mardi 22 novembre 2011

Des drapeaux au fond des eaux


En août 2007, et dans le prolongement de ses revendications sur la dorsale Lomonossov, la Russie avait au moyen de deux bathyscaphes (MIR-1 et MIR-2) réussit à planter un drapeau sous l'Arctique par 4 200 mètres de profondeur. Entre le scientifique et l'économique prospectif, la Russie démontrait son savoir-faire en la matière, de même qu'elle indiquait clairement que le Grand Nord était son territoire.

La Chine n'est désormais plus exclue de la lutte pour l'exploitation des richesses des grands fonds puisque son propre bathyscaphe d'un peu plus de 8 mètres pour 22 tonnes, dénommé Jiaolong en référence à un dragon des mers mythique, vient d'atteindre les 5 000 mètres de profondeur. Cet exploit technique la fait rentrer dans le club très select des pays capables de produire de tels engins. Les dépêches officielles ne précisent cependant pas le lieu exact où se serait déroulée la performance qui a été rendue publique en septembre dernier. Tout juste sait-on qu'elle se serait déroulée en zone Pacifique Nord.

Comme le mentionne Zhang Jixian, Président de l'Académie de cartographie, le but de cette expédition appelle des développements pratiques. La connaissance des hauts-fonds et de ses couches géologiques intéresse au plus haut point les puissances actuelles pour les ressources qu'elles sont susceptibles d'y extraire. Et la Chine n'y faisant aucunement exception. D'autant que la façade maritime du pays concentre les zones les plus actives, et malgré les « verrous » Coréen, Japonais et Taïwanais, pourrait donner envie à la Chine de s'immiscer vers le grand large comme ce fut le cas lors des expéditions du grand Amiral Zheng He. Après avoir dévoilé ses ambitions spatiales, l'Empire du Milieu semble désormais aussi faire montre d'intérêt prononcé pour les supposés trésors renfermés par les sous-sols marins. Le drapeau planté ne manquant pas non plus de renvoyer aux territoires disputés en mer de Chine : le rocher de Socotra (à ne pas confondre avec l'île située au large de la péninsule Arabique) et de nombreuses îles du sud de cette mer bien que pour la plupart il n'y réside aucun habitant et que certains territoires soient sous le niveau de la mer (tel les îles Zhongsha, connu aussi sous la dénomination de Banc de Macclesfield). Pour l'heure Wang Fei, responsable de l'opération Jiaolong, espère pousser encore plus loin le succès du sous-marin d'exploration en franchissant la barre des 7 000 mètres de profondeur en 2012.

Pour protéger ses intérêts présents et futurs, rappelons que la marine de guerre Chinoise est la troisième du globe derrière la Russe et l'Américaine. Et que les autorités ne semblent pas lésiner sur les moyens pour la doter conséquemment. L'accord récent entre les gouvernements Américain et Australien quant à une présence régulière de la marine Américaine sur l'île-continent semble découler de ce constat comme le subodore Barthélémy Courmont dans un entretien au Monde : ... en s'assurant des bases arrières dans une région [le Pacifique Sud et la façade orientale de l'océan Indien] où la Chine ne dispose pas de relais, les Etats-Unis marquent certainement leur présence stratégique, et cela s'inscrit de fait dans le bras de fer naval auquel semblent désormais se livrer les deux pays, même si celui-ci n'est pas encore officiellement à l'ordre du jour des agendas stratégiques...

Crédit photo : Xinhua

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