vendredi 29 avril 2011

Plan de guerre contre Wikileaks ou la contre-guérilla numérique


Chers visiteurs,

Il m'arrive souvent d'accumuler nombre d'informations que je ne peux traiter à brève échéance (et l'on sait que toute information sans traitement n'est dès lors qu'une donnée inutile) et de les reprendre parfois plusieurs semaines après (quand ce n'est pas plusieurs mois).

De fait j'ai exhumé cet article de Numérama qui relatait comment un ensemble de sociétés de conseil avaient élaboré un moyen de contrer la menace Wikileaks qui avait tant défrayé la chronique voici quelques mois. La fuite provient des Anonymous qui ont révélé la teneur des échanges avec la Bank of America qui craignait gros du fait de révélations gênantes à venir. La société Palantir par ailleurs prit un certain recul par rapport au dit document non sans avoir confirmé sa participation à son élaboration.
A ce titre, le grand déballage promis par Wikileaks n'eut pas véritablement lieu, et seule une très infime partie a filtré par la presse classique. Ce qui par ailleurs n'empêche aucunement certaines fuites de transiter par les « tuyaux »...

Ce qui est instructif c'est la façon dont est envisagé la lutte (sans toutefois avancer un seul élément de technique) :
  • paralysie des centres de traitement de données (les serveurs) par cyberattaques ciblées.
  • campagne médiatique pour influencer la majorité de la population qui est le plus souvent indécise et facilement impressionnable, notamment en caricaturant Wikileaks de façon extrême.
  • mettre en doute la fiabilité du réseau, à dessein de tarir les sources d'informations en amont peu rassurées sur leur anonymat et sécurité.
  • désinformation y compris par le truchement de faux documents afin d'attiser le discrédit tout en accentuant les dissensions internes.
  • employer les réseaux sociaux pour établir un profil des employés (de la société commanditaire) afin de dresser la liste des éléments les moins fiables et les plus susceptibles de délivrer des éléments confidentiels.

  • Fondamentalement rien de transcendant ou de novateur, pourtant et en fonction des moyens qui auraient été attribués, ce faisceau de mesures de contre-offensive était clairement destiné à torpiller Wikileaks et avait des chances très raisonnables de fonctionner. Las, les procédures judiciaires à l'encontre de la tête pensante de l'association ont eu raison de la témérité de ce dernier.

    L'on peut conjecturer néanmoins qu'il arrivera à Wikileaks ce qui est arrivé à feu Napster dans un autre registre : au lieu d'un ensemble structuré et centralisé, il apparaîtra une forme de diffusion de fuites démultipliées et anonymisées.

    Je l'avais déjà évoqué il y a quelques mois et le sujet reste d'actualité : Wikileaks est un baromètre de ce que les démocraties occidentales sont prêtes à accepter pour respecter les valeurs qu'elles entendent faire rayonner à l'étranger (y compris sous une forme coercitive).

    WikiLeaks_Response_v6


    mardi 26 avril 2011

    Cafés Stratégiques numéro sept : Joseph Henrotin et la résilience

    Pour leur septième édition, les Cafés Stratégiques invitent Joseph Henrotin, docteur en sciences politiques, rédacteur-en-chef de la revue Défense & Sécurité Internationale, membre-fondateur d'Alliancegeostrategique.org, chargé de recherches au Centre d'Analyse et de Prévision des Risques Internationaux (CAPRI) et à l'Institut de Stratégie et des Conflits (ISC). Avec son ouvrage « La résilience dans l'antiterrorisme », il est l’un des premiers auteurs francophones à travailler sur le concept de résilience entre-temps intégré au dernier Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité Nationale.




    « "Savoir encaisser" des attaques terroristes n’est pas tout : il faut comprendre les circonstances dans lesquelles la résilience est amenée à jouer un rôle. C’est d’autant plus le cas que, dans la complexité de nos « sociétés-réseau », les réactions systématiques et prévisibles ne sont pas légion. Ce qui laisse, au demeurant, la possibilité de véritablement construire une résilience, entre autres sur base d’un certain nombre d’expériences. Il s’agit donc non seulement de comprendre le phénomène pour optimiser nos stratégies mais, également, de renforcer la probabilité d’émergence des résiliences sociétale et politique. Mais il s’agit aussi, en retour, d’utiliser la résilience comme un instrument stratégique permettant de participer à l’élargissement de la liberté de manœuvre des décideurs politiques » (source : RMES).

    Venez donc nombreux et curieux le jeudi 28 avril 2011 à 19h au Café Le Concorde (239, bd Saint-Germain, Paris Vième, métro Assemblée Nationale).

    vendredi 22 avril 2011

    La meilleure issue vers les revues littéraires d'ici et d'ailleurs? La numéro 21!


    Digressons, et pour la bonne cause je vous prie, vers la littérature et pour être encore plus précis, vers la littérature étrangère.

    C'est tout le mérite d'Issue21 que de répertorier nombre de revues, en ligne ou sur format papier, et de nous en délivrer un descriptif (subjectif) conséquent. Et croyez-moi, vous allez voyager de par le globe! Vous découvrirez, tout comme moi par ailleurs, une richesse insoupçonnée pour le néophyte en la matière. Mention spéciale au Timothy McSweeney’s Quarterly Concern qui est tout simplement fascinant sur le fond comme sur la forme. On est rapidement happé par la lecture des billlets et l'on se plait à pénétrer dans un univers fort peu familier. Pour autant, l'auteur ne demeure pas monomaniaque et évoque quelques à côté culturels, tout aussi passionnants à lire tant pour la découverte que pour l'analyse subséquente.
    Comme le présente de façon fort dynamique le site, « D’apparence souvent anodine, la revue offre à ses contributeurs comme à ses lecteurs la possibilité de voir, percevoir, imaginer et penser de façon originale. A la différence du roman ou de l’essai, elle multiplie les idées, les participants, varie les angles de vue. Elle suit néanmoins une ligne directrice et s’impose par sa périodicité. Elle est un laboratoire idéal pour de nouvelles formes de création écrite, graphique ou audiovisuelle. ».
    Une manière de dépasser la vision souvent empoussiérée des revues littéraires perçues comme pédantes et élitistes.

    A l'heure de sortir de ce blogue, prenez l'issue numéro 21 : elle en vaut la peine...

    mardi 19 avril 2011

    Clip 2011 de l'armée de terre : de l'action et de la techno


    L'armée de terre recrute, ça on le sait depuis un moment avec les annonces relayées sur différents médias depuis des années.
    En revanche, moins sur le fond mais plus sur la forme, le dernier clip de promotion de l'armée de terre vaut vraiment le coup d'oeil : c'est dynamique, très tendance techno (le début est à lui seul déjà très évocateur) et disons le, bénéficie d'un montage efficace.

    J'en profite pour saluer l'action de toutes les forces Françaises engagées en divers points du globe dans toutes ses composantes. Que l'on ne soit pas en accord avec les motivations politiques ayant amenées ces soldats à participer à des opérations extérieures est recevable et participe de la liberté d'expression, ce qui ne l'est pas en revanche est de conspuer directement les troupes engagées risquant leur vie. C'est un point sur lequel j'insiste car j'observe malheureusement ici et là des amalgames fâcheux : il convient aussi lors de toute polémique de savoir ne pas se tromper de cible...



    Clip de l'armée de Terre 2011 par armeedeterre


    Dans un genre un peu plus léger (quoique l'on se demande si l'effet comique était véritablement recherché parfois), un exemple de clip de promotion de l'armée Ukrainienne.




    Et pour ne pas être en reste, voici la version Russe qui promotionne la contractualisation de son armée. Une grande réforme portée par les autorités depuis plusieurs années dans un souci de modernisation et de préparation aux enjeux contemporains.


    mercredi 13 avril 2011

    Minecraft ou le succès planétaire du jeu de légos revisité par l’informatique

    Chers visiteurs,

    Depuis la mise en ligne de cet article, le concepteur du jeu dont il est question et qui a initié une forme très particulière de marketing, vient de déclarer qu'en l'espace d'un an il était devenu multimillionnaire à hauteur de 33 millions de dollars (soit la bagatelle de 23 millions d'euros)! Une success-story particulièrement incroyable pour un logiciel non fini.
    Ce faisant, et soucieux tout de même de passer à d'autres projets, Notch a dévoilé la date de livraison du produit fini : le 11/11/11. D'ici là, les améliorations continuent et les bénéfices de même...

    Prenez la peine de lire l'article tant le phénomène Minecraft est singulier dans l'univers non seulement de l'industrie vidéoludique mais aussi en terme de propriété intellectuelle comme de marketing et de stratégie managériale.


    Article paru sur Agoravox le 7 mars 2011

    Il est acquis depuis de nombreuses années que la majorité des jeux vidéos sont désormais des suites où la débauche technique s'accompagne presque indéfectiblement d'une rejouabilité des plus réduites, à peine compensée par un mode multijoueur aux concepts recuits. Si ces opus gardent leurs fans au fil des épisodes, certains joueurs se plaisent à repenser à l'âge d'or du jeu vidéo où le manque de moyens et les limitations techniques aboutirent à de vrais bijoux artistiques : que l'on songe à Another World d'Eric Chahi par exemple. Minecraft émerge cependant de ce marasme, et fait désormais figure de phénomène vidéoludique, posant des questions profondes sur les orientations par les acteurs actuels du secteur.

    Empiler des légos virtuels

    Fruit d'une seule personne au départ, le Suédois Markus « Notch » Persson [1], Minecraft est devenu au fil du temps, et malgré un plumage très rudimentaire (certains avanceront le terme de repoussant), une success-story comme il en arrive de temps à autre dans le milieu de l'informatique. Ainsi le développeur s'est-il retrouvé à la tête d'une véritable petite fortune, au point même que son compte PayPal aurait été suspendu un temps pour cause de fonds suspects !

    Minecraft c'est à la fois un logiciel enfantin et complexe. Enfantin car le principe s'inspire directement de l'aube de l'enfance où l'on s'éveille par la préhension de son univers existant, le plus souvent grâce à des jeux d'assemblage matérialisés par des briques de couleurs différentes. Complexe car le jeu propose (dans sa version 1.3) de multiples combinaisons entre les éléments à récupérer tout en laissant libre cours à l'imagination de chacun pour modeler l'univers environnant.

    Le concept de débuter dans un environnement 3D où tout reste à faire, à commencer par survivre, n'est pas tout à fait nouveau : Stranded 1 et 2 furent des précurseurs en la matière. S'ils ne percèrent pas de la même manière que Minecraft cela est principalement dû au fait que le jeu proposait une semi-liberté : comprendre qu'il balisait l'univers immédiat du joueur en lui interdisant de s'éloigner de l'île. Malgré tout les jalons étaient posés, et le naufragé incarné pouvait déambuler comme bon lui semblait au sein de ce périmètre alors que la faune et la flore continuaient d'évoluer de leur côté. Deuxième raison de leur pénétration confidentielle : l'absence de mode multijoueur. Car dans ce domaine aussi Minecraft tire son épingle du jeu en donnant envie à chacun d'étaler ses compositions au vu et au su de tous. Voire même d'encourager les interactions en initialisant une forme de troc ou l'échange d'informations. L'on plonge de fait dans un univers persistant où l'on n'a de cesse de revenir pour à la fois oeuvrer sur ses projets comme admirer ceux des autres minecraftiens.

    Terriblement addictif, deux envies poussent le joueur à toujours aller plus loin : le désir d'amorcer ou de perfectionner ses créations et l'exploration d'un univers gigantesque. Le personnage incarné est capable de se servir de son environnement pour édifier, apposer, assembler, semer, couper, assécher, remplir, détruire, mélanger, brûler et fondre. C'est avec un certain réalisme que le joueur entre dans la peau d'un véritable explorateur puisqu'il ne peut savoir exactement où le mènera sa reconnaissance, a fortiori en des grottes naturelles où peuvent pulluler nombre d'espèces peu amènes. Sans compter que le cycle jour/nuit est de la partie, renforçant la sensation d'évoluer dans l'espace comme le temps.

    Plusieurs adeptes ont déjà ébauché des réalisations que l'on peut qualifier de pixel art. Et l'on s'en doute, parfois au prix d'un autisme social tant pareille activité est sans conteste chronophage, certains édifices frisant la démesure. Quant à d'autres, plus portés sur la logique pourrait-on avancer, le système des circuits électriques leur a donné des idées de mécanismes élaborés telles ici une horloge digitale ou là une gare de triage automatique (oui il y a des wagonnets dans ce ludiciel).

    C'est aussi une force majeure du programme : permettre à chacun de créer selon ses propensions intrinsèques, artistique ou logique.

    Véritable bac à sable, le jeu permet aussi à la communauté de s'impliquer en facilitant la reconnaissance de modifications tierces, comme par exemple des textures améliorant considérablement le rendu visuel des éléments du jeu ou encore des créatures complémentaires. Sans compter tous les utilitaires mis en ligne par des aficionados allant du GPS indiquant la position de l'explorateur au simulateur de circuits électriques.

    Notch, une vision à rebours des productions actuelles

    Markus Persson a décidé logiquement de vendre le fruit de ses recherches, nonobstant une spécificité très particulière qui n'a en rien empêché son succès : le développement continu du ludiciel...

    En résumé : tout acheteur sait qu'il ne dispose pas d'une version définitive mais d'un programme amené à évoluer jusqu'à la version finale. C'est aussi pourquoi Notch opère par un tarif préférentiel de 15 € pour ceux qui ont souscrit à la version bêta, et n'auront pas à payer 20 € lors de la sortie définitive du logiciel (ils disposeront des mises à jour gratuitement).

    Un concept fonctionnant in fine à merveille puisqu'en ce 7 mars 2011 et selon les chiffres officiels fournis par le site, 1 515 151 personnes ont déjà acquis légalement le programme. Chaque jour ce sont plusieurs milliers de personnes qui achètent le jeu, y compris après l'avoir obtenu de manière frauduleuse [3].

    D'où ce constat incroyable où des gens acceptent de payer pour une version en développement constant et ce alors que les critiques ne manquent pas à l'encontre des jeux de grosses compagnies balancés sur le marché dans un état inachevé (nécessitant souvent des patchs ultérieurs d'une taille parfois conséquente) et en corollaire bogués. La différence tenant, entre autres explications, à la modicité du prix de vente et au suivi par l'équipe du projet échangeant régulièrement avec les membres de la communauté.

    Un autre aspect plus personnel est à relever : Notch est en effet membre du Parti Pirate Suédois. D'où une philosophie totalement à l'opposé des poids lourds du secteur vidéoludique qui s'acharnent à créer les protections les plus contraignantes possibles, à commencer (paradoxalement) pour leurs propres clients. Cette surenchère dans les DRM, digital rights management ou gestion des droits numériques, qui sont des loquets intrusifs (via des rootkits) ou exclusif (obligation de s'enregistrer sur une plate-forme en ligne comme Steam) n'est absolument pas du goût du développeur Suédois qui affiche au contraire une réelle sérénité. Il estime en effet comme le rapporte Korben.info qu'à terme la bataille des ayant-droits est perdue d'avance.

    Ce qui est d'ailleurs fascinant c'est qu'en ne niant pas la copie à grande échelle du ludiciel, celui-ci continue à se vendre sans interruption ! Il y a tout lieu de se dire, comme le présente le père de Minecraft, que le business model des sociétés actuelles est définitvement périmé, ces dernières consommant substantiellement du temps, de l'argent et de l'énergie sur les verrous numériques, dans une vaine obsession s'affichant de plus en plus attentatoire aux intérêts des consommateurs.

    Notch a aussi indiqué qu'une fois les ventes taries, il laisserait à la disposition de la communauté le code source du jeu : un sacré geste apprécié par tous ceux qui regrettent parfois l'attitude purement obtue de sociétés d'édition arc-boutés sur une propriété n'étant plus lucrative mais pouvant faire le bonheur des moddeurs.

    En somme une philosophie assortie d'un succès commercial qui gagnerait à être plus souvent analysée par tous ces pays ne cessant de renforcer leur arsenal législatif jusqu'au grotesque pour protéger les nocifs acteurs d'un monde suranné.

    Signe du succès croissant : à la treizième édition de l'Independent Game Festival 2011 de San Francisco, le jeu obtient rien de moins que le grand prix du jury (et 20 000 $ à la clef) ainsi qu'un autre prix décerné par le public du festival. Une consécration que l'on peut qualifier d'unanime puisque réunissant à la fois professionnels et amateurs dans le même concert de louanges.

    Enfin, un documentaire est en passe d'être tourné sur la genèse de Minecraft par 2 Player Production.

    Minecraft a désormais passé le simple stade de jeu pour accéder à celui de phénomène.


    Le site officiel (avec version gratuite en ligne)

    Le wiki officiel (anglais/français)

    Et pour les curieux qui aimeraient en savoir davantage sur le tout début de ce phénomène, voici la démonstration technique de ce qui deviendra au fil des mois Minecraft.


    [1] L'équipe est désormais constituée de 7 personnes réunies au sein de la société Mojang basée à Stockholm, Suède.

    [2] Le décor est généré au fur et à mesure de l'avancée du joueur, ainsi chaque partie ne saurait être identique. Toutefois l'algorithme est suffisamment performant pour ne pas, sauf rares contre-exemples, créer d'irrégularités dans la continuité des paysages, d'où une véritable immersion dans un monde ressenti comme cohérent par tout un chacun.

    [3] En effet, de façon ironique les statistiques indiquent répertorier près de 4 millions de joueurs enregistrés, soit bien plus que les ventes officielles.


    Crédit photo : Darren Berkey


    MAJ : le 14 mai 2012, le site répertoriait 28 920 551 utilisateurs enregistrés, dont 5 892 744 (20.38%) ayant acheté le jeu.


    samedi 9 avril 2011

    Les liquidateurs de Fukushima, héros des temps modernes

    Le 26 avril 2011, les Présidents d’Ukraine et de Russie, Viktor Yanoukovitch et Dmitri Medvedev respectivement, ont dévoilé à Tchernobyl la première pierre de ce qui deviendra un mémorial le 14 décembre prochain. Cette cérémonie en grande pompe illustre que le souvenir de la catastrophe vingt-cinq ans après demeure vivace dans les mémoires même si les jeunes générations en sont désormais moins préoccupées. Dans le même temps, cette rencontre au sommet sur ce sujet ô combien sensible du nucléaire civil et des risques inhérents à son exploitation ramène indéfectiblement vers le Japon et la lutte qui s’y déroule dans le nord du pays contre l’ennemi invisible.

    Article paru sur Alliance GéoStratégique le 27 avril 2011

    Il est désormais acquis que la catastrophe de Fukushima provoquée par le séisme à proximité de Sendai le 11 mars 2011 est dorénavant d'une gravité exceptionnelle comme le confirme l'agence de sécurité nucléaire Japonaise qui a élevé le niveau de celle-ci à sept sur l'échelle de l'INES (International Nuclear Event Scale), soit le degré maximum.
    Il demeure bien entendu difficile de connaître la portée réelle des dommages subis par la centrale, et surtout les atteintes à l'environnement immédiat (air, terre, mer) mais il apparait déjà que les dommages sont irrémédiables pour une longue période à venir. Dans le Figaro du 08/04/2011, ce passage qui en dit long :
    ...la zone la plus contaminée est celle qui se trouve autour de la centrale. La radioactivité y est supérieure à 12,5 millirems par heure (12,5 mR/h), le rem étant l'unité de dose radioactive utilisée aux États-Unis. Cela équivaut à 125 microsieverts par heure (125 µSv/h). «Les personnes stationnant dix heures dans cette zone reçoivent la dose limite à laquelle le public peut être exposé en une année en France», poursuit Bruno Cessac de l'IRSN.

    Cette catastrophe nucléaire ne serait pas, lit-on ici et là, anodine à la défaite électorale d'Angela Merkel dans le Baden-Württemberg en plaçant historiquement les écologistes à la tête du Land. Et les derniers sondages en Allemagne indiquent une croissance exponentielle des intentions de vote pour les Grünen. Cette inquiétude n'est toutefois pas localisée qu'outre-Rhin mais s'est répandue sur la planète et en priorité au sein des pays disposant de nucléaire civil, alimentant mémoires et enquêtes pour rassurer non seulement l'opinion mais aussi pour connaître les risques potentiels d'une semblable catastrophe sur le territoire national. Si l'on désigne le nucléaire comme une énergie dangereuse et vengeresse, l'on pointe cependant moins les errements et les manquements ayant conduit à ce drame : comment il est vrai admettre que les normes de sécurité furent négligées par simple souci de réduction des coûts d'investissement? Aggravé il est vrai par la latence des autorités à prendre conscience de la situation et des responsables de la société TEPCO (Tokyo Electric Power) à réagir pour ne pas laisser davantage l'état des réacteurs empirer dans les premiers temps.

    Ce faisant est poignante toute une réalité sociale et économique particulièrement dramatique en révélant combien les sous-traitants, (viande à rems), paient un lourd tribut lors de cette lutte contre l'aggravation des dégats, et surtout nécessite de prendre conscience de la portée du sacrifice des ingénieurs, liquidateurs, de Fukushima, les samouraï ou même kamikazes du nucléaire comme on peut le lire parfois.
    Au sein d'une dépêche de l'AFP en date du 17 mars, l'on pouvait lire ceci :
    ..."Les gens qui travaillent sur ces centrales se battent sans reculer", commente Michiko Otsuki, une employée de la centrale de Fukushima 2, située à 12 km des réacteurs endommagés.
    "Je ne peux que prier pour la sécurité de tous... N'oubliez pas qu'ils travaillent pour protéger chacun d'entre nous en échange de leurs propres vies", a écrit Mme Otsuki dans un message sur le site de socialisation japonais Mixi.
    Le Premier ministre Naoto Kan a également salué le courage de ces travailleurs qui "s'efforcent d'arroser, de faire tous les efforts possibles sans même penser au danger"...


    Cela fait indubitablement revenir à 1986 et Tchernobyl où l'URSS livra sa dernière grande bataille sur son sol, et obtint la victoire au prix de la vie ou l'infirmité de nombreux volontaires... Les liquidateurs de Tchernobyl furent de ces héros des temps modernes, sauvant leurs foyers, leur pays et l'Europe. Sans eux qui sait ce qu'il aurait pu advenir? Pourtant ces derniers meurent à petit feu, et d'encore trop rares statues viennent rappeler leur dévouement et sacrifice. Reste que l'Histoire se devra de leur rendre justice fût-ce à défaut des gouvernants.

    Une nouvelle bataille a débuté depuis mars, en plein coeur de la centrale de Fukushima et de ses six réacteurs...

    mardi 5 avril 2011

    Lada Révolution ou Évolution?


    La firme Lada [1] (dont le nom est une référence à la déesse Slave éponyme) est connue hors des frontières de l'ex-Union Soviétique principalement pour son 4X4 Niva. Un succès à l'exportation qui ne s'est jamais démenti et qui relativise quelque peu l'acidité de certaines histoires drôles quant aux autres véhicules de la marque (notamment la mythique Jigouli/Жигули).
    Si la firme a connu une année 2009 relativement chaotique, à l'instar de ses homologues Européens, Américains et Asiatiques, elle n'en a pas moins poursuivi sa politique d'harmonisation avec les normes Européennes. Le tout en prolongeant les partenariats avec les constructeurs étrangers, tel Renault-Nissan entré au sein du capital à hauteur de 25% et peut-être davantage dans un futur proche selon le PDG Carlos Ghosn.
    Ce faisant elle s'est de plus en plus immiscée dans les épreuves sportives, en tant que sponsor (Championnat de Formule 1 avec l'équipe... Renault) et en tant qu'écurie (Championnat du monde de tourisme avec les Lada Priora [2] ). Notons la présence de Vitaly Petrov, premier pilote Russe en Formule 1 et concourrant pour l'écurie Lotus Renault GP. Sans omettre l'inauguration attendue d'un Grand Prix de Russie pour 2014 à... Sotchi!

    Mais c'est aussi la timide introduction de concept cars! Telle la Lada Revolution qui a été dévoilée la première fois en 2008. Admirez :



    Pour les performances techniques et quelques photos complémentaires, se rendre sur le site de Challenges.fr.

    Bien de l'asphalte reste encore à avaler pour venir chatouiller les grands noms de l'automobile, pourtant il semblerait que Lada veuille se donner les moyens de ses amibitions et que les partenariats amorcés commencent à payer. La route est encore longue, mais le constructeur Russe a résolument enclenché la seconde vitesse...

    MAJ : Comme nous sommes dans le secteur automobile Russe, j'en profite pour partager avec vous l'information selon laquelle le premier véhicule hybride du pays vient de sortir, la Ë-Mobile fonctionnant à l'électricité et au gaz (deux ressources dont disposent les habitants de Russie en grande quantité) . Fruit d'une coopération entre Yarovit-Motors et Onexim group (appartenant à Mikhail Prokhorov). Pour le reste les informations techniques restent parcimonieuses et obligent par conséquent à ne pas porter de conclusion hâtive. Bien entendu l'ensemble ne reste qu'à l'état de prototypage mais est annoncée une fabrication en série courant de l'année 2012. En attendant, le Premier Ministre Vladimir Poutine en a été l'un des premiers utilisateurs.



    Derrière ces démonstrations mécaniques, il y a aussi une volonté de donner aux produits Russes une meilleure visibilité ainsi qu'image. Ainsi Mikhail Prokhorov fait partie de ces oligarques «invités» par le pouvoir (depuis les années 2000) à investir de manière substantielle dans le pays en lieu et place à l'étranger. Et si possible dans les nouvelles technologies ou produits innovants : tant pour une question de prestige que de pérennité économique.

    Découverte heureuse durant mes recherches, un blogue uniquement centré sur l'univers Lada, bien rédigé et tenu à jour : que demander de plus?
    http://ladainfo.skyrock.com/


    Crédit photo : RIA Novosti

    [1] Officiellement Avtovaz (АвтоВАЗ), dont le siège social est sis à Togliatti.
    [2] Écurie non inscrite cependant pour la saison 2011.

    samedi 2 avril 2011

    RusNavy Intelligence parce que la marine Russe le vaut bien


    Alors qu'elle avait tout pour se consacrer à être principalement une puissance continentale, la Russie sous l'impulsion énergique de Pierre le Grand (1672-1725) se dota d'une marine de guerre qui au fil de l'expérience du combat devint l'un des outils du rayonnement du pays sur la scène Européenne au sortir de la guerre du Nord. L'Union Soviétique ne changea guère la donne, et prolongea cet effort au prix parfois de très lourds sacrifices. Il est regrettable malgré tout que certains grands noms de la marine Russe tel Fyodor Ushakov (1744–1817) soient demeurés largement inconnus en occident (sauf pour les spécialistes de la question maritime cela va de soi). Sait-on par ailleurs qu'un émigré Français porteur du célèbre patronyme de Richelieu oeuvra sur la Mer Noire au profit de l'Empire Tsariste pour développer substantiellement le port hautement stratégique d'Odessa?
    Du reste, en Pitersky de coeur que je suis, je n'ai pu que saluer à l'époque la décision des autorités de déménager l'état-major de la marine de Moscou à Saint Pétersbourg (prévue pour 2009 mais reportée jusque début 2012).

    J'en profite par conséquent pour signaler l'existence de RusNavyIntelligence, un portail en français consacré exclusivement aux forces navales Russes et dont la qualité incite à s'y rendre fréquemment pour s'y tenir informé. Merci à l'auteur de m'avoir averti de l'existence de son blogue, tout en lui souhaitant une longue vie (numérique).
    Suggestion comme thématique à venir : serait-il possible de traiter les ushkuiniki (ушкуйники) de la République de Novgorod? Déplorant la quasi-absence de mention de ces marins intrépides en langue française.