vendredi 19 août 2011

L'euro (Estonien) de la colère



Les amateurs de numismatique, l'étude relative aux monnaies et médailles, le savent pertinemment : une pièce renseigne énormément sur son époque d'émission quant à ses moeurs, sa politique et même parfois sur son propriétaire.
C'est le cas en la circonstance d'une pièce d'un euro en provenance d'Estonie, ce pays Balte jouxtant la Fédération de Russie et passé récemment à la monnaie Européenne (janvier 2011).

Un élément singulier serait discernable par observation attentive de la carte du pays dessinée sur le revers de la monnaie. En effet, les parties territoriales nord-est et sud-est apparaitrauent légèrement augmentées si l'on compare avec une carte contemporaine de l'Estonie.
La raison? La volonté par Tallinn de faire appliquer par les autorités Russes le traité de Tartu ratifié en 1920 ayant permis et reconnu l'existence et l'indépendance de l'Estonie vis à vis du pouvoir Soviétique. Une volonté tenace aboutissant à réclamer de jure les environs de Petseri et la rive orientale de la rivière Narva ayant été confisqués par Joseph Staline en 1940.

Des échanges diplomatiques eurent lieu de part et d'autre afin de parvenir à un accord satisfaisant pour traiter cette scorie post-soviétique. Las, de péripétie en rebuffade de dernière minute, aucune solution n'a été à ce jour trouvée. Et la mise en circulation d'euros Estoniens faisant clairement référence aux endroits litigieux n'a pas peu aidé à faire descendre la pression.
Le traité bilatéral établi en 2005 n'a toujours pas été ratifié par la partie Russe courroucée de voir introduite la référence au traité de Tartu insérée subrepticement par le Parlement Estonien. Un sujet épineux de plus dans les échanges diplomatiques estono-russes, surtout depuis 2007 et la cyberattaque massive dirigée contre les infrastructures numériques Estoniennes faisant suite au déplacement d'une statue d'un soldat de l'armée rouge à Tallinn et ayant suscité l'émoi parmi la population russophone (considérée comme citoyens de seconde classe en Estonie) ainsi qu'en Russie.

Un euro symbolique très symbolique géopolitiquement...

MAJ : après étude attentive d'euros à ma disposition, je dois admettre que les frontières ne sont pas facilement identifiables, voire qu'elles me semblent tout à fait conformes au tracé actuel. Une représentation agrandie trouvée sur Internet du travail de Lembit Lõhmus retenu après concours m'incite plutôt à y reconnaître les frontières actuelles. N'en déplaise à M. Sergey Seredenko, défenseur de la minorité russophone d'Estonie et qui avait lancé la polémique, je dois admettre que le grief soulevé ne m'apparait guère évident après analyse de près. The Telegraf semblant abonder en ce sens aussi.
L'on peut en revanche conjecturer que cette polémique n'est qu'une réplique des secousses récurrentes des difficiles relations estono-russes depuis 1991.

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