dimanche 9 octobre 2011

Une visite Chinoise qui embarrasse les Européens

Article paru sur Alliance GéoStratégique le 17 octobre 2011

Si la Chine s'est faite remarquée récemment aux côtés de la Russie suite à son veto au Conseil de Sécurité, elle s'est aussi incrusté dans le sphère économique Européenne avec à-propos. Mal en point, la zone Euro est à la dérive, et malgré un fonds de stabilisation Européen créé en dépit des réticences de nombreux adeptes du laissez faire-laissez passer, force est de constater que l'état de la Grèce a été simplement stabilisé... pour quelques années ou pire mois. L'on observera en faisant le détail de ce fonds qu'il fait appel à un organisme extérieur : le Fonds Monétaire International [1]. Or toute ingérence n'est pas sans conséquence à terme, qu'elle soit le fait d'une institution internationale ou d'une entité nationale.

Pour en revenir à la venue en Europe de M. Wen Jiabao, Premier Ministre Chinois, l'on ne peut contester que sa venue aura eu un retentissement assez conséquent : Italie comme Hongrie l'accueillant tel le sauveur du lointain Orient. Oublié l'oncle d'Amérique et ses billets verts... Les billets verts sont désormais dans la poche du mandarin.
Comme l'énonce de façon très grinçante Marc Fiorentino dans La Tribune : Avez-vous vu le visage de Wen Jiabao, le Premier ministre chinois, qui s'étalait à la une de tous les journaux ? Un large sourire. Il faut dire qu'il venait de faire une bonne blague. Il avait fait croire qu'il était prêt à faire l'aumône à l'Italie. Tous les commentateurs et même les investisseurs y ont cru. Mais en fait, c'était une blague. Juste pour le plaisir de voir tous les responsables européens tendre leur sébile et repartir tout penauds en l'écoutant dire : "Si vous voulez qu'on vous aide, mettez un peu d'ordre chez vous... Faites comme nous.".

Dans l'édition du Courrier International traduisant un article du Frankfurter Allgemeine Zeitung, voici ce que l'on peut y lire :
La véritable leçon du voyage de Wen Jiabao en Europe est tout autre : le Premier ministre chinois a montré à un continent qui vit depuis longtemps au-dessus de ses moyens ce que cela faisait d’avoir un véritable trésor de guerre. Confisquée par le Parti communiste, la nouvelle richesse de la Chine n’a pas été consommée mais amassée en un vaste trésor qui va désormais lui servir à acheter tout ce dont une grande puissance mondiale a besoin : de bonnes relations avec ses grands partenaires commerciaux, des matières premières dans le monde entier et surtout une puissante armée. Chaque année, les dépenses militaires chinoises augmentent de plus de 10 %, dotant ainsi le pays d’une des armées les plus puissantes au monde.
C’est à ce moment décisif dans l’histoire du monde que l’Europe s’enfonce dans la crise budgétaire. La Grèce n’est pas la seule à avoir tiré sur la corde depuis plusieurs générations ; l’Europe est bien représentée dans la liste des pays les plus endettés au monde. Elle a hypothéqué son avenir – même en Allemagne, les dépenses sociales et le service de la dette représentent les deux premiers postes du budget. La défense aussi a été abandonnée, l’Europe le découvre aujourd’hui brutalement : sans soutien américain, le Vieux Continent n’a pas les moyens de maintenir une opération militaire dans un pays africain presque désert pendant plus de deux semaines. La question n’est donc pas de savoir si la Chine cherche à gagner en influence sur le continent, mais plutôt de savoir si l’Europe n’est pas devenue trop faible pour lui résister.
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Avons que le récent démantelement de la banque franco-belge Dexia et l'évaluation de reconsolidation des banques estimée à quelques 100 milliards d'euros selon le ministre irlandais des Finances, Michael Noonan n'est pas peu pour rassurer l'avenir de la zone Euro. Le sommet Européen prévu le 17 octobre et relatif à la crise de la dette vient d'être reportée par la voix du Président de l'Union Européenne van Rompuy au 23 octobre : faudrait-il y voir une difficulté des parties à s'entendre sur le scénario de résorption de crise?

Une Europe à la croissance anémique, et frappée non d'aboulie mais de désordre permanent. Le Traité de Lisbonne passé en force au-dessus des peuples au mépris de toute règle démocratique est déjà susceptible d'être modifié, comme le préconise la Chancelière Angela Merkel dans sa conférence de presse du 5 octobre dernier. Une situation qui n'est pas sans alarmer les deux principales forces économiques mondiales, dépendantes à leur manière de la bonne santé de la région Europe pour l'écoulement de leurs produits et services (sans compter la dépréciation d'actifs par les actionnaires). Et interdépendants entre eux.

Il est constant depuis de nombreuses années que Chinois et Américains se tiennent par la barbichette des échanges commerciaux et des bons du trésor. Dépendance réciproque qui n'empêche pas le cas échéant un coup de gueule de l'une ou l'autre des parties comme le Président Américain vient de se l'autoriser lors d'une conférence de presse donnée le 7 octobre 2011 : « La Chine a été très offensive pour fausser le système des échanges commerciaux à son avantage (…) ». Dans sa conférence de presse donnée hier jeudi 6 octobre à Washington, Barack Obama a critiqué la Chine pour la manipulation de sa monnaie, le yuan, et a demandé aux Européens d’agir vite pour régler le problème de leur dette, mais a exclu comme solution l'exportation. Source : RFI
Une fois encore, la monnaie nationale Chinois est visée car sa manipulation permet effectivement d'exporter à moindre coût les marchandises, provoquant de faire un vrai dumping commercial en sus de social de par les conditions de travail locales. Un sujet qui n'a cessé d'irriter les instances Américaines depuis plusieurs années, et qui en devient critique de par la dette exponentiellement croissante des États-Unis.

L'on peut se douter, sans trop se méprendre, que le G20 habituel lieu de causerie en bons gens du monde, va devenir les 3 et 4 novembre prochain à Cannes un crash test pour la politique Européenne de gestion de crise.

En complément, ne pas manquer de lire les propos de l'écrivain Italien rapportés par PressEurope (traduits d'un article de La Stampa). Et en retenir particulièrement ce passage sonnant comme une mise en garde prophétique :
Si dans un avenir proche la politique ne parvenait pas à refaire en sens inverse le chemin qui l’a conduite de la souveraineté à l’obscénité, le risque serait effectivement que dans un avenir pas si lointain un gigantesque conflit se déchaîne entre les intérêts spéculatifs de la finance apatride – – et qu’elle soit chinoise, américaine ou de chez nous importe peu – et les besoins, les attentes légitimes, les espoirs de chacun d’entre nous.

MAJ : une dépêche de Reuters en date du 30 octobre 2011 fait part du souhait du président du Fonds Européen de Stabilisation Financière d'intégrer activement la Chine au processus de sauvetage économique de l'Europe. L'on peut à ce titre se demander si l'on est en face soit d'une volonté de provoquer un électrochoc politique de la part des contributeurs du FESF soit d'un coup de poker pouvant être préjudiciable à la souveraineté des États Européens.
Le directeur du Fonds européen de stabilité financière (FESF) Klaus Regling a tenté samedi de convaincre la Chine d'investir dans le fonds de sauvetage, précisant que les investisseurs seraient assurés contre un cinquième des pertes initiales si nécessaire et que les titres de dette pourraient éventuellement être cédés en yuan si Pékin le souhaitait...
Klaus Regling a laissé entendre qu'il serait dans l'intérêt de Pékin d'investir davantage dans le FESF, afin de préserver l'euro, devise alternative au dollar pour les réserves de change chinoises, qui s'élèvent à 3.200 milliards de dollars. 

[1] Pour mieux saisir ce qu'est le FSE, lire ce très didactique, et légèrement sarcastique, article des Échos : http://lecercle.lesechos.fr/abecedaire/f/221133050/fonds-europeen-stabilisation-financiere
L’Accord Monétaire Européen, n’avait pas prévu ce cas…. il fallut improviser, le Fonds Européen de Stabilisation Financièrre est né de cette crise.
Dans la nuit du 9 au 10 mai 2010, (il est intéressant de relever que les grandes décisions collectives ont besoin de la nuit pour sortir au grand jour….) Un fonds de stabilisation de 750 milliards d'Euro était créé. Approvisionné comme suit : 60 milliards d'Euros provenant de la Communauté européenne, qui est, pour l’occasion, autorisée à emprunter. C’est le mécanisme européen de stabilité financière, garanti par le budget européen ; 440 milliards apportés par les États membres de cet accord sous forme de garanties (la Grande-Bretagne ne s’y joignant pas motif pris qu’elle n’est pas membre de la Zone Euro) via la création d'un Fonds Européen de Stabilité Financière et 250 milliards apportés par le Fonds Monétaire International.


Crédit illustration : cleanbiz.asia

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