samedi 5 novembre 2011

De la Transylvanie à la Scanie, passage cinématographique


Récemment l'allié Stéphane Mantoux d'Historicoblog s'est attelé à traiter d'une biographie du souverain Valaque Vlad Tepes, ou plutôt Țepeș, au moment où je découvrais lors d'un passage en Allemagne deux productions cinématographiques introuvables en France. Le second métrage j'y reviendrai ultérieurement, le premier étant bien évidemment consacré au personnage qui inspira tant l'écrivain Anglais Bram Stoker, donnant naissance au mythe du comte vampire Dracula.
Il est vrai que le qualificatif d'Empaleur ne serait pas de nature au XXIème siècle à déclencher un assaut touristique en ces terres. Il disposait cependant au XVème siècle, Tepes ayant vécu de 1431 à 1476, d'un rappel utile quant à un petit plaisir local appelé le supplice du pal : le condamné à mort ou l'ennemi ayant pris les armes contre la voïvodie Valaque se voyait puni par empalement. Mort lente et douloureuse assurée. Cette vision ne marquera pas uniquement les voyageurs, marchands et diplomates Européens mais aussi les soldats Ottomans qui lors d'une expédition punitive envers le souverain récalcitrant furent confrontés à la terrifiante vision d'une forêt de pals où achevaient d'agoniser nombre de leurs coreligionnaires.


Vlad III n'était pas un tendre dans les affaires intérieures comme extérieures mais cette dureté doit aussi s'apprécier au contact du contexte historique d'où il est issu : la Valachie est une région Balkanique luttant pour sa survie face non seulement aux autres puissances Européennes avoisinantes, Hongrie en première ligne, mais surtout envers la puissance Turque irrésistible qui mit à bas l'ancien Empire Byzantin en 1453 (prise de Constantinople). Mathias Corvin et Mehmed II, imposants personnages de l'époque se posaient comme une menace certaine pour l'indépendance du territoire. Le voïvode dut par conséquent savoir s'imposer, par les armes, la diplomatie, le développement économique et l'intimidation. Sa vie tumultueuse, dont la vérité historique est difficilement démêlable de la propagande pro et anti-Vlad, s'enracine dans les bouleversements qui affectèrent cette région de l'Europe. L'homme eut pour lui l'avantage de recevoir une éducation avancée et même son expérience en tant qu'otage de la cour Ottomane lui sera profitable pour manoeuvrer au mieux et résister aux forces ennemies.

C'est de fait tout l'intérêt de visionner ce film Roumain de 1979, intitulé sobrement Vlad Țepeș et réalisé par Doru Năstase. Ici point d'ambiance gothique, juste les hauts faits les plus connus du souverain Valaque avec quelques passages emblématiques. L'on pourra souligner la qualité très acceptable du métrage, et saluer la performance de Stefan Sileanu campant un Vlad l'Empaleur d'une saisissante prestance et dont le regard froid ainsi que les mots sentencieux permettent de mieux se plonger dans le récit. Une découverte très appréciable qui, bis repetita, ne peut que nous faire déplorer l'absence de distribution en zone francophone.

Le film complet avec sous-titres en anglais :



La seconde découverte, Snapphanar, a trait à une période plus récente, la fin du XVIIème siècle, 1678 pour être plus précis, en Scandinavie dans la province de Scanie (Skåne). Il est vrai que d'office le spectacteur lambda n'étant pas ressortissant de cette zone géographique aura bien des difficultés à ressentir une empathie pour cette quête effrénée de rebelles souvent issus de la paysannerie et favorable à la couronne Danoise alors en lutte contre la montée en puissance de la Suède. Il est vrai que l'Øresund, le détroit de Sund, distant d'à peine quatre kilomètres facilitait les liens entre les deux rives, et que la Scanie fut une place stratégique centrale perdue lors du traité de Roskilde en 1658. La situation ne fut jamais complètement acceptée par le Danemark qui n'eut de cesse de se relever de cette humiliation, réussissant ce faisant à faire revenir les provinces de Trøndelag et Bornholm en soulevant les partisans acquis à sa cause, succès conforté par l'intervention de la marine Hollandaise. Le retour de ces provinces fut consacré par le traité de Copenhague de 1660.

Réalisé en 2006, la technique est sans gros défaut majeur et se permet quelques scènes flattant la rétine. En revanche, l'histoire dévisse un peu de la réalité historique, et tend vers l'épopée à la Trois Mousquetaires. Il faut par conséquent prendre le film avec un certain recul, nonobstant la qualité du jeu des acteurs (certains surjouant, d'autre échouant). Il renseigne toutefois sur la guérilla qui perdura longtemps en la contrée de Scanie, où les rebelles se firent traiter de snapphanen, terme que l'on devine très péjoratif dans le lexique Suédois. La guerre de Scanie durera quatre années, de 1675 à 1679, pendant lesquelles des irréguliers locaux firent le coup de main au côté des forces Danoises : un risque conséquent pour eux puisqu'ils ne pouvaient bénéficier d'une quelconque mansuétude liée à la profession de la guerre. Las, les traités de Lund et Saint-Germain-en-Laye en 1679 aboutirent à la confirmation du traité de Copenhague évoqué au paragraphe précédent. Remisant de jure les espoirs du Danemark de recouvrer la province de Scanie malgré ses victoires terrestres et maritimes à l'encontre du rival nordique, contrebalancées par l'arrivée de troupes Françaises, alliées à la Suède, prenant le territoire Danois à revers. Une situation qui n'évoluera plus, y compris avec le traité de Frederiksborg en 1720 pourtant favorable aux Danois cette fois-ci.


L'amateur de géopolitique notera avec grande attention le terme de Dominium maris baltici prononcé par l'un des protagonistes principaux : le centre des préoccupations des puissances riveraines de la mer Baltique aux XVIIème et XVIIIème siècles. Ces conflits récurrents passeront à la postérité sous la dénomination de Guerres du Nord.

La première partie du film : 


Dans la droite ligne de ce film Suédois, je vous recommande le site suivant si le cinéma nordique est susceptible de vous intéresser : Kino Digital

Aucun commentaire: