mercredi 30 novembre 2011

Maintenant toute l'Europe parle allemand


Une phrase, un peu malheureuse, mais symptomatique d'un député Allemand, Volker Kauder (CDU): « Jetzt auf einmal wird in Europa Deutsch gesprochen! ».
Maintenant, l'on parle allemand en Europe... Provocatrice peut-être, révélatrice assurément. Comme déjà mentionné dans un précédent billet assorti de quelques saillies d'hommes politiques de premier rang, il y a un effet latent qui se dégage en Allemagne depuis plusieurs années. Une force et assurance retrouvées, mal maîtrisées encore, mal employées et énoncées en certaines circonstances.

Pour autant, l'Allemagne doit composer avec ses partenaires Européens. Car ce sont aussi les mêmes chez qui elle peut offrir ses biens et services, un aspect à ne pas négliger (parmi les cinq principaux clients de l'Allemagne en 2010, quatre étaient Européens : France, Pays-Bas, Royaume-Uni, Italie). En outre, les créances seront autrement plus facilement remboursées que les États endettés pourront se relever rapidement (même si pour la Grèce, il est déjà assuré qu'une part conséquente des créances ne seront pas honorées).
Enfin, plus grave, la République Fédérale est accusée d'avoir usé de techniques comptables pour masquer une réalité pas si réjouissante, tel le Sondervermögen qui ne serait pas pris en compte dans le déficit public selon l'institut bancaire Natixis.

Nouveau signe inquiétant, la récente vente d'obligations Allemandes n'a aucunement séduit les marchés et investisseurs.
Berlin n'a trouvé preneur que pour 3,644 milliards d'euros émis à dix ans alors qu'elle pensait récolter six milliards, en raison de la faiblesse du rendement proposé - 2% par an sur dix ans - si bien que la Bundesbank, la banque centrale allemande, a dû conserver le restant. Source : Boursier.com
Pis, le quotidien d'affaires Handelsblatt révèle que selon l'expert financier Bernd Raffelhüschen, l'État fédéral serait endetté à 185% du PIB! 
Denn die deutschen Sozialkassen sind riesige Verpflichtungen eingegangen, die in der Zukunft zu hohen Ausgaben führen werden, ohne dass dafür Kapital angespart wurde. Auf mehr als 4,8 Billionen Euro oder 185 Prozent des BIP kalkuliert der Freiburger Finanzwissenschaftler Bernd Raffelhüschen alle durch das heutige Steuer- und Abgabenniveau nicht gedeckten Leistungsversprechen des Staates, insbesondere der Sozialversicherungen.


Allez, un rayon de soleil tout de même : l'Allemagne vient de « gagner » 55 milliards d'euros dans le calcul de sa dette suite à une écriture redondante pour HRE (Hypo Real Estate) nationalisée en 2009 suite à son trop grand nombre d'actifs toxiques. Du coup, la dette publique du pays retombe à 81,1% du PIB et non plus 83,2%. Restant tout de même bien loin des critères de convergence imposées par l'Union Européenne via le pacte de stabilité et croissance de 1997 pour garantir une union monétaire solide, à savoir 60% du PIB.

Le vent mauvais qui souffle sur les côtes Européennes ne semblent pas épargner l'Allemagne. Une Allemagne conspuée par ses partenaires du continent pour son égoïsme, son autisme même (refus des euro-bons/euro-obligations) mais que l'on doit reconsidérer au niveau des efforts consentis par sa population durant l'ère Schröder ainsi que de la mentalité et l'opinion Allemande de ne pas être réduite à un simple geldautomat. Si la Chancelière manque peut-être de souplesse sur les positions qu'elle a adopté, elle dispose cependant d'un fort appui populaire. Il n'est pas tout à fait juste de considérer l'État Allemand comme le richissime avare de la famille Européenne, vision réductrice si ce n'est erronée. Et si au fond l'Allemagne n'était pas frappée du syndrome du bon élève un peu incompris de la classe?

En attendant, le couple franco-allemand s'est resoudé dans la tourmente. Et les vues avancées par la France permettent en certaines occasions à l'Allemagne de réviser, même partiellement, sa position d'origine.
Une façon de souligner la complémentarité des deux principales puissances de l'Union Européenne.


Crédit illustration : Wolfgang Horsch


Crédit illustration : Shrank

2 commentaires:

Le marquis de Seignelay a dit…

Je ne suis pas d'accord sur la fin. Depuis le début de la crise, je dis que l'Allemagne a imposé une stratégie à sa population qui ne pouvait que ne pas correspondre à la situation de ses principaux partenaires. Oui, les travailleurs allemands ont fait des efforts : pour rien. La richesse de l'Allemagne, ce sont ses partenaires (depuis Bismark et sa stratégie d'intéressement et d'anti-encerclement ?). Ce que les allemands refusent encore de comprendre aujourd'hui, c'est que la stratégie de déflation de la masse des actifs ne correspond que à la réalité allemande ! L'Allemagne perd et perdra des habitants, ce n'est certainement pas le cas de l'Italie, de l'Espagne, de la France, du Portugal et même de l'Angleterre ! Sa stratégie s'adapte bien à une réduction de la masse des actifs par démographie naturellement négatif. Peu importe les efforts allemands, ce n'était que pure nécessité pour faire face à un reflux allemand. Pire, l'Allemagne est peut être, finalement, le pire élève de l'UE puisque c'est certainement le pays qui vieillit le plus vite. Ce n'est pas un bon élève comme se plaise à le croire les allemands. Egéa avait tiré contre les faibles investissements en Défense (3% - 2%). Dorénavant, l'Allemagne est obligée de donner dans la déflation salariale, ce qui ne ravira toujours pas ses voisins qui se plaignent depuis bien des années de la faiblesse de la demande intérieure allemande. D'où les propos d'un Jean-Pierre Chevènement qui qualifie Berlin de "Chine de l'Europe". L'Allemagne accumule les excédents commerciaux par déflation contre ses voisins.

Au final, peu importe ce que peut penser l'allemand des réformes schröeder, elles ne correspondent qu'au stricte intérêt allemand. Cette stratégie n'est pas constructive pour l'Europe, et n'offre aucun avenir politique prospère aux autres Etats européens. La position de "bon" élève ou de première puissance européenne est usurpée.

-do_ob- a dit…

Résumé très clair de Mr le Marquis, simple & efficace.