jeudi 8 décembre 2011

Revue de Défense Nationale : remise du prix Amiral Duval 2011 et lancement de la version Russe

L'on ne présente plus la Revue de Défense Nationale qui depuis 1939 rayonne sur le monde de la défense sous ses différents aspects, et offrant à une multitude de personnalités, tant civiles que militaires, l'opportunité d'exposer leurs analyses.

Je me permets de reproduire ici l'intégralité du discours prononcé à l'École Militaire lors de la remise du prix Amiral Marcel Duval 2011, le prix d'honneur du jury ayant été décerné à M. Pierre Hassner. Le présent prix récompensant l'article paru dans le numéro de juin 2011, intitulé Au-dessus du Rhin.
La brève parue sur le site de la Revue de Défense Nationale.

En recevant cette distinction, je ne puis m'empêcher d'en éprouver une réelle fierté. Non feinte. Et qui est évidente lorsque l'on parcourt la liste des auteurs publiés cette année encore. Je n'en mesure que davantage tout l'honneur qui m'est fait d'être le récipiendaire du prix Amiral Duval 2011 au milieu de tous ces contributeurs de qualité.

Ce faisant, une cérémonie ne saurait être ce qu'elle doit être sans les remerciements d'usage quant à :
  • L'Amiral Alain Coldefy
  • L’Amiral Jean Dufourcq
  • L'ensemble des membres du jury m'ayant décerné le prix
  • La Revue de la Défense Nationale et son personnel
  • Xavier Laborde pour l'étincelle intellectuelle au départ de la rédaction de l'article et Olivier Kempf pour sa sévère mais juste relecture.
  • L’Amiral Duval, ce marin émérite ayant servi sous trois Républiques.

Je serai relativement concis car comme l'énonçait si laconiquement l'écrivain-soldat Miguel de Cervantes « Soyez bref, car les discours qui n'en finissent pas ne plaisent pas ». Dont acte.

DISCOURS

Pour parler des relations franco-allemandes quoi de mieux indiqué de se référer à l'actualité? La crise de l'Euro faisant la part belle au couple / au moteur / à l'axe / au tandem etc. franco-allemand. Certains journaux telle la Tribune de Genève évoquant même la Françallemagne en des termes quelque peu ironiques. Seulement derrière l'ironie se cache souvent une réalité. Celle déclarée récemment par le député Allemand Volker Kauder : « Jetzt auf einmal wird in Europa Deutsch gesprochen! » : maintenant d'un coup l'on parle allemand en Europe. Provocatrice, la phrase est révélatrice d'une tendance lourde : l'Allemagne redécouvre l'ivresse de la puissance, et ose dire non à ses proches partenaires Européens. Ce n'est plus l'Allemagne de Konrad Adenauer remerciant le geste magnanime du général de Gaulle lors de l'inauguration du traité de l'Élysée en 1963. Les sorties, mêmes controversées de personnages au premier plan de l'État comme l'ancien Président Horst Köhler, l'ancien Ministre de la Défense Karl-Theodor zu Guttenberg et son successeur Christian Schmidt ou encore l'ancien membre du conseil de la banque centrale Allemande Thilo Sarrazin ne sont pas de simples "dérapages" comme on le lit trop souvent dans la presse, mais bel et bien le signe que le monde change et le peuple Allemand aussi. Et sa perception du monde de même, sa weltanschauung.

Une autre Allemagne avec laquelle il faut composer, mais aussi et surtout associer aux vues Françaises. Car l'Allemagne, puissance économique, a besoin de la France sur ce registre : 9,5% de ses exportations en font le premier client, et 7,7% de ses importations son troisième fournisseur. Une Allemagne par ailleurs qui n'est pas exempte de défis conséquents pour son avenir, loin de l'image d'invincibilité que certains lui prêtent un peu trop exagérément : démographie (taux de fécondité en 2010 de 1,39 enfant/femme couplé à un vieillissement bien entamé de la population), dette publique (81,1% du PIB, loin des 60% du pacte de croissance et stabilité fixant le seuil à 60%), solidité de son propre paysage bancaire (Commerzbank, deuxième institut bancaire du pays en voie de nationalisation), l'intégration de populations étrangères (comme l'atteste la remise en cause récente du multiculturalisme/multikulti par la chancelière) etc.

Souci : les Français connaissent mal l'Allemagne, leur premier partenaire commercial : un véritable paradoxe. Faisant d'elle un pays à la limite de l'exotisme. Symptomatiquement, l'on relève une expatriation professionnelle forte en direction de l'Angleterre mais négligeable au-delà du Rhin. Cette méconnaissance, y compris linguistique, demeure pénalisante et en certaines circonstances constitue un réel obstacle quant à l'aboutissement de projets communs ambitieux, faute soit d'un décryptage nécessaire des codes du partenaire (ce qui vaut aussi pour d'autres partenariats stratégiques, telle la Russie, et d'une manière plus générale avec l'Europe septentrionale et orientale trop souvent délaissée par les autorités Françaises) soit d'un excès de méfiance.

L'Allemagne a de fait besoin d'être mieux appréhendée. Le processus est heureusement en cours au vu du nombre d'ouvrages sortis depuis ces dernières années sur les étals de librairies. Dans le même temps, la France doit faire face à de nouveaux défis. Et elle le peut, car comme le disait si bien le juriste et philosophe du XVIème siècle Jean Bodin, « Il n’y a ni richesse ni force que d’hommes », or la France ne manque aucunement de gens de valeur. La quintessence de ce pays est tirée du fait historico-politique, et c'est de cet axiome que tout se corrompt et se fortifie par l'entremise de ses dirigeants. Lesquels se doivent de faire corps avec ce legs multiséculaire et une pratique du pouvoir axée vers le pragmatisme, non exempte en certaines circonstances de panache. Tournée vers l'échiquier-monde, la France sur terre, air, mer et cyber se doit de défendre son héritage et ses positions, car comme le précisait le penseur Julien Freund « Personne n'est assez naïf pour penser qu'un pays n'aura pas d 'ennemis parce qu'il ne veut pas en avoir ».

Au niveau Européen comme extra-Européen, la France a une nécessité cruciale de chercher et nouer des partenariats. Soit comme adjuvant au bon accomplissement de ses propres objectifs, soit comme bouclier face aux menaces de tout ordre. Partenariats qui cependant ne sauraient constituer un frein à ses ambitions ou une vassalisation d'ordre militaire ou financière. Ainsi un rapprochement franco-germanique doit-il être perçu comme une possibilité de faire front aux enjeux stratégiques de notre temps. Et ce tant dans les intérêts Français qu'Allemands.

Une confédération franco-allemande, socle d'une force continentale équilibrée, ne saurait être fructueuse et pérenne qu'à partir du moment où la compréhension serait mutuelle avec l'acceptation de l'altérité de nos deux peuples, et qu'au côté d'une Allemagne décomplexée se tienne une France souveraine, industrieuse, mère des arts, des armes et des lois.

En vous remerciant pour votre attention.



PS : merci à Nina Brewes pour ses corrections quant à des erreurs s'étant glissées dans le discours.




Enfin, saluons la publication en Russie du premier numéro de la Revue de Défense Nationale en version 100 % russe, composée pour partie d'anciens articles parus cette année dans la version Française et pour autre partie d'articles inédits provenant de plumes Russes.

Souhaitons lui un vrai succès de lancement et de pérennité locale.

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