samedi 25 juin 2011

La France, les TIC, le monde...


L'on a coutume de lire, et même d'entendre qu'en France tout est trop ou pas assez vis à vis de l'étranger. Manière d'appuyer un propos à dessein de souligner les carences d'un secteur, de préférence en grossissant le trait. Virant au grotesque pour les contempteurs un peu trop zélés, mais captant l'attention du public ciblé pour les autres.

C'est à ce titre qu'il convient de se plonger avec grand intérêt dans le document du Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie désigné sobrement par Technologies clés 2015. Et découvrir de la sorte où se situe la France dans le concert des États en cette révolution technologique en cours.

Précisons que les TIC (Technologies de l'Information et de la communication) ne sont pas les seuls points abordés, ainsi les personnes ayant des centres d'intérêt tiers pourront feuilleter les sections consacrées aux énergies ou au bâtiment entre autres.

Les TIC pour leur part font l'objet d'une analyse prospective, avec tableau récapitulatif, ce dont on est gré aux rapporteurs du présent document tant cela simplifie la vie et la vue d'avoir un schéma clair et précis. Comme il est rappelé d'emblée, le secteur des TIC a aussi subi la crise, freinant de fait les investissements lourds, les équipements de télécommunication en ligne de mire puisque les plus coûteux. Un mauvais passage relativisé par la projection d'une croissance de +3,8% en 2013. Là aussi où le début de l'étude est dans la justesse c'est lorsqu'il souligné que l'ère du numérique donne naissance à de nouveaux modèles économiques ou transforme les anciens (avec des résultats divers allant de la fragilisation à l'accélération de leur obsolescence). J'en profite à ce stade pour vous inciter à lire le rapport du cabinet McKinsey sur l'impact d'Internet sur l'économie Française, il permettra notamment à ceux qui l'ignorent ou le minorent, de mieux saisir pourquoi ce relais de croissance ne saurait être bridé pour des raisons idéologiques : 60 milliards d'euros en 2009, 72 milliards en 2010 (estimation) et pesant près de 3,2% du PIB en 2009 et 3,7% en 2010 (estimation). Le net est de fait un poids lourd indiscutable de l'économie nationale contemporaine.

Pour en revenir au document du Ministère, que je vous laisse découvrir dans le détail, il tente prospectivement de percevoir les évolutions et implications inhérentes à moyen terme : l'infonuagique (ou cloud computing) et le nomadisme numérique pour toutes sortes d'applications. Si l'on en demeure à l'état de balbutiement pour ces deux éléments, nombre de sociétés (Américaines principalement) sont déjà sur le créneau et ne manquent pas d'y consacrer une part croissante de leur budget R&D ou de développer une pleine activité (que l'on songe à Cloudant ou Northscale). Pour rester sur la R&D, le document énonce que la France si elle se situe légèrement au-dessus de la moyenne Européenne, ne doit pas pour autant s'en satisfaire vu le différentiel d'efforts avec d'autres pays en pointe dans le domaine.
Et de proposer un small business act dans le sillage de celui déjà en cours aux États-Unis. Une décision stratégique d'envergure pour assister et consolider les PME innovantes.

Enfin, l'accent est mis sur une formation aux TIC pour les agents économiques, non seulement axée sur la technique pure mais aussi sur les interactions connexes dans les champs juridiques, économiques ou sociologiques.

Tout n'est pas rose non plus, mais les bases techniques et humaines sont présentes. Dès lors rien d'impossible, au contraire d'autres pays devant importer et/ou espionner pour se procurer les technologies envisagées. L'on relèvera notamment l'appel lancé aux autorités publiques pour assister ou protéger les jeunes pousses (comme dans le secteur de l'intelligence et la valorisation des données, où il est expressément indiqué que la France est mal positionnée sur ce domaine avec beaucoup d’acteurs mais de taille trop petite et souvent cantonnés au marché national.
Le logiciel libre est très loin d'être oublié dans le rapport puisqu'il fait même l'objet d'une vigoureuse défense, allant jusqu'à préconiser d'aider les communautés existantes, de renforcer la formation dans ledit domaine et d'adopter une législation en ce sens. La recommandation sera-t-elle suivie à l'avenir? A défaut d'une autre génération de décideurs politiques, il y a tout lieu de croire que cela prendra énormément de temps...

En vous souhaitant une instructive lecture,

Document format PDF sur le site du Ministère de l'Économie, des Finances et de l'Industrie.

Extraits :
La France occupe la première position dans l’industrie européenne des composants électroniques (électronique industrielle) et accueille sur son territoire des acteurs majeurs de recherche (CEA Leti, CNRS LAAS…) et industriels (STMicroelectronics, Soitec, NXP, Atmel, Freescale, Altis, Ipdia, etc.). La position européenne dans la micro-nanoélectronique est toutefois en retrait dans le monde.
La France est par ailleurs très bien représentée dans certains domaines des composants électroniques, notamment au niveau des cartes à puce, cartes sans contacts et du RFID (Gemalto, SK, Tagsys, Pôle SCS, etc.), tout en étant impliquée sur l’ensemble de la micro-électronique (ST Microelectronics, Soitec, etc.).

Le développement du secteur des TIC repose par ailleurs fortement sur le développement de standards de droit ou de fait, voire d’interopérabilité. L’existence de standards permet un développement plus rapide et moins coûteux de nouvelles solutions et technologies construites à partir des technologies standardisées. Toutes les initiatives permettant de développer des standards sont donc à privilégier. Ces initiatives doivent être déployées au niveau international (européen au minimum) pour profiter d’un effet de masse.

L’implication des pouvoirs publics autour de la régulation des données est centrale. Le rôle joué par la capacité à combiner des données, notamment des données personnelles, dans le développement de nouvelles applications, devient primordial et doit être encadré pour assurer un bon niveau de sécurité et de confiance numérique, levant ainsi les freins au développement des usages par les entreprises et les particuliers.
Le développement des technologies clés repose pour beaucoup d’entre elles sur des infrastructures très coûteuses (haut débit, numérisation de contenus, calcul intensif, informatique en nuages, usines de composants, etc.). Le développement d’approches mutualisées pour partager les coûts et les risques (co-innovation) et l’apport éventuel de financements publics doivent permettre de lever certaines des contraintes financières associées.


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