lundi 30 mai 2011

On n'a toujours pas retrouvé la 9ème légion

Chers visiteurs,

J'ai été récemment surpris de constater que chez les anglo-saxons le sort de la neuvième légion intriguait peut-être autant cinématographiquement que celui de la septième compagnie pour les Français, au point de lui avoir consacré près de trois films ces quatres dernières années :

  • La dernière légion (The Last Legion) en 2007
  • Centurion (Centurion) en 2010
  • L'aigle de la neuvième légion (The Eagle) en 2011

  • La Legio IX Hispana semble en effet tarauder les esprits des cinéastes tant la disparition de celle-ci semble avoir été soudaine et non circonscrite dans une période de fin d'Empire.
    Cet engouement est surtout l'occasion pour les anglo-saxons de se rappeler qu'ils sont aussi le fruit civilisationnel d'un Empire déchu. Ce qui ne doit pas manquer de les ramener à leur propre réalité. Comme à la nôtre ce faisant par le truchement de ce média.
    Un élément particulièrement savoureux lié au premier métrage cité : la volonté de créer une continuité historique (se fondant sur l'oeuvre de l'écrivain Italien Valerio Manfredi) entre le Haut Empire Romain et l'épopée Arthurienne. Si le film en lui même est malheureusement un peu léger qualitativement, la toute dernière scène est extrêmement significative... L'épée de César comme forme originelle d'Excalibur : CAI • IVL • CAES • ENSIS CALIBVRNVS devenant E S CALIBVR. Le procédé est remarquable, bien trouvé scénaristiquement.
    De même qu'il est vrai que la présence de Merlin ne saurait être raillé, puisqu'il est référencé en tant que Merlin Ambrosius par Geoffrey of Monmouth, le premier rédacteur d'une Histoire de l'île de Bretagne.
    Cette filiiation n'est au fond pas étonnante puisque Arthur est considéré selon certaines sources comme un officier Britanno-Romain s'étant dressé contre les Saxons à Mons Badonicus (Badon Hill).
    Outre cet aspect, le métrage a aussi le mérite de relater combien l'Empire d'Orient n'était pas mécontent de fixer les barbares sur les terres occidentales, fût-ce au prix d'une accélération du délitement des institutions Romaines. Il y avait là une realpolitik consistant à dévier les problèmes vers autrui, comme tel fut le cas lors du règne d'Attila.

    Pour approfondir davantage sur ce thème, Roman-Britain.org (en anglais) et Café du Web - Historizo (en français).

    Dans un registre plus fantastique, ou si peu, je puis recommander la lecture éminemment "tripante" d'une lettre de l'écrivain H.P. Lovecraft contant la traversée d'un col des Pyrénées par une patrouille Romaine. A savourer en langue anglaise : The very old folk.




    vendredi 27 mai 2011

    L'eG8 : des mots et des maux


    Chers visiteurs,

    Je ne vais guère m'étendre sur cette grand messe ayant réuni pour la première fois tous ensemble de grands noms du monde de l'Internet car le but n'est pas fondamentalement de relever ce qui fait partie d'une opération de communication de l'Elysée.
    Non le plus essentiel à retenir sont les points suivants :

  • Internet est désormais un moyen de communication reconnu sur lequel il faut compter et qui ne saurait être lénifié à l'avenir. Il est aussi suffisamment craint par les régimes les plus divers, démocraties y comprises, pour qu'il ne soit pas à l'ordre du jour du eG8 : d'où un contre-forum organisé par la Quadrature du Net avec des acteurs de la société civile.
  • Il existe un consensus déjà établi entre plusieurs États pour réguler (d'autres diraient civiliser) le monde du net.
  • Le mot d'ordre du eG8 fut : "adaptons Internet à la propriété intellectuelle". Alors qu'il serait autrement plus logique que la propriété intellectuelle s'adapte à la révolution numérique : nous ne sommes plus au temps de Beaumarchais (qui serait bien peiné que son innovation soit désormais détournée pour justifier la censure, la deuxième mort de Figaro pourrait-on dire).
  • Qu'il y a un côté un peu Moyen-Âgeux où les acteurs du forum de cet eG8 ont au sortir de ce dernier apporté leurs doléances aux représentants du G8 se déroulant à Deauville.

  • Il y aurait tout lieu de se féliciter de ce rendez-vous si ce dernier n'avait pas été surtout une caisse de résonnance médiatique qui n'aura guère permis de mieux appréhender le bouleversement induit par Internet et sa grappe d'innovations ni même introduit l'Internet du futur mais simplement énoncé des mesures considérées unilatéralement comme annonciatrices d'un monde meilleur.

    Je ne puis m'empêcher de relever les deux meilleures citations de ce symposium relativement conformiste :
    Eric Schmidt, Président de Google : "Avant de chercher à légiférer, il faut se demander s'il n'y a pas des technologies qui existent pour résoudre les problèmes. Car la technologie va plus vite que les lois."
    Xavier Niel, responsable de Free : "La meilleure chose que les politiques font, c'est de ne rien faire".
    Merci Messieurs de nous avoir sauvé de l'ennui...

    En complément : l'eG8 vu de Suisse par la Tribune de Genève.

    mercredi 25 mai 2011

    Resurgence of France? That is the question from India


    Ci-après une discussion à trois concernant la position de la France sur la scène mondiale et ses relations avec l'Inde. Ainsi en compagnie des alliés Olivier Kempf d'Etudes Géopolitiques Européennes et Atlantiques, et JGP de Mon Blog Défense, je pus aborder ces points (en langue anglaise).
    N'hésitez pas en outre à vous rendre sur le site Daily World Watch de ce journaliste d'origine Indienne, Sumantra Maitra, pour prendre connaissance de ses analyses liés aux évènements géopolitiques de la zone du sous-continent Indien. L'Inde qui est au fond un partenaire éminement prometteur pour la France et l'Europe : une grande puissance émergente indépendante avec laquelle nombre de partenariats civils et militaires sont envisageables.

    Une approche qui semble payer selon Aeroplans.fr : Les industriels français à l’honneur sur le marché militaire indien
    Après avoir été décrit comme inefficace à une certaine époque, il semblerait que le lobbying français en Inde porte désormais ses fruits puisque deux très bonnes nouvelles pour l’industrie aéronautique française ont été annoncées à quelques semaines d’intervalles.
    La première fait état de la présélection de l’avion phare de Dassault, le Rafale, pour le méga contrat MMRCA. La seconde concerne quant à elle la modernisation de la flotte des Mirage 2000H de New Dehli, qui servira entre autres à faire patienter les forces aérienne du pays en attendant le vainqueur de la compétition MMRCA
    .


    L'introduction de l'article :
    The century, right from the start of it, was written in blood. Starting with the 9/11 World Trade Center terrorist attacks, and the Famous French newspaper declaration of “Today we are all Americans…”, the decade wrote a future of a whole generation, and forged the World, with the greatest clash of ideologies since cold war. The clash between “free spirit” and “state-community-religious dominance”. Some thinkers are even saying that this is the historic turn back to “Laissez Faire”, a revival of freedom, the way classical age philosophers defined.

    Moving back to the modern proverbial “cold cruel” world, the thing that however got the attention of many was the resurgence of FRANCE. Often termed as Colonial Hangover by some cynical press, no one can deny, that the name of only one nation was in the middle of every major international crisis, starting from Afghanistan, to not being in Iraq, to mediating in between Russia and Georgia, to Libya and Ivory Coast. One man, Nicolas Sarkozy, made headlines, with declaring that he himself was physically and actively present during the Berlin Wall collapse, to sitting in front of Taj Mahal and dissing Pakistan during Joint-Statement, in one of the most scathing attacks ever by any modern era Head of the States during their visit to India.

    India and France goes back in history, and modern India is just not only a democratic sister to France, (Democracy is a pretty rare thing in South Asia, and that way, even with faults, India is different than its neighbours!) but much more than that. But since India is an Anglophone country, and we don’t have much access to mainstream French media and French opinions and analysis, I decided to form a set of common questions, answers to which will explain the position of France and the common notions on its neo-assertiveness.

    It was a delight for me, that my questions was answered by some of the best bloggers and experts on Geo-Strategy and International Relations. Olivier Kempf from Etudes Géopolitiques Européennes et Atlantiques, Yannick Harrel from Cyberstrategie Est Ouest and JGP from Mon Blog Défense replies to my questions in this discussion. I am also grateful to Clarisse Carnets, who helped me regarding ideation, of this interview. It was an absolute pleasure, working with them.

    dimanche 22 mai 2011

    En Espagne, le movimiento succède à la movida


    Je ne désire pas opérer une analyse dans l'urgence, cependant il est difficile de rester imperméable aux évènements se déroulant en ce moment même en Espagne sous la dénomination de movimiento 15 de mayo.
    Un mouvement qui s'il peut s'apparenter aux révolutions Arabes (ne serait-ce que par l'emploi massif des nouveaux moyens de télécommunications en général et des réseaux sociaux en particulier) n'est pas à découpler des mouvements sociaux ayant frappé en Islande, Lituanie, Lettonie, Grèce et Grande Bretagne. depuis 2009.
    Ce mouvement est d'autant plus significatif qu'il n'est ni initié ni récupéré politiquement. C'est une contestation spontanée, le ras-le-bol d'une génération qui au fond n'a plus grand chose à espérer mais tout à changer. Et un signal d'alarme que les démocraties ne sauraient dresser le paravent de mots masquant la réalité de régimes. Je recommande de particulièrement lire le manifeste (en plusieurs langues dont l'anglais que je livre pour le plus grand nombre) de ¡Democracia Real YA! et les 40 propositions (en castillan uniquement), avec un intérêt aigu pour ma part concernant le point 7 : No al control de internet, abolición de la Ley Sinde.
    La Ley de Economía Sostenible étant le pendant de la loi Création et Internet (HADOPI) en Espagne. Il est significatif que cette proposition soit mise sur le devant de la scène par une génération ne partageant pas le tempérament anxiogène de dirigeants Européens de plus en plus désireux de museler (civiliser diront certains [1]) un moyen d'expression révolutionnant l'humanité sur les traces du papyrus et de l'imprimerie.

    Signalons ce très plaisant article de Press Europ opérant un parallèle entre les cas Espagnols et Islandais :
    Les Islandais n’en sont pas restés là. Ils ont ébranlé les fondations du gouvernement, poursuivi les banquiers qui les avaient conduits à la banqueroute et ont dit "non" par référendum [en mars 2010 et en avril 2011] au remboursement au Royaume-Uni et aux Pays-Bas de la dette de 4 milliards d’euros [cumulée par la banque Icesave]. Mieux encore : ils ont formé une assemblée de 25 citoyens élus chargée de mener une réforme constitutionnelle. Une révolution silencieuse, parallèlement à l’ultramédiatisation de ces révoltes arabes que l’indomptable voix des réseaux sociaux avait sauvées de l’oubli.
    ...
    Ce mouvement de contestation a été baptisé 15-M après les manifestations qui ont réuni le 15 mai 2011, au cri de "Nolesvotes" [Ne vote pas pour eux] des milliers d'étudiants, retraités, employés mal rémunérés ou citoyens mécontents dans une cinquantaine de villes espagnoles
    .

    [1] Je ne puis résister quant à vous faire partager les coulisses du prochain eG8 qui se déroulera à Paris (24 et 25 mai) et qui a définitivement consacré la rupture entre l'ancien Ministre des Affaires Étrangères et l'hôte de l'Élysée qui insiste sur «le respect du droit d'auteur», la criminalité sur la Toile, ou les aspects économiques. En effet, «il ne serait pas concevable que l'Internet se développe comme une zone de non-droit». La conférence du Quai d'Orsay doit donc promouvoir «un Internet civilisé», avec en premier lieu la mise en avant «des initiatives de régulation équilibrées prises par la France», comme «la loi Hadopi». Comme le résume Marianne, «l'Élysée ne veut pas entendre parler de cyberdissidence, ni de liberté d'expression, il veut du “contrôle”».
    Il est déplorable que le mythe de l' « Internet zone de non-droit » perdure à ce point en certains esprits ignares en matière du droit de l'Internet et/ou de l'univers informatique. En effet comme je m'étais exprimé lors du colloque international célébrant le bicentenaire du Code Pénal à Strasbourg : L’âge du numérique pose en réalité la problématique non de l'inexistence de règles de droit applicables mais d'une appréhension du phénomène qui n'est ni plus ni moins qu'une révolution sociétale et technologique en marche.
    En outre, il est contradictoire de souhaiter un développement économique tout en laissant planer la sanction d'une coupure de l'accès au réseau Internet (une aberration qui en dit long malheureusement sur l'évaluation par les hiérarques d'un phénomène technologique d'ampleur) et des forces qui traversent les assemblées (nationales et européennes) pour donner naissance à des textes législatifs on ne peut plus contestables sur la forme comme sur le fond.

    jeudi 19 mai 2011

    Rapallo 2011?


    Article paru sur Alliance GéoStratégique le 5 juin 2011

    C'est une dépêche de RIA Novosti datée de février dernier annonçant la création prochaine d'un centre de formation militaire Allemand en Russie (près de Nijni Novgorod) qui fait ressurgir le souvenir des accords de Rapallo de 1922 (ne pas confondre avec celui de 1920 relatif aux frontières Italo-Yougoslaves). Un projet que l'on peut considérer comme particulièrement poussé et symbolique des relations entretenues par les Russes et les Allemands, sur le plan commercial comme on le savait déjà (ne serait-ce qu'en référence du fameux gazoduc Nord Stream [1]) mais plus ouvertement désormais sur un plan de coopération militaire. Comme à Rapallo...

    Qu'était-ce que ce traité signé près d'une localité sise non loin de la ville de Gênes, en marge de la conférence internationale? Il est principalement la résultante d'une situation géopolitique d'après-guerre voyant une Allemagne exsangue et au ban des nations civilisée ainsi qu'une toute jeune Union des Républiques Socialistes Soviétiques peinant à se faire reconnaître diplomatiquement. Le Ministère des Affaires Étrangères Allemand Walther Rathenau et le commissaire du peuple Soviétique aux Affaires étrangères, Gueorgui Tchicherine s'engagèrent à nouer des relations diplomatiques et ébaucher des échanges commerciaux. Bien évidemment, le traité masquait d'autres liens moins avouables, dont militaires.
    C'est ainsi que l'Allemagne en contrepartie du montage d'usines d'armement et de centres de formation de ses troupes, activités interdites par le Traité de Versailles, devait rétrocéder une partie du matériel produit sur le territoire Soviétique. L'on devine qu'un tel arrangement ne pouvait que satisfaire les deux parties trop heureuses de jouer un tour pendable aux vainqueurs de la Première Guerre Mondiale.

    Il est entendu qu'en 2011 ni l'Allemagne ni la Russie ne sont considérés comme des pestiférés au sein de l'arène mondiale, et demeurent souverains pour gérer leurs relations internationales. Pour autant leur entente sur de nombreux sujets, y compris militaires est au final une constante datant de la création d'un État moderne Russe par le Tsar Pierre le Grand. Sait-on par exemple que la guerre de Sept Ans fut en grande partie remportée par Frédéric le Grand grâce au retournement d'alliance par le Tsar Pierre III en 1762 [2] du fait de sa prussophilie ? Que Catherine II favorisa la venue d'immigrés Allemands sur le territoire Russe (futurs Allemands de la Volga plus tard déportés sous Staline) ? Alexandre III ne s'offusqua-t-il pas lors d'une revue militaire de croiser si peu d'officiers d'origine Russe en égrenant les patronymes aux consonnances germaniques ?

    Le cheminement d'Angela Merkel (disposant de la particularité d'être russophone) est à ce titre significatif : de ses velléités initiales d'en remontrer à Vladimir Poutine sur des questions épineuses, la Chancelière fit acte de pragmatisme au fil de sa conduite du pouvoir, préférant assurer l'épanouissement des PME Allemandes en Russie plutôt que d'en perturber ou en risquer l'établissement. Si elle s'est récemment autorisée en septembre à temporiser tout rapprochement entre l'OTAN et la Russie, la realpolitik Allemande en politique étrangère et les lobbies industriels l'obligent à tempérer tout ressentiment ou défiance ostentatoire à l'égard de la partie Russe. Une obligation facilitée depuis l'arrivée au pouvoir en 2008 de Dmitri Medvedev considéré comme plus conciliant que son prédécesseur envers les occidentaux et avec lequel Angela Merkel semble particulièrement en phase.

    Somme toute, il est dans une certaine logique géopolitique et historique de retrouver Allemands et Russes unis par un tel partenariat.

    [1] Société dont les principaux actionnaires sont le Russe Gazprom et les Allemands BASF SE / E.ON (le Français GDF Suez et le Néerlandais Gasunie disposant de 9% des parts sociales). L'ancien chancelier Allemand Gerhard Schröder étant le responsable du comité d'actionnaires.
    [2] Épisode surnommé "Miracle de la maison de Brandebourg".



    Crédit illustration : RIA Novosti

    dimanche 15 mai 2011

    Linux : plus qu'un choix, une stratégie de souveraineté

    Article paru sur World Investigation News le 14 mars 2011

    Véritable révolution au même titre que la vapeur au XIXème siècle, l’informatique et sa grappe d’innovations est devenue un enjeu majeur en ce début de XXIème siècle, entraînant un bouleversement sociétal (méthodes de travail, moyens et modalités de communiquer, gestion des produits, apparition d’une économie dématérialisée, création de nouveaux services etc.). Elle place aussi les Etats devant une obligation d’adaptation et d’accompagnement et pour les plus éveillés, en pointe du progrès. Seulement, comment faire lorsqu’un monopole existe dans un secteur incontournable, celui des systèmes d’exploitation?

    Windows, le code source d’un système d’exploitation jalousement gardé

    La firme Américaine Microsoft réussit le tour de force de devenir le fournisseur principal des systèmes d’exploitation pour grand public durant les années 90 et assurer sa position sur ce créneau durant toutes les années 2000, ne laissant que des miettes aux solutions alternatives, que ce soit sous format propriétaire (Apple et son système MacOS livrés avec ses ordinateurs Macintosh) ou sous licence libre (Linux).

    Pour autant cette situation monopolistique provoqua des réticences de plus en plus élévées au sein d’institutions étatiques et d’organismes privés de par le monde. La raison étant que nul n’a jamais pris connaissance du code source de Windows, et de ce fait a laissé émerger nombre de supputations quant à la présence de backdoors, ou portes dérobées en français. Un réel souci pour tout transfert d’information sensible dès lors que l’on se connecte sur un réseau ouvert.

    Si effectivement de rares individus peuvent en tant que MVP (Most Valuable Professionals) accéder aux entrailles du code, cet accès demeure limité même pour eux en terme de visibilité et aucune modification n’est autorisée (or ce type de procédure s’avère parfois nécessaire pour tester et comprendre une partie d’un programme). Un conflit d’importance survint inéluctablement lors de son bras de fer principal avec la Commission Européenne sur la question très stratégique de l’interopérabilité entre les serveurs Microsoft et ceux de compagnies tierces (dont Sun Microsystems [1] avec son système d’exploitation Solaris). Et si la société dirigée à l’époque par Bill Gates livra in extremis son fameux code source, elle s’abstint d’en fournir le guide explicatif [2], rendant de facto caduques les données transmises. Cette lutte sur l’interopérabilité illustra à merveille la volonté farouche de la société de Redmond de protéger les secrets les mieux gardés de son système d’exploitation, y compris face à une entité de poids comme la Commission Européenne et malgré l’injonction adressée à cette dernière de s’exécuter (ce qui lui vaudra par ailleurs une amende record de 899 millions d’euros!).

    Du reste, Internet Explorer l’un des produits phares de Microsoft en vente liée avec son système d’exploitation valut d’autres soucis au point de dresser contre l’entreprise Américaine la majeure partie des éditeurs de logiciels spécialisés sur ce créneau. Alertant de nouveau la Commission Européenne prête à enquêter sur ce monopole en 2009. Microsoft cette fois-ci préféra obtempérer plus rapidement en proposant un écran à choix multiples listant les divers navigateurs sur le marché sur ses systèmes d’exploitation, mais uniquement pour ses clients Européens. Du reste, les autorités Françaises comme Allemandes (le Centre d’expertise gouvernemental de réponse et de traitement des attaques informatiques Français et le Bundesamt für Sicherheit in der Informationstechnik Allemand) recommandèrent en 2010 d’éviter l’emploi d’Internet Explorer suite à l’emploi à grande échelle par des hackers d’une vulnérabilité du navigateur, provoquant avec raison l’ire de Microsoft.

    La où Linux mise tout sur la transparence et la modulabilité, Windows mise clairement tout sur le format propriétaire protégé et figé unilatéralement par la société éditrice [3]. En somme, Microsoft fonde sa prospérité sur une rente de situation. Un tel monopole qui n’est pas sans faire réagir de nombreuses institutions et Etats désormais, notamment le gouvernement Russe.

    La souveraineté par l’indépendance informatique

    Il est acquis depuis le fondement des civilisations que l’acquisition et l’exploitation intelligente d’un palier technologique majeur est la garantie d’une pérennité de celles-ci.

    Il en est ainsi de la même manière pour la révolution informatique débutée dans les années 40 avec les premiers ordinateurs que furent l’ENIAC Américain, le Colossus Britannique et le Zuse 3 Allemand.

    Depuis les supercalculateurs ont rendu des services inestimables en assistant les hommes dans leurs recherches civiles comme militaires. Toujours dans cette optique de souveraineté, le projet russo-bélarusse SKIF fut initié dans cet objectif de rattraper le retard accusé durant les années Eltsine et prouver que l’excellence de l’ingénierie soviétique avait perduré et s’immiscer dans la compétition acharnée se déroulant actuellement entre Américains et Chinois. Ces derniers ayant battu un nouveau record en 2010 avec 2.566 pétaflops (soit 10 puissance 15 opérations à virgule flottante par seconde [4]),

    Cependant le matériel ne saurait être qu’une des faces de cette souveraineté informatique, l’autre étant de nature logicielle. En visant à terme une administration moderne et électronique, les autorités Russes comme d’autres homologues de par le monde savent que cette évolution est indispensable puisqu’améliorant à la fois les rapports entre administrés (particuliers comme entreprises) et administrations mais aussi en réduisant autant que possible la bureaucratie, et en corollaire réduisant les coûts de gestion substantiellement.

    Alternative à Windows, Linux s’est taillé au fil du temps une solide réputation dans la gestion de serveurs informatiques, et plus encore dans le domaine des supercalculateurs où ce système d’exploitation s’est progressivement imposé depuis 1999 comme la principale référence du genre (avec près de 90% de parts de marché [5]). Linux offrant il est vrai deux avantages conséquents sur son concurrent : sa modulabilité pouvant répondre aux besoins précis du commanditaire (une entreprise ou une administration) et l’absence de frais liés à tout achat de licence. Ainsi qu’un troisième avantage qui n’a pas peu pesé sur la décision du Président Russe : une parfaite connaissance du code source ne laissant pas place au doute sur une éventuelle porte dérobée.

    De fait, la volonté de se doter d’un système d’exploitation " made in Russia " est amplement compréhensible par son importance stratégique de portée nationale. Et de se positionner comme un chantier majeur au même titre que le retour à une natalité forte ou la réforme de l’armée.

    Sergueï Tchemezov, directeur de Rosstekhnologuii, prévoit une introduction par étapes, à commencer par des villes-témoins que seront Samara, Veliky Novgorod et Toula. Si les tests devaient être concluants, ce grand projet national devrait pouvoir être effectif pour un commencement de migration fin 2011 et s’inscrit dans le plan préparé par le Premier Ministre Vladimir Poutine pour l’emploi massif de logiciels libres au sein des différents ministères [6].

    Pour ce faire une société fut créée de manière ad hoc : Concern Sirius. En outre, le fonds NGI qui a déjà investi dans le monde Linux en entrant à hauteur de 5% dans le capital de la société Française Mandriva [7] (ex-Mandrake depuis 2005) n’a pas caché son intérêt de participer à l’opération.

    Ce mouvement est cependant plus une confirmation qu’une révolution. En effet, depuis 2007 plusieurs régions pilotes ont expérimenté le lancement d’une suite de logiciels libres créés par ALT Linux et le groupe Armada IT à destination des écoles.

    De fait, le passage vers une solution plus ambitieuse que serait un système d’exploitation 100% national ne relève pas d’un coup de poker mais d’une approche autant volontariste que pragmatique.

    A l’heure où Android, un système d’exploitation libre fonctionnant sur les ordiphones est en train d’exploser les concurrents fonctionnant sur des systèmes propriétaires, l’on peut subodorer que le choix du gouvernement Russe est on ne peut plus légitime et pourrait bien faire office d’Etat pionnier en la matière [8].



    [1] Rachetée en 2009, la compagnie se dénomme de nos jours Oracle,
    [2] L’intégralité de l’affaire étant repertoriée sur le site législatif officiel de l’Union Européenne Eurlex
    [3] Cette dernière s’est toutefois convertie à une ligne moins rigide, en s’engageant à coopérer plutôt que poursuivre les développeurs de solutions ouvertes employant ses protocoles de communication, ainsi qu’en ne réclamant des licences que dans le cadre d’une exploitation commerciale avérée.
    [4] A titre de comparaison, en 1941 le Zuse 3 Allemand effectuait 20 opérations par seconde.
    [5] Source : Top500.org
    [6] Распоряжение от 17 декабря 2010 г. № 2299-р о плане перехода федеральных органов исполнительной власти и федеральных бюджетных учреждений на использование свободного программного обеспечения ( 2011 — 2015 годы ).
    [7] Mandriva avait notamment été impliqué dans l’important projet PolyXene, un hyperviseur permettant la sécurisation de plusieurs systèmes d’exploitation sur un même poste de travail et les relier en toute confiance sur des réseaux tiers. Un logiciel ayant reçu l’une des plus hautes certifications de l’agence gouvernementale de sécurité informatique Française.
    [8] Si le gouvernement Suédois depuis janvier 2006 et la Commission Européenne dans un rapport publié en 2007 (The impact of Free/Libre/Open Source Software on innovation and competitiveness of the European Union), ont préconisé l’emploi à grande échelle de logiciels libres, ils n’ont cependant pas franchi le palier suivant en ce qui concerne un système d’exploitation libre.


    LINUX: Not just personal preferences, but rather a strategy of state independence

    An actual technical revolution is under way and its significance may be compared to the appearance of steam engines in the 19th century. In the beginning of the 20th though, the stakes are made at the innovative information technologies, that have made a revolution in the society: methods and means of work, quality of telecommunications, product management are changing; non-material economics is emerging, new services appear etc. Technical revolution also makes the states adjust to the new situation, while making the most advanced ones develop furthermore.

    Yet, how can we progress, while there’s monopoly in the essentially important sector of the operational systems?

    Windows: Earnestly protected source code

    American company Microsoft has shown certain dexterity, having become the mainstream OS supplier back in the 90s and constantly consolidating its grip over this niche throughout the following decades. Alternative solutions had to be content with the remains like patented software (Apple MacOS, that is supplied with the Macintosh computers), or the software, distributed according to the GNU license (Linux).

    Nevertheless, this monopoly causes greater and greater discontent both among state institutions and private companies all over the world. As long as no one had ever seen the Windows source code a lot of problems emerged: appearance of counterfeit copies or an ability to bypass the protection system in the French version. This is a major problem of any data exchange system, when it comes to the unprotected connection.

    Even if the few «pro» users manage to lay their hands upon the source code, their access to it will be limited due to the partial visibility and prohibition to make any changes (although such operation might be necessary in order to test and understand the principles of a certain part of the program). Inevitable conflict has ripened — even the European Union Committee took part in it; this conflict was related to the strategic issue of ground compatibility between the servers of Microsoft and the third parties (like the ones of Sun Microsystems [1] with its Solaris OS). Company, once headed by Bill Gates, has recently opened the access to its famous source code, having though refused to give commentaries or manual [2], thus making the granted data almost useless. This struggle for operative compatibility has made a vivid display of Redmond-based Company’s intention to keep the essence of its OS secret — even despite the demand of such authoritative body as the Euro-Union Committee. Apart from the other consequences, they were made to pay a record-breaking fine of €899 million!

    Besides, Internet Explorer browser — one of the Microsoft bestsellers — supplied with the OS, caused plenty of other problems, having antagonized the most part of web-developing community. This time Microsoft has settled the claim, once again filed by the Euro-Union Committee shortly, having given users an opportunity to choose from a list of various Internet-browsers, presented at the OS market (but only in the European version of the system). Besides, in 2010 German and French authorities (Expertise Center for Protection and Prevention of Information Attacks in France and Federal Information Security Service in Germany) have recommended their citizens to give up Internet Explorer. They’ve pointed out to the serious flaws in its defense, which caused the righteous anger of Microsoft.

    While Linux stakes at transparency and modular construction principle, Windows stands for software protection with the license formats and unilateral refusal to work with certain developing companies [3]. Thus, Microsoft is prospering thanks to its current privileged status at the OS market. Quite naturally, numerous social institutions and governments can’t fail to react to the existence of such monopoly — this is equally applied to Russian government.

    Moving to state sovereignty through the information independence

    Since the creation of civilization, it was well-known, that augmentation of technical knowledge and reasonable use of technologies were the guarantees of prolonged existence. This statement describes the incentive of information revolution, that started in the 40s with the appearance of the first computers — American ENIAC, British Colossus and German Zuse 3.

    Since then computers have aided people in their researches — both in civil and military fields. Russo-Byelorussian project SKIF was launched out of the same national security considerations, in order to eliminate the computer development lag, which emerged during Yeltsin’s rule, prove the successiveness of the Soviet engineering traditions and enter the fierce competition between Americans and Chinese. Meanwhile, in 2010 the latter ones have broken yet another record, having created the computer, operating at the speed of 2.566 petaflops (i.e. 10 exponent 15 floating point operations per second) [4]. Having set the electronic circulation of documents to be their long-term goal, Russian officials and their colleagues around the world fully understand, that these technological improvements are necessary. They improve cooperation between administrative subjects (both individuals and private companies) and the state-owned enterprises, simultaneously reducing bureaucratic procrastinations as much as possible, therefore reducing material management costs.

    Being an alternative to Windows OS, Linux has earned itself an unstained reputation in the field of data-servers management and in the field of supercomputers, where this operation system has been considered to be a leader since 1999 (it has 90% of the market [5]). Comparing to its main rival, Linux has two essential advantages: both modular principle and lack of payments for usage comply with the customers’ demands (be it private companies or state enterprises). There’s also the third advantage, that also contributed to the decision of Russian President: free access to the source code minimizes the opportunity to break the system (bypass the protection) by ill-wishers.

    Actually, desire to have its own «made in Russia» OS is quite understandable, given its strategic importance and national significance. The idea of branding the country as an intellectually strong state is every bit as important as the increase of the birth rate or military reform.

    Sergey Chemezov — Director-General of Russian Technologies State Corporation — scheduled the step-by-step implication of the state programs. Samara, Novgorod and Tula are the states, where experiment will start. Given the positive results, this major national project should be efficient enough to initiate the massive migration to the domestic OS by the end of 2011 and should be included into Vladimir Putin’s plan of massive open-source software use in the work of various ministries [6].

    «Sirius» concern was created for this sake. NGI investment fund, which has already put its money into Linux development, purchasing 5% of French Mandriva company [7] (before 2005 it was well-known under the name Mandrake), is not even trying to disguise its interest for participation in the Russian OS project.

    This movement, though, is mostly a statement of the necessity to bring technical innovations to life, rather than innovations themselves. In reality, quite a number of open-source software projects have been launched in the said region since 2007. They were created by ALT Linux and Armada IT holding company for the school use.

    In fact, complete transition to such ambitious technical solution as the 100% national OS is not so venturesome, yet it is substantiated by an arbitrary, rather than pragmatic, approach.

    While, open-source Android OS for the smartphones will soon destroy its license-bound competitors, choice of the Russian government — that may become the pioneer of this sphere — may be quite predictable [8].



    [1] It was purchased in 2009 and is currently named Oracle.
    [2] The entire bargain is described at the official site of the European Union law-making body:
    [3] Recently their policy in that field has softened. Company has decided, that it will cooperate with the open-source developers, rather than persecute them, using the proprietary connection protocols. Thus, they will demand to present license only in case of the proven fact of commercial use.
    [4] Compare that to the speed of the German Zuse 3 in 1941 — 20 operations per second.
    [5] Source
    [6] Decree, dated the 17th of December, 2010. № 2299-p regarding the transition of federal executive agencies and budget institutions to the use of open-source software (2011–2015).
    [7] Mandriva participated in PolyXene development. This is a browser, allowing remotely securing various OS and maintaining the protected connection with other networks. It gained the highest grades of French government agency for information security.
    [8] Although since 2006 Sweden government recommended to use the open-source software, they have, nevertheless, failed to move to the next stage of transition to the open-access OS. Euro-Commission report, which was published in 2007, also confirms this. Its subject was «Contribution of open-source software to the innovativeness and competitiveness of the European Union».


    ГОСУДАРСТВЕННЫЙ СУВЕРЕНИТЕТ ЗАВИСИТ И ОТ ИНФОРМАЦИОННЫХ ТЕХНОЛОГИЙ

    Операционная система Linux: не просто личные предпочтения, а стратегия государственной независимости

    Сегодня полным ходом идёт самая настоящая техническая революция, значимость которой можно сравнить с появлением паровых машин в XIX веке. В начале XXI 1 века основные ставки делаются на отрасль инновационных информационных технологий, совершившие переворот в обществе: изменяются методы работы, средства и качество связи, управление продуктами, появляется нематериальная экономика, создаются новые услуги и т.п. Техническая революция также ставит большинство государств перед необходимостью приспосабливаться к новой ситуации, а наиболее развитых заставляет прогрессировать ещё сильнее. Но как быть, если в жизненно важном секторе операционных систем существует монополия?

    Windows: ревностно оберегаемый исходный код

    Американская компания Майкрософт проявила определенную ловкость, став в 90-е годы основным поставщиком ОС для массового пользователя, и укрепляя свои позиции в этой нише и на протяжении следующего десятилетия. Альтернативным решениям оставались сущие крохи, будь то патентованное программное обеспечение (Apple и их MacOS, поставляемая с компьютерами Macintosh) или ПО, распространяемое по лицензией для свободного использования (Linux).

    Тем не менее, эта монополия вызывает все большее и большее недовольство, как в государственной сфере, так и в частных организациях по всему миру. Из-за того, что никто никогда не видел исходный код Windows, возникло множество проблем — таких как появление нелегальных копий или возможность обойти систему защиты во французской версии системы. Это настоящая проблема для любой системы передачи данных, если идет речь о незащищённом соединении.

    Евросоюз недоволен непрозрачностью «Майкрософта»

    Даже если немногим «наиболее продвинутым» пользователям повезет добраться до исходного кода программы, доступ для них окажется ограниченным из-за неполной видимости и запрета на любые изменения (а ведь такая операция может быть необходимой для тестирования и понимания принципов функционирования какой-либо части программы). Назрел неизбежный конфликт, в разрешении которого приняла участие Комиссия Европейского Союза; конфликт этот касался стратегического вопроса принципиальной совместимости между серверами Майкрософт и третьих компаний (таких как Sun Microsystems [1] с ее операционной системой Solaris).

    Компания, которую в свое время возглавлял Билл Гейтс, в последний момент сделала общедоступным свой знаменитый исходный код, однако отказалась предоставить к нему руководство пользователя [2], фактически сделав переданные данные бесполезными. Эта борьба за оперативную совместимость наглядно показала отчаянное желание компании из Редмонда (штат Вашингтон, США) сохранить в тайне наиболее важные секреты своей операционной системы — в том числе и от такого авторитетного органа, как Комиссия Европейского Союза — несмотря на требование вышеупомянутого органа подчиниться решению Комиссии. Кроме всех прочих последствий это повлекло за собой выплату рекордного штрафа в размере 899 миллионов евро!

    Кроме того, браузер Internet Explorer — один из лидеров продаж Mайкрософт — поставляемый вместе с операционной системой, доставил немало других проблем, настроив против себя большую часть сообщества веб-разработчиков. На этот раз Майкрософт урегулировала претензию, вновь предъявленную Комиссией Европейского Союза в 2009 году, в более короткие сроки, включив возможность выбора браузера пользователем из списка различных интернет-браузеров, представленных на рынке ОС, но только в европейские версии Windows. К тому же, в начале 2010 года, власти Франции и Германии (Экспертный центр борьбы и предотвращения информационных атак во Франции и Федеральной службы информационной безопасности Германии) рекомендовали своим гражданам отказаться от использования Internet Explorer, ссылаясь на обнаруженные серьёзные изъяны в безопасности, чем вызвали справедливый гнев компании Майкрософт.

    Там, где Linux делает ставку на прозрачность и модульный принцип построения, Windows уповает на защиту программ при помощи использования лицензионных форматов и одностороннего приостановления работы с компаниями-разработчиками [3]. Таким образом, Майкрософт процветает благодаря своему особому привилегированному текущему положения на рынке ОС. Естественно, что многие социальные институты и государства не могут не реагировать на существование такой монополии — касается это и правительства России.

    Как достичь информационной независимости?

    Со времен основания цивилизаций общеизвестно, что преумножение технических знаний и разумное использование технологий — есть гарантия продолжительного существования тех самых цивилизаций. Данное утверждение явилось мотивом информационной революции, начавшейся в сороковых годах с появлением первых компьютеров — ими были американский ENIAC, британский Colossus и немецкий Zuse 3.

    С тех пор ЭВМ оказывают неоценимую помощь людям в их исследованиях, как в гражданских, так и в военных направлениях. Русско-белорусский проект СКИФ был запущен из тех же соображений национальной независимости дабы ликвидировать отставание компьютерной отрасли, появившееся за время правления Ельцина, и доказать преемственность советской инженерной мысли, а также чтобы вступить в ожесточенную конкурентную борьбу, развернувшуюся в наши дни между американцами и китайцами. Между тем, в 2010 году последние побили рекорд, создав компьютер, работающий со скоростью 2,566 петафлопс (то есть 10 степень 15 операций с плавающей запятой в секунду) [4]. Ставя долгосрочной целью электронный документооборот, российские чиновники, как и их коллеги по всему миру, знают, что подобные технические усовершенствования необходимы. Они одновременно улучшают взаимодействие между административными субъектами (как частными лицами, так и предприятиями) и государственными учреждениями, а также сокращают — насколько это возможно — бюрократические проволочки, и? как следствие, уменьшают материальные управленческие затраты.

    Альтернатива Windows, ОС Linux со временем заработала себе хорошую репутацию в области управления информационными серверами, а также в области супер-ЭВМ, где начиная с 1999 года, эта операционная система считается ведущей (владея приблизительно 90% доли рынка [5]). По сравнению со своим конкурентом, ОС Linux обладает двумя существенными преимуществами: потребностям заказчика (предприятия или административной организации) отвечает и модульный принцип построения, и отсутствие какой-либо платы за использование. Также существует и третье преимущество, которое повлияло на решение президента России: открытый доступ к исходному коду минимизирует возможность взлома (обхода системы защиты) программы недоброжелателями.

    В действительности, желание обзавестись собственной «сделанной в России» операционной системой вполне понятно, учитывая её стратегическую важность и общенациональное значение. Идея позиционировать страну как интеллектуально сильное государство так же важна, как повышение рождаемости или реформа армии.

    Россия может перейти на собственную ОС

    Сергей Чемезов, глава Государственной Корпорации «Ростехнологии» планирует поэтапное внедрение государственной программы. Городами, с которых начнется эксперимент, станут Самара, Новгород и Тула. При положительных результатах эксперимента, этот крупный национальный проект должен оказаться достаточно эффективным для массового перехода на отечественную ОС к концу 2011 года и должен быть внесен в составленный премьер-министром Владимиром Путиным план массового использования свободных программных средств во внутренней работе различных министерств [6].

    Для этой цели был создан концерн «Сириус». Инвестиционный фонд NGI, который уже вкладывал средства в развитие Linux, приобретя 5% акций французской компании Mandriva [7] (с 2005 года это новое название компании Mandrake), не скрывает своего интереса к участию в проекте создания российской ОС.

    Это движение, однако, является скорее констатацией факта необходимости технических инноваций, нежели самими инновациями. В действительности, начиная с 2007 года, в вышеупомянутых регионах был запущен ряд свободных программных средств, созданных компанией ALT Linux и холдингом Armada IT для использования в школах.

    Фактически же полный переход на использование такой амбициозного технического решения, как стопроцентно национальная операционная система, не является таким уж рискованным шагом, но обосновано скорее волюнтаристским подходом, нежели прагматизмом.

    В то время, когда свободная ОС Android, работающая в смартфонах скоро одолеет своих связанных лицензионными соглашениями конкурентов, выбор российского правительства, которое может стать пионером в этой области, вполне можно предугадать. [8]



    Перевод с французского

    [1] Выкупленная в 2009 году, в настоящее время компания носит название Oracle,
    [2] Целиком сделка описана на официальном сайте законодательных органов Евросоюза Eurlex:
    http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:62004A0201:EN:NOT
    [3]В последнее время в этой области ведется уже менее жесткая политика. Компания решила, что лучше сотрудничать с разработчиками открытых решений, чем преследовать их, используя свои протоколы связи, таким образом, требуя наличие лицензии только при факте доказанного коммерческого использования.
    [4] Для сравнения, в 1941 году немецкий компьютер Zuse 3 выполнял 20 операций в секунду.
    [5] Источник: Top500.org
    [6] Распоряжение от 17 декабря 2010 г. № 2299-р о плане перехода федеральных органов исполнительной власти и федеральных бюджетных учреждений на использование свободного программного обеспечения (2011— 2015 годы).
    [7] Компания Mandriva участвовала в разработке проекте PolyXene — программы-просмотрщика, позволяющей обеспечивать безопасность нескольких ОС с одного рабочего места и осуществлять их безопасное соединение с другими сетями. Эта программа получила наивысшие оценки французского правительственного агентства по информационной безопасности.
    [8] Хотя с января 2006 года правительство Швеции рекомендовало широкое применение свободных программных продуктов, они, тем не менее, не преодолели следующую ступень перехода к операционной системе свободного доступа. Это подтверждается и в отчете Еврокомиссии, опубликованном в 2007 году (Вклад открытого программного обеспечения в инновации и конкурентоспособность Европейского Союза).

    mardi 10 mai 2011

    Wikileaks, échange Rufin - Jennar


    Chers visiteurs,

    Récemment, je vous avais fait part d'une stratégie ébauchée par certaines sociétés de conseil visant à provoquer la chute de Wikileaks.
    Ce faisant, je concluais mon article sur le fait que le phénomène Wikileaks étant fort instructif puisqu'il mettait à l'épreuve les sociétés occidentales face à leur discours délivré au reste du monde quant à la liberté d'expression.

    Je vous livre ici la réponse de Raoul-Marc Jennar à Jean-Christophe Rufin (un immortel) traitant très vigoureusement du sujet.

    Extrait :
    Mais il [Jean-Christophe Rufin] renonce à s'interroger sur les raisons pour lesquelles « l'initiative citoyenne s'est constituée en cinquième pouvoir dans les démocraties » et préfère accuser « la dernière génération de mouvements citoyens que symbolise Wikileaks de présenter de ce cinquième pouvoir un visage extrême et inquiétant qui interroge sur ses limites. »

    Le texte intégral

    Et pour parfaire votre opinion et réflexion sur ce débat très contemporain, voici le texte de M. Rufin, WikiLeaks ou la troisième révolte, avec en prime ce passage emblématique au coeur du sujet :
    Ce nouvel âge de l'action citoyenne est fortement marqué par l'influence croissante des réseaux virtuels. Ce n'est peut-être pas l'une des moindres causes de cette tendance à la transgression que sa dématérialisation dans l'espace cybernétique. Un vol réel par effraction, la destruction effective d'un bien appartenant à autrui sont des actes lourds et qui supposent une part difficile à assumer de violence physique. Au contraire, les aventuriers du Net se présentent volontiers comme des "doux".
    Leur violence se déploie dans un espace proche de celui des jeux vidéo, espace où rien n'est vraiment grave, où le joueur dispose de plusieurs vies, où le désir de gagner écarte toute préoccupation morale.

    Si je dois admettre que je suis loin de suivre M. Rufin sur ses observations, démontrant malheureusement une connaissance par trop sommaire du milieu qu'il évoque, en revanche il cible très justement la problématique : Par-delà l'intérêt de ses révélations, le mérite de WikiLeaks est de rendre ce débat nécessaire. Jusqu'où le citoyen est-il fondé à aller contre l'Etat dans un régime démocratique ? A partir de quel seuil passe-t-on de la mobilisation utile à la menace contre le contrat social ?

    samedi 7 mai 2011

    L'opération Maskarad


    Les préparatifs vont bon train quant au prochain défilé de la victoire en Russie, le 9 mai prochain. 9 et non 8 mai car comme le rappelait Alexandre Latsa dans son article pour RIA Novosti S Dnem Pobedi! le 9 mai à l'ouest de l'Europe n'a pas du tout la même importance qu'en Russie. Il est vrai que les européens de l'ouest fêtent la fin de la seconde guerre mondiale le 08 mai, qui est en fait la date de cessation des hostilités militaires, la capitulation ayant été signée la veille, le 7 mai. En Europe de l'ouest, le 9 mai est la journée de l'Europe, la journée qui identifie l'Union européenne en tant qu'entité politique. Mais l'Union Soviétique n’a pris en compte la signature de la capitulation que le lendemain, soit le 9 mai alors que ses soldats sont en train de se battre au cœur de Berlin. Pour cette raison, Moscou comme encore nombre de pays de l'ex-URSS célèbrent la fin du second conflit mondial le 9 mai, et non le 8 mai.

    L'occasion est trop tentante de vous faire partager l'existence d'une série télévisée très atypique mais hautement instructive sur une partie fort méconnue de la vie du maréchal Joukov, le vainqueur soviétique de la grande guerre patriotique (Великая Отечественная Война) [1] : Ликвидация ou La liquidation en bon français. Une série de grande qualité passée sur la première chaîne Russe (Первый канал) faisant état de la venue et de l'action du maréchal Joukov au sein du district militaire d'Odessa en 1946. Toutefois si le maréchal fait quelques (brèves) apparitions, l'histoire suit surtout le cheminement du lieutenant-colonel David Gotsman, responsable de la lutte contre le brigandage. Ce dernier oeuvrant avec l'ensemble de son unité et ses contacts afin de mettre un terme au trafic d'armes dans le secteur, une activité illégale qui avait atteint une importance telle qu'inquiétant jusqu'à Moscou même (qui trouvait aussi là un moyen de pousser le maréchal trop célèbre hors du pouvoir en l'assignant à une nouvelle tâche ardue).
    L'opération destinée à ramener le calme dans cette zone particulièrement sous l'emprise de la pègre se nommera Mascarade ou Операция "Маскарад. Secteurs quadrillés, justice militaire, lutte au plus haut niveau politique, enquêteurs spéciaux en civils : les méthodes du maréchal Joukov portèrent rapidement leurs fruits et vit la criminalité s'effondrer mais ce faisant, inquiéta les instances locales qui entretenaient souvent des connexions avec les milieux du crime. C'est ce qu'évoque toute cette série en 14 épisodes qui ne fait d'ailleurs pas l'impasse sur les relations humaines et la difficile coopération entre les services de police, de l'armée et du contre-espionnage.

    Une série servie il est vrai par les interprétations très enlevées de Vladimir Mashkov (vu dans Le voleur / Вор ) et Mikhail Porechenkov (vu dans le film 1612).
    Les non-initiés ne pourront malheureusement pas savourer tout le particularisme linguistique et social de la population d'Odessa qui a bénéficié d'une attention toute particulière lors de la production.
    En outre, l'aspect délavé des couleurs achève de renforcer l'immersion dans le récit.

    Elle est hélas introuvable en France, comme tant d'autres oeuvres des pays de l'Est pas ou très mal importées. Une fois encore on ne peut que le déplorer tant les sujets comme la réalisation seraient à même de fasciner le public francophone.

    [1] Il ne faudrait cependant pas attribuer la notoriété du maréchal Joukov à ses seuls états de service sur le front Est contre les forces nazies, il fut aussi celui qui par sa rapidité d'action et sa justesse dans l'emploi des forces disponibles sut juguler un deuxième front en extrême-orient. A Khalkin-Gol, de mai à septembre 1939, celui qui était encore un officier inconnu, allait provoquer une défaite humiliante à l'armée Japonaise Impériale la dissuadant de toute velléité belliqueuse. Andy Young de Siberian Light Russia Guide revient sur cet affrontement quelque peu tombé dans l'oubli alors qu'il fut décisif puisqu'aboutissant à une trève de cinq années que chaque partie respectera jusqu'à son terme.



    Illustration : Constantin Vassiliev

    mercredi 4 mai 2011

    Encore un peu de Belgique avant que la belle ne gicle?


    Outre-Quiévrain l'on n'a toujours pas trouvé la pierre philosophale pour réconcilier deux communautés qui se déchirent à qui mieux-mieux, malgré le fait que la Belgique ait prouvé aux autres États d'Europe et du monde qu'un pays pouvait fort bien se passer de gouvernement (depuis avril 2010). Cette situation persistante où l'on peut de l'extérieur avoir l'impression qu'un mur (linguistique) s'est élévé en Belgique (n'oublions pas aussi l'existence d'une minorité de langue allemande ou Deutschsprachige Gemeinschaft Belgiens) touche à son paroxysme lorsqu'il est question de BHV ou Bruxelles-Hal-Vilvorde. Une circonscription électorale qui focalise depuis plusieurs années les tensions et revendications territoriales.

    La question Belge pourtant dépasse le cadre des seules frontières du royaume et s'étend au-delà en se posant comme un laboratoire des mouvements géopolitiques du vieux continent. Il est aussi un baromètre de la capacité de l'Europe et de ses institutions (car n'oublions pas que la Commission et le Parlement, siègeant de plus en plus à Bruxelles au détriment de Strasbourg, ont élu domicile au sein de la capitale de la Belgique) à juguler une crise survenant sur son propre territoire. Il repose en des termes très crus la question de la viabilité d'une nation politique lorsque l'une de ses composantes souhaite opter pour une nation ethnique.

    Un sujet de choix pour le prochain café stratégique du 5 mai consacré justement aux barrières frontalières.

    Lectures complémentaires :
    Agonie Belge du blogue EGEA
    La réunification de la France est en marche du blogue Horizons
    Belgique : le provisoire s'installe dans la durée du quotidien Le Figaro
    Kabale und Lüge du quotidien en ligne Der Spiegel
    Histoire du terme Wallon du site Wikipédia
    Les Flandres du site Wikipédia

    Enfin je tiens à vous faire partager ce petit passage humoristique du comédien François Pirette datant de 2005 déjà mais qui reste toujours d'actualité :

    lundi 2 mai 2011

    Café Stratégique numéro huit : les frontières avec Stéphane Rosière

    Stéphane Rosière, professeur de géographie à l'université de Reims et spécialiste de la question des frontières, se rendra au café stratégique numéro huit, toujours situé au Café Le Concorde. Venez nombreux pour prendre connaissance de cette thématique plus qu'actuelle à l'heure où la Commission planche sur la demande du rétablissement des contrôles aux frontières au sein de l'espace Schengen.