lundi 25 juillet 2011

De Stolypine à Poutine, permanence de l'homme d'État Russe


Vladimir Poutine ne sera pas le détenteur du prix Quadriga décerné chaque année par une organisation privée Allemande à Berlin, récompensant les hommes d'importance contemporains dans les domaines politiques, sociaux ou culturels.
Or, l'un des bénéficiaires du prix pressenti pour 2011 était précisément l'actuel Premier Ministre Vladimir Poutine pour son action au sein de la Fédération de Russie lors de ses mandats passés et présents. Une perspective qui fit se dresser sur leurs ergots nombre de personnalités du jury (le co-président des Verts allemands Cem Ozdemir, le fondateur de Wikipédia Jimmy Wales et l'historien allemand Edgar Wolfrum quittèrent le conseil d'administration du prix tandis que l'artiste danois Olafur Eliasson rendit son prix, et l'ancien président tchèque Vaclav Havel menaçant de faire de même).
Devant le risque d'une cabale médiatique préjudiciable à la notoriété du prix, et nonobstant toute justification quant audit prix, les responsables préférèrent annuler l'édition 2011. Une décision qui provoqua l'ire du Président Dmitri Medvedev. Ce dernier n'hésitant pas à évoquer la lâcheté et l'incohérence des responsables qui reculèrent devant la pression de quelques individus alors que la décision était déjà acquise quant à l'attribution de la récompense à l'homme d'État Russe [1]. Cette fausse note n'est pas de nature à remettre en cause les bonnes relations économiques entre l'Allemagne et la Russie, ni même à altérer les interactions politiques pragmatiques tissées entre les dirigeants, elle n'en demeure cependant pas moins maladroite et fort peu justifiable.

Qu'à cela ne tienne, début septembre, le récent comité du prix Chinois Confucius [2] l'a inclu dans ses nominations ou il sera confronté entre autres à ...Angela Merkel.

L'Histoire Russe est pourtant une longue démonstration que les individus à la poigne ferme sont ceux qui sont demeurés les plus populaires à travers les siècles, ayant su éviter l'implosion du pays le plus vaste sur la Terre.
C'est à ce titre notamment que Vladimir Poutine encouragea il y a quelques jours et vigoureusement les membres du parlement à soutenir par leurs propres deniers l'érection d'un monument à la mémoire de Piotr Stolypine, un homologue ayant officié sous l'Empire Tsariste entre 1906 et 1911 [3], et considéré comme l'un des plus efficaces commis d'État de Nicolas II. La date anniversaire du centenaire, le 18 septembre, est celle de sa disparition lors d'un attentat au théatre de Kiev.
Ce n'est pas la première fois que le Premier Ministre fait référence à Stolypine, donnant crédit aux amateurs de what if que si cet illustre personnage avait vécu plus longtemps, bien des souffrances auraient été épargnées à la Russie du fait de sa clairvoyance sur le plan intérieur comme extérieur.

NB : Quadriga renvoie au célèbre quadrige de la porte de Brandebourg, effigie à laquelle fait justement référence la statuette remise au lauréat.

Site officiel du prix Die Quadriga

[1] « Не хотел говорить, но скажу про премию "Квадрига", хотя меня не спрашивали. На самом деле, это, конечно, немецкая головная боль, а не российская. Но я считаю, что любая общественная организация, которая присуждает премии, может выбирать тех, кому премии вручать, кому не вручать, кто нравится, а кто не нравится. Но уж если решение принято, то это решение должно исполняться. В противном случае это проявление трусости и непоследовательности »
[2] Né en 2010 de l'initiative d'un prétendu comité privé en liaison avec le ministère de la culture Chinois, le prix Confucius a pour vocation à l'instar du prix Nobel de distinguer une personnalité eu égard à ses efforts pour la paix dans le monde. Le premier prix fut attribué à Lien Chan, un politicien Taïwanais favorable à un rapprochement avec la Chine continentale, avec cependant un couac de départ puisque ce dernier fut absent de la cérémonie et ne vint jamais réclamer son prix.
[3] Article sur Piotr Stolypine

2 commentaires:

Spurinna a dit…

Il est vrai que dans le what if, je me souviens d'un cours à la fac qui avait ouvert des portes sur le sujet Stolypine. Faut dire qu'il y avait quelques médiocres aveugles à la cour russe à cette époque, ce qui rehausse le prestige stolypinien automatiquement.

Mais on reste dans la thématique chère au clan pétersbourgeois, à sqvoir les références au tsarisme dans un but politique : authentification des cendres impériales, retour du drapeau de la flotte et des armoieries sur les navires etc.

YH a dit…

Bonjour,

Merci pour votre commentaire.

Stolypine était un homme compétent, très actif et qui avait saisi qu'il fallait absolument corriger sur de larges pans le système Russe sans quoi le régime était perdu.
Or ces bouleversements à peine naissants heurtaient de plein fouet les privilèges et la vision sociale des courtisans. Cet homme se souciait d'un avenir collectif à long terme, les courtisans de leur propre avenir à très court terme. En somme, la cour du Tsar précipita la chute du règne par réaction.
A la limite je pourrais émettre que Lénine fut autrement plus lucide sur les actions de Stolypine que ceux qui gravitaient autour du Tsar.

Pour le reste, oui : il y a une récupération politique, c'est toujours un peu inhérent lorsque vous célébrez un personnage.
Il y a toutefois une volonté réelle de donner crédit à l'actuel régime en opérant une continuité avec l'ancien (passant au-dessus de la parenthèse soviétique mais sans la dénigrer pour autant comme les commémoration du 9 mai l'attestent).

Cordialement