dimanche 30 janvier 2011

Vérités et contre-vérités sur la Russie avec Alexandre Latsa

Chers visiteurs,

J'avais déjà eu l'occasion de présenter Alexandre Latsa et son blogue Dissonance voici de nombreux mois, ayant même en une occasion reproduit en intégralité l'un de ses articles intitulé "Les 26 mythes russophobes".

L'occasion était trop tentante de le laisser s'exprimer plus en détails sur certains points généraux et d'autres plus spécifiques (comme la gestion des feux de forêt ayant défrayé la chronique durant l'été 2010). Le résultat fut un entretien de qualité que l'on peut certes ne pas approuver sur le fond quant aux idées et à la vision défendus par le blogueur et analyste, mais auquel on ne peut indéniablement contester un réel intérêt.

Русская версия во второй половине

Article paru sur Alliance GéoStratégique le 18 octobre 2010

La Russie est un sujet prolifique pour journalistes et experts en tant que puissance résiduelle de l'ex-Union Soviétique soucieuse de s'offrir un rang conforme à ses ambitions mondiales. De fait, fantasmes et réalités ne cessent de se bousculer lors de nombreux papiers commentant les actions des dirigeants ou sur les évènements pouvant survenir au sein de cette fédération eurasiatique.

Certains auteurs n'ont pas manqué de faire part de leur atterrement quant à la méconnaissance ou à la vision faussée véhiculées par les médias traditionnels comme modernes. L'un deux, Alexandre Latsa, se proposant d'offrir une vision dissonnante comme il l'écrit lui même quant aux faits relatés. Résident permanent à Moscou, il intervient régulièrement en diverses publications pour exprimer son point de vue lorsque ce n'est pas sur son propre espace d'information numérique. Je l'ai par conséquent interrogé quant aux diverses problématiques régulièrement ou récemment soulevées afin qu'il puisse expliciter la teneur des enjeux comme apporter ses corrections idoines.

Alexandre, bonjour. Pour commencer, abordons un sujet récurrent dans les journaux occidentaux concernant la démographie Russe. On continue de percevoir la Fédération de Russie comme un pays à la dérive en ce domaine, quelle est votre observation sur le sujet?

Il est encore fréquent de lire que la Russie perdrait « un million d’habitants / an », pourtant c’est inexact, la Russie est sortie de la situation démographique réellement catastrophique dans laquelle elle s’est retrouvée suite à l’effondrement de l’URSS.

Bien sur tout n’est pas réglé, mais la population a cessé de diminuer.

En 1991, la population de l’URSS était de 292 millions d’habitants et la population de la Russie dans ses frontières actuelles s’élevait à 148,3 millions d’habitants. 1991 est une date charnière puisque c’est l’année durant laquelle la population cesse d’augmenter et la mortalité dépasse la natalité. L’effondrement politique et économique qui frappe la Russie durant la décennie qui va suivre verra un déclin démographique sans précédent.
Juste quelques chiffres pour “bien” comprendre la gravité de la situation et imaginer le chaos total, économique, politique, hospitalier et donc sanitaire que ce pays à traversé durant les « libérales années 90 ». L’espérance de vie s’est effondrée à un niveau inférieur au niveau Péruvien ou Indonésien, l’excédent de décès durant cette période était le double de l'excédent de décès du aux difficiles conditions de vie des civils en Russie durant le second conflit mondial (!).La Russie connu un regain de maladies qui n'existaient même plus dans nombre de pays du 1/3 monde : diphtérie, typhus, choléra, fièvre typhoïde et une explosion des maladies sexuellement transmissibles comme le Sida, à tel point que le chef de file de l'épidémiologie Russes estima que au rythme des années 90, 10 millions de personnes seraient contaminées en 2005. Cette explosion était due à l’explosion de la prostitution (par nécessité économique) mais aussi à la drogue, la Russie étant en 1998 le principal marché du monde. En 1998 on estimait à 5 millions le nombre de drogués du pays soit 3% de la population. Si les jeunes consommaient de la drogue, les plus vieux buvaient. Une enquête de 1998 prouva que 50% des hommes buvaient en moyenne plus de ½ litre de vodka par jour. Rien qu'entre 1990 et 1998, furent recensés : 259.000 suicides, 230.000 décès par empoisonnement (de vodka), et 169.000 assassinats. Alors que de plus en plus de Russes mourraient, surtout, de moins en moins naissaient.Les enfants qui naissaient n'avaient cependant pas tout gagné. En 1998, un million d'enfants errait dans les rues des villes de Russie. Tout cela entraîna un déclin démographique implacable. Les conséquences vont être tragiques, dès 1996 la population de la Russie va commencer à diminuer, pour atteindre 142,8 millions d’habitants en 2006. Soit sur 10 ans une perte nette de 5,5 millions d’habitants ! Pour la seule année 2005, la population a diminué de 780.000 habitants, ce qui est absolument considérable.

En 2005 fut mis en place le fameux plan démographique confié au futur président Dimitri Medvedev. De quoi s’agit t-il ? D’un plan d’aide à la natalité, offrant des primes financières à partir du second enfant mais également tout une batterie d’aides diverses et de facilités économiques. Ce capital maternel (appelé Mat Kapital) étant recevable 3 ans après la naissance. Les résultats ont été fulgurants, : en 2006, la population à baissé de 600.000 habitants, en 2007 de 300.000 habitants et en 2008 de 100.000 habitants. En 2009, la population n'a pas baissé, elle a même légèrement augmenté (de 35.000 personnes) pour se stabiliser à 141,9 millions d’habitants. L’accroissement des naissances a été constaté dans 70 territoires de la Fédération et la réduction des décès dans 73 territoires sur les 83. Symbole de cette renaissance démographique, la Sibérie puisqu’entre 2000 et 2009 la natalité y a augmenté fortement : en 2000 98.000 enfants sont nés en Sibérie et en 2009 174.000. Selon la ministre russe de la Santé et du Développement social Tatiana Golikova la stabilité démographique s’explique principalement par l’accroissement des naissances : 1,76 million de Russes ont vu le jour en 2009, c’est-à-dire plus de 2,8% que en 2008, seulement 1,714 million. La ministre s’est engagée à ce que : « le déclin démographique cesse en 2011 avec une population stabilisée et un taux de mortalité égal au taux de natalité ».

Désormais, la natalité étant repartie à la hausse (première phase du plan démographique), celui ci entre donc dans sa seconde phase qui est destinée à notamment faire baisser la mortalité. Sont visés notamment les décès causés par des maladies comme la tuberculose, les décès sur la route, les décès dus à la consommation de drogues, les décès dus à la consommation d’alcool ou d’alcool frelaté, responsables de la mort annuelle de 500.000 personnes. En outre le pouvoir Russe cherche aussi à faire baisser le nombre d’avortement qui est un des plus élevés au monde (en 2008, pour 1,714 million de naissance, ont été recensés en Russie près de 1,234 million d’avortement). Enfin, le but est qu’en 2020, le niveau de vie atteigne 75 ans pour les citoyens Russes.

En 2010, sur le premier semestre de l’année, le rythme se poursuit puisque le nombre de naissances (868.936) y est de 2,3% plus élevé que sur le premier semestre 2009 (849.267), soit 19.569 naissances en plus. La mortalité est nettement en baisse avec une chute de 1,8% entre le S1 2010 (1.010.988 décès) et le S1 2009 (1.029.066 décès) soit 18.078 décès en moins. Il semble possible d’envisager que la population Russe stagne ou augmente cette année, malgré la surmortalité malheureuse et exceptionelle due à la canicule cet été.

Il est à noter que cet automne 2010, un grand recensement fédéral aura lieu en Russie dont je publierai les résultats sur mon blog. Enfin pour clore cette question démographique, et revenir sur ce que l’on peut souvent lire à savoir que la population Russe devrait s’effondrer et s'élever à 137 millions en 2035, voir 100 millions en 2050, sachez que trois scénarios démographiques sont prévus par le pouvoir Russe, une prévision basse envisage une population stabilisée à 128.000.000 d'habitants en 2030, une prévision moyenne envisage une population de 139.372.000 d'habitants en 2030 et enfin une prévision haute de 148.000.000 d’habitants en 2030. On est donc assez loin des prévisions catastrophistes que l’on peut lire ici et la.

Un autre sujet qui revient périodiquement serait l'existence de dissensions entre le Premier Ministre Vladimir Poutine et le Président Dmitri Medvedev : quelle consistance donner à ces allégations selon vous?

Aucune et pour deux raisons majeures. Le culte du secret Russe, couplé à la très importante verticalité du pouvoir Russe fait qu’il est impossible de tirer quelque conclusion que ce soit à ce niveau. Bien sur ce scénario fait “fantasmer” des gens qui n’apprécient que peu la ligne politique que Vladimir Poutine et Dmitri Medevdev défendent tant sur le plan de la politique extérieure, que sur la politique intérieure. Il y a des gens ouvertement hostiles à une Russie forte, indépendante, non alignée à l’OTAN et qui réconstitue son influence dans le monde, et surtout sur les trois zones clefs que sont l’Europe, le Caucase et l’Asie centrale. Personne ne peut prévoir l’avenir, ni savoir ce qui se passe “dans” les murs du Kremlin mais ce qui est certain, c’est que l’obsession grandissante d’une soi disant tension entre les deux hommes me fait penser à l’affaire du troisième mandat de Vladimir Poutine. Il est intéressant de voir la coalition hétéroclite qui “rêve de” cette guerre au sommet, il y a bien sur la presse traditionelle francaise, et certains analystes, comme le Réseau Voltaire, des personnalités comme Michel Drac (lire les entretiens sous l’article) mais également divers mouvements d’ultra-droites Russes ou encore l’opposition libérale.

Pour ma part, au jour d’aujourd’hui, il n’y a aucun signe perceptible je répète d’une quelconque tension entre les deux hommes. Je crois plutôt à un partage voulu des rôles : Medvedev fait le gentil, et Poutine le méchant, soit l’inverse de la situation de aout 2008 pendant la guerre en Géorgie. Le tandem marche à la perfection la récente “démission” du maire de Moscou en est la preuve. Cette démission fait suite aux « départs » des présidents dinosaures du Tatarstan et du Bashkortostan cette année, ce qui témoigne de la volonté du pouvoir de rafraichir la vie politique, tout en “luttant” contre la corruption, le tout de concert.

La récente catastrophe écologique et humaine qui a frappé la Russie cet été, je veux parler des incendies, a donné lieu dans les journaux à nombre de commentaires acerbes quant à la gestion du sinistre par l'exécutif Russe, ces propos étaient-ils justifiés selon vous?

Non, la presse a largement exagéré la situation, mais également les “théoriques” responsabilités politiques liées. Même la situation à Moscou, sous la fumée à été exagérée. J’ai passé l’été à Moscou, ai travaillé tous les jours, la vie ne s’est pas arrêtée et les Moscovites ont patiemment attendu que le climat change et que la pluie arrive. Il convient d’étudier les faits, et de comprendre l’environnement assez particulier. La Russie n’est pas le Poitou-Charentes, c’est un pays grand comme 31 fois la France et plus de 2 fois les états unis. Le nombre de pompiers y est deux fois inférieur à celui de la France (22.000 contre 55.000) et ceux-ci ne sont pas vraiment “rôdés” à la lutte contre des incendies de cette ampleur tout simplement parce que cela arrive très rarement.

La moitié du territoire Russe est boisée (800 millions d’hectares) et de nombreuses parties de ces forêts sauvages (donc non entretenues) sont des zones relativement vides ou les arbres sont en grande partie des résineux. En outre, la construction a été anarchique et les villages sont relativement éparpillés, souvent pas alimentés en eau courante, les maisons étant en bois.

Dans ces conditions lorsque des flammes de la hauteur d’un immeuble de 6 ou 7 étages se propagent à 30 km/heure sur cent ou deux cents maisons en bois sans eau courante et habitées par des personnes âgées, et que le principal « poste » de pompier est à 20 Kilomètres de la, que faire ?

Néanmoins si l’on regarde les chiffres de plus près, on s’aperçoit que finalement les 975.000 Hectares qui ont brûlés ne représentent « que » 0,05% du territoire Russe. A titre de comparaison en France chaque année, brûle également cette proportion de territoire, alors que en Amérique, c’est presque le triple, soit 0,18% du territoire qui brûle chaque année. On oublie vite que par exemple en Amérique en 1991 l'incendie d'Oakland Hills avait détruit 2.900 maisons et tués 25 personnes, ou que l'incendie de Cedar en 2003 avait lui détruit 4.847 maisons. Je donne cette comparaison avec un pays comme l’Amérique qui est très lourdement équipé, préparé et avec de nombreux pompiers pour montrer qu’il est très difficile de répondre au feu. Mais enfin lorsque chaque année en Amérique brûle 3 fois ce qui a brûlé en Russie cet été 2010, on n’entend aucun journaliste marteler que la responsabilité est celle du pouvoir démocrate ou républicain en place.

Pour ces événements comme pour beaucoup d’autres la presse étrangère Occidentale, française en tête se discerne par sa mauvaise foi et son non professionnalisme. Les journalistes et autres correspondants ne sont généralement que des exécutants insipides, aux ordres de rédactions directement sous influence du « politique ». J’étudie intensément le traitement médiatique Français de la Russie, pays dans lequel je vis, et travaille, c’est incroyable. Il y a une volonté parfaitement claire de discréditer ce pays, de le faire passer pour une dictature, une sorte de 1/3 monde noir, rouge et brun, dans lequel il n’y aurait aucune liberté et qui ne partagerait pas les valeurs «Paneuropéennes ». Pour cela tous les moyens sont bons, même lorsque des catastrophes climatiques éclatent. A ce titre, le comportement du grand reporter de France2 qui m’a contacté est explicite : un grand reporter que l’on voit tous les jours à la télévision et que l’on imagine sérieux me contacte dans un seul but : « tenter de montrer les failles du système Poutine », il faut lire l’échange que j’ai reproduit sur mon blog, et noter cette obsession compulsive de « démontrer les failles du système Poutine », finalement peu importe qu’elles existent ou pas, peu importe la réalité et les faits, l’important est de faire ce que la rédaction demande, et de le faire gober aux téléspectateurs.

Cette obsession poutinophobe qui a frappé nombre de journalistes, pigistes et correspondants de presse ne me semble pouvoir se justifier que par l’excès de CO2 respiré, et se traduire par de dogme suivant : « La Russie se calcine, c'est la faute à Poutine ». Je note que la presse a également oublié de préciser que des mesures ont été prises, notamment la création d’une agence fédérale des forêts pour parer à une ce qu’une telle situation se reproduise.

L’enfumage médiatique à un fondement, politique, voir même géopolitique. La Russie est “la” puissance émergente qui inquiète l’Ouest américano-centré, car elle n’est pas sous contrôle de l’OTAN. C’est une puissance nucléaire, politique, et qui à une vision du monde qui ne « cadre » pas avec le projet unipolaire que certains espèrent pour le monde de demain. C’est une puissance souveraine, et l’affirmation de cette souveraineté est la grosse raison du matraquage médiatique dont elle est victime dans la presse Occidentale.

L'on avait beaucoup parlé en 2003 d'un axe Paris-Berlin-Moscou inédit dans l'Histoire, qu'en reste-t-il près de sept ans après ? Quelle place l'Europe occupe-t-elle dans la géostratégie Russe?

La Russie répète qu’elle appartient à l’Europe par la voix de son ministre des affaires étrangères Serguey Lavrov , je cite : « La Russie se voit comme une partie de la civilisation européeenne » ou encore : « La fin de « la guerre froide » et la globalisation ont donné des arguments solides en faveur de la coopération collective « sur toute espace entre Vancouver et Vladivostok ». La Russie est fondamentalement un pays Européen. L’argument qui est de dire que l’occupation tataro-mongole (300 ans) aurait séparé la Russie de l’Europe ne tient pas. C’est un argument que l’on n’oppose pas à l’Espagne qui a subi 700 ans d’occupation Arabe ni aux pays des Balkans qui ont subi 600 ans d’occupation Ottomane.

La relation UE/Russie me semble parasitée par le facteur Américain. Après l’élection de Vladimir Poutine en 2000, la Russie était dans les meilleures dispositions envers “l’Ouest”, comme l’a montré le soutien Russe formel à l’Amérique après le 11 septembre. En retour, la stratégie de pression et de containment s’est accrue, notamment dans l’étranger proche de la Russie, et en 2003, deux évenements majeurs, la guerre en Irak, puis l’affaire Kodhorkovski ont considérablement retendu les relations. Lors du second mandat de Vladimir Poutine, de 2004 à 2008, le climat s’est détérioré avec l’ouest (UE et Etats Unis), à cause notamment des révolutions de couleur et l’adhésion des états Baltes à l’UE notamment. La manipulation Ukrainienne lors de la guerre du gaz a été très mal ressentie à Moscou, et la réintégration de la France au sein du commandement intégré de l’OTAN vu comme une trahison, à mettre en lien avec le bombardement de la Serbie en 1999. Le sommet de la tension à été atteint en aout 2008, lors de la guerre en Géorgie, durant laquelle l’OTAN a été indirectement impliqué dans un assaut militaire qui à couté la vie a des casques bleux Russes sous mandat de l’ONU. Comme l’a dit Sergey Lavrov : « Depuis 20 ans la Russie aspirait à construire de nouvelles relations avec l'Occident, sans rencontrer très souvent la compréhension et des échos adéquats ».
Bien sur durant cette dernière décennie, la Russie a pu développer des partenariats solides avec certain pays de l’UE, mais étrangement, peu avec l’UE elle-même. Il faut s’avouer que l’UE « est siamoise de l’OTAN » comme dirait Pierre Lévy, à tel point que Javier Solana est passé directement du secrétariat général de l’Alliance au poste de Haut-représentant de l’UE. Or l’OTAN reste pour les Russes la principale menace, selon la « nouvelle doctrine militaire Russe » signée par le président Russe en février 2010.

L’UE est bien sur devenue le premier partenaire commercial de la Russie, mais celle-ci est son principal fournisseur d’énergie. Si l’on regarde pays par pays, c’est la Chine qui est désormais le premier partenaire commercial de la Russie en fevrier 2009. Au sein de l'Union européenne, l'Allemagne, loin devant l'Italie et la France. Par conséquent le projet « Paris-Berlin-Moscou » semble tourner à un projet « Berlin-Moscou ». Mais actuellement les fondements du partenariat sont plus basés sur des interdépendances économiques que sur une réelle alliance politique et une vision du monde en commun, cela car l’UE est pour l’instant un géant économique mais un nain politique, très relié à la vision très OTANisé du monde, ce qui n’est pas le cas de la Russie. Pourtant la encore, les propositions Russes de création d’une architecture Européenne de sécurité témoignent de la bonne foi de nos partenaires Russes et de leur vision cohérente du futur européen commun qu’ils souhaiteraient.

Pouvez-vous expliciter les liens entre Téhéran et Moscou, une relation qui ne paraît pas aussi simple telle qu'énoncée par certains commentateurs?

La relation Russie/Iran est une affaire à diverses facettes. La Russie n’a cessé de soutenir l’Iran de façon diplomatique, et commerciale également. La récente inauguration de la centrale de Bouchehr (projet avait été initié par le groupe allemand Siemens avant la révolution islamique de 1979, puis interrompu peu après le déclenchement de la guerre Irak-Iran en 1980 et dont le chantier a été repris en 1994 par la Russie) témoigne de ce partenariat économique réel. Bien sur l’IRAN est un pays sous sanctions, et surveillé par la communauté internationale mais la Russie s’est toujours opposée, et continuera probablement à s’opposer aux sanctions trop unilatérales du conseil de sécurité des Nations-Unies. Certes la récente décision Russe de ne pas livrer de missiles S-300 à l’état Iranien semble brouiller les cartes, mais je doute que des transferts de technologie n’aient pas déjà eu lieu, à un moment ou un autre, vu la longue présence de la Russie en Iran et on peut même envisager que peut être que le système similaire que l’IRAN affirme être en train de développer est « d’inspiration » Russe. Après tout une agence Iranienne a affirmé il y a quelques mois que : « l'Iran disposait de quatre missiles destinés à doter les systèmes de DCA S-300, dont deux lui ont été vendus par la Biélorussie et deux par un vendeur resté inconnu ». Intox ou réalité ? Quoi qu’il en soit

Il faut envisager la situation vue de l’angle de Moscou. La Russie n’a « pas » aujourd’hui intêret à un quelconque regain de tension ou d’une nouvelle course aux armements avec l’ouest alors même qu’elle est en train de reprendre l’avantage sur nombre de theâtres d’opérations « prioritaires pour elle » qu’elle avait « momentanément perdu », comme l’Asie centrale, l’Ukraine ou le Caucase. Or de très nombreux autres paramètres interviennent, l’intense activité Turque dans le Caucase et les rapprochements Irano-Turcs, les capitaux Iraniens en Géorgie, ou le soutien Turc à l’Azerbaidjan qui sont des points assez sensibles et peut être que les petites « sanctions » Russes sont des avertissements à l’Iran. Peut être également la Russie a-t-elle déjà reçu les gages d’une non action militaire contre l’Iran ?

Je souhaiterais cependant rappeler qu’il n’est pas possible d’envisager des problèmes aussi complexes de façon simpliste. On a pu lire ça ou là des analyses alarmistes imaginant que la Russie pourrait soutenir l’Iran par anti américanisme, et même devenir une espèce de porte parole du monde musulman antisioniste, mais les choses doivent être observées avec moins de manichéisme. Aujourd’hui la Russie pense d’abord à ses intérêts, comme tout pays souverain. Son intérêt dans la région est une « realpolitique », pragmatique et équilibrée et qui a pour but de consolider sa position politique et économique. Malgré ce refus de livraison des missiles à l’Iran, la relation entre les deux pays devrait rester assez stable, la Russie continuant de soutenir diplomatiquement l’Iran. Du reste, lorsque les manifestations de 2009 ant pouvoir ont eu lieu en Iran (on a parlé de tentative de révolution de couleur en Iran), les meetings de l’opposition ont vu de très violents slogans anti Russes, ce qui en dit très long.

Quel regard et action guident la Fédération de Russie en Asie Centrale qui est devenue avec les années une zone d'intérêt comme d'inquiétude dans les chancelleries? Certains experts parlent d'un jeu d'échecs entre les puissances locales émergentes, la Chine, la Russie et les Etats-Unis : votre opinion sur le sujet?

L’Asie centrale est une zone stratégique et très convoitée, c’est le theâtre du « grand jeu » du siècle dernier, d’opposition des empires. Finalement les Anglais en ont été expulsés, les Russes aussi et les Américains sont sur la même pente. L’inde et la Chine tentent des approches non guerrières, plus commerciale.

Seul le Kazakhstan semble avoir bien défini son projet de coopération étroite avec la Russie, et se situe à un autre niveau économique, son PIB / habitant étant égal à celui de la Turquie. Pour des raisons évidentes linguistiques, historiques, stratégiques et géographiques, l’Asie centrale est une « zone » du monde dans laquelle la Russie souhaite clairement augmenter sa présence et son influence. La vague de Russophobie lié au nationalisme d’indépendance post Soviétique semble plus ou moins tassée et nombre de ces états restent encore finalement relativement dépendants de la Russie, notamment économiquement, via par exemple les grosses minorités présentes sur le territoire Russe. Enfin ces état sont relativement démunis face aux diverses déstabilisations régionales: les révolutions de couleurs et les instabilités politiques liées, l’Islamisation et les risques terroristes liés, la déstabilisation régionale due à l’aventure militaire en Afghanistan, la pression économique Chinoise (transasia) etc etc … Ce sont autant de défis que la Russie doit également relever, avec relativement « peu » d’alliés réels pour l’instant. Sa seule chance à mon avis est de tisser des liens bilatéraux très forts avec les gouvernements de ces états et de développer une coopération multi-échelle très poussée. En cela les récentes grandes manœuvres au Kirgystan sont exemplaire des progrès de la diplomatie Russe, à l’œuvre dans cette région. Enfin les états d’Asie centrale sont membres d’une organisation militaire régionale très importante, qui est l’Oganisation de la coopération de Shanghai, avec la Russie. Par conséquent, il est plausible que l’Asie centrale voit un retour d’un grand jeu version 2.0, je rajouterais cependant un acteur essentiel à mon avis et que vous n’avez pas cité : la Turquie.

Quels seraient selon vous les axes de développement diplomatiques majeurs de la Russie pour ces prochaines années?

Ils sont triples à mon avis et à des échelles différentes.

Tout d’abord la Russie va essayer de resserrer les liens avec les nations Européennes, l’approfondissement des relations avec l’Allemagne, les récentes « détentes » avec la Pologne ou l’Ukraine par exemple sont l’illustration de cette « nouvelle » politique européenne de la Russie. Curieusement, cette alliance « Allemagne-Pologne-Ukraine » était vue par certains stratèges Américains (Zbigniew Brzezinski notamment) comme la future colonne vertébrale de la sécurité Européene et de l’OTAN « contre » la Russie. Or c’est l’inverse qui est en train d’arriver, la proposition d’architecture de sécurité collective européenne Russe est d’ailleurs à mon avis extrêmement réaliste et constructive.

Ensuite la Russie tente de se placer au cœur de l’Asie, consciente du basculement du monde en cours. Le partenariat avec la Chine est particulièrement à l’ordre du jour mais la Russie tisse des liens bilatéraux de plus en plus poussés également avec la Mongolie, le Japon ou encore le Vietnam, ainsi qu’avec les Corées. Cette « offensive » vers l’Asie a selon moi des symboles forts, vers la Chine tout d’abord qui est depuis l’année dernière le premier partenaire commercial de la Russie et enfin à travers la diversification de l’approvisionnement énergétique d’une région qui est en plein développement économique et pourrait d’ici le milieu du siècle supplanter l’Europe dans ses besoins. Enfin la création de l’OCS est symbolique, la Russie étant le seul pays « Européen » membre de cette organisation, montrant bien la son positionnement géopolitique cohérent avec sa géolocalisation : au cœur de l’Eurasie.

Enfin la Russie cherche à avoir toute sa place dans le monde musulman, le pays comprenant une très forte minorité musulmane, estimée à 20 millions de personnes. La Russie a une très forte composante orientale (Tatare, Caucasienne, Centro-asiatique) qu’elle souhaite faire valoir, et se place désormais comme un partenaire proche de nombre de pays musulmans, Arabes ou Asiatiques. A ce titre, elle est par exemple depuis 2005 observateur de l’Organisation de la conférence Islamique.

L'on pointe souvent du doigt le fait que ce pays dépend énormément pour sa santé économique de l'extraction et la commercialisation de ses ressources fossiles, la Russie est-elle capable à terme d'être moins dépendante de cette manne très liée aux fluctuations des cours mondiaux?

Cette inquiétude me semble relativement obsolète. Aujourd’hui, la tendance est à la baisse des prix industriels et à la hausse des prix des matières premières. La démographie mondiale, la demande des pays émergents et l’épuisement progressif de certaines ressources minières devraient soutenir cette tendance dans le long terme. En conséquence, on constate que la dette de tous les pays industriels occidentaux augmente de façon alarmante, pendant que les pays exportateurs de matières premières accumulent les réserves de change.

La Russie profite pleinement de cette situation, et a mis en œuvre de grands programmes de modernisation de la société et de l’économie. Cemois de novembre 2010, le chômage est revenu à son niveau d’avant la crise et la croissance du PIB devrait être de 4 ou 5% pour 2010 et 2011, les réserves de change restent a un niveau élevé, le rouble est stable, et ces conditions permettent de financer ces programmes sans endetter l’état. Dans le domaine social, le programme démographique a déjà des résultats mesurables dont nous avons parlé au début de cet entretien mais d’autres résultats très positifs ont été obtenus depuis 2000 : les revenus réels de la population ont plus que doublé, les revenus des retraités ont triplé et le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté été diminué par deux. En ce début d’année, quatre projets dits "nationaux" (santé, enseignement, logement et agriculture) ont été lancés, projets dont le financement devrait approcher 4,5 milliards d’euros et destinés à encore relever le niveau de vie de la population.

La relative désindustrialisation post Soviétique est certes réelle et les écueils sont nombreux, mais il y a vraiment une volonté affichée du pouvoir, maintenant que la société politique et civile est relativement organisée et stable (effets des premiers mandats Poutine) d’instaurer une politique économique pragmatique. Le point de départ public pourrait en être le discours de Medvedev « Go Russia » de novembre 2008. Des progrès sont constatables à vue d’œil, que ce soit des améliorations dans le fonctionnement de l’administration (réduction du nombre de fonctionnaires), ou des infrastructures, du souhait d’attrait de capitaux étrangers ou encore de la lutte anti corruption. En outre de nombreux projets sont en cours, comme un projet d’OS Russe, un nouveau moteur de recherche Russe, une nouvelle voiture électrique Russe, un téléphone Russe à deux écrans, la création d’une Silicon-Valley Russe ou faire de la capitale un centre financier. Le président Russe, Dimitri Medvedev, a aussi confirmé son souhait de faire de la Russie un des leaders mondiaux de la nanoindustrie, dont le marché devrait selon lui atteindre en 2015 entre 2000 et 3000 milliards de dollars, soit 10 fois plus qu’aujourd’hui. Enfin un plan fédéral immense à pour objectif de développer la Sibérie sur 10 ans.

Bien sur, tout cela n’est que peu retranscrit dans les médias Occidentaux, mais les médias Russes en parlent beaucoup, je ne peux que conseiller aux lecteurs intéressés et non Russophones de lire Ria Novosti en Français ou encore mon blog Dissonance, qui fait notamment écho des avancées économiques en Russie.

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Россия - это благодатная почва для рассуждений экспертов и журналистов, единственная оставшаяся на просторах бывшего СССР сильная держава, которая всеми силами стремится заработать себе ранг под стать своим мировым амбициям. Правда и досужий вымысел всегда тесно переплетаются на страницах многочисленных публикаций, комментирующих действия руководства или заметные события на просторах этой евразийской федерации.

Некоторые публицисты открыто говорят о своем недоумении относительно царящего вокруг невежества или откровенно ошибочного взгляда на ситуацию со стороны традиционных или новых СМИ. Один из них, Александр Лаца (Alexandre Latsa) предлагает, как он ее называет, «диссонирующую» точку зрения на обстановку в стране. Как постоянный житель Москвы, он регулярно доносит до читателей свое мнение как в собственном блоге, так и на страницах разнообразных изданий. Я расспросил его о регулярно поднимаемых или недавно всплывших вопросах с тем, чтобы он мог подробно разъяснить суть дела, а также внести необходимые дополнения.

-Здравствуйте, Александр. Для начала давайте обратимся к столь любимому западными газетами вопросу российской демографии. Россию продолжают воспринимать как страну, которая скатывается в демографическую яму. Что вы думаете по этому поводу?

- Многие издания по-прежнему пишут о том, что Россия теряет «миллион жителей в год», однако это на самом деле неверно: Россия вышла из по-настоящему катастрофической демографической ситуации, в которой она оказалась после распада СССР. Конечно, далеко не все проблемы решены, но численность населения перестала падать.

В 1991 году население СССР составляло 292 миллиона человек, тогда как число жителей России в ее современных границах равнялось 148,3 миллиона. 1991 год стал ключевой датой, так как именно с этого момента население перестало расти, а смертность превзошла рождаемость. Политические и экономические потрясения, которые пережила страна за последующее десятилетие, привели к невиданному демографическому спаду.

Приведу лишь несколько цифр, чтобы вы осознали всю серьезность ситуации и смогли представить себе полный экономический, политический, медицинский и санитарный хаос, через который прошла страна в «либеральные 1990-е годы». Ожидаемая продолжительность жизни скатилась до уровня Перу или Индонезии, а смертность в этот период вдвое превысила показатели среди гражданского населения в суровые годы Второй мировой войны (!). В России вновь появились болезни, которые удалось победить даже в ряде стран третьего мира (дифтерия, тиф, холера и брюшной тиф), а также произошла вспышка передаваемых половым путем заболеваний, как например, СПИД. Заболеваемость росла такими темпами, что главный российский эпидемиолог предположил, что при сохранении текущей тенденции к 2005 году число инфицированных должно было достичь 10 миллионов человек. Вспышка была вызвана резким ростом проституции (по финансовой необходимости) и наркомании. В 1998 году Россия стала крупнейшим потребителем наркотиков в мире. Всего наркоманов на тот момент насчитывалось 5 миллионов человек, или 3% от общего населения. И если молодежь употребляла наркотики, то старшее поколение погрузилось в пьянство. Проведенное в тот год исследование показало, что 50% мужчин выпивали в среднем больше 0,5 литра водки в день. В целом в период с 1990 по 1998 год было зарегистрировано: 259 000 самоубийств, 230 000 смертей от отравления (водкой) и 169 000 убийств. Все больше россиян умирало, и все меньше рождалось. И тех, кто родился, навряд ли можно было назвать счастливчиками. В 1998 году по улицам российских городов скиталось около миллиона детей. Все это привело к неизбежному демографическому спаду. Последствия оказались трагическими, и с 1996 года население России начало уменьшаться, достигнув к 2006 году 142,8 миллиона человек. То есть за десять лет чистые потери составили 5,5 миллионов! За один только 2005 год население сократилось на 780 000 человек, что очень и очень значительно.

В 2005 году вступил в силу знаменитый демографический план, который доверили будущему президенту страны Дмитрию Медведеву. О чем идет речь? О помощи родителям, включающей в себя финансовые выплаты, начиная со второго ребенка, а также целый ряд экономических льгот и субсидий. Материнский капитал становился доступным 3 года спустя после рождения ребенка. Результаты не заставили себя ждать: в 2006 году население уменьшилось на 600 000 человек, в 2007 году – на 300 000 человек, в 2008 году – на 100 000, а в 2009 году даже незначительно увеличилось (прирост составил 35 000 жителей), стабилизировавшись на отметке в 141,9 миллиона человек. Рост рождаемости был отмечен в 70 из 83 субъектов федерации, а сокращение смертности - в 73. Символом этого демографического ренессанса стала Сибирь: в 2000 году на ее территории родилось 98 000 детей, тогда как к 2009 их число достигло 174 000. По словам министра здравоохранения и социального развития Татьяны Голиковой, стабильность демографической ситуации по большей частью объясняется ростом рождаемости: в 2009 году на свет появилось 1,76 миллиона детей, что составило прирост в 2,8% по сравнению с уровнем 2008 года с 1,714 миллиона. Министр считает, что к 2011 году государство должно «остановить убыль населения и стабилизировать численность населения страны на уровне 143 миллиона человек».

Теперь после ощутимого роста рождаемости (первая стадия демографического плана), начинается второй этап, который нацелен, в первую очередь, на снижение смертности. Это касается, прежде всего, смертности, которая связана с заболеваниями (как, например, туберкулез), дорожно-транспортными происшествиями, употреблением наркотиков и алкоголя (от контрафактного спиртного ежегодно погибает до полумиллиона человек). Кроме того, российские власти также стремятся сократить число абортов, по которым страна занимает одно из первых мест в мире (в 2008 году на 1,714 миллиона новорожденных пришлось 1,234 миллиона абортов). Наконец, на 2020 год поставлена цель увеличить продолжительность жизни граждан до 75 лет.

В первом полугодии 2010 года тенденция продолжилась: рождаемость (868 936) увеличилась на 2,3% по сравнению с аналогичным периодом прошлого года (849 267), то есть на 19 569 человек. Смертность за этот период уменьшилась на 1,8% (с 1 029 066 до 1 010 988) или на 18 078 человек. Можно предположить, что в этом году население России стабилизируется или даже вырастет, несмотря на вспышку смертности из-за невиданной летней жары.

Стоит также отметить, что осенью 2010 года в России проводится перепись населения, результаты которой я обязательно опубликую в своем блоге. Наконец, чтобы закрыть демографический вопрос и опровергнуть многочисленные публикации о том, что население России сократится до 137 миллионов к 2035 году и до 100 миллионов к 2050 году, хочу рассказать вам о трех существующих у российской власти демографических сценариях. Пессимистичный сценарий предусматривает стабилизацию населения на уровне 128 миллионов к 2030 году, средний – 139,3 миллиона, а оптимистичный – 148 миллионов. Что явно не соответствует катастрофическим прогнозам, что повсюду встречаются в СМИ.

-Еще одна часто поднимаемая тема – это разногласия между премьер-министром Владимиром Путиным и президентом Дмитрием Медведевым. Имеют ли подобные утверждения право на жизнь?

- Никакого, и тому есть две веские причины. Российский культ секретности и прочная вертикаль власти не позволяют делать выводов о том, что на самом деле происходит на ее вершинах. Хотя, разумеется, такой сценарий будоражит умы тех, кому не нравится политическая линия, которую отстаивают Дмитрий Медведев и Владимир Путин внутри и за пределами страны. Немало людей враждебно воспринимают идею сильной и независимой России, которая не равняется на НАТО и постепенно начинает восстанавливать свое влияние в мире и, прежде всего, в трех ключевых зонах, а именно в Европе, Средней Азии и на Кавказе. Никто не способен предвидеть будущее или знать, что происходит за стенами Кремля, но в то же время эта растущая одержимость так называемой напряженностью внутри тандема заставляет меня задуматься о вопросе третьего мандата Владимира Путина. Интересно отметить то, что вокруг этой «мечты» о войне двух лидеров сформировалась своеобразная разнородная коалиция: прежде всего это, конечно, традиционная французская пресса, некоторые аналитики (как, например, организация Réseau Voltaire) и публицисты (например, Мишель Драк (Michel Drac)), а также разнообразные крайне правые российские движения и либеральная оппозиция.

Со своей стороны, я, повторюсь, не вижу ни одного заметного признака какой-либо напряженности. Скорее я склоняюсь к теории добровольного разделения ролей: Медведев исполняет партию доброго, а Путин – злого лидера, что стало полной противоположностью ситуации во время войны августа 2008 года в Грузии. Тандем работает превосходно, и недавняя отставка мэра Москвы еще раз это подтвердила. Эта отставка стала продолжением «уходов» президентов-динозавров Татарстана и Башкирии, что говорит о стремлении тандема освежить политическую жизнь и бороться с коррупцией. Причем при полном внутреннем согласии.

-Недавняя экологическая и человеческая катастрофа, которая случилась в России этим летом, я имею в виду пожары, дала многим газетам повод для жестких комментариев о бессилии российской исполнительной власти. Оправданы ли, по вашему мнению, такие суждения?

- Нет. Пресса раздула не только саму ситуацию, но и теоретическую ответственность политической власти. Даже серьезность обстановки в Москве, и то была преувеличена. Я провел лето в Москве и каждый день ходил на работу. Жизнь не остановилась, и москвичи терпеливо ждали, когда изменится погода и пойдет дождь. Достаточно лишь ознакомиться с фактами и понять все особенности ситуации. Россия – это вам не Пуату-Шаранта. Эта страна в 31 раз больше Франции и в 2 раза больше США. Число пожарных здесь вдвое меньше чем во Франции (22 000 по сравнению с 55 000) и они не имеют большого опыта борьбы с пожарами таких масштабов просто потому, что происходят они крайне редко.

Половина территории России покрыта лесами (800 миллионов гектаров), причем значительная часть этих диких лесов практически не заселена. Кроме того, строительство нередко велось анархически, деревни разбросаны по большой территории, без электричества и водопровода, а дома построены из дерева.

-И что, скажите на милость, делать в таких условиях, когда стена огня достигает высоты 6- или 7-этажного здания и надвигается со скоростью 30км/ч на пару сотен деревянных домов, где нет воды и живут пожилые люди, а ближайшая пожарная часть находится в 20 километрах?

Кроме того, если внимательно посмотреть на цифры, становится понятно, что в итоге те самые сгоревшие 975 000 гектаров леса представляют собой всего 0,05% территории страны. Для сравнения, во Франции каждый год в процентном соотношении выгорает примерно такая же территория, тогда как в США этот показатель втрое выше и достигает 0,18%. Все как-то быстро позабыли о том, что в Америке при пожаре в Окленд Хиллз в 1991 году было разрушено 2 900 домов и погибло 25 человек, а во время пожара в Сидаре в 2003 году сгорело 4 847 домов. Я привожу сравнение с Америкой, у которой есть все необходимое оборудование и огромный штат пожарных, чтобы наглядно продемонстрировать все трудности борьбы с огнем. И хотя каждый год в Америке выгорает втрое большая территория, чем этим летом в России, ни один журналист не бьет себя в грудь и не кричит о том, что вся ответственность лежит на демократических или республиканских властях.

Своими публикациями по этому, как впрочем, и по многим другим вопросам западная (и, прежде всего, французская) пресса расписывается в своей недобросовестности и непрофессионализме. Большая часть корреспондентов и журналистов – это серые исполнители, которые следуют приказам действующей в рамках определенной политики редакции. Я внимательно слежу за отношением французских СМИ к России, стране, где я живу и работаю, и то, что я вижу, просто уму не постижимо. Здесь прослеживается абсолютно четкое стремление дискредитировать эту страну, создать ей имидж диктатуры, некоего подобия третьего мира, который отрицает любые свободы и не разделяет «панъевропейских» ценностей. Для этого, разумеется, все средства хороши, даже во время климатических бедствий. В этой связи очень показательно поведение связавшегося со мной известного репортера с телеканала France2. Эта знаменитая журналистка, которая каждый день появляется на телевидении и выглядит вполне серьезным человеком, обратилась ко мне с одной единственной целью: «попытаться показать дефекты путинской системы». Достаточно одного взгляда на эту переписку (я опубликовал ее в своем блоге), чтобы увидеть всю ее одержимость поиском этих самых «дефектов». Да и какая, в конце концов, разница, существуют они или нет, к черту действительность и факты, главное – сварганить то, чего требует редакция, и заставить телезрителей это проглотить.

Эта одержимость путинофобией, которая поразила немало журналистов, стрингеров и корреспондентов, может объясняться лишь избытком СО2 во вдыхаемом воздухе и сводится к следующей догме: «Во всем виноват Путин». Отмечу также, что пресса совершенно забыла сообщить о том, что власти приняли меры (в частности касательно Федерального агентства лесного хозяйства), чтобы избежать повторения подобной ситуации в будущем.

У этого задымления в СМИ есть, однако, политическое или скорее даже геополитическое основание. Россия - это развивающаяся держава, которая беспокоит проамериканский Запад тем, что неподконтрольна НАТО. Это политическая и ядерная держава, чье видение мира не вписывается в рамки однополярного проекта, который некоторые считают лучшим будущим для нашего мира. Это суверенная держава, и ее приверженность своему суверенитету как раз и стала одной из основных причин информационной травли в западной прессе.

vendredi 28 janvier 2011

Projection - Débat AGS sur le film documentaire Bassidji

Alliance Géostratégique animera le débat qui suivra la projection du film documentaire Bassidji, le vendredi 4 février 2011 (20h à 23h), à la salle de cinéma la clef, en présence du réalisateur Mehran Tamadon et de Vincent Eiffling, chercheur et animateur de Chroniques Persanes.

Frontière entre l'Iran et l'Iraq


Le débat sera orienté sur les relations de la population et de l'Etat iranien au monde. Les aspects sociétaux internes seront aussi quelque peu développés.

Pour comprendre l'Iran, Mehran Tamadon s'est immergé au coeur du mouvement des Bassidji, fervents soutiens de la République islamique. Entre le réalisateur jouant sa naïveté d'étranger, et ces miliciens dogmatiques, un dialogue inédit se noue, sans tabou et non dénué d'humour...


Pour plus d'informations :



- dans le Figaro

- dans Le Monde



Tarifs :

- Plein tarif : 7 €

- Tarif réduit : 5,50 € (chômeurs, carte vermeil, étudiants)


Cinéma La Clef 34 rue Daubenton 75005 Paris - Station "Censier-Daubenton" (ligne 7), sortie "Rue Daubenton".

Crédits photos : Aloest production

mercredi 26 janvier 2011

Internet, courroie des révolutions modernes

Article paru sur Agoravox le 27 janvier 2011

J'avais relayé ici même des points de vue tiers agrémentés de mes propres interrogations sur les récentes émeutes en Tunisie.

Plus le temps passera, plus les gens anciennement au pouvoir auront tôt fait d'étouffer le mouvement populaire pour n'en faire qu'une révolution de palais. De même que l'on devra accorder une attention très importante à l'essor attendu des mouvances radicales religieuses qui pourraient tirer profit de la possibilité désormais offerte de se présenter librement aux élections. Encore faudrait-il qu'elles sachent canaliser et capitaliser sur la durée cette désespérance populaire, surtout des plus jeunes.

L'une des théories avancée concernant ces évènements aurait été que les Etats-Unis pressentaient que le maintien d'un régime corrompu et arbitraire favoriserait inéluctablement l'avènement d'un mouvement social d'obédience religieuse. Dès lors ils auraient préféré laisser déposer l'ancien Président afin d'éviter tout scénario à l'Iranienne. Vrai, faux? Quoiqu'il en soit, les dés ont été jetés et la reprise en main de la situation par un gouvernement provisoire formé d'anciens membres proches du parti au pouvoir laisse plutôt présager une récupération qu'une révolution dans les règles de l'art.

Autre point d'importance que je corrèle avec les récents évènements survenus eux en Egypte : l'impact de plus en plus net des réseaux sociaux et autres outils assimilés transitant par voie numérique. Bref, Twitter et Facebook ont joué un rôle certain dans ces évènements. Dans quelle proportion? Là c'est plus problématique à déterminer. De l'extérieur, et d'après les éléments que je glane ici et là, je dirais que c'est plus l'accompagnement d'un mouvement qu'une initiation. Les outils, mêmes informatiques, restent des outils et ne sauraient se substituer à des individus restant maîtres de leurs actions. Un outil par définition est neutre, il n'est ni bon ni mauvais à l'état initial : c'est son utiilisation qui lui donne sa force de frappe et son utilité (sociale).
De fait, je préfère évoquer le rôle de ces outils numériques en tant que courroie d'un mouvement social.

Enfin, si nos yeux sont tournés vers le monde Arabe et Perse, n'omettons pas non plus de souligner combien les pays occidentaux cherchent eux aussi à "domestiquer" le phénomène Internet. Le plus souvent par des formules très déresponsabilisantes et savoureuses à la 1984 : "Pour votre sécurité... Dans le souci de protéger vos droits... En raison du risque encouru pour vous et vos enfants... etc.".

Il apparait acquis au vu de l'activisme de divers gouvernements de par le monde qu'Internet et le mouvement des idées qui y transite mettra de plus en plus à mal la réalité des régimes. Tout comme l'imprimerie, Internet est un outil qui remodèle le monde connu et entend de fait bouleverser les équilibres de pouvoir. Et ce à une vitesse encore plus impressionnante que du temps de l'imprimerie en raison de la progression technique des transferts d'informations (dorénavant un mobile permet l'accès à une quantité d'informations tout en opérant le contact avec une quantité de personnes que l'on n'aurait jamais pu soupçonner voici à peine 20 ans!).

Lectures complémentaires : celle de Charles Bwele sur Alliance GéoStratégique, celle de JGP sur Mon Blog Défense et enfin Numérama sur la lutte des autorités Egyptiennes envers l'emploi des réseaux sociaux par les Internautes.

EDIT : Je tiens à m'excuser devant mes lecteurs pour le style quelque peu décousu du présent texte et repris par Agoravox tel quel malgré quelques modifications apportées entre temps. Le fait est que j'avais décidé de coucher mes idées en vrac sur le sujet, et escomptais y revenir dessus à terme une fois les évènements apaisés. Malgré tout, et si je regrette la forme qui aurait mérité d'être plus travaillée, le fond de ma réflexion demeure et les perspectives envisagées tout autant. Une affaire à suivre tant sur la quintessence de ces fameuses révolutions et leur devenir comme sur l'emploi de l'outil Internet.


Posté sur EGEABLOG le jeudi 3 février 2011:

Bonjour,

Question pertinente. A minima déjà il semble effectivement s'agir d'un ras-le-bol d'une frange la plus jeune de la population. Mieux éduquée, mieux accoutumée aux nouveaux médias, mieux ouverte sur le monde que les générations précédentes (ce qui est aussi le fruit de la politique éducative des régimes décriés, paradoxalement) mais sans pour autant arriver à trouver sa place attendue au sein du corps social. D'où ces cris et gestes de désespoir. La contestation est définitivement sociale, plus même que politique ou religieuse.

Ensuite, et plusieurs membres de l'Alliance ont planché dessus, le rôle des médias sociaux est attesté, mais moins pourtant que ce que l'on a annoncé un peu trop hâtivement sur les grands médias trop prompts à opérer des raccourcis trompeurs. Les restrictions liées à Internet en Tunisie puis en Egypte paraissent ce faisant prouver l'essor et l'impact de plus en plus prégnant de ceux-ci.

Maintenant le devenir de ces "révolutions" sera à observer dans la durée. D'autres questions demeurent. Ces bouleversement ont-ils été spontanés, semi-dirigés ou carrément orchestrés? Qui sont ceux qui prendront les rênes du pouvoir pour les années suivantes, des proches du pouvoir plus propres sur eux ou une nouvelle génération?

En somme de l'Algérie au Yémen, ces "affaires" ne sont pas encore réglées...

Cordialement

dimanche 23 janvier 2011

Le monde idéal selon l'homme Russe

Un peu d'humour, et désolé pour mes visiteuses russophones qui grinceront quelque peu des dents mais qui trouveront peut-être aussi de quoi les conforter dans leur propre vision des relations hommes/femmes.



mercredi 19 janvier 2011

Pas de sayonara pour les territoires du nord

Chers visiteurs,

Le présent article avait été préalablement publié sur Alliance GéoStratégique.
Cependant en raison de problèmes techniques inhérents à une migration de serveur capricieuse, l'article a été purement et simplement effacé.
Je le reproduis ici en attendant de le remettre plus tard sur le site de l'Alliance. Peut-être même avec d'éventuelles informations complémentaires si cela s'avère nécessaire.

Article publié sur Alliance Géostratégique le 10 novembre 2010 (MAJ 14 mars 2011)

Le rappel d’un ambassadeur est une de ces subtilités diplomatiques prenant leur origine dans la volonté de signifier au pays cible un mécontentement prononcé.
C’est de la sorte que le Japon a tenu à manifester envers la Russie sa désapprobation la plus vive suite à la venue du Président Russe en titre, Dmitri Medvedev, dans les îles Kouriles. Ce dernier n'hésita pas à répliquer en annonçant intensifier l'aide économique à destination des territoires en question, complétée par un renforcement militaire à quelques kilomètres des côtes nippones.

Un conflit rémanent du XIXème siècle

Les tensions persistantes entre le Japon et la Russie ne sont pas une nouveauté géopolitique. Elles sont le fruit de deux facteurs prenant leur source en plein XIXème siècle : l’ère Meiji amorçant une modernisation accélérée de l’archipel nippon avec des velléités de plus en plus évidentes de jouer un rôle régional [1] ; l’Extrême-Orient Russe conquis depuis le XVIIème siècle (1647 si l’on s’en tient à la jonction avec la côte Pacifique et à la fondation d’Okhotsk) et mis en valeur progressivement, avec un intérêt croissant pour la zone Pacifique jusqu’à s’implanter en Amérique du Nord.

C’est le traité de Shinomoseki de 1895 qui mettra le feu aux poudres en faisant craindre à la puissance Russe une fermeture de son accès à l’Extrême-Orient en général et au monde Chinois en particulier à travers la péninsule du Liaodong Mandchou attribuée à Tokyo (capitale du pays du soleil levant depuis 1868). Cette pression très forte de la Russie aboutira finalement à limiter les gains attendus de la victoire militaire obtenue contre les forces Chinoises par l’intervention passée dans l’Histoire sous la dénomination de Triple Intervention (où Français et Allemands avaient tout autant intérêt à limiter l’expansion Japonaise comme de s’approprier pour eux mêmes des territoires dans cette zone géographique).

Port Arthur deviendra un abcès purulent pour les ambitions nippones brutalemen freinées au profit de la Russie et accouchera à la première occasion sérieuse de rétablir l’équilibre à la guerre russo-japonaise de 1904-1905. Une victoire d’un peuple non-blanc sur une puissance Européenne qui aura autant de répercussion que celle d’Adoua en 1896 [2]. Au final la péninsule du Liadong reviendra sous drapeau Japonais, la Russie ayant dû baisser piteusement pavillon devant la préparation et l’exécution très poussées de leurs adversaires par trop sous-estimés. Le traité de Portsmouth, bien que plus clément que souhaité par les vainqueurs, aboutira aussi à l’obtention de la moitié de l’île de Sakhaline. La Russie engoncé dans des troubles sociaux néés de cette défaite militaire, allait par la suite remiser ses visées extrême-orientales pour se consacrer aux affaires Européennes.

Ces évènements ne seront néanmoins pas oubliés, et près de quarante ans plus tard, alors que l’Allemagne nazie a définitivement abdiqué et que le Japon continue à mener une guerre désespérée puisque perdue contre les Américains et les forces Chinoises, l’Union Soviétique sur ordre de Staline décide de frapper un grand coup. Et ce aux fins de reprendre possession de Sakhaline et de la totalité des îles Kouriles, alerté il est vrai par les bombardements atomiques de Nagasaki et Hiroshima qui annonçaient la capitulation prochaine du pays au profit des Américains. Mais aussi parce que le traité de neutralité signé entre les deux Etats en avril 1941 avait pris fin, laissant les mains libres à Staline de déclarer la guerre sitôt l’expiration de celui-ci.

La moitié du mois d’août de l’année 1945 verra les forces Soviétiques forcer le passage jusqu’à proximité de l’île d’Hokkaido. L’humiliation de 1905 était lavée par le Tsar rouge et les objurgations des hiérarques nippons ne pesaient que bien peu de poids face à la soldatesque soviétique.

Depuis lors, les autorités Japonaises n’auront de cesse de réclamer le retour à la ligne de démarcation de 1855 issue du traité de Shimoda, et revendiquer comme possession propre quatre îles (Itouroup, Kunashir, Shikotan, Habomai).

Une réorientation de la politique étrangère de Tokyo

Concomitament à la démission de Yukio Hatoyama s’est engagée une nouvelle politique étrangère. Là où le précédent Premier Ministre avait fait de son bras de fer avec les Etats-Unis le credo de sa politique étrangère [3], le nouveau maître du Japon, Naoto Kan, a préféré adopter une autre position. Position il est vrai énormément dictée par l’échec de son prédécesseur, comprenant que toute nouvelle discussion tournant de près ou de loin sur je sujet d’Okinawa obtiendra la même fin de non recevoir de la part de Washington.

Tentant de conserver l’équilibre avec les deux autres puissances régionales, la Corée du Sud et surtout la Chine, Kan ne pouvait guère bouger sur ces dossiers déjà trop sensibles du fait de la controverse des livres scolaires accusés de révisionnisme historique et des revendications territoriales (rochers Liancourts / Dokdo/ Takeshima et archipel Senkaku) ainsi que de l’absence de soutien Américain.

Malgré tout, restait au Premier Ministre une « patate chaude » : les îles Kouriles. Un sujet brûlant, flattant la fierté nationale, défendable juridiquement et bénéficiant cette fois-ci de l’appui bienveillant Américain par sa neutralité affichée.

Seulement Moscou n’en a guère cure, et Dmitri Medvedev que l’on a connu en certaines occasions très ferme et péremptoire n’a pas hésité à confirmer et exécuter sa venue sur ces îles contestées, et plus particulièrement Kunashiri, située juste en face de l’archipel Japonais. Déclenchant on s’en doute l’ire des officiels nippons.

Précisons avec à propos que la venue le 1er novembre du Président Russe était une première depuis 1945 (si l’on transpose bien entendu avec la fonction de dirigeant de l’exécutif sous l’Union Soviétique). Ce qui n’en rajoute que davantage à ce déplacement placé comme un symbole.

«Extrêmement regrettable» aurait déclaré Naoto Kan [4], suivi par le rappel de son ambassadeur à Moscou : un geste tout aussi symbolique que le déplacement du chef d’Etat Russe à l’origine de la résurgence du contentieux et significatif de la tension palpable entre les deux pays.

Situation peu favorisée il est vrai par la présence de Seiji Maehara, Ministre des Affaires Etrangères pro-Américain. Ce dernier ayant annoncé devant la diète que la Russie investissait plus vigoureusement en ces territoires que par auparavant, rendant de facto caduc l’appui économique Japonais lié à une stratégie dite de soft power. Cet aveu annonçant l’obligation pour Tokyo de revoir les modalités de sa stratégie de reconquête.

Du reste, si le politique garde clairement la main sur cette affaire, l’économique donne aussi le la. Medvedev a ainsi rappelé qu’il attendait que les Coréens investissent davantage en Extrême-Orient Russe. Une sérieuse pique à l’attention de Tokyo puisque les échanges font du Japon le 6ème fournisseur de la Fédération de Russie (4,5% des importations en 2009), suivi à la culotte par la Corée du Sud qui se place en 8ème position.

La bicéphalie géographique de la Russie et la prescience d’un glissement du dynamisme mondial de l’Atlantique au Pacifique aboutissent à ce que les autorités Moscovites fassent de cette fixation sur ces îles le padélin de leurs ambitions dans le secteur. Sachant que tout recul serait particulièrement mal considéré par l’opinion publique Russe très attachée à ne céder aucun pouce de terre et empêcherait de garantir efficacement une fenêtre ouverte sur le Pacifique. Quant aux dirigeants Japonais conditionnés eux aussi par leur opinion publique, cette réaction est une manière de détourner l’attention des autres sujets géopolitiques embarrassants sans cette fois mettre en porte-à-faux l’allié Américain.


Le sommet de coopération Asie-Pacifique (APEC) des 13 et 14 novembre prochains n'aboutit à aucune avancée significative sur la question en dépit des opportunités offertes par une telle plate-forme de rencontres internationales. Ce faisant, la situation prit au contraire une orientation plus volontariste de la part des autorités Russes qui en sus de l'intensification du développement économique des territoires visés, en vint désormais par la voix de son ministre de la Défense, Anatoli Serdioukov, à envisager très prochainement un déploiement de troupes. Tout en exprimant le souhait de ne pas s'en arrêter à cette intention, en désirant établir une ligne côtière puissamment armée, notamment par le système mobile Bastion équipé de missiles de croisière antinavires Yakhont [5]. La récente allocution du porte-parole du département d'Etat américain Philip Crowley n'a pas il est vrai contribué à radoucir la tension entre les deux pays en déclarant que les Etats-Unis soutenaient les revendications nippones [6].

Pour l'heure, le récent cataclysme naturel ayant frappé le Japon puis déclenché un accident nucléaire dont on ne peut encore à ce jour évaluer les réelles conséquences, rappelant les tristement célèbres épisodes de Three Mile Island et Tchernobyl, a placé au second plan ces vicissitudes diplomatiques. La Russie faisant même partie des pays acheminant leur personnel et expérience des situations d'urgence pour appuyer autant que possible les autorités du pays meurtri.
Si ce litige est ajourné par l'immixtion des forces de la nature, il n'est pas exclu qu'il ressurgira une fois les plaies de l'archipel nippon pansées.

[1] Le monde de Clio : L’ère Meiji : le Japon s’ouvre à l’Occident
[2] Sur cette étrange similitude qui favorisera un temps l’exotique rapprochement nippo-éthiopien, lire l’article Guerres oubliées : La Guerre d’Ethiopie et Mikhail Ivanovich Babitchev sur Ice Station Zebra.
[3] Cf La nouvelle bataille d’Okinawa
[4] Le Monde du 03/11/2010
[5] Lenta.ru du 01/03/2011
[6] Le représentant Américain précisa cependant que l'article 5 du traité de sécurité américano-japonais ne saurait être invoqué dans le cadre de la survenance d'un conflit à ce sujet. Le texte visé : Each Party recognizes that an armed attack against either Party in the territories under the administration of Japan would be dangerous to its own peace and safety and declares that it would act to meet the common danger in accordance with its constitutional provisions and processes. Any such armed attack and all measures taken as a result thereof shall be immediately reported to the Security Council of the United Nations in accordance with the provisions of Article 51 of the Charter. Such measures shall be terminated when the Security Council has taken the measures necessary to restore and maintain international peace and security.

lundi 17 janvier 2011

Evènements en Tunisie, deux réflexions tierces

Si la Tunisie n'est pas dans ma sphère d'étude géopolitique habituelle, ce n'est pas pour autant que je m'en désintéresse, bien au contraire les récents évènements m'ont particulièrement donné matière à méditer tout en me confortant sur certains points.

Ce faisant, et au lieu de me lancer dans ce développement personnel, je préfère vous orienter sur deux réflexions provenant de blogues tiers. Le premier étant celui d'un allié d'AGS, La Plume et le Sabre, dont je reproduis un court passage en vous invitant à en lire l'intégralité en cliquant sur le lien ci-dessus.
Le plus intéressant, ici, est néanmoins de voir qu'un mouvement populaire à réussi à renverser un régime autoritaire "réputé" pour son haut degré de contrôle sur la population. Une tendance de fond depuis la fin du XVIIIe siècle se voit ainsi confirmée : sur le long terme, l'initiative stratégique finit toujours par basculer dans le camp du changement, que celui-ci soit de nature révolutionnaire au sens où nous l'entendons (c'est à dire tel que la tradition libérale à voulu définir ce terme) ou d'une autre manière : ainsi le communisme a-t-il progressé tant que les pays le pratiquant présentaient le visage du changement, et non celui de la répression; les mouvements s'en réclamant dans le monde se sont alors sclérosés.

Le second est en provenance d'Ice Station Zebra sur les dessous de la fameuse "révolution de jasmin", un terme commençant à faire florès dans les rédactions. Et d'émettre l'idée que ce n'est pas forcément la France qui soutiendrait la Tunisie mais aussi une autre grande puissance ayant tout intérêt, enfin surtout un intérêt géopolitique, à bénéficier d'un allié en cette zone méditerranéenne. En complément, certaines appréciations sont très incisives a posteriori :
Des régimes qu’apprécient, curieusement, les autorités internationales comme le montre le satisfecit dithyrambique que le patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, accordait encore au régime tunisien, le 18 novembre 2008 : « Je m’attends à une forte croissance en Tunisie cette année, la politique économique adoptée ici est une politique saine et constitue le meilleur modèle à suivre pour de nombreux pays émergents. Le jugement que le FMI porte sur la politique tunisienne est très positif et je n’ai pas de crainte pour l’année prochaine. En Tunisie, les choses continueront de fonctionner correctement ».

MAJ: Je me demandais dans quelle mesure la "révolution de jasmin" pourrait subsister tout en étant crédible en conservant notamment à la tête du gouvernement un premier ministre assisté de ministres, tous affidés de Ben Ali? Semblerait-il qu'effectivement la composition du gouvernement provisoire n'ait pas été du tout appréciée par les partis d'opposition, de même que l'on s'en doute par la rue, puisque quatre démissions ont été enregistrées. La composition initiale était comme suit : Trois chefs de l'opposition y font leur entrée tandis que six membres de l'ancien gouvernement sont reconduits, a annoncé lundi après-midi Mohammed Ghannouchi. Le premier ministre sortant du président déchu conserve ses fonctions, de même que les ministres de l'Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères et des Finances. Côté opposition trois figures intègrent le nouveau cabinet. Najib Chebbi, chef de file du Parti démocratique progressiste (PDP, opposition légale la plus radicale en Tunisie) prend le poste de ministre du Développement régional. Moustapha Ben Jaafar, président du Forum démocratique pour le travail et la liberté (FDTL) récupère la Santé et Ahmed Ibrahim, du parti Ettajdid (Renouveau, ex-communiste) obtient le portefeuille de l'Enseignement supérieur.
L'histoire n'est pas encore terminée en Tunisie, des "détails" de première importance restant à régler. De même qu'il sera utile de vérifier quel parti (d'obédience religieuse ou non) tirera les marrons du feu des évènements passés, et dans quelle mesure...
Source : Le Figaro du 17/01/2011.
MAJ bis: Si l'on en croit l'édition du Canard Enchaîné du 19/01/2011, et les propos rapportés du Ministre des Affaires Etrangères Français, la main d'outre-atlantique n'aurait pas été innocente quant aux évènements récents en Tunisie. Il est difficile à ce stade de se prononcer si le mouvement populaire a été spontané, semi-dirigé ou orchestré. Il n'en demeure pas moins qu'il semblerait que les Etats-Unis soient bien moins détachés de cette fameuse révolution qu'ils ne le laissent paraître. La France quant à elle a prouvé que disposant du second réseau diplomatique de la planète et dont l'entretien exige un effort particulièrement conséquent de la part des contribuables, celui-ci a été clairement dépassé par les évènements. Et n'en est pas à sa première cécité devant des situations d'importance géopolitique. Et si tant est que des observations substantielles auraient été transmises, alors semblerait-il qu'elles se soient "perdues" en route ou auraient été écartées par les décideurs politiques.

Selon cet article très passionnant de l'Express, deux éléments sont à retenir :
  • les Etats-Unis ont attaché au régime Tunisien un intérêt très aigu avant, pendant et après les évènements. Notamment en prenant langue tant avec les opposants au régime qu'avec les potentiels successeurs de Ben Ali.
  • les messages d'avertissement relayés à Paris n'auraient (conditionnel de rigueur) pas été entendus par les responsables politiques.
  • samedi 15 janvier 2011

    Les guerres low cost : publication du cahier d'AGS


    L’Alliance géostratégique lance sa première publication avec Les guerres low cost. Des membres d’AGS, dans ces premiers cahiers ont réfléchi sur le sujet, au premier semestre 2010, selon une approche pluridisciplinaire. Les différents textes n’ont pas pour but de construire un concept ou une théorie définitive. Ils cherchent, tout en restant accessibles au public non spécialisé, à favoriser le débat sur les questions de défense par des analyses de la situation et quelques propositions.

    Hier, la guerre était une activité de luxe et risquée. Rien n’a changé ou presque. Ce « presque » est ce qui a été nommé « les guerres low-cost ».

    Outre l’affrontement des volontés, la guerre est aussi un transfert de richesses et une extraordinaire destruction de ressources. Il devient aisé de comprendre que des stratégies et des tactiques low-cost puissent être mises en oeuvre pour dépenser moins et gagner plus. Les organisations non étatiques, par la force des évènements et des ressources, se sont adaptées selon cette logique.

    Et si progressivement le politique ne pouvait plus se permettre de sacrifier des hommes pour des opérations militaires qui ne sont plus systématiquement soutenues par la population ?

    La technologie réellement maîtrisée et suffisante pourrait permettre de baisser les coûts dans de nombreux domaines, en réservant les hautes technologies aux domaines permettant d’avoir une supériorité presque certaine, au moins pendant quelques années.

    Le coût de la guerre est soumis au filtre médiatique, à l’effet potentiellement très amplificateur. L’émergence de la guerre au sein des populations s’avère à la fois un des « symptômes » du déclin provisoire du concept d’État, au plan international, et de la limitation des moyens financiers et humains nécessaires pour mener une guerre industrielle de grande ampleur.

    L’adaptation demeure une alternative au déclin relatif ou absolu de forces armées ne disposant plus des moyens de mener une guerre industrielle coûteuse dans la durée.

    Au-delà de pistes de réflexions, ce recueil explorant l’idée de low-cost appliqué à la défense pose l’équation particulièrement difficile à résoudre : « Comment conserver l’essentiel, sans négliger la préparation de l’avenir ? »


    Pour le commander, veuillez cliquer ICI ou vous rendre sur les éditions Esprit du Livre.

    Site dédié spécialement à la sortie de ce cahier

    jeudi 13 janvier 2011

    Julien, le dernier Empereur voué aux Dieux et à la philosophie


    Une lecture des plus instructives sur un Empereur Romain et son époque de la part d'un auteur au style enlevé, perlé de remarques judicieuses ou d'anecdotes permettant de donner vigueur au récit. Lucien Jerphagon que j'avais eu le plaisir de lire via Les divins Césars cible cette fois-ci un homme et les moeurs de son temps.

    Pourquoi s'intéresser à Julien, Flavius Claudius Julianus (331 - 363 ap. JC), qui n'aura régné en tant qu'Empereur du monde Romain que deux années?
    Tout d'abord parce que l'auteur s'est s'est attaché à la façon dont les idées, et plus principalement la philosophie, pénétraient les consciences et les modalités de gouvernance des dirigeants sous la Rome antique. Or, à l'instar de Marc Aurèle (121 - 180 ap. JC) , Julien était passionné de philosophie et ne jurait que sur par des auteurs anciens, notamment Platon, Plotin mais aussi Celse et Jamblique. Ensuite, parce que Julien fut aussi un général victorieux, nommé César des Gaules et par le cheminement des évènements fut sur le point d'en venir aux armes envers Constance II, l'Auguste qui l'avait placé à ce poste (mais qui avait aussi éradiqué l'ensemble de sa famille, dont son demi-frère Gallus lui aussi peu avant nommé César, à Antioche).
    Ayant subi le règne des barbouzes (agentes in rebus) comme ayant été horrifié par les dépenses fastuaires grevant le budget de l'Empire, ses premières mesures furent on ne peut plus raisonnées : assainissement des corps d'état, réintroduction de la discipline dans les armées avec suppression des charges d'entretien pesant sur les populations locales, placement de grands commis intègres et compétents, réalisme en matière de pression fiscale... Julien déborda d'activité et aurait certainement pu aller encore plus loin si sa campagne contre les Perses n'avait pas tourné à la tragédie consécutive à sa mort alors qu'elle s'était déroulée sans accroc jusqu'à la capitale d'alors, Ctésiphon. Emportant même la victoire contre ses adversaires lors du premier grand affrontement qui s'offrit à lui.
    Sa disparition laisse augurer de bien sombres suppositions car la lance qui l'aurait abattu lors d'une escarmouche semblerait bel et bien ne pas avoir été Perse (ces derniers malgré la récompense offerte par leur roi Sapor II ne revendiqueront jamais sa mise à mort fort étrangement) mais pourrait provenir de ses propres rangs. Il est vrai que Julien avait mécontenté les chrétiens nicéens par ses prises de position en faveur de l'égalité des cultes, redonnant par cette disposition impériale droit de cité aux dévotions consacrées aux Dieux anciens comme voix au chapitre pour les prédicateurs de l'arianisme. Une telle décision lui vaudra longtemps après son décès les imprécations tenaces d'un Grégoire de Nazianze ou d'un Cyrille d'Alexandrie.

    Intellectuel lancé contre son gré sur les champs de bataille, il sera à l'origine et en dépit d'une infériorité numérique critique, compliquée par une surveillance narquoise imposée par Constance II, d'une victoire décisive envers les Alamans de Chnodomar (ou Chnodomaire) en 357 à Argentoratum (actuellement Strasbourg). Peuple germanique arrivé par à-coups successifs envers le limes aux abords du Rhin et qui menaçait gravement d'entrer encore plus en profondeur sur le territoire Romain d'Occident. La campagne de Perse quant à elle ne sera pas aussi glorieuse bien que victorieuse sur tout le parcours, la faute au décès de l'Empereur qui laissera ses troupes totalement hébétées et à la merci du souverain sassanide. Son successeur Jovien signera la paix en accordant des concessions véritablement désastreuses pour la présence Romaine au Moyen-Orient, tout en lâchant l'allié Arménien.
    Nombre d'éléments liés à cet affrontement nous sont parvenus grâce à l'un des derniers grands historiens du Bas Empire Romain : Ammien Marcellin, un général passé du sabre à la plume sitôt la campagne de Perse sous Julien terminée.
    C'est aussi après Julien la fin des armées constituées majoritairement de citoyens Romains, le monde militaire devenant une fonction de prédilection pour les fédérés, ou barbares engagés par Rome pour la défendre sur ses frontières.

    Lucien Jerphagnon outre le mérite de nous faire plonger avec facilité dans un monde désormais disparu n'en demeure pas moins critique mais compréhensif envers son sujet d'étude. Son principal tour de force étant d'expliciter l'univers mental d'un Empereur tout occupé à se rêver de devenir l'un de ces rois philosophes donnés en exemple au sein de la République de Platon.
    Du reste, le personnage est attachant par ses singularités : lettré Grec vivant à la dure en partageant le quotidien de ses auxiliaires germains et gaulois; déclaré Auguste en étant décoré d'un torque par l'un ses hommes puis étant hissé sur un bouclier tel un chef Celte; baptisé chrétien mais revenu à la religion de ses ancêtres; porteur de barbe soigneusement mal entrenue alors que le glabre avait désormais court... L'Empereur n'en finissait pas d'attiser l'intérêt comme les incompréhensions.
    Julien est enrichissant en ce sens qu'il est le dernier avatar des souverains conditionnés par les écrits antiques au sein de la marée montante du christianisme, religion qui imposera une vision toute autre de l'univers et du devenir des hommes. C'est la fin d'un monde qui s'achève avec Julien, même si les Romains eux-mêmes n'en savaient pas grand chose encore...

    lundi 10 janvier 2011

    Café Stratégique n°4 : les enjeux de la prolifération nucléaire


    Ce débat libre et ouvert à tous aura lieu, comme pour les fois précédentes, de 19h à 21h au Café le Concorde (239, boulevard Saint-Germain, Paris 6ème, Métro : Assemblée Nationale, plan).

    Accesoirement, vous avez pu constater que le site d'Alliance GéoStratégique subit quelques menus soucis dû à la migration vers un autre prestataire. Tout devrait rentrer en ordre d'ici peu, merci de votre compréhension.

    dimanche 9 janvier 2011

    Entretien avec Sébastien Vannier sur les enjeux contemporains allemands

    Chers visiteurs,

    Une nouvelle fois le journaliste Sébastien Vannier fut mis à contribution afin d'exposer sa vision de l'Allemagne contemporaine mais pour le compte de l'Alliance GéoStratégique. Des questions suivies de réponses comme il se doit plus axées sur les problématiques géopolitiques mais toutes aussi éclairantes que lors de l'entretien précédent.

    Bonne lecture à vous.
    Article publié sur Alliance GéoStratégique le 2 octobre 2010

    Sébastien Vannier est journaliste à Berlin, principalement en tant que correspondant du quotidien à grand tirage Ouest-France. Entre autres contributions, il anime également le blog Electorallemand sur l’actualité sociale et politique allemande sur L’Express.fr et travaille régulièrement pour le magazine Paris-Berlin. Originaire d’Alençon en Normandie, il est arrivé à Berlin en 2007 à la fin de ses études de Sciences Politiques à Rennes, Eichstätt (Bavière) et Strasbourg. Qu’il soit remercié pour avoir consacré du temps à répondre à cet entretien.

    Sébastien Vannier, vous qui suivez l’actualité Allemande, que pouvez-vous nous dire sur l’engagement Allemand en Afghanistan dans la sphère politique, et notamment sur ce fameux épisode ayant impliqué la démission de l’ancien Président Horst Köhler ?

    A part le parti de gauche Die Linke – qui a réussi à marquer un certain nombre de points sur ce sujet – et une partie des Verts, le reste de la scène politique allemande (CDU/CSU, FDP, SPD) soutient globalement l’engagement actuel des troupes allemandes en Afghanistan, même si les différents partis ont des opinions différentes sur les dates de retrait ou les missions des troupes sur place. La mission des troupes a d’ailleurs été prolongée par le Bundestag (à majorité CDU/FDP) en décembre 2009. Il n’en reste pas moins que, au vu des mouvements pacifiques en Allemagne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce n’est pas en mettant en avant leur engagement dans un conflit armé que les partis vont bâtir leur popularité. Le thème de l’Afghanistan est donc toujours délicat à traiter.

    En déclarant dans une interview après une visite à Mazâr-e-Charîf que l’armée allemande avait également à défendre les intérêts commerciaux internationaux de l’Allemagne, Horst Köhler a lancé un énorme pavé dans la mare. Malheureusement le débat qui s’en est suivi ne s’est pas concentré sur le contenu des déclarations – est-ce vraiment le rôle de l’armée ? – mais plutôt sur le fait qu’un Président de la République n’avait pas à faire de telles déclarations. Est-ce vraiment seulement cette polémique autour de ces déclarations qui a poussé le président à la démission ? J’en doute. Ce n’était pas la première sortie contestée du Président de la République et, comme beaucoup d’autres, je pense qu’il y a d’autres raisons qui ont influencé la décision de Horst Köhler.

    Quelle est l’attitude de la population quant à ce conflit? Accepte-t-elle désormais plus facilement l’envoi de ses militaires pour des opérations extérieures ?

    Lors des récents sondages sur cette question, la réponse est claire : la population est massivement (70 % selon les derniers chiffres) contre l’intervention des troupes allemandes dans ce conflit et souhaite un retrait le plus vite possible. Le parti de gauche Die Linke a récupéré une partie non négligeable de ses suffrages en mettant en avant ce point. Alors que les Verts étaient au gouvernement lorsque l’engagement des troupes a été voté en 2001 et qu’ils ont également voté en grande majorité la prolongation décembre dernier, ils gardent également l’image d’un parti pacifiste.

    Plusieurs éléments sont venus entretenir cette opinion auprès de la population à qui on avait parlé en 2001, peu après les attentats du World Trade Center, de mission d’aide à la population afghane : les nombreuses pertes dans les rangs allemands, la mort de centaines de civils afghans avec le scandale du Kundus en 2009, les déclarations du président de la République ou encore le fait que le ministre de la défense parle désormais de « guerre ». La désapprobation n’a donc fait qu’augmenter ces derniers mois.

    Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste la réforme de la Bundeswehr qui a été annoncée, ses conséquences potentielles comme sa perception par le grand public ?

    La réforme de la Bundeswehr avait déjà vécu un premier épisode avec la réduction du service militaire à seulement six mois, une mesure déjà discutée à l’époque. Le deuxième épisode s’inscrit dans le paquet de mesures de restriction des dépenses que le gouvernement allemand – comme beaucoup d’autres d’ailleurs – a préparé en début d’année. Très vite, le ministre de la défense Karl-Theodor zu Guttenberg, s’est porté volontaire pour réduire les dépenses de l’armée. Wolfgang Schäuble, ministre des finances, attend donc de lui une économie de 8,3 milliards d’ici à 2014. Pour ce faire, le ministre a présenté lors de cette rentrée cinq scénarios différents en ne cachant pas sa préférence pour la fameuse option 4. Celle-ci prévoit la baisse des effectifs de plus d’un tiers, de 252 000 à 163 000 soldats. Parmi ceux-ci ne se trouveraient plus que 7500 volontaires. Ce plan signe donc la fin (la suspension pour être exact) du service militaire obligatoire.

    Cette mesure, assez inattendue de la part du gouvernement d’Angela Merkel, n’a soulevé de véritable résistance que dans l’aile conservatrice de la CDU/CSU. Politiquement, elle permet de renforcer l’image de Karl-Theodor zu Guttenberg, actuelle coqueluche du gouvernement, qui place ses pions avec une mesure a priori populaire, en vue d’une prochaine candidature à la chancellerie.

    Selon vous peut-on encore dire que l’Allemagne est un géant économique mais un nain politique en 2010? Avec la crise Grecque ayant ébranlé l’Euro, l’Allemagne a paru en sortir comme le seul chef surnageant au milieu de tous les autres partenaires, épiphénomène ou résultat d’une nouvelle donne géopolitique se dessinant au sein de l’Europe ?

    Je crois personnellement que cela fait déjà un certain temps que l’Allemagne n’est plus un nain politique. Cela remonte à mon avis au début des années 1990 et la combinaison de l’unité allemande et du traité de Maastricht. Si l’on se base sur son absence au Conseil sécurité de l’ONU pour qualifier l’Allemagne de « nain politique », je crois que l’Allemagne a compris qu’elle peut compter sur d’autres cercles pour peser de tout son poids. L’Allemagne joue un rôle prépondérant dans les G8, les G20 et a fortiori au sein de l’Union Européenne. Que l’on soit d’accord avec la position de l’Allemagne ou pas, quand Angela Merkel a rechigné à aider la Grèce et l’Euro, l’ensemble des autres pays européens ont bien réalisé qu’ils avaient absolument besoin du soutien de l’Allemagne.

    En ce qui concerne la situation de l’Allemagne pendant la crise, il est important, je pense, de comprendre la structure économique de l’Allemagne pour cela. Juste avant la crise, l’Allemagne et sa grande coalition était sur la voie d’un assainissement des finances et s’approchaient de leurs objectifs au niveau du déficit et de la dette. Cela – il est important de le souligner – s’était fait au prix de très lourds sacrifices sociaux. La base économique était donc a priori plutôt saine avant que la crise ne vienne tout chambouler. « Championne du monde des exportations », l’Allemagne a été touchée de plein fouet par cette crise mondiale et a fini l’année 2009 à -5 % de croissance. Inversement, elle a évidemment profité plus rapidement de la reprise. Grâce aux exportations d’un côté mais aussi parce qu’il existe en Allemagne et à l’extérieur, une confiance dans l’économie allemande qui a subsisté malgré la crise. Actuellement, l’Allemagne fait donc figure de locomotive économique de l’Europe mais je crois que la classe politique – on l’a vu avec l’application malgré tout des mesures de restriction alors que l’économie repartait – comme la population préfèrent rester très prudente.

    On l’accuse parfois de vouloir régenter la Mitteleuropa, fantasme ou réalité?

    Fantasme. Inévitablement, l’entrée dans l’Union Européenne de plusieurs pays d’Europe de l’Est en 2004 a changé la donne pour l’Allemagne. Les relations économiques et commerciales ou encore pour les étudiants en sont devenues plus faciles. En ce sens, l’Allemagne y a beaucoup gagné. Mais politiquement, les relations entre l’Allemagne et la Pologne par exemple ont été extrêmement tendues à l’époque des frères Kaczynski. Je n’ai pas non plus eu connaissance que l’Allemagne tente d’élargir sa sphère d’influence vers la République Tchèque ou la Hongrie. Donc, il s’agit peut-être d’un fantasme en France issu d’une crainte de ne plus être au cœur de l’Europe avec l’ouverture de l’UE à l’Est, mais pas une réalité de la politique allemande.

    Crédit Photo : Fahrig