dimanche 22 mai 2011

En Espagne, le movimiento succède à la movida


Je ne désire pas opérer une analyse dans l'urgence, cependant il est difficile de rester imperméable aux évènements se déroulant en ce moment même en Espagne sous la dénomination de movimiento 15 de mayo.
Un mouvement qui s'il peut s'apparenter aux révolutions Arabes (ne serait-ce que par l'emploi massif des nouveaux moyens de télécommunications en général et des réseaux sociaux en particulier) n'est pas à découpler des mouvements sociaux ayant frappé en Islande, Lituanie, Lettonie, Grèce et Grande Bretagne. depuis 2009.
Ce mouvement est d'autant plus significatif qu'il n'est ni initié ni récupéré politiquement. C'est une contestation spontanée, le ras-le-bol d'une génération qui au fond n'a plus grand chose à espérer mais tout à changer. Et un signal d'alarme que les démocraties ne sauraient dresser le paravent de mots masquant la réalité de régimes. Je recommande de particulièrement lire le manifeste (en plusieurs langues dont l'anglais que je livre pour le plus grand nombre) de ¡Democracia Real YA! et les 40 propositions (en castillan uniquement), avec un intérêt aigu pour ma part concernant le point 7 : No al control de internet, abolición de la Ley Sinde.
La Ley de Economía Sostenible étant le pendant de la loi Création et Internet (HADOPI) en Espagne. Il est significatif que cette proposition soit mise sur le devant de la scène par une génération ne partageant pas le tempérament anxiogène de dirigeants Européens de plus en plus désireux de museler (civiliser diront certains [1]) un moyen d'expression révolutionnant l'humanité sur les traces du papyrus et de l'imprimerie.

Signalons ce très plaisant article de Press Europ opérant un parallèle entre les cas Espagnols et Islandais :
Les Islandais n’en sont pas restés là. Ils ont ébranlé les fondations du gouvernement, poursuivi les banquiers qui les avaient conduits à la banqueroute et ont dit "non" par référendum [en mars 2010 et en avril 2011] au remboursement au Royaume-Uni et aux Pays-Bas de la dette de 4 milliards d’euros [cumulée par la banque Icesave]. Mieux encore : ils ont formé une assemblée de 25 citoyens élus chargée de mener une réforme constitutionnelle. Une révolution silencieuse, parallèlement à l’ultramédiatisation de ces révoltes arabes que l’indomptable voix des réseaux sociaux avait sauvées de l’oubli.
...
Ce mouvement de contestation a été baptisé 15-M après les manifestations qui ont réuni le 15 mai 2011, au cri de "Nolesvotes" [Ne vote pas pour eux] des milliers d'étudiants, retraités, employés mal rémunérés ou citoyens mécontents dans une cinquantaine de villes espagnoles
.

[1] Je ne puis résister quant à vous faire partager les coulisses du prochain eG8 qui se déroulera à Paris (24 et 25 mai) et qui a définitivement consacré la rupture entre l'ancien Ministre des Affaires Étrangères et l'hôte de l'Élysée qui insiste sur «le respect du droit d'auteur», la criminalité sur la Toile, ou les aspects économiques. En effet, «il ne serait pas concevable que l'Internet se développe comme une zone de non-droit». La conférence du Quai d'Orsay doit donc promouvoir «un Internet civilisé», avec en premier lieu la mise en avant «des initiatives de régulation équilibrées prises par la France», comme «la loi Hadopi». Comme le résume Marianne, «l'Élysée ne veut pas entendre parler de cyberdissidence, ni de liberté d'expression, il veut du “contrôle”».
Il est déplorable que le mythe de l' « Internet zone de non-droit » perdure à ce point en certains esprits ignares en matière du droit de l'Internet et/ou de l'univers informatique. En effet comme je m'étais exprimé lors du colloque international célébrant le bicentenaire du Code Pénal à Strasbourg : L’âge du numérique pose en réalité la problématique non de l'inexistence de règles de droit applicables mais d'une appréhension du phénomène qui n'est ni plus ni moins qu'une révolution sociétale et technologique en marche.
En outre, il est contradictoire de souhaiter un développement économique tout en laissant planer la sanction d'une coupure de l'accès au réseau Internet (une aberration qui en dit long malheureusement sur l'évaluation par les hiérarques d'un phénomène technologique d'ampleur) et des forces qui traversent les assemblées (nationales et européennes) pour donner naissance à des textes législatifs on ne peut plus contestables sur la forme comme sur le fond.

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