lundi 28 février 2011

Ainsi meurt l’âme de Samarcande

Petite digression par l'Asie Centrale via un article d'Alice Corbet, Ainsi meurt l’âme de Samarcande.

L'Ouzbékistan est l'une de ces anciennes républiques soviétiques qui se cherchent une voie propre depuis la fin de l'URSS et pour ce faire s'appuient sur un passé parfois recomposé parfois fantasmé. Cette quête d'identité les poussant à remodeler le paysage urbain, quitte à le dénaturer et à en exclure une partie de la population.
C'est ce qu'exprime ce billet assorti de nombreuses photographies sur l'ancienne capitale de Tamerlan, et que je vous invite cordialement à lire.

Samarcande est une ville dont le nom sonne comme une promesse : celle de splendeurs venues d’ailleurs, ruisselantes d’une atmosphère chaleureuse, renvoyant aux récits des explorateurs et aux mythologies exotiques de la Route de la soie. Celle aussi des quartiers traditionnels qui fourmillent d’activité et de culture. Un rêve urbain que le dictateur ouzbek Islam Karimov a décidé de briser en séparant brutalement les grands monuments des quartiers populaires.

mercredi 23 février 2011

Filles de Charlemagne, Allemagne et France


C'est en lisant hier soir les deux derniers billets d'Horizons du dénommé Malakine, tout en apprenant avec tristesse (même si j'en respecte la décision) la fin de la tenue de son blogue de qualité, que j'ai pris grand intérêt à lire l'exégèse du dernier ouvrage de Jean-Pierre Chevènement.

Un point parmi d'autre a attiré mon attention de façon significative, ce passage ci :
Je ne crois pas du tout (et depuis longtemps) dans le retour à une Allemagne européenne. Pour deux raisons majeures. La première c’est que la stratégie nationale non coopérative a plutôt bien fonctionné pour elle et qu’à moins d’une déflagration économique qui remette tout en cause, elle n’a aucune raison de réviser son modèle. La seconde c’est que l’Allemagne est la grande nation de culture « souche » du continent et qu’à ce titre le seul horizon collectif qu’elle est capable de penser est son propre cadre national. La France est dans une situation rigoureusement inverse. Sa crise d’identité et ses faiblesses économiques l’empêchent de se penser comme une puissance autonome, et son universalisme la pousse à penser le collectif à l’échelle la plus large possible, l’Europe quand ce n’est pas la Planète, l’Humanité ou l’Univers.
Si je ne suis pas l'auteur sur certains points énoncés précédemment et postérieurement à ce passage, en revanche je lui rend grâce d'avoir très bien cerné le ressort intrinsèque de chaque pays.
Pour résumer, l'Allemagne est une nation ethnique, la France une nation politique. La différence tient à ce que l'une persistera dans le temps même sans avoir d'Etat, tandis que l'autre est un bijou taillé par une construction de la pensée qui ne saurait survivre sans Etat. Fichte et Renan chacun de leur côté ont bien perçu quelle était la meilleure approche pour définir le plus rigoureusement possible leur propre nation.
C'est aussi ce pourquoi la France est plus angoissée d'un éventuel déclin que ses homologues d'outre-Rhin : son ressort messianique la tend à aller vers autrui, et à s'occuper des affaires du monde. L'Allemagne tend d'abord à resserrer ses tribus autour d'un espace difficilement délimitable, ses frontières ayant été fort fluctuantes au cours des siècles.

Beaucoup plus centralisée que l'Allemagne (das Land der Dichter und Denker), la France (die Große Nation) est de facto plus sensible à l'action de ses dirigeants. Qu'un individu arrive au sommet de l'Etat et s'empresse d'y exercer son autorité de façon extrêmement désordonnée, quand ce n'est attentatoire à l'intérêt du peuple, et c'est un affaissement national comme international qui la minerait inéluctablement. En Allemagne, tout dirigeant est amené à promouvoir l'unité tout en respectant les particularismes régionaux, que le dirigeant fasse défaut et ce sont les forces centrifuges qui reprendraient le dessus. L'on remarquera aussi la plus grande prégnance du pragmatisme hors de ses frontières là où la France fait de la politique étrangère une question d'honneur et de prestige.

Filles de Charlemagne, la France et l'Allemagne sont de fait deux entités au destin imbriqué mais à l'approche et aux modalités politiques fort différentes. Elles n'en demeurent pas moins complémentaires sur le sol Européen, et leur synergie est la promesse de grandes ambitions et réalisations.

[1] Peu de gens en ont connaissance mais Renan fut aussi l'auteur d'un ouvrage très remarquable intitulé La Réforme intellectuelle et morale de la France écrit après la défaite Française de 1871 en observant comment l'Allemagne unifiée sous la férule Prusienne avait pu remonter la tête en cette moitié de XIXème siècle et ébauchant dans la foulée de sa réflexion les pistes pour que la France se redresse rapidement par un bouleversement de ses schèmes de pensée. Le choc de 1871 stimulera en effet les esprits de chaque côté du Rhin dans de nombreuses disciplines, telle la sociologie qui verra Emile Durkheim et Max Weber lui donner ses lettres de noblesse bien que feignant de s'ignorer totalement.

samedi 19 février 2011

Cyberménage en Ukraine


En faisant sur le point sur des archives, je suis tombé sur cette (ancienne) nouvelle du Kyiv Post, journal Ukrainien, qui relatait la mise hors service d'un réseau d'escrocs basés dans le pays par le SSU (Security Service of Ukraine ou Служба безпеки України) avec l'aide du FBI (Federal Bureau of Investigation). L'annonce était importante sur plusieurs plans :

  • le succès d'une coopération de police internationale avec une implication plus accentuée de l'Ukraine souvent présentée comme trop laxiste dans le domaine
  • les sommes en jeu, près de 70 millions de dollars de subtilisés en Europe et Etats-Unis
  • la démonstration que le vivier des virtuoses du clavier dans les pays de l'Est est toujours une réalité

  • Le système bien rôdé n'est pas pour les initiés au monde de la cyberstratégie d'une grande novation mais il a l'ample mérite, si bien réglé, d'être fort rémunérateur et difficile à démanteler de par sa structure.
    Les responsabilités sont en effet diluées, et ceux qui gèrent les bénéfices d'une telle activité, ne sont pas ceux qui manipulent directement l'argent, laissant cette besogne à des mules. C'est à dire des passeurs de fonds assurant le transfert des sommes moyennant un pourcentage sur les opérations bancaires illicites effectuées.

    Le Kyiv Post offre justement un schéma (en anglais) permettant de mieux comprendre le fonctionnement d'une telle organisation s'étendant d'un continent à l'autre.

    Si l'on en croit l'article, les têtes pensantes de l'opération bien que dotées de solides connaissances en informatique ne seraient pas pour autant les concepteurs du logiciel incriminé mais des utilisateurs avertis. L'on assiste de fait à l'emploi d'un outil "clef en main" par des groupes malintentionnés, évitant de fait le développement d'un produit en interne si l'on peut se permettre cette analogie d'entreprise. De tels logiciels kleptomanes (dans le cas présent les données bancaires) sont généralement suffisamment efficaces envers des entreprises ou institutions peu à jour dans leur système de défense.

    Toutefois comme le mentionne avec à propos l'article, l'Ukraine reste une plate-forme de choix pour des cybercriminels assurés d'être en relative sécurité dans le pays et d'opérer à leur guise, protégés par les frontières et parfois par des complicités en haut-lieu comme le subodore les services occidentaux.

    jeudi 17 février 2011

    Les guerres low cost, invitées du CGS 5


    Pour leur cinquième édition, les Cafés Stratégiques invitent Stéphane Dossé, sous la direction duquel a été rédigé le premier cahier d’AGS : Les guerres low cost. Il présentera les différentes notions abordées dans le livre et engagera le débat, accompagné de quelques co-auteurs, avec les participants. Stéphane Dossé a récemment repris le blog Lignes Stratégiques après avoir annoncé la fin de Pour convaincre, la vérité ne peut suffire. L’objectif étant de partager des notes de lectures sur les ouvrages liés aux questions de défense et de sécurité. Stéphane Dossé est aussi secrétaire général du Club Participation et Progrès. Venez donc nombreux pour ce « CGS5 » qui se tiendra le jeudi 24 février 2011, 19h00, au Café le Concorde 239, boulevard Saint-Germain (Paris VIème, métro : Assemblée Nationale). Entrée libre.

    dimanche 13 février 2011

    Nokia scelle le pacte avec Microsoft


    Dans le monde du numérique, les géants d'hier peuvent en moins d'une décennie devenir les hommes malades d'aujourd'hui. Il est certes un peu trop tôt pour se prononcer de la sorte envers Nokia, le géant des télécommunications Finlandais, mais sa récente main tendue vers Microsoft n'a pas manqué de susciter d'âpres réactions.

    Pourquoi Nokia, encore meilleur vendeur mondial de mobiles en 2010 [1] s'est-il senti obligé par la voix de son Président Stephen Elop d'opérer pareil rapprochement?
    Un rapprochement qui d'ailleurs n'eut pas l'heur de plaîre aux marchés, l'action ayant chuté de 9,93% juste après l'annonce.

    Un choix pourtant loin d'être mal pensé : bien qu'en perte de vitesse, Nokia demeure une valeur sûre dans son secteur et sa réputation liée à la qualité de ses produits reste intacte auprès des consommateurs ; Microsoft avec son système Windows Mobile 7 ne démérite pas sur le plan technique, et a reçu des critiques relativement positives de la part de la presse spécialisée.
    Cependant les deux compagnies doivent faire face à un bouleversement de tendance, et Android progresse inexorablement vers les sommets, poussant ses partenaires (dont Samsung) dans le sillage de sa réussite. Symbian, le système d'exploitation de Nokia, reste largement en tête des OS pour mobiles mis en circulation pour 2010 (111,6 millions) cependant le protégé de Google gagne à grandes enjambées du terrain, se positionnant désormais comme son challenger incontestable (67,2 millions d'OS pour 2010).
    En réalité, le souci de Nokia est d'avoir manqué un saut technologique, celui des smartphones. Quant à Microsoft, lui autrefois si conquérant sur ses plate-formes PC, il peine plus que difficilement à émerger sur les nouveaux supports de télécommunications, dont la téléphonie mobile qui pourtant se rapproche crescendo d'un ordinateur lambda par la multiplicité des applications dorénavant disponibles.
    En somme, les deux géants sont obligés de nouer un accord stratégique pour ne pas être marginalisés sur un secteur très porteur mais impitoyable pour les retardataires. Les défections (Sony Ericsson pour Symbian) et retours déçus (LG pour Windows Mobile) n'incitent guère il est vrai à retarder pareille alliance qui traînait dans l'air depuis un moment comme le rappelle Business-mobiles.fr.

    Enfin, un élément à prendre en compte pour Nokia comme pour tous les fabricants occidentaux : la concurrence irresistible sur le bas de gamme par leurs homologues Chinois. Ce fut notoirement le cas du Nokia N8 rapidement concurrencé par son clone à peine proposé sur le marché!


    [1] 461,3 millions d'unités écoulées selon le Figaro du 11/02/2011. Loin devant Samsung et ses 281 millions.

    jeudi 10 février 2011

    Les chemins de la liberté

    Il est de ces films que l'on n'attend pas et qui vous procurent un plaisir décuplé à leur projection. C'est le cas du dernier métrage de Peter Weir, le talentueux réalisateur Australien de Gallipoli (film sur le corps expéditionnaire Australien dans les Balkans durant la première guerre mondiale, trop peu connu hélas), du Cercle des poètes disparus (un véritable monument porté à bout de bras par un incroyable Robin Williams au sommet de son art), Green Card (comédie romantique plus intimiste mettant en scène un Depardieu très volontaire pour obtenir son titre de séjour aux Etats-Unis) ou encore du très viril Master and Commander (dévoyant quelque peu de la réalité puisque l'ennemi est ici Français alors que dans la réalité il était... Américain (USS Norfolk)!).

    Le présent film est tiré de l'histoire romancée (mais basée sur des faits rapportés comme réels) et couchée par écrit du Polono-Biélorusse (il est né à Pinsk) Sławomir Rawicz, un officier de cavalerie arrêté par le NKVD et interné dans un goulag avant d'être libéré pour rejoindre ce qui deviendra la première armée Polonaise de libération de l'Ouest sous le commandement de Władysław Anders. Son oeuvre unique, The long walk, donnera l'inspiration au présent métrage en contant l'épopée de fugitifs d'un goulag en pleine Sibérie accomplissant un trajet de plusieurs milliers de kilomètres à travers une nature impitoyable. Car comme l'énonce si bien le responsable du camp, la véritable prison n'est pas tant le camp en lui même que ce qui l'environne. Une nature implacable et désorientante.

    Une aventure humaine particulièrement bien tournée, même si l'on peut reprocher des longueurs sur certains passages et déplorer en revanche le raccourci trop abrupt d'autres scènes.
    Apprécions l'opportunité de revoir Ed Harris campant l'un de ces milliers d'Américains ruinés par la crise de 1929 venus chercher fortune en Union Soviétique! Quant à Jim Sturgess, il se positionne comme l'un des acteurs les plus prometteurs du cinéma Britannique en endossant avec crédibilité le rôle de Janusz, le meneur malgré lui d'hommes prêts à mourir libres plutôt qu'en détention.

    En complément du présent billet, vous pouvez vous rendre sur la critique de Guillaume Payre parue sur son propre espace de publication.


    mardi 8 février 2011

    Messages à caractère informatif : le détournement des années 80 par les années 2000

    Les années 80 sous l'impulsion des dirigeants anglo-saxons entamèrent plusieurs réformes libéralisant les échanges et abattant les protections sociales afin de laisser libre cours aux forces du marché, années qui auront été l'aboutissement d'efforts débutés dans les années 70. Cette déferlante néo-libérale, sous l'égide de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan, aboutirent à encourager l'entrepreunariat et les métiers liés à la finance : c'est la grande ère des yuppies, ou jeunes urbains professionnels symbolisant le culte d'un nouveau veau d'or promotionné publiquement et médiatiquement.
    C'est de cette période que datent les messages à caractère informatif, des films d'entreprise promouvant une vision positive et dynamique du monde du travail. En France, la figure montante de Bernard Tapie joua ce rôle d'entrepreneur conquérant à travers les médias : soulignons à ce titre que l'ascension véritable de l'ancien Ministre de la Ville le fut par l'achat et le découpage en tranches d'entreprises en difficulté financière pour se séparer des unités de production non rentables et revendre le tout avec plus-value à la clef.
    Nicolas Charlet et Bruno Lavaine reprendront à leur profit ces messages pour en détourner le sens ou en grossir le trait pour les ridiculiser au sein d'une société fictive, la COGIP. Le tout durant l'émission phare de Canal+ jusqu'en 2001, Nulle part ailleurs.

    Il y a peine à penser que de tels messages arriveraient à trouver leur place à notre époque, tant les excès des années passées ont décridibilisé (à tort) l'image de l'entrepreneur en le faisant passer pour un être cupide et antisocial par assimilation à ces grands patrons peu scrupuleux et surtout peu attachés à l'entreprise qu'ils ont été amenés par l'extérieur à gérer. C'est aussi lui faire endosser les tares d'un système qui est dû pour une grande part à l'omniprésence des obligations draconiennes de retour sur investissement imposés par les actionnaires.
    Le véritable homme d'affaires est un aventurier, et la responsabilité qu'il acquiert au fil du temps est souvent le fruit d'une longue et éreintante lutte contre les éléments humains et administratifs. Il est souvent un apport essentiel à la vie sociale en l'irriguant de ses produits/services, ainsi qu'en faciliant le transfert des novations techniques et intellectuelles.
    De même que l'appât du gain ne saurait expliquer leur cheminement, qui n'est pas obligatoirement d'essence matérialiste. Les gains pécuniaires ne sauraient tout expliquer, à tout le moins dans sa totalité, quant à cet acharnement quotidien le plus souvent au prix de réels sacrifices (temps, énergie, santé, famille).
    Alors sauvons les vrais entrepreneurs! (ceci est un message à caractère informatif)




    samedi 5 février 2011

    La Triple Entente version 2010?

    Chers visiteurs,

    En sus de mes activités sur l'Alliance GéoStratégique, j'officie aussi désormais sur World Investigation Net, un site de géopolitique russophone (donc débordant du seul cadre de la Fédération de Russie) où j'apporte mes vues sur les enjeux contemporains par l'entremise d'articles exclusifs ou partagés.
    Ceux-ci étant disponibles en version française et russe (voire anglaise comme pour le présent billet).

    En vous souhaitant une bonne lecture,

    Article publié sur World Investigation Net le 11 décembre 2010



    L’on désigne par le terme de Triple Entente une coalition formellement signée le 31 août 1907, elle même fruit de rapprochement successifs entre d’une part la France et la Russie (17 août 1892) et d’autre part entre la France et l’Angleterre (8 avril 1904). Ladite coalition fera face durant le premier conflit mondial à la Triple Alliance composée de l’Allemagne, l’Autriche-Hongrie et pour un temps de l’Italie. Une logique de blocs avant l’heure qui aboutira par les accords à l’engrenage des évènements dès l’assassinat de l’Archiduc François-Ferdinand à Sarajevo.

    Un peu plus de cent ans plus tard, quelle est la situation sur le front Européen? A l’heure où la France tend la main au Royaume-Uni et attend impatiemment de pouvoir démarrer la production de bâtiments de surface de classe Mistral pour le compte de la Russie, il est tentant de procéder à des parallèles... comme de s’en défier.

    Un Royaume-Uni volontaire pour un partenariat plus dynamique avec la France mais exsangue financièrement

    Sans remonter jusqu’à l’entrevue du drap d’or entre François Ier et Henri VIII, les attirances et tentatives de coopération entre Anglais et Français furent soulevés erratiquement ces dernières années. Ce qui n’empêcha pas, et n’empêche toujours pas les incompréhensions réciproques fruit il est vrai d’un passé tumultueux.

    Ce rapprochement avait encore été évoqué dans un passé récent, souvenons-nous du projet de porte-avions commun longtemps en suspens [1] avant d’être considéré comme improbable par les Ministres de la Défense des pays respectifs Liam Fox et Hervé Morin début septembre 2010.

    L’idée était loin d’être saugrenue en dépit des réticences légitimes puisque les " royales " pouvaient être amenées à se compléter, et non fusionner, sur les théatres d’opérations et partager le cas échéant du matériel standardisé. Qui plus est, les deux marines étant membres de l’OTAN, il n’y avait de fait pas de contre-indication de nature " politique ".

    Or la crise est passée par là, et le Royaume-Uni dont l’économie s’était surtout portée sur la finance a subi de plein fouet le choc des subprimes Américain en 2006 ainsi que ses répliques mondiales, et notamment la crise financière Islandaise [2]. L’arrivée au pouvoir d’un nouveau Premier Ministre, David Cameron, n’a pas été accueilli comme le sauveur de l’armée et la marine Britanniques puisqu’il s’est empressé de tailler à vif dans le budget des forces armées. résultat, 3 milliards de livres sterling de coupe budgétaire, soit 8% de réduction! De cet état de fait, c’est une puissance militaire amoindrie qui n’a d’autre choix que de s’allier pour mieux peser sur la scène internationale et répondre aux défis toujours présents et protéiformes. Et de se tourner vers le dernier Etat Européen disposant d’une industrie de la défense active. la France.

    Pourtant le Royaume-Uni n’est pas le seul à supporter la note de la crise financière mondiale. Trop souvent considérée comme une variable d’ajustement budgétaire, la défense nationale fait elle aussi les frais de coupes franches. Le livre blanc sur la défense et la sécurité nationale avait il est vrai annoncé la couleur et les douloureuses mutations à venir, appelées aussi mouvements de restructuration, confirmé par le projet de loi de finances de 2011 annonçant un écart de 3,6 milliards d’euros sur la loi de programmation militaire sur trois ans (programmation triennale). L’écart étant censé être résorbé par des recettes exceptionnelles (impliquant de facto un chiffrement purement prévisionnel et soumis à l’aléatoire en période de crise financière généralisée). En somme la France se porte mieux que son homologue Britannique mais pas forcément bien. Alors deux faiblesses (même relatives) s’alliant pour résister au monde?

    C’est dans ce contexte politico-économico-social morose que les deux chefs de l’exécutif ont signé le 2 novembre dernier à Lancaster House un traité de coopération militaire souvent, et abusivement, appelé de nouvelle entente cordiale. Le traité a au moins un mérite essentiel. celui du pragmatisme dans l’approche. Rien de révolutionnaire au même titre que naguère l’élaboration d’un porte-avions commun et désormais " gelé " mais une approche plus rationnelle et mesurée. partage de deux porte-avions nationaux à terme (le Charles de Gaulle pour la France, en attendant le dégel hypothétique du PA 2, et le futur HMS Queen Elizabeth pour l’Angleterre) ; force d’intervention commune interarmée ; laboratoire situé près de Dijon doté d’un simulateur dédié au nucléaire militaire avec un centre de développement technologique à Aldermaston ; élaboration de drones de nouvelle génération. Fondamentalement rien d’utopique puisque découlant d’une volonté manifeste de rationaliser et cadrer les coûts exponentiels de programmes dans le domaine militaire.

    Une Russie tendant deux mains. économique et militaire

    C’est peu dire que les relations entre les membres de l’Union Européenne et la Russie auront traversé bien des tempêtes. La dernière en date étant celle de la crise russo-géorgienne de l’été 2008 et qui avait vu l’épisode tragi-comique de la tentative de gel des relations UE-Russie qui n’aura pas tenu un semestre [3].

    Cahin-caha, et préférant l’approche bilatérale que multilatérale envers les membres de l’Union Européenne, la Fédération de Russie n’a pas hésité à tendre deux mains ces derniers mois. La première militaire, et qui était de loin la moins évidente, en proposant à la France l’achat de bâtiments de projection et de commandement de classe Mistral. Une véritable révolution entre deux membres membres majeurs de l’OTAN et de l’OCS comme une opportunité commerciale pour la France, alléchée par l’achat d’au moins deux bâtiments mis en chantier sur son territoire, et deux autres à venir mais au profit cette fois des chantiers navals de Saint-Pétersbourg (qui sont cependant aussi en concurrence avec ceux de Iantar et de Zvezda).

    Ni Anders Rasmussen, secrétaire général de l’Alliance Atlantique ni Washington par la voix de son ambassadeur à Moscou John Beyrle n’émirent d’opinion contraire, au dépit de certains pays riverains de la Russie tels que les Pays Baltes ou la Géorgie. Du reste, la Corée du Sud comme l’Espagne et les Pays Bas restent sur les rangs pour pallier à toute défection ou mise à l’écart de la France. Reste à trancher certaines questions sensibles, tels le transfert de technologie et l’adaptation desdits navires aux rigoureuses conditions des mers septentrionales Russes.

    L’autre main tendue étant celle d’une coopération sur les plans militaires et économiques.
    Premièrement par le traité de sécurité Européenne tel qu’il a été formulé en novembre 2009 [4] par le Président Dmitri Medvedev. Les autorités Russes désirant se placer comme les meilleurs protecteurs d’une défense 100% Européenne sans avoir partie liée à des puissances tierces au vieux continent. Seulement cette offre rencontre une certaine indifférence à l’Ouest et hostilité à l’Est. les anciens réflexes ayant la " peau dure "...

    Deuxième par la proposition de bâtir une zone de libre échange complétée à terme par une union économique voire monétaire entre l’espace Russie-Bélarus-Kazakhstan et l’Union Européenne comme formulée avec insistance à Berlin en cette fin novembre par le Premier Ministre Vladmir Poutine.

    Si l’on devine les deux membres de l’exécutif Russe trop intelligents pour espérer une acceptation rapide et unanime de leur proposition respective, il est permis de conjecturer sur le fait que leur but est prioritairement de marquer les esprits, de baliser grossièrement un avenir commun et par là même de donner une image de la Russie plus apaisante et soucieuse d’un continent prospère et pacifié de " Lisbonne à Vladivostok " [5].

    1+1+1 = 3 ? Non, 2+1 en géopolitique

    Angleterre, France, Russie ensemble main dans la main en lieu et place de ce qui fut l’axe Paris-Berlin-Moscou un temps envisagé? Du tout, et ce pour une raison très simple. la pierre d’achoppement des relations britanno-russes.

    Car depuis de nombreuses années les relations entre le Royaume-Uni et la Fédération de Russie sont pour le moins très tendues. accueil de personnalités en fuite (Boris Berezovsky étant le plus connu d’entre eux mais loin d’être le seul) ; renvoi de plusieurs diplomates Russes de Londres ; affaire des British Council de Russie... A cela s’ajoute une attitude siamoise de la position Américaine sur bien des dossiers internationaux (Irak, Iran, Afghanistan, Kossovo).

    Des différends qui pourraient être levés avec l’arrivée au pouvoir de David Cameron. Ainsi le 11 novembre dernier à Séoul, à l’issue d’une rencontre peu avant la tenue du G20, le Président de Russie et le chef de l’exécutif Anglais ont annoncé partager les mêmes analyses sur la situation économique internationale comme sur la question de la sécurité internationale. Avec une offre de rencontre officielle à son homologue du 10 Downing Street formulée par Dmitri Medvedev pour l’année 2011. Certes convergences de vue ne signifie nullement convergence de solutions, néanmoins après les dernières années au lourd climat diplomatique, de tels propos semblent plus à même de terrasser le chemin cahoteux des relations britanno-russes.

    Pour l’heure, il ne saurait être question d’une Triple Entente nouvelle génération. Sans être fantasmagorique, elle nécessite l’éclaircissement de nombreux points en suspens. Qui plus est, la Russie ne fait pas de la France et de l’Angleterre ses interlocuteurs uniques au sein de l’Union Européenne. l’Italie et a fortiori l’Allemagne se positionnent très bien en tant que partenaires politiques " compréhensifs " et plus encore de partenaires économiques solides [6].

    Alors, nouvelle Entente Cordiale entre deux pays contraints à s’allier pour raison financière? Très certainement, mais le chemin jusqu’à Moscou pour une Triple Entente semble encore long et éminemment sujet aux aléas.


    [1] La société MOPA2 fut créée en 2006 à cet effet, entreprise conjointe de Thalès et de la DCN (désormais DCNS depuis 2007). Le projet portait sur près de 3 milliards d’euros, une somme difficilement acceptable en temps de crise financière.
    [2] D’autant plus touchée que le référendum islandais sur le remboursement de la dette a été refusé par la population locale à 93%, au grand dam des investisseurs Néerlandais et Britanniques.
    [3] Un pas en avant, deux pas en arrière, Cyberstratégie Est-Ouest, 14 octobre 2009.
    [4] Texte en version originale sur le site de la présidence Russe.
    [5] Si la référence fait implicitement penser à celle du général de Gaulle prononcée lors d’un discours à Strasbourg en 1959: " Oui, c’est l’Europe, depuis l’Atlantique jusqu’à l’Oural, c’est l’Europe, c’est toute l’Europe, qui décidera du destin du monde ! " mais elle est plus que cela, d’une part elle prend en compte la dimension eurasienne de la Russie (Vladivostok) et d’autre part elle mentionne explicitement Lisbonne. Une mention loin d’être le fruit du hasard puisque lieu du récent sommet de l’OTAN des 19 et 20 novembre 2010 où la Russie fut un invité remarqué et ménagé.
    [6] En 2009, l’Allemagne était le deuxième fournisseur de la Russie, assurant 13,2% de ses importations et l’Italie se plaçait à la cinquième place, à hauteur de 4,9% des importations. La France et le Royaume-Uni respectivement aux septième et treizième places.


    ENTENTE’2010?

    Term "Entente" is used to define the coalition, formally created on the 31st of August, 1907 and being a result of a logical movement of different countries towards each other. From one hand, it were France and Russia (17th of August, 1892), from the other one — France and England (8th of April, 1904). This coalition was to stand the "Triple Alliance" of Germany, Austria-Hungary and, temporarily, Italy during the First World War. Ill-timed bloc logic brought us through various treaties to the complicated events, started from the murder of Archduke Franz Ferdinand in Sarajevo.


    So what’s the situation at the European front after nearly 100 years from that? In the hour when France stretches its hand to Great Britain, impatiently awaiting the opportunity to start producing Mistral-class ships for Russia, the temptation to draw certain parallels...as if having some doubts...is great.

    The United Kingdom — willing for more dynamic partnership with France, but yet financially bled

    "Field of Golden Cloth [1]" negotiations between Francis I and Henry VII aside, unprecedented mutual attraction and attempts of partnership between Englishmen and French suddenly emerged recently. This, however, never stood and still doesn’t stand in the way of mutual misunderstanding that actually is a consequence of the shared tumultuous past of the two nations.

    This proximity was recently mentioned in connection to the joint project of the aircraft carrier, pending in the indefinite state for quite a time [2]. Finally, in the beginning of September, 2010 British Secretary of State for the Defence Liam Fox and French Minister of Defence Hervé Morin considered it to be unreal.

    The idea is not ridiculous as it may seem, in spite of the rightful doubts — at the theatres of war Royal Army had to supplement other military formations rather than unite with them and had to share the standardized equipment from time to time. Besides that, there were no "political" contra-indications as long as both fleets are the members of NATO.

    But the crisis burst out and Great Britain, which economics is mostly based on finances, suffered the most severe hit from the American real estate crisis of 2006 and its worldwide repercussions — Icelandic financial crisis [3] in particular. Coming of new Prime Minister David Cameron to power wasn’t considered to be a salvation for the British Army and Navy as long as he strived to cut the defense budget furthermore. As a result, budget was reduced by £3 billion, which made up 8% of it! In a situation with the weakening of the military power, country had no alternative but to join the efforts for the sake of having greater influence at the international arena and an ability to fight the already present and constantly changing challenges. So Brits had no other options but to address the last remaining European state with the functioning defense industry — France.

    However, the United Kingdom is not the only country that suffered from the global financial crisis. French national security — too often considered to be the variable budget value — also sustained losses from the direct cuts. "White Paper" on the issues of defense and national security actually defined the tone and the essence of forthcoming painful changes, also dubbed the "restructuring". It is confirmed by the bill project for the 2011 budget, featuring the reduction of military programs for €3.6 billion during next three years (three-year program). This cut is to be reduced via the unforeseen revenues (de-facto meaning the preliminary character of estimates, which depend on the random factors of the global financial crisis). In general, France feels itself much better than its British colleague, but not much better. So, two relatively weak states are going to unite in order to resist the rest of the world, aren’t they?

    Given this gloomy political-economic-social context, on the 2nd of November two chief executives have signed a treaty on military cooperation — often erroneously called the new Entente — at the Lancaster House. At the very least, this treaty has one significant advantage: pragmatic approach to the relationship. There are no revolutionary points like the recent joint development of the aircraft carrier (currently "frozen") but there are some rational and weighted up ones: urgent division of two national aircraft carriers (French "Charles De Gaulle" pending the hypothetic "unfreezing" of the "Port Avions 2" program) and future English "HMS Queen Elizabeth"; creation of inter-military quick reaction forces, laboratory near Dijon, equipped with the nuclear weapons simulator and the technology development center in Aldermaston, dedicated to the designing of next-generation pilotless drones. There’s nothing fundamentally utopian here as long as the very treaty originates in the desire to rationalize and coordinate the steadily growing military expenses.

    Russia stretches both hands — military and economic ones

    It wouldn’t be an exaggeration to say that there were several stormy periods in the relationship of the European Union members and Russia. The latest of them is dated by the Russian-Georgian crisis of summer’2008, followed by the tragicomic episode with an attempt to freeze the relationship — it didn’t last even three months.

    Little by little, having preferred the bilateral approach in the relationship with the EU members to a multilateral one, Russian Federation without hesitations stretched both of its hands lately. First of all it was an offer of military cooperation — it offered to buy Mistral-class helicopters from France. That’s an actual revolution in relationship between the two principal members of the NATO and SCO respectively caused by an opening for France. The latter was seduced by the purchase of at least two ships, built at its territory, now and two more in future — the latter, however, are to be built at the St. Petersburg shipyards (which compete with the "Yantar’" and "Zvezda" shipyards in its turn).

    Neither Anders Rasmussen (Northern Atlantic Alliance Secretary General), nor Washington, embodied by its Moscow ambassador John Beyrle have expressed their dissatisfaction, unlike some neighbors of Russia — Baltic States and Georgia. Besides that, South Korea, Spain and Netherland are first to smooth out any French apostasy or self-removal. There are just some minor issues to be solved — like the very transition of technologies and adaptation of the said vessels to the severe conditions of Russian northern seas.

    Another stretched hand is an offer of economic and security cooperation. First of all, this is applied to the European Security Treaty, formulated in November, 2009 by President Dmitry Medvedev [4]. Russian authorities try to position themselves as the 100% adherents of the European defense independent from the third countries. This offer alone meets certain indifference in the West and hostility in the East. Old habits are hard to get rid from...

    Second offer applies to the creation of free commerce zone — which is later to be supplemented with economic (or even the currency) union at the territories of Russia-Byelorussia-Kazakhstan and the European Union. At least, that’s how Vladimir Putin persistently put it in November this year in Berlin.

    But do you consider two Russian leaders to be too smart to hope for such quick and unanimous consent with their offers? Then we may assume that their goal was to make an impression on Europeans, to outline their common future and thus, make the public image of Russia more calming — make it look like a country, caring about the prospering and peaceful continent "From Lisbon to Vladivostok [5]".

    1+1+1 makes 3? No, then let it be 2+1 in the geopolitics.

    England, France and Russia going together, hand in hand — instead of what was called the Paris-Berlin-Moscow axis in the due time? Not at all and the reason for that is simple. The stumbling block is the Anglo-Russian relationship.

    For many years relations between the United Kingdom and Russia could have been called "strained" at the very least. Giving asylum to political refugees (Boris Berezovsky is the most famous but not the only one), renvoi of several Russian diplomats from London, affairs of British Council in Russia...Add here the complete convergence of British and American positions on multiple international issues (Iraq, Iran, Afghanistan, Kosovo).

    These discords could have been eliminated with David Cameron’s coming to power. So on the 11th of November after the negotiations in Seoul — which took place not long before the G20 summit — President of Russia and British Prime Minister stated that they share common views on world economic situation and the international security issues. Dmitry Medvedev invited his colleague from 10, Downing St. to Russia with an official visit in 2011. Of course, convergence of views surely doesn’t mean the convergence of political decisions. Nevertheless, after last years of severe diplomatic climate, such remarks seem to be capable of flattening the bumpy road of Anglo-Russian relationship.

    Today emergence of new Entente is out of question. Not being completely phantasmagoric, this idea though requires specifying certain unsolved issues. Moreover, Russia doesn’t consider France and England to be its only possible partners even within the European Union. Italy and especially Germany position themselves as "understanding" political and reliable economic partners [6].

    So did the two countries forced to become allies due to financial reasons reach the new "entente cordiale"? They certainly did, but for the new Entente road to Moscow still would be long and to a great degree depending on various chances.

    Yannick Harrel is an expert on cyberspace matters and the strategic opportunities of new digital media. He carefully examines the geopolitical processes in the Eurasian zone and writes numerous articles on that matter.


    [1] Field of Cloth of Gold or Field of Golden Cloth (Fr. Le Camp du Drap d’Or) is the name given to a place of negotiations between English King Henry VII and French King Francis I in Balinghem, between Guînes and Ardres, in France, near Calais. The negotiations lasted from the 7th to 24th of June, 1520 and they got this name for the extraordinary splendor of the royal suites.
    [2] "MOPA2" was found in 2006. This is a joint enterprise of Thalès and DCN (since 2007 — DCNS). Estimated project value makes up almost €3 billion which is hardly acceptable during the trying times of crisis.
    [3] Iceland suffered even more from the debt indemnity referendum, which 93% of local population voted against, to the cost of Dutch and British investors.
    [4] Its original version is given at the Presidential web-site.
    [5] This reference implies on the words of General De Gaulle, said in Strasburg in 1959: "It is Europe — an entire Europe from Atlantic to Ural — that defines the future of the world!" From one hand, it recognizes the Eurasian size of Russia (Vladivostok), from the other hand directly mentions Lisbon. This statement was not accidental — mind the time and place where it was made: on the 19th and 20th of October, 2010 at the recent NATO summit where Russia was a notable and prepared guest.
    [6] In 2009 Germany was the second largest trade partner of Russia, having provided 13.2% of its import. Italy with 4.9% of import took the fifth place. France and Great Britain got the seventh and thirteenth places, accordingly.


    АНТАНТА, ВЕРСИЯ 2010?

    Термин «Антанта» обозначает коалицию, формально созданную 31 августа 1907 года и явившуюся результатом последовательного сближения между Францией и Россией, подписавших союзный договор 17 августа 1892 года, и, с другой стороны, между Францией и Англией, заключивших соглашение 8 апреля 1904 года. Этой коалиции суждено было во время Первой мировой войны противостоять союзу в составе Германии и Австро-Венгрии. Логика развития событий по спирали после заключения этих договоров, привёдшая к убийству эрцгерцога Франца Фердинанда в Сараево и началу мировой войны, до поры была неочевидна.

    Какова ситуация на европейской авансцене немногим более ста лет спустя? В дни, когда Франция протягивает руку Великобритании и ждёт возможности начать производство надводных кораблей класса Mistral для России, заманчиво провести некоторые параллели... сомневаясь в их уместности.

    Более динамичному партнёрству Великобритании и Франции мешает тяжесть финансовой ситуации

    Если не обращаться ко временам «Лагеря золотой парчи» [1]* Франциска I и Генриха VIII, попытки сотрудничества между англичанами и французами в последние годы носили, скажем так, спорадический характер. И они объяснимо сопровождаются недоразумениями, обусловленными сложной историей взаимоотношений двух стран. Одним из последних поводов говорить об англо-французском сближении стал проект совместного строительства авианосца для дальнейшей совместной эксплуатации. Этот проект долго находился в неопределённом состоянии [2] до того, как был объявлен нереализуемым министрами обороны двух стран, Лайэмом Фоксом и Эрве Мореном, в начале сентября 2010 года**.

    Идея была далеко не нелепа, несмотря на законные сомнения, особенно со стороны британских военных, недопонявших, как можно без объединения под одним командованием совместно пользоваться одной техникой. Кроме того, поскольку оба флота являются членами НАТО, не было никаких противопоказаний «политического» характера. Великобритания, экономика которой в последнее время основана была преимущественно на финансах «из воздуха», приняла на себя главный удар американского ипотечного кризиса 2006 года, а также его повторений по всему миру, в особенности исландского финансового кризиса [3]. Приход к власти нового премьер-министра Дэвида Кэмерона для британских армии и флота спасением не стал. Зато он поторопился сократить военный бюджет, на 3 миллиарда фунтов, то есть на 8%. В подобной ситуации, ради сохранения возможности влияния на международной арене и адекватной реакции на угрозы и вызовы, рационально было обратиться за кооперацией к последнему европейскому государству, располагающему работающей оборонной промышленностью – к Франции.

    Однако Соединённое Королевство – не единственная страна, пострадавшая от глобального финансового кризиса. Слишком часто рассматриваемая как переменная бюджетная величина, национальная оборона Франции также понесла убытки от прямых сокращений. «Белая книга» этого года по вопросам обороны и национальной безопасности задала тон и обозначила грядущие болезненные изменения, называемые также реструктуризацией. Грядущий секвестр военных расходов подтверждается проектом закона о бюджете на 2011 год, в котором объявляется о сокращении военных программ за три года на 3,6 миллиардов евро (трёхлетняя программа). Сокращение должно быть уменьшено при помощи непредвиденных поступлений (что означает де-факто чисто предварительный характер подсчётов, зависящих от случайностей периода всеобщего финансового кризиса). В целом, Франция чувствует себя лучше, чем Британия, но не слишком хорошо. Итак, два слабых (даже относительно) государства объединяются в союз, чтобы противостоять общим вызовам?

    В этом мрачном политико-экономико-социальном контексте два руководителя исполнительной власти, французский президент и британский премьер-министр, подписали 2 ноября в Ланкастер-Хаус договор о военном сотрудничестве, часто – и ошибочно – называемый новой Антантой. Договор, по меньшей мере, имеет одно существенное достоинство: прагматичный подход к вопросам сближения. Ничего революционного вроде недавней инициативы совместного строительства авианосца. Но зато кое-что более рациональное и взвешенное: срочное решение вопроса о возможности эксплуатации в обоюдных интересах британского авианосца «Королева Елизавета» и французского «Шарль де Голль»; межармейские силы быстрого реагирования, лаборатория вблизи Дижона, снабжённая симулятором, предназначенным для ядерного оружия с центром развития технологий в Олдермастоне, разработка нового поколения БПЛА. Фундаментально ничего утопического, поскольку проистекает из желания рационализировать и согласовать неуклонно растущие расходы на военные программы.

    Россия, протягивающая две руки: экономическую и военную

    Отношения между членами Европейского Союза и Россией пережили много бурь. Последняя из них датируется российско-грузинским кризисом лета 2008 года, после чего последовал трагикомический эпизод с попыткой заморозить отношения России и ЕС, не продолжившийся и трех месяцев. Предпочтя двустороннее сближение – многостороннему (в отношениях со всеми членами Европейского Союза сразу), Российская Федерация протянула в последние месяцы Франции сразу две руки. Первое рукопожатие – в сфере военно-технического сотрудничества: Франции предложили покупку вертолётоносца класса Mistral. Настоящая революция в отношениях между двумя основными членами НАТО и ШОС – это удобный случай для Франции, заинтересованной покупкой, по меньшей мере, двух судов, построенных на её территории, а в будущем ещё двух, но построенных уже на верфях Санкт-Петербурга.

    Ни Андерс Расмуссен, генеральный секретарь Северо-Атлантического альянса, ни Вашингтон, в лице своего посла в Москве, не высказывали неодобрения российско-французской сделке (это сделали лишь страны Балтии и Грузия, что закономерно). Осталось разрешить некоторые чувствительные вопросы, такие, как передача технологий и адаптация этих судов к суровым условиям российских северных морей. Важное значение имеет предложение России заключить договор о европейской безопасности, как это было сформулировано в ноябре 2009 года [4] президентом Дмитрием Медведевым. Российские власти стремятся позиционировать себя сторонниками общеевропейской обороны, не связанной с третьими странами. Хотя это предложение встречает некоторое равнодушие на Западе и враждебность на Востоке. У старых рефлексов «толстая кожа»...

    Другая рука протянута Франции в сфере экономического сотрудничества. Важное значение имеет предложение о создании зоны свободной торговли, дополненной в будущем экономическим, или даже валютным, союзом на пространстве Россия-Беларусь-Казахстан – с Европейским Союзом, как настойчиво формулировал это в Берлине в ноябре этого года премьер-министр Владимир Путин. Думается, что российские лидеры не надеются на быстрое единодушное согласие с их предложениями. Однако у них есть не только сиюминутная, но и долгосрочная цель – в общих чертах обозначить общее будущее, создать новое представление о России как о стране, которая заботится о процветающем и мирном континенте от «Лиссабона до Владивостока» [5].

    1+1+1 = 3? Нет, в геополитике – 2+1

    Можно ли сказать, что ось Англия-Франция-Россия может заменить ось Париж-Берлин-Москва? Вовсе нет, и по одной простой причине. Камень преткновения – британско-российские отношения. На протяжении многих лет отношения между Соединённым Королевством и Россией являются, по меньшей мере, очень натянутыми. Приём беглецов (Борис Березовский является наиболее известным из них, но он не один), высылка нескольких российских дипломатов из Лондона, дело Британского Совета в России... К этому добавляется также полное совпадение позиций Британии с американской позицией по многим международным вопросам (Ирак, Иран, Афганистан, Косово).

    Возможно, некоторые разногласия могут быть сняты после прихода к власти Дэвида Кэмерона. Так, 11 ноября в Сеуле, после переговоров перед саммитом G20, президент России и британский премьер заявили о том, что они разделяют общие взгляды как на международную экономическую ситуацию, так и по вопросам международной безопасности. Дмитрий Медведев пригласил своего коллегу с Даунинг-стрит посетить Россию с официальным визитом в 2011 году. Разумеется, совпадение взглядов совершенно не означает совпадения решений. Тем не менее, после последних лет тяжёлого дипломатического кризиса, такие замечания кажутся способными несколько выровнять ухабистый путь российско-британских отношений.

    Но о новой Антанте сейчас не может быть и речи. Не будучи фантасмагорическим, воплощение идеи требует сначала разрешения целого ряда нерешённых вопросов. Более того, Россия не считает Францию и Англию единственными партнёрами в рамках Европейского Союза. Италия и, особенно, Германия позиционируют себя способными к политическому взаимопониманию, а также надежными экономическими партнерами России [6]. Дорога в Москву для Антанты кажется еще долгой и в высшей степени зависящей от случайностей.

    Янник Харрель

    Об авторе: Янник Харрель (Франция) является экспертом по вопросам геополитических процессов в Евразии, экспертом по вопросам киберпространства и стратегии возможностей новых цифровых средств массовой информации
    .

    Редакция благодарит за перевод этого материала переводчика Ugolin, представителя проекта Ursa TM.


    [1] Компания MOPA2 была основана в 2006 году, это совместное предприятие французских компаний Thalès и DCN (DCNS). Проект оценивается почти в 3 миллиарда евро: сумма вряд ли приемлемая во время финансового кризиса.
    [2] Еще больше пострадавшая от референдума по возмещению долга, на 93% отвергнутого местным населением, на беду голландским и британским инвесторам.
    [3] «Шаг вперед, два шага назад», «Киберстратегия Восток-Запад», 14 октября 2009 года.
    [4] Текст в оригинальной версии на сайте президента России.
    [5] Такой посыл напоминает о словах генерала де Голля, сказанных в Страсбурге в 1959 году: «Именно Европа – вся Европа, от Атлантики до Урала, – определяет судьбы мира!», но она больше этого: с одной стороны, принимает во внимание евразийский размер России (Владивосток) и, во-вторых, явно упоминает Лиссабон. Заявление, которое далеко не случайно, потому что это – место недавнего саммита НАТО 19 и 20 ноября 2010 года, где Россия была весьма заметным гостем.
    [6] В 2009 году Германия была вторым торговым партнёром России, обеспечивая 13,2% её импорта, Италия занимала пятое место с 4,9% импорта. Франция и Великобритания занимали седьмое и тринадцатое место.
    * Прим. пер.: «Поле золотой парчи», «Лагерь золотой парчи» (англ. Field of Cloth of Gold, фр. Le Camp du Drap d’Or) – прозвание, которое получило место мирных переговоров Генриха VIII Английского и Франциска I Французского, проходивших с 7 июня по 24 июня 1520 г., и сама эта встреча из-за необыкновенной роскоши свиты обоих королей. Находится в Балингеме (Balinghem), между Гином и Ардром, неподалеку от Кале (совр. Франция, тогда территория английской короны). Варианты русского перевода: Долина золотой парчи, Златотканый Лагерь, Златотканое Поле, Лагерь или Поле из золотой парчи.
    ** Прим. ред.: Тем не менее, от идеи совместного использования уже имеющихся на плаву авианосцев Франция и Великобритания пока не отказались.

    mercredi 2 février 2011

    Le crépuscule des Dieux, réflexion sur la fin d'une ère au temps des Vikings

    C'est sur le site de l'excellent Theatrum Belli, où je vous invite à vous rendre pour la quantité d'informations de qualité dispensées, que je pus enfin retrouver trace de cette fabuleuse production d'ARTE relative à la christianisation de la Scandinavie (et de l'Islande par ricochet).

    Ce documentaire fort bien tourné permet de mettre en relief une réflexion sur le pourquoi et le comment de l'irrépressible christianisation du monde viking peu avant l'an Mil.

    Il en ressort les points suivants :

  • Plus grande rationalité de la vie après la mort, le paganisme laissait les dévots dans l'expectative sur ce sujet premier là où le christianisme offrait au travers de son corpus déjà bien consolidé après plusieurs siècles d'exégèse une vision autrement plus claire du devenir de chacun après la mort.

  • Une approche plus positive : là où le paganisme viking évoquait le ragnarök et la fin des Dieux, le christianisme proposait en revanche un univers plus enchanteur, plus porteur d'espoir.

  • Un outil de consolidation du pouvoir temporel : avec l'émergence de royaumes et de souverains portant leurs efforts vers la centralisation, le christianisme les confortait à la fois sur la légitimité de leur pouvoir tout en enjoignant les ouailles à obéir à celui qui tirait son droit de régner directement de Dieu. En outre, l'organisation très hiérarchisée de l'Eglise était un modèle à suivre pour les rois là où le paganisme était plus lâche en la matière (des différences liturgiques pouvaient avoir lieu au sein des différentes chefferies scandinaves).

  • Une baptisation imposée par le fer : ainsi en fut-il par exemple de l'Islande sommée par la force et la prise en otage de leurs ressortissants en Norvège de se convertir en masse. L'althing, l'assemblée annuelle des communautés d'Islande, décida de la sorte en 999 par la pression exercée d'Olaf Tryggvason roi de Norvège d'éviter à l'Islande toute invasion suivie d'une effusion de sang ou pire, de tomber dans la guerre civile.

  • L'exclusivité divine, là où les païens acceptaient les autres religions (il y eut une coexistence dans les pays Scandinaves de communautés chrétiennes et païennes), le christianisme imposait le dogme en bloc car tout devait reposer sur une foi unique avec un enseignement unifié, et non se fondre dans une forme de syncrétisme qui aurait dilué la parole divine (c'est d'ailleurs ce qui empêchera le christianisme de pénétrer en Chine, malgré les tentatives de Matteo Ricci et ses successeurs d'infléchir le Saint Siège sur la question).


  • La christianisation de la Scandinavie est de fait concomitante de la fin de l'ère des vikings. Le bouleversement politique s'étant accompagné d'un bouleversement théologique. La tolérance et la souplesse d'interprétation des rites païens sous les vikings seront pris en défaut par un courant religieux plus structuré, plus vindicatif et sachant apporter aux chefs ambitieux les moyens d'asseoir et de conserver leur pouvoir (non sans quelques revers). Ainsi à la fin du XIème siècle, les Scandinaves nouvellement convertis partiront aussi en croisade en Terre Sainte mais aussi sur le pourtour de la Baltique pour porter la bonne parole et le fer envers les peuplades rétives à la vassalisation et à la nouvelle foi, mais ceci est une autre histoire...

    Pour de plus amples éléments sur l'épopée viking, et par l'occasion mettre à bas quelques mythes encore persistants, je vous conseille ardemment le livre suivant : Atlas des Vikings par John Haywood, éditions Autrement.