jeudi 25 août 2011

Le sang des Templiers : une vision du Moyen-Âge sans concession


Le sang des Templiers ou Ironclad en version originale est un long métrage de Johnatan English. Réalisateur Britannique, cela ne s'invente pas.

Il prend pour thème principal un haut fait historique peu connu de ce côté de la Manche mais qui pourtant eut une importance capitale en Angleterre : la résistance opiniâtre de la garnison de Rochester. Un emplacement fortifié qui mettra à bas la tentative de Jean sans Terre de laver sa défaite face aux barons lui ayant imposé la Magna Carta. Cette charte limitant les prérogatives du roi Anglais et établissant quelques normes pratiques pour la conduite du royaume avec ce conseil de vingt-cinq Barons apte à neutraliser les ordres du souverain comme des garanties novatrices pour l'époque tel le droit d'être jugé et informé du délit lors de tout emprisonnement (habeas corpus).

Le film reprend par conséquent un élément historique qu'il enjolive, notamment la petitesse de la garnison qui aurait été autrement plus conséquente dans la réalité. Ajoutons que le recrutement des mercenaires tire largement vers une resucée des Sept mercenaires (déjà lui même fortement inspiré des Sept samouraïs).
Toutefois malgré ses potentialités scénaristiques le sujet de la lutte entre les Barons et le roi Jean a été peu abordé cinématographiquement, c'est d'office avec un réel intérêt que l'on peut justement en prendre connaissance. Mais plus encore, il se donne pour ambition de retranscrire la violence des combats de l'époque où l'on tranchait plus que l'on ne tuait. L'on ne peut reprocher de ce point de vue au réalisateur de faire dans la demi-mesure tant les scènes sont crues et difficilement soutenables par leur réalisme. Rappelant par ailleurs la Jeanne d'Arc de Luc Besson en ses fortes scènes d'action (la partie la mieux réussie du film par ailleurs). En outre, la vision de la forteresse (et sa tour carrée) de Rochester vaut le coup d'oeil.
Les Français ne sont pas oubliés dans le récit pour coller à la réalité : le prince Louis (Louis VIII de France) ayant été appelé par les Barons désavouant le roi Jean, ce qui amènera Philippe Auguste à cautionner un débarquement suivi d'une campagne militaire de son fils en territoire Anglois. Le film évoquant explicitement cet élément qui s'il avait été conclu avec succès aurait pu changer la face de l'Histoire d'Europe Occidentale : le sort des armes puis le traité de Lambeth de 1217 en décida autrement.
De même que l'aspect religieux n'est pas omis lorsqu'il est question de la bénédiction du Pape offerte au roi Jean afin de parjurer son accord initial. Ce qui ramène de façon incidente deux siècles auparavant à l'accord papal accordé à Guillaume le Batard, futur le Conquérant, pour prendre la couronne lui étant dûe de la tête d'Harold.

Si l'on met en avant les précautions d'usage quant à l'historicité de toute production cinématographique et le bémol lié à la présence de Dame Isabelle qui n'apporte rien de substantiel à la trame, l'on ne peut contester la qualité du jeu des acteurs (tant Paul Giamatti en odieux roi Jean que James Purefoy en templier). A voir ne serait-ce que pour l'efficacité de la réalisation, à privilégier en version originale cependant.

Si tout comme moi vous pourriez être quelque peu dubitatif sur la présence d'un templier en Angleterre, veuillez lire cet article de Wikipédia consacré entièrement au sujet.

vendredi 19 août 2011

L'euro (Estonien) de la colère



Les amateurs de numismatique, l'étude relative aux monnaies et médailles, le savent pertinemment : une pièce renseigne énormément sur son époque d'émission quant à ses moeurs, sa politique et même parfois sur son propriétaire.
C'est le cas en la circonstance d'une pièce d'un euro en provenance d'Estonie, ce pays Balte jouxtant la Fédération de Russie et passé récemment à la monnaie Européenne (janvier 2011).

Un élément singulier serait discernable par observation attentive de la carte du pays dessinée sur le revers de la monnaie. En effet, les parties territoriales nord-est et sud-est apparaitrauent légèrement augmentées si l'on compare avec une carte contemporaine de l'Estonie.
La raison? La volonté par Tallinn de faire appliquer par les autorités Russes le traité de Tartu ratifié en 1920 ayant permis et reconnu l'existence et l'indépendance de l'Estonie vis à vis du pouvoir Soviétique. Une volonté tenace aboutissant à réclamer de jure les environs de Petseri et la rive orientale de la rivière Narva ayant été confisqués par Joseph Staline en 1940.

Des échanges diplomatiques eurent lieu de part et d'autre afin de parvenir à un accord satisfaisant pour traiter cette scorie post-soviétique. Las, de péripétie en rebuffade de dernière minute, aucune solution n'a été à ce jour trouvée. Et la mise en circulation d'euros Estoniens faisant clairement référence aux endroits litigieux n'a pas peu aidé à faire descendre la pression.
Le traité bilatéral établi en 2005 n'a toujours pas été ratifié par la partie Russe courroucée de voir introduite la référence au traité de Tartu insérée subrepticement par le Parlement Estonien. Un sujet épineux de plus dans les échanges diplomatiques estono-russes, surtout depuis 2007 et la cyberattaque massive dirigée contre les infrastructures numériques Estoniennes faisant suite au déplacement d'une statue d'un soldat de l'armée rouge à Tallinn et ayant suscité l'émoi parmi la population russophone (considérée comme citoyens de seconde classe en Estonie) ainsi qu'en Russie.

Un euro symbolique très symbolique géopolitiquement...

MAJ : après étude attentive d'euros à ma disposition, je dois admettre que les frontières ne sont pas facilement identifiables, voire qu'elles me semblent tout à fait conformes au tracé actuel. Une représentation agrandie trouvée sur Internet du travail de Lembit Lõhmus retenu après concours m'incite plutôt à y reconnaître les frontières actuelles. N'en déplaise à M. Sergey Seredenko, défenseur de la minorité russophone d'Estonie et qui avait lancé la polémique, je dois admettre que le grief soulevé ne m'apparait guère évident après analyse de près. The Telegraf semblant abonder en ce sens aussi.
L'on peut en revanche conjecturer que cette polémique n'est qu'une réplique des secousses récurrentes des difficiles relations estono-russes depuis 1991.

mercredi 17 août 2011

Retis Belli : l'organigramme des informations militaires sur la toile


C'est un très beau projet en cours mais ayant déjà parcouru un chemin conséquent que je tiens à vous présenter ici : il s'agit de Retis Belli, initié par Stéphane Gaudin, le taulier de Theatrum Belli.
Son objectif étant de répertorier l'ensemble des publications francophones en ligne sur le monde militaire. Et le tout accessible par une interface ergonomique et non un simple empilement de liens.
Un résultat appréciable et apprécié.

Vous pouvez vous même aider à son amélioration et son exhaustivité en relayant vos informations à :
contact@theatrum-belli.com

RETIS BELLI

samedi 13 août 2011

Quand la légion Romaine s'établissait à Strasbourg


Je l'avais déjà mentionné à deux reprises, la première fois lors de la venue de l'OTAN en 2009, et la seconde en relatant les hauts faits de Julien le Philosophe : Strasbourg, ou plutôt Argentorate la Celte puis Argentoratum la Romaine, fut une plate-forme militaire pour les opérations d'au-delà du Rhin.
L'Alsace fut en effet une place hautement stratégique quant aux actions militaires envers les tribus germaniques : Jules César lui même dut en découdre personnellement en ces lieux envers la redoutable tribu des Suèves menée par Arioviste, ce qui se solda par la bataille dite d'Ochsenfeld en 58 avant J.C. De même que le redoutable triumvir initiera l'exploit de franchir le Rhin par l'édification inédite d'un ouvrage permettant sa traversée : épisode relaté dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules, en son livre IV. Le reste de son séjour en Germanie s'apparentera plus à un raid qu'à une campagne en bonne et due forme toutefois, ce qui devait vraisemblablement cadrer avec son objectif de rassurer la tribu alliée des Ubiens tout en maintenant à distance les autres peuplades ennemies, dont une fois encore les Suèves. Peut-être aussi ne tenait-il pas à s'enfoncer davantage en territoire ennemi du fait d'un manque d'informations fiables? Quoiqu'il en soit, l'Alsace fut au premier rang de ces opérations.

Cela se confirma par la suite sous l'Empereur Auguste, et plus particulièrement par l'apport du général Drusus qui fortifiera densément la rive droite du Rhin. Strasbourg sera un de ces points d'appui attestant de la présence Romaine, et ce en dépit de l'insalubrité des lieux. En -12 avant J.C., Argentoratum est une réalité... militaire. Plus tard, la VIIIe légion Auguste originaire d'Aquilée y prendra ses quartiers alors qu'Argentoratum est devenue une colonie militaire au fil du temps. Une présence Romaine qui demeurera attestée jusqu'en 406 après J.C. où à la suite des invasions barbares les Alamans deviendront les seuls maîtres de la plaine d'Alsace. Eux-mêmes chassés plus tard par les Francs de Clovis victorieux à Tolbiac (496 après J.C.).

C'est toute cette période Romaine que se propose de vous faire découvrir le musée archéologique de la ville de Strasbourg. Exposition durant jusqu'au 31 décembre 2011 : Strasbourg-Argentorate, un camp légionnaire sur le Rhin.

En complément, le site Argentoratum.com

Et puisque nous en sommes dans l'Histoire de l'Alsace, je ne peux manquer de vous recommander chaleureusement cette série sous forme de bande-dessinée aux éditions du Signe : Cette histoire qui a fait l'Alsace (tomes 8 à 12 à paraître ces prochains mois). Un dessin qui s'est amélioré crescendo, des faits racontés de manière accessible sans rien céder à la simplification et un récapitulatif de fin d'ouvrage très appréciable méritent amplement que l'on s'y attarde pour découvrir la richesse de la plus petite région de France. Une initiative qui serait par ailleurs plaisante de se voir reproduite pour d'autres entités territoriales, telle la Lorraine.

mardi 9 août 2011

Lorsque Tottenham RIM avec sauvageons

Les émeutes secouant actuellement l'Angleterre, et plus particulièrement le quartier (borough) londonien de Tottenham, sont porteuses d'éléments qui mériteront une analyse approfondie après les évènements.

Ces flambées de violence renvoient à celles de Paris en 2005. Et démontre que les centres urbains peuvent rapidement redevenir des foyers d'insurrection difficilement contrôlables. Un phénomène que les grandes cités n'ignorent déjà plus, y compris celles qui ont pour l'heure été épargnées. Outre le caractère social attesté par le déclenchement en des quartiers paupérisés, certains experts évoquent en sus l'aspect ethnique de ces soulèvements, tel le professeur Gus John de l'université de Londres et spécialiste de la question. Un point ne pouvant que faire écho à l'aveu d'échec du gouvernement en matière de multiculturalisme made in England énoncé en début d'année par le Premier Ministre David Cameron. Misère sociale et repli communautaire, un cocktail explosif...

L'autre aspect méritant d'être relevé durant cette flambée de violence : l'emploi des nouvelles technologies communicationnelles pour se mouvoir et coordonner des actions. Ce n'est pas nouveau bien entendu, et encore plus facilité avec l'informatique nomade permise par des appareils de plus en plus puissants et pouvant tenir dans une poche.
Alors que Twitter et Facebook avaient défrayé la chronique lors des mouvements sociaux récents du pourtour méditerranéen, c'est BBM ou BlackBerry Messenger, qui est au coeur de la tourmente. En effet, le logiciel natif de la société de téléphonie Canadienne RIM serait particulièrement apprécié des émeutiers pour sa capacité à préserver leur identité et localisation.
Par ailleurs Twitter n'est pas bien loin dans les opprobres des officiels. Le réseau social où tout doit être communiqué en 140 caractères maximum et qui avait joué un rôle dans le déroulement des troubles Iraniens de 2009.
Ce n'est cependant pas la première fois que RIM est pointé du doigt pour l'efficacité de ses services : ainsi certains pays du Golfe Persique comme l'Arabie Saoudite, les Emirats arabes unis, le Bahreïn ou encore le Koweït avaient menacé l'année dernière de boycotter les produits de la firme pour refus de collaborer avec les services de renseignement nationaux.

Une fois encore un avertissement d'usage : un mouvement social ne naît pas d'un procédé technique mais par son usage en tant qu'outil. En corollaire, ce sont les individus qui font l'Histoire par le concours cocomitant d'une révolution technologique, mais en aucun cas la révolution technologique ne fait l'Histoire sans individus.

Pour plus d'information sur le système de cryptage des communications des BlackBerry, se rendre sur le site officiel :
The BlackBerry Enterprise Solution offers two transport encryption options, Advanced Encryption Standard (AES) and Triple Data Encryption Standard (Triple DES)*, for all data transmitted between BlackBerry® Enterprise Server and BlackBerry smartphones.
Private encryption keys are generated in a secure, two-way authenticated environment and are assigned to each BlackBerry smartphone user. Each secret key is stored only in the user's secure enterprise account (i.e., Microsoft® Exchange, IBM® Lotus® Domino® or Novell® GroupWise®) and on their BlackBerry smartphone and can be regenerated wirelessly by the user
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vendredi 5 août 2011

Bourane, le dernier baroud d'honneur spatial de l'Union Soviétique



Au même titre que la décontamination de Tchernobyl par des milliers de « liquidateurs », la navette spatiale Bourane fut l'une des dernières prouesses de l'Union Soviétique agonisante. Un exploit technique qui démontra, s'il en était encore besoin, que les ingénieurs de talent ne manquaient guère (ainsi que très vraisemblablement quelques informations rapportées par le renseignement) et que la conquête spatiale était demeurée au centre des préoccupations des hiérarques du soviet suprême (à ce titre le système de navigation satellitaire GLONASS actuellement mis en place n'est que la réactivation du même système ébauché sous l'URSS).
Faisant parti de ces projets pharaoniques sous l'Union Soviétique, le projet Bourane (Буран en russe) aura été un franc succès technologique bien qu'étrenné sur un seul vol orbital, le 15 novembre 1988, avant le gel du programme puis son abandon pur et simple en 1993.

Pour en savoir davantage, je vous invite vivement à vous rendre sur ce site très exhaustif et mis à jour : www.buran.fr

N'hésitez pas non plus à vous rendre sur Alliance GéoStratégique et prendre connaissance de cet article particulièrement fascinant : La fin de la navette spatiale et le programme spatial américain de Guilhem Penent

Au fond, ces magnifiques engins spatiaux auront été la face la plus positive de l'émulation entre les deux superpuissances de la guerre froide. En remisant Atlantis au hangar comme jadis Bourane, c'est toute une page de la conquête des cieux qui se tourne. Et de poser de nombreuses questions sur la conquête spatiale, en espérant ne pas oublier ce qu'énonçait si bien l'astrophysicien Tsiolkovski : « La Terre est le berceau de l'humanité, mais on ne passe pas sa vie entière dans un berceau ».

mardi 2 août 2011

Le cyberespace est un champ de bataille comme les autres selon le Pentagone

Les instances militaires Américaines sont particulièrement prolifiques en matière de réflexion sur les réseaux de télécommunications.

Le dernier document en date est très explicite comme le relate le quotidien en ligne The Hill et son pendant versé dans les TIC Hillicon Valley :
The Defense Department’s first-ever plan for cyberspace states that DOD will expand its ability to thwart attacks from other nations and groups, beef up its cybersecurity workforce and expand collaboration with the private sector.
C'est une gradation au fond logique qui veut que devenu interconnecté, le monde est aussi devenu plus dépendant de chacun. Et lorsque certains États sont plus avancés que d'autres et que leurs installations civiles et militaires sont dépendantes du réseau Internet, directement ou indirectement, l'on saisit avec d'autant plus d'acuité la menace lancinante.
Other nations “are working to exploit DOD unclassified and classified networks, and some foreign intelligence organizations have already acquired the capacity to disrupt elements of DOD’s information infrastructure,” the plan states. “Moreover, non-state actors increasingly threaten to penetrate and disrupt DOD networks and systems.
Mais là n'est pas l'originalité du propos qui a déjà été intégré par diverses institutions nationales de par le monde (ANSSI en France, BSI en Allemagne, ENISA pour l'Union Européenne etc...), c'est le fait que le Pentagone estime que des atteintes opérées sur le réseau national est désormais un acte de belligérance : un casus belli.
As expected and foreshadowed by Pentagon officials’ comments in recent years, the plan etches in stone that cyberspace is now an “operational domain” just as land, air, sea and space have been for decades for the military.
“This allows DOD to organize, train and equip for cyberspace” as in those other areas, the plan states. It also notes the 2010 establishment of U.S. Cyber Command to oversee all DOD work in the cyberspace
.
Reste à savoir si cette stratégie énoncée serait plus du domaine déclaratoire à l'attention de puissances hostiles ou si elle vise à sensibiliser tant les acteurs privés que publics que les cyberattaques doivent être désormais prises comme attentatoires aux intérêts vitaux du pays? Voire les deux?
À tout le moins, le sujet bénéficie d'ores et déjà chez les têtes pensantes du Pentagone d'un égard appuyé.

En complément, lire avec à-propos cette doctrine de la cyberguerre (format PDF) provenant de Technolytics, un think tank Washingtonien. Daté de 2008 mais demeurant entièrement actuel.
Cyber Warfare Strategy is a branch of military science dealing with command and the planning to prosecute an action. It is an elaborate and systematic plan of action designed to achieve a particular goal or objective.
The Cyber Warfare Strategy must be extremely agile. Dealing with the rapid proliferation of cyber weapons will be a key challenge in the coming years. As cyber weapons mature and become more common, the ability of small extremist groups and possibly individuals to obtain these weapons will increase. As a successful strategy becomes embedded in the military's culture, it tends to be increasingly resistant to change. Given this factor plus the highly dynamic nature of the Internet, a continuous reassessment of the cyber threat environment and key variables such as established cyber defenses and the state of offensive cyber weapons of the enemy is a critical success factor.
Countries around the world are in the process of integrating cyber attacks as a modality into their warfare doctrine. Creating a cyber warfare doctrine is now a time critical undertaking. The threat of cyber attack is real, current cyber weapons are widely available and rapidly evolving, and attacks have already taken place
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