mardi 6 décembre 2011

Réflexion sur l'état de la presse à l'ère du numérique par le centre d'analyse stratégique


L'étude que je me permets de relayer provient du Centre d'Analyse Stratégique et touche à la cyberstratégie dans le sens où l'acception du terme signifie bien la stratégie des pouvoirs à travers le cyberespace. Incluant de fait ce que l'on nomme parfois le quatrième pouvoir, à savoir la presse.

La problématique de la presse est cruciale puisqu'elle subit une évolution de premier ordre avec l'avènement d'Internet. Sa mutation s'effectuant pour certaines publications dans la douleur, et remet non seulement en cause le magistère qu'exerçait certaines mais laisse apparaître une crise de confiance entre lecteurs et journalistes. Le succès insolent du Hunffington Post est à ce titre éloquent puisque ce périodique tout-en-ligne débarque désormais sur les terres (numériques) de France. Avec une stratégie très offensive comme le relate Benoît Raphaël... Récemment c'est le patron Russe Alexandre Pougatchev qui déclarait qu'après avoir dépensé sans compter pour renflouer la version papier de France Soir, il allait désormais opter vers un basculement intégral au tout numérique dès janvier 2012.

C'est bien pour cela que l'étude menée conjointement par Sarah Sauneron et Julien Winock est opportune pour mieux saisir le désarroi de la presse actuelle et ses portes de sortie.


Les solutions envisagées par les auteurs étant les suivantes : 
  • Étendre l’opération “mon journal offert” aux abonnements “tout numérique” des grands quotidiens et à ceux des “pure players”.
  • Développer des modules d’ingénierie informatique, d’infographie et de data journalisme, au sein des formations de journaliste.
  • Créer un laboratoire français de réflexion en ligne dédié à l’avenir de la presse.
  • Conditionner l’attribution des financements du fonds d’aide au développement des services de presse en ligne à des engagements en matière de développement de contenu enrichi et d’applications pour tablettes numériques innovantes.
  • Aligner le taux de TVA de la presse payante en ligne (19,6 %) sur celui de la presse papier (2,1 %).

Morceaux choisis : 
...Les enjeux de la presse numérique ne sauraient toutefois se réduire à la seule dimension économique. La lecture traditionnelle du journal papier laisse place en effet à une relation beaucoup plus interactive entre l’internaute et le journaliste dont le monopole dans la fabrication de l’information semble remis en cause. Les journaux en ligne doivent donc se réinventer, innover et trouver de nouveaux atouts pour se différencier et valoriser l’information produite...
...Dans la grande majorité des pays de l’OCDE, la vente des journaux diminue tendanciellement depuis quatre décennies, sous l’effet notamment du faible renouvellement des générations de lecteurs. Ce phénomène s’est accentué à la fin des années 1990 à la suite de l’émergence d’Internet et des médias numériques. Seuls les pays émergents semblent encore protégés de cette érosion, grâce à leur croissance démographique et à l’élévation du niveau de vie...
...C’est donc le modèle industriel de la presse papier, reposant sur des économies d’échelle, qui est aujourd’hui en grand péril. La presse en ligne entraîne en effet une compression des coûts de production (on estime ainsi que le basculement sur le web ferait économiser 35 % de ces coûts. Le circuit entre l’écriture de l’article et sa diffusion est réduit au minimum. La phase industrielle disparaît, ce qui représente une économie significative de frais d’impression, de papier et de masse salariale. La suppression de la distribution physique minore encore les coûts, accélère et permet la diffusion à toute heure et en tout lieu...
...l’Internet se démarque des médias traditionnels, qui fonctionnent principalement dans une logique verticale et descendante, par sa dimension participative. Les lecteurs de la presse numérique peuvent devenir acteurs : en commentant et débattant des articles, en contribuant aux enquêtes (data journalisme), voire en devenant des contributeurs ou des éditeurs avec la possibilité de créer des journaux personnalisés en fonction des flux de lecture...
...Enfin, on assiste à une certaine remise en cause de la place du journaliste comme producteur de l’information. Un consommateur critique se substitue progressivement au traditionnel lecteur qui n’entrait en relation avec son journal que par le biais du courrier des lecteurs. Le développement des réseaux de blogueurs associés transforme tout autant la physionomie de la rédaction d’un journal. Experts dans leur domaine ou témoins privilégiés, les blogueurs prennent une place croissante dans les contenus proposés. Le journaliste a perdu en même temps son quasi monopole dans le tri et le choix de l’information jugée digne d’être traitée. La sélection est désormais réalisée par une multitude d’intermédiaires (blogueurs, réseaux sociaux, agrégateurs de contenus)...

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