ratification par la Suisse le 21 septembre de cette convention et que l'Angleterre y adhéra quelques jours auparavant, le 1er septembre 2011.

En complément d'information et pour mieux cerner toute question contemporain connexe à ce sujet, n'hésitez pas à lire le dernier ouvrage collectif d'AGS : Stratégies dans le cyberespace : Editions L'esprit du livre

dimanche 25 septembre 2011

Stratégies dans le cyberespace : cahier AGS n°2



Chers visiteurs,

Suite au succès, mérité, du premier cahier d'Alliance Géostratégique consacré aux guerres low-cost, il m'est chaud de vous annoncer la sortie du deuxième consacré à la thématique... du cyberespace!

À l’ère de l’infodominance, de brèves études pour ébaucher une réflexion stratégique sur la conflictualité dans le cyberespace.

Le milieu cyber, au fil du temps, devient un espace de coopérations extraordinaires pour le développement humain, mais aussi de confrontations dont les effets néfastes n’en sont vraisemblablement qu’à leurs débuts.
Les progrès majeurs dans le stockage et la propagation de l’information renouvellent les savoirs scientifiques et culturels, les méthodes d’administration, de commandement, mais aussi les formes des conflits.
Le parti pris, qui constitue l’originalité de ce second cahier de la collection, est double : ne pas réaliser un livre de techniciens et ne pas réduire l’approche stratégique à une simple approche de « sécurité du cyberespace » ou, pire, de « lutte contre la cybercriminalité ».
Il s’agit bien ici de proposer quelques approches stratégiques du cyberespace, où, pour paraphraser Ernest Renan, les informations mènent le monde, en véhiculant les idées et les comportements.

Alliance géostratégique est une fédération de blogs francophones de stratégie, de défense et de géopolitique.
À ce second cahier, réalisé sous la direction de Stéphane Dossé & Olivier Kempf, ont participé Charles Bwele, Victor Fèvre, Arnaud Garrigues, Guillaume Grandvent, Yannick Harrel, Stéphane Mantoux, Romain Mielcarek et Jean Pujol.

Voici en avant-première les résumés des différents articles, qui font suite à une préface du général d’armée Marc Watin-Augouard, inspecteur général des armées - Gendarmerie.

Le cyberespace : structure et espace d’opérations

Stéphane Dossé

Qu’est-ce que le cyberespace ? Il existe sûrement depuis le début de la création des êtres vivants. Ce continent caché est composé de couches successives qui s’agrègent au fur et à mesure. En adoptant une vision globale, il est possible d’y envisager des opérations cohérentes.

Des lieux de la cyberguerre

Olivier Kempf

La mondialisation va de pair avec le développement de l’informatique : l’opinion courante croit donc que la cyberdéfense sera forcément transfrontalière. Or, l’espace cyber a des frontières. Surtout, il est le lieu où les États retrouvent une marge de manœuvre pour leurs politiques de puissance, y compris de façon offensive. Cela ne signifie pas pour autant que la cyberguerre constitue à elle seule un milieu autonome de la guerre : elle participe à une guerre de plus en plus complexe, où l’essentiel consiste à acquérir la
maîtrise stratégique de l’information.

Géopolitique numérique : Omnibus viis Americam pervenitur

Stéphane Dossé

L’accès aux routes numériques et aux réseaux apparaît comme un enjeu mondial. Cela ne constitue pas une grande surprise. Les routes terrestres avaient contribué à assurer la suprématie de l’Empire romain. Les routes maritimes avaient constitué l’ossature de l’Empire britannique au XVIIIe et au XIXe siècles. Les routes et les réseaux numériques sont devenus un facteur de puissance pour les nations du XXIe siècle et les États-Unis sont la puissance dominante actuelle.

La diplomatie numérique de Washington

Charles Bwele

Main dans la main, la Silicon Valley et le département d’État forgent un smart power qui exploite la téléphonie mobile, l’Internet et les médias sociaux. Ainsi, les États-Unis se donnent les moyens de peser peu ou prou sur le cours des événements et causent d’énormes soucis à maintes tyrannies de par le monde.

La cyberguerre aura-t-elle lieu ?

Jean Pujol

Le terme de « cyberguerre » s’impose de plus en plus dans le débat stratégique, la littérature spécialisée et les médias. Face à l’accumulation d’exemples de cyberattaques et de messages alarmistes jouant sur la sémantique et sur la vulnérabilité de nos infrastructures, nos dirigeants politiques placent la cybersécurité en haut de la liste de leurs priorités. Alors qu’aucune occurrence de cyberguerre ne s’est apparemment produite, il est important de dépasser les amalgames afin de bâtir sereinement les fondations d’une cyberdéfense nationale.

Droit de la guerre et conflits informatiques : quelle alliance ?

Arnaud Garrigues

La 47e conférence de Sécurité de Munich s’est tenue début février 2011. Elle a vu se réunir de nombreux pays et dont les objectifs étaient constitués d’échanges sur les problématiques de sécurité internationale. Le rapport Working Towards Rules for Governing Cyber Conflict, co-rédigé par des chercheurs américains et russes, a retenu l’attention et provoqué des débats. Il appelle à la mise en cohérence des règles du droit des conflits armés (et notamment les conventions de Genève et de la Haye) avec les problématiques spécifiques de la lutte informatique sur Internet.

Les Sentinelles du cyberespace

Victor Fèvre

L’apparente liberté et impunité dans un cyberespace illimité fait peser sur les particuliers comme sur les États des menaces. Étant donné l’absence de dissuasion envers des malveillants, il est indispensable de se doter d’instruments techniques et humains pour être capable de lutte informatique défensive et offensive. Afin de renforcer notre puissance dans le cyberespace, il serait utile d’étudier la possibilité d’employer des réservistes comme « sentinelles », afin d’installer plus de contrôle dans le cyberespace.

Enigma ou la bataille du chiffre pendant la Seconde Guerre Mondiale

Stéphane Mantoux

Dans l’entre-deux-guerres, l’armée allemande adopte pour son chiffre une machine de codage mise au point pour le domaine civil, l’Enigma. Cette machine va voir son code progressivement cassé dès 1931 par les efforts du Deuxième Bureau français et des Polonais, puis par leurs héritiers cryptologues de Bletchley Park en Angleterre durant la Seconde Guerre mondiale. Le déchiffrage de l’Enigma permet aux Britanniques et aux Américains de remporter, non sans mal, la bataille de l’Atlantique.

La peur du cyber Pearl Harbor

Romain Mielcarek

La culture sécuritaire américaine est restée marquée à jamais par la bataille de Pearl Harbor. Ce jour devenu la preuve que des failles existent dans la défense américaine est encore aujourd’hui un cas d’école. À l’ère du numérique, les populations, souvent mal informées sur les réalités de ce type de menaces, craignent un « Pearl Harbor digital ». Et si un État, un groupe ou un individu parvenait à neutraliser l’ensemble des réseaux informatiques en une seule et unique attaque neutralisant toute capacité de riposte ? Pas si évident dans les faits.

Vers un 11 septembre cyberfinancier ?

Yannick Harrel

Les réseaux informatiques qui supportent les échanges financiers des individus, des entreprises et des États représentent un talon d’Achille du monde occidental. Malgré l’ensemble des mesures qui les protègent, une attaque contre les flux financiers reste envisageable.

La cyberguerre venue du froid

Charles Bwele

Profitant des savoir-faire du cybercrime organisé, bénéficiant d’un vivier de hackers patriotes et usant habilement des médias sociaux, la Russie a développé une forme de « cyberguerre open source » à laquelle professionnels, amateurs et néophytes peuvent participer.

Géorgie 2008 : le vrai visage de la cyberguerre ?

Arnaud Garrigues

Le conflit qui opposa, de manière très violente, la Russie et la Géorgie pendant l’été 2008 a mis en jeu un volet numérique dont l’analyse se révèle intéressante. L’auteur se propose d’établir une vision prospective à partir des éléments connus pour établir une vision probable et crédible d’une « guerre » intégrant globalement le cyberespace.

Les armes électromagnétiques, une menace persistante

Guillaume Grandvent et Stéphane Dossé

L’usage potentiel de l’impulsion électromagnétique dans les conflits nous renvoie à la Guerre froide. Pourtant, les armes électromagnétiques représentent plus des armes d’avenir que du passé. Plus ou moins en cours de développement, elles pourront jouer un rôle important dans les conflits réguliers mais également irréguliers des prochaines années. Nous avons finalement examiné en quoi elles seraient utiles pour dissuader dans le cyberspace.

Les principes stratégiques du milieu cyber

Olivier Kempf et Stéphane Dossé

Des principes stratégiques peuvent être définis dans le cyberespace : la sûreté, la résilience, la surprise, le contournement, la rupture, la coalescence, le chaos, la rhétorique, la déception, la fugacité de l’offensive et l’asymétrie.



Disponible en rayon ou sur commande dans toute bonne librairie, mais aussi et de façon plus certaine sur le site de l'éditeur : L'Esprit du Livre.

mercredi 21 septembre 2011

L'autogyre Russe décolle à MAKS 2011


Le salon de l'aéronautique Russe MAKS [1], grande foire biannuelle, s'est déroulée cette année près de Moscou et a été comme il est coutume en ce genre de manifestation l'occasion d'entrevoir les tendances ou d'en obtenir confirmation.
Celui de 2011 aura offert l'opportunité de la démonstration assez remarquée d'un aérodyne particulier : l'autogyre, appelé parfois gyrocoptère. Et plus particulièrement le ГиРос-2 (Gyros-2) de la compagnie Gyros (ça ne s'invente pas, même en Russie), existante sur ce marché embryonnaire depuis 2007.
Rappelons le concept de l'autogyre : fonctionnant sur le même modèle que l'hélicoptère dont il s'en rapproche ne serait-ce que par la voilure tournante, il s'en distingue néanmoins par une hélice postée à l'avant ou l'arrière de la carlingue et de l'autorotation dudit rotor par l'effet du déplacement aérodynamique(ce qui n'empêche pas une activation mécanique du rotor). Seul bémol : l'obligation d'être en mouvement permanent, afin d'alimenter le rotor et un pilotage délicat eu égard à la spécificité de l'appareil.
Rappelons en outre que ce la paternité de l'oeuvre revient à un ingénieur Espagnol, Juan De La Cierva, qui lui donna son nom dans les années 20 : autogiro.

Or le pari de la compagnie Gyros est bel et bien de redonner ses lettres de noblesse à cet engin volant qui avec les technologies contemporaines (ne serait-ce que les matériaux composites ou l'optimisation/miniaturisation de la motorisation) a éliminé les quelques points négatifs à son encontre. Les chiffres sont éloquents : moteur de 200 chevaux de poussée, d'une consommation de 15/16 litres pour 100 kilomètres, un poids à vide de 610 kilos, une vitesse maximale de 130 kilomètres/heure et d'une autonomie située entre 380 et 800 kilomètres, l'autogyre Russe ne manque pas d'atouts pour séduire.
Ses applications restent pour l'heure circonscrites au loisir et à la reconnaissance civile. Toutefois il n'est pas impossible que l'aspect militaire, d'où sa présence à un tel salon, puisse séduire par sa furtivité ; sa nécessité de pistes réduites pour décollage/atterrissage ; son coût de fabrication ; sa consommation en carburant...

La compagnie Moscovite est en train d'ébaucher un Gyros-3 qui sera un biplace, et répondant au doux nom de Егеря (Egeria ou chasseur à pied). Seules informations ayant filtré pour l'heure.

Tout comme les dirigeables, le marché des autogyres est un marché de niche mais qui peut répondre à des problématiques civiles et militaires plus efficacement qu'avec les appareils actuellement à disposition.

Ajoutons que cet autogyre n'est pas le premier du genre en Russie, en effet le célèbre ingénieur en aéronautique Nikolaï Kamov (1902-1973) aura donné naissance en 1929 au КАСКР-1 (Камов-Скржинский-1) en collaboration avec Nikolaï Skrjinski. Celui qui donnera naissance à toute une série d'hélicoptères au double rotor contre-rotatif, dont le plus beau représentant contemporain est le fabuleux KA-52, est au fond l'exemplaire démonstration de l'évidente parenté avec l'hélicoptère.
Fiche Wikipédia : http://ru.wikipedia.org/wiki/Каскр-1

Pour information, en langue Française il est parfois employé l'orthographe suivante, autogire, j'ai décidé cependant et arbitrairement d'employer autogyre puisque le verbe gyrer est communément admis en astronautique.

[1] http://www.aviasalon.com
[2] http://www.gyros.su

Crédit photo : Наука и жизнь

vendredi 16 septembre 2011

Qui sont les Allemands? de Jean-Louis de la Vaissière


Il y a quelques semaines j'avais procédé à un recensement sur le thème de l'Allemagne et des Allemands de plusieurs ouvrages contemporains disponibles dans la majorité des librairies.

Je viens d'achever l'un d'entre eux : Qui sont les Allemands? de Jean-Louis de la Vaissière.

L'ouvrage est consistant, plus de 380 pages, et d'un prix conséquent, 24,90 €.
Il est surtout l'occasion d'avoir une radioscopie du pays et de ses habitants entremêlée de rencontres, d'histoires vécues et relatées par de tierces personnes.
La première partie amène à traiter des affaires politiques nationales et internationales : loin d'être inintéressant tant la politique Allemande est faussement tranquille depuis les berges de la Seine. D'autant que la crise de l'Euro actuelle fait bien ressortir les interactions entre politique intérieure et européenne en Allemagne. Le chapitre consacré à l'énigme Angela est hautement instructif en dressant un portrait peu commun de la Kanzlerin pour les non-germanophiles. La question du multikulti, le multiculturalisme désormais villipendé en Occident après avoir été encensé, n'est pas oublié et l'on découvre que l'Allemagne n'échappe pas aux réflexions sur le sujet, avec comme point d'orgue la phrase d'aveu d'échec d'Angela Merkel en octobre 2010. Le passage sur la Bundeswehr est de même primordial pour mieux saisir la place de l'armée citoyenne au sein de la nation Allemande : entre antimilitarisme et opérations extérieures, voilà qui n'est guère simple pour une institution qui tend à évoluer de façon autonome.
La seconde partie est dédiée aux questions sociales qui exprime de long en large les subtilités d'une Allemagne entendant respecter son voeu de libertés fondamentales en maintenant un contrôle social civique. Une place particulière est offerte par le rédacteur au rôle assez conséquent des églises ainsi que la place de l'enfant dans le couple et l'univers social. Et pour finir un focus sur la capitale Berlin, si insaisissable, si protéiforme et quelque part si atypique du paysage Allemand.
La troisième partie a trait pour une très large part à la question de la seconde Guerre Mondiale, de ses conséquences des deux côtés du mur et des suites de la réunification. Le front, le chaos, le génocide, la reconstruction, le mur, la Stasi, les attentats, la réunification, la fierté... Tout un cheminement de l'esprit Allemand en plusieurs parties.
La quatrième et dernière partie étant consacrée aux témoignages personnels et d'autrui. Histoire de sentir de façon encore plus proche que dans les chapitre précédents que l'Allemagne évolue et que la patine de l'Histoire fait son oeuvre pour un pays qui se décomplexe à vitesse grand V.

Des reproches, légers : il est un peu trop fait mention de Volker Schlöndorff, qui a rédigé la préface dudit ouvrage présent, et le fait de s'y référer avec trop d'insistance et emphase noie un peu le propos, un peu de recul n'aurait pas été de trop ; les témoignages et le vécu prennent une grande part au sein de cette rédaction, c'est un fait qui peut être tant une qualité qu'une limitation quant à l'étude, même s'il est vrai qu'il ne s'agit aucunement d'une monographie ; il est consacré une partie à Stauffenberg mais étrangement, et malgré plusieurs indications filmographiques en d'autres endroits du livre, aucune mention du long-métrage de Bryan Singer, Walkyrie, sorti en 2008 et relativement fidèle à ce que l'on connait des évènements (nonobstant quelques modifications mineures ne trahissant pas la trame générale).

En conclusion : une lecture qui peut permettre de mieux appréhender ce peuple fascinant et mal compris, fantasmé parfois, vilipendé souvent, et qui au fond est traversé par les mêmes doutes et défis civilisationnels que les autres nations Européennes. Si l'Allemagne n'est plus ce nain politique qu'on lui accolait pour se rassurer de sa puissance économique, elle n'est pas encore totalement prête à assumer un leadership Européen dont elle en a la charge sans en avoir la volonté.

mardi 13 septembre 2011

La présence du gaz Russe en Europe en image

Pour avoir un meilleur aperçu de l'image, veuillez cliquer dessus.


L'on peut remercier RIA Novosti d'avoir délivré une infographie claire et didactique quant à l'influence des réseaux gaziers Russes en Europe.

Le 6 septembre dernier a été officialisé le premier tronçon actif du projet Nord Stream permettant de relier directement la Russie à l'Allemagne d'un bout à l'autre de la mer Baltique et partant de là, les autres clients occidentaux de la mégastructure gazière Gazprom [1]. Une seconde conduite devrait entrer en fonction fin 2012 selon les dernières prévisions. Ce premier succès des travaux lancés en 2005 et impliquant le Français GDF-Suez à hauteur de 9% des parts dans la société, amène obligatoirement à reposer la grande question du jeu géopolitique énergétique.

Un sujet récurrent en matière de politique internationale, par le truchement de pays autrefois partie intégrante de l'Empire Russe puis de l'Union Soviétique qui bénéficiaient de tarifs préférentiels et devant désormais s'acquitter d'une facture énergétique conséquente. De menues tractations de longue haleine pouvant perturber l'approvisionnement des clients Européens occidentaux.

De plus, la concurrence entre le réseau Nabucco et South Stream furent au centre de négociations géoéconomiques d'importance (que l'on songe à la Bulgarie ou la Turquie qui jouèrent de la rivalité entre acteurs concernés). Reprécisons par ailleurs qu'EDF entrera, une fois le pacte d'actionnaires signé, à hauteur de 15% des parts du second projet en dépit des velléités Françaises de départ de favoriser Nabucco via Gaz de France. Projet Nabucco qui semble peiner à attirer les investisseurs, tant il est vrai que le jeu quelque peu trouble de l'Azerbaïdjan comme de la Turquie et que les volumes annoncés non garantis ne sont pas en mesure de rasséréner les acteurs potentiels : Pour que l'Azerbaïdjan puisse livrer Nabucco, d'une capacité de 31 milliards de m3 par an, "il faudrait déjà que le champ gazier Shah Deniz 2 produise et cela a été reporté à 2017", relève, sceptique, Thierry Bros, analyste à la Société Générale.

Pour l'heure, la Russie mène le bal et malgré la volonté initiale de la Commission Européenne, il n'est guère possible de mettre au crédit de cette institution une avancée significative de son réseau gazier alternatif connue sous la dénomination de Corridor Sud (auquel se greffe l'Interconnecteur Turquie-Grèce-Italie (ITGI) et le Trans-Adriatique Pipeline (TAP) ). Seule récente tentative initiée lundi 12 septembre 2011 : les prémices d'une mise en place d'un réseau transcaspien reliant le Turkménistan à l'Azerbaïdjan, susceptible de pourvoir aux besoins de Nabucco et de prendre une option sur les ressources fossiles contenues au sein de la mer Caspienne. Des négociations qui ne sont pas sans provoquer à Moscou une irritation palpable. Pis, lesdits pourparlers pourraient électriciser à nouveau les tensions au sujet de la délimitation des zones territoriales qui par refus des deux États riverains, le Turkménistan et l'Iran, ont fait avorté les efforts en 2007 au sommet de Téhéran en se posant comme indéfectiblement favorables à une répartition en parts égales, refusant l'offre des partisans d'un partage selon la longueurs des côtes.

Et pour corser le tout, l'Ukraine s'apprête comme d'ordinaire à l'approche de la fin d'année à contester ses contrats gaziers mais en menaçant désormais l'affaire devant les tribunaux internationaux [2], tout en opérant une manoeuvre juridique afin de liquider le conglomérat public Naftogaz. Ce qui aurait pour conséquence de résilier les contrats avec la Russie et obliger à une renégociation avec un ou des nouveaux acteurs du secteur.
Du reste, et faisant coup double, l'ex-première ministre et pasionaria de la révolution orange de 2005, Ioulia Timochenko, a été accusée par un tribunal de Kiev de malversations liées au contrat gazier de 2009 conclu avec Moscou. Ce qui en cas de condamnation de l'intéressée aboutirait à se débarrasser d'une icone de l'opposition et fournirait une occasion de remettre en cause l'accord lui même.
Relation compliquée en outre par la réitération de l'exécutif Ukrainien à se poser comme candidate à l'entrée dans l'Union Européenne, refusant de facto l'ouverture proposée par Moscou de rejoindre l'accord douanier tripartite Russie-Bélarus-Kazakhstan. La liquidation de Naftogaz servant aussi , accessoirement à la remise en cause des liens contractuels avec Moscou, de gage quant à une libéralisation de l'économie par le démantèlement de monopoles publics imposée par Bruxelles aux États-membres.
Nul doute que l'échange entre le Président Yanoukovitch et son homologue Russe Medvedev prévue le 24 septembre risque d'être passionné.

[1] Nord Stream est une coentreprise détenue à 51% par le Russe Gazprom. Site officiel : http://www.nord-stream.com
[2] D'où est exclue l'organe de règlement des différends de l'OMC puisque la Russie n'en est toujours pas membre à ce jour.

jeudi 8 septembre 2011

La meilleure défense en propriété industrielle c'est l'attaque selon la stratégie Apple


L'on considère souvent la propriété intellectuelle (et son pendant Américain le copyright) comme un moyen de défense pour les sociétés désireuses de protéger leurs brevets, marques, enseignes et savoir-faire.

C'est une vérité... incomplète.
La propriété industrielle, composante de la propriété intellectuelle, servant aussi et de plus en plus de bélier en terme de guerre économique.
Et quoi de mieux que de se reporter aux récentes affaires dans le domaine des géants de la nouvelle économie des nouvelles technologies?

Le célèbre équipementier de matériel électronique Apple est ainsi à l'initiative de multiples affaires pour infraction à la violation de brevets.
Ainsi, la firme de Cupertino a réussi dans un premier temps à interdire la commercialisation de produits de type Galaxy de Samsung (tablette graphique Galaxy Tab concurrente de son iPad et téléphones mobiles Galaxy S concurrents de ses iPhone). Ses actions judiciaires en Allemagne et aux Pays Bas sont d'ailleurs particulièrement ciblées puisqu'elles touchent directement les centres névralgiques d'approvisionnement des produits Galaxy sur le vieux continent. Stratégie spatiale en ciblant la logistique mais aussi stratégie temporelle à l'approche des fêtes de fin d'année où la consommation atteint généralement des sommets. HTC faisant aussi les frais de procédures de la part de la firme à la pomme, et qui se destine lui aussi à une guérilla juridique internationale après avoir été sonné lors d'un premier round perdu auprès de l'International Trade Commission.

Seulement derrière ces manufacturiers, il existe un géant qui suivait l'affaire de très près et qui vient de se réveiller pour protéger son système d'exploitation Android équipant une grande partie des produits HTC et Samsung.
C'est ainsi que Google s'est offert en août 2011 près de 17 000 brevets de Motorola en déposant 12,5 milliards de dollars sur la table (faisant suite à une transaction similaire en juillet vis à vis d'IBM pour plus de 1 000 brevets). Non pour se prémunir directement mais pour les mettre à disposition, moyennant revente, à des industriels partenaires ayant opté pour Android. HTC en première ligne...
En aparté il est instructif de faire ressortir que la Bourse réagit très mal à l'annonce de Google quant à ce rachat de brevets à Motorola, n'arrivant pas à décrypter initialement le plan suivi par Google et le sanctionnant au passage au NASDAQ. Ce qui en dit hélas long sur l'impulsivité des acteurs du monde Boursier, analystes compris, dont la portée de vue ne dépasse pas quelques jours voire quelques heures.

Les décisions définitives des cours étrangères sont généralement très longues à obtenir du fait des appels en cascade comme du degré d'expertise requis, d'autant que les enjeux financiers seraient de prime importance en cas de décision sévère obligeant les magistrats à peser leur décision avec d'extrêmes précautions.
Ce qui est surtout à retenir c'est que l'affrontement s'est intensifié depuis de nombreux mois, et que le front de la propriété industrielle engloutit des sommes phénoménales (souvenons nous par exemple du consortium Apple-RIM-Microsoft s'offrant pour 4,5 milliards de dollars en juillet 2011 un bouquet florissant de brevets de l'équipementier de télécommunications Canadien Nortel) tout en ralentissant l'innovation technologique.
C'est surtout de cela qu'il s'agit : d'une guerre d'usure avec ses débordements et ses coups bas comme ses arrangements (ainsi le contentieux Nokia - Apple se résout-il par un accord de licence profitant à Nokia tout en laissant souffler Apple). Il n'en demeure pas moins qu'Apple a choisit l'attaque et entend paralyser le plus longtemps possible ses adversaires potentiels.
L'on est légitimement amené à se demander in fine si le progrès technique et les consommateurs ne sont pas les perdants réels de ce genre d'actions à répétition?

MAJ : J'avais omis de préciser l'affaire des brevets Novell, une société conceptrice de logiciels notamment présente par le développement et la distribution de SuSe et autrefois du système d'exploitation CP/M de Gary Kildall. En effet, tout comme pour Nortel, un consortium composé de Microsoft et d'Apple, renforcés par Oracle et EMC Corporation (regroupés sous la CPTN Holdings LLC) acquirent pour 450 millions de dollars près de 882 brevets en novembre 2010.
Le récent réveil de Google semble prouver que les dirigeants ont acté une stratégie offensive de masse à leur encontre difficilement discernable à ses prémices mais désormais bien réelle. Elément très significatif que l'on observe dans le cadre d'équilibre des puissances : Microsoft s'est désormais allié à Apple pour contrer Google lors d'opérations récentes : les frères ennemis estimant devoir bloquer prioritairement l'ascension fulgurante du nouveau géant de l'informatique en lieu et place de leurs différends.

samedi 3 septembre 2011

Fin 2012 fera l'effet d'une commotion... numérique


Si la fin de l'année 2012 est perçue comme la fin d'un monde, voire du monde pour les plus pessimistes, il se pourrait aussi qu'il donne naissance à un autre ou plus exactement donne enfin les moyens à celui-ci d'éclore. A cette date est prévue un avènement qui a bien des raisons de bouleverser la donne du monde des télécommunications.

C'est le quotidien Le Monde qui délivre l'information, qui est comme toujours à prendre avec recul mais qui en l'état des connaissances techniques parait plus que plausible : l'établissement d'un supra-réseau de type Internet capable d'outre-passer les coupures totales et censures partielles de communications que connurent récemment l'Egypte, la Libye, la Tunisie et qui perdurent en d'autres pays de par le globe. Une couche logicielle sur des infrastructures matérielles déjà en place : tel est le projet en schématisant très vulgairement.
L'effet d'annonce est réel, et bien relayé sur les médias citoyens et les quotidiens établis de même que les forums undergrounds, pour Commotion (nom du futur programme).
Extrait :
Ce projet ambitieux – nom de code Commotion– est dirigé par Sascha Meinrath, 37 ans, militant de longue date de l'Internet libre et précurseur des réseaux citoyens – au sein du collectif de journalistes en ligne Indymedia, puis à l'université d'Urbana-Champaign (Illinois), un des berceaux du logiciel libre, et dans diverses start-up et ONG d'action sociale : "J'ai bricolé mon premier réseau autonome il y a dix ans. Les antennes étaient faites avec des boîtes de conserves." Depuis ces temps héroïques, Sascha Meinrath a fait du chemin. Dans sa version actuelle, Commotion est un projet très officiel. Il est hébergé et financé par l'Open Technology Initiative (OTI), département high-tech de la New America Foundation, organisme prestigieux consacré à l'étude des grands problèmes de la société américaine, et présidé par Eric Schmidt, l'un des patrons de Google.

L'on pourrait ranger cette annonce aux côtés de tant d'autres sans lendemain si d'une part le personnage n'était un vétéran de l'Internet comme l'indique sa biographie en ligne, dont les initiatives sont depuis plusieurs années centrées sur les communications sans fil, et d'autre part avec le soutien de la reconnue et bien dotée Open Technology Initiative. Le buzz qui s'est ensuivi après cette annonce a surtout pour ambition d'agglomérer un maximum d'individus qualifiés intéressés à l'élaboration de cette entreprise.

Fondamentalement et techniquement, rien d'impossible malgré des complications techniques mais non insurmontables grâce à l'intelligence collective et au coup de pouce d'organismes et/ou d'entités du secteur des télécommunications. Signalons deux points que l'on peut clairement qualifier d'importance : la volonté de développer un logiciel en open source, ou source libre ; le souhait de disposer d'un réseau horizontalisé et non verticalisé, de point à point autonomes.
Deux écueils sont très probables à l'horizon.
Première La volonté d'utiliser d'accoucher d'un programme multi-systèmes risque de buter vraisemblablement sur l'acceptation par certaines sociétés à autoriser l'interopérabilité, ces dernières désireuses de ne rien communiquer sur leur architecture propriétaire. Deuxièmement, et l'article du quotidien Français l'évoque à la fin, les opérateurs de télécoms appelés à coopérer à cette initiative pourraient aussi bien mettre une pression très forte pour freiner ou même stopper ce plan qui serait susceptible leur faire perdre un oligopole juteux.

Depuis l'avènement d'Internet, un monde craque de toutes parts et un autre demande à naître. Ne serait-ce pas là le signal de 2012, et auquel contribuerait à sa mesure Commotion?

Le site officiel de Commotion