lundi 21 mars 2011

Réflexions en rafale sur la Libye



Comme en 1986, la Libye est désormais sous le feu d'une coalition d'inspiration occidentale, même si les souhaits du trio France - Angleterre - Etats-Unis seraient de l'étoffer quelque peu avec des alliés moins marqués par l'atlantisme (l'Italie et le Danemark viennent de participer à leur tour à des bombardements sur le territoire Libyen et la Roumanie se dit prête à intervenir). Votée vendredi soir, la résolution 1973 par l'ONU a été suivie très rapidement par des reconnaissances puis bombardements par les forces les plus favorables à cette résolution. L'on saura à ce titre être attentif à la coordination des forces agissant sur ce théatre d'opérations, d'autant qu'aucun commandement unifié n'est à l'oeuvre. L'autre point à surveiller attentivement est l'évolution du quitus international, dont du bout des lèvres pour une bonne part des acteurs de la communauté (la Ligue Arabe venant quant à elle de faire part de son atermoiement quant à la déviation de la mission octroyée à la coalition pour protéger les civils). Le vote du Conseil de Sécurité fut à ce titre fort symptomatique avec une Chine refusant comme souvent à la fois de cautionner comme de bloquer, une Inde maugréant car soupçonneuse de visées impérialistes sous-jacentes à cette intervention, une Russie dubitative sur les objectifs réels et les moyens d'y parvenir et une Allemagne abstentionniste pour cause d'opinion publique fort réticente (avec en sus une réforme de la Bundeswehr en cours, une démission récente du sémillant ministre de la défense Karl-Theodor zu Guttenberg pour cause de plagiat universitaire et une mission en Afghanistan de plus en plus impopulaire).

Trois obligations à mon sens pour la coalition :
  • S'imposer rapidement avant que l'opinion occidentale ne se lasse voire s"inquiète, et surtout pour éviter d'éventuelles pertes, de prises d'otages ou même de dommages collatéraux.
  • Externaliser la partie terrestre, de sorte à ne pas risquer de manière inconsidérée ses propres troupes tout en laissant les rebelles délivrer leur territoire, ce qui permettrait pour la coalition de ne pas passer pour une force d'invasion. Ce qui n'exclut pas pour autant des opérations commandos ponctuelles ou l'envoi de conseillers techniques par les membres de la coalition.
  • Définir plus clairement les objectifs qui prêtent aujourd'hui à confusion (la résolution 1973 pouvant laisser une certaine marge d'interprétation quant au sujet), et surtout désigner le pays endossant le rôle de coordinateur sans quoi la coalition risquerait bien de se disloquer en vol par le choc des ego ou par la critique de plus en plus virulente envers une mission stratégique mal exposée.

    Deux analyses pertinentes accoucheuses de réflexions dont on ne saurait faire l'impasse dans un futur proche : sur le blogue Egea sous la plume d'Olivier Kempf, et sur le blogue Secret Défense sous celle de Jean-Dominique Merchet.
    En outre, pour un suivi continu des opérations, je vous encourage à vous rendre sur le blogue de l'allié Historicoblog suivant depuis le début de l'insurrection les évènements de cette zone géographique.


    Carte interactive des opérations fournie par The Guardian (english version)

    Résolution 1973 en français
    Resolution 1973 in english


  • Pour souvenir, l'opération El Dorado Canyon de 1986 :





    MAJ : Un échange suite à l'article publié sur le blogue Mars Attaque relatif à l'essoufflement de la dynamique de la rébellion en dépit de l'intervention alliée.

    Yannick Harrel a dit…

    Bonjour,

    Et si finalement cette situation de stagnation n'était pas dans l'intérêt de la rébellion qui se satisferait d'une zone indépendante de celle contrôlée par Khadafi? D'autant que fondamentalement c'est elle qui prend le plus de risques dans les opérations en cours, et comme ils ne sont pas tous (loin de là) des professionnels, nul doute qu'ils estiment peut-être avoir fait leur maximum et qu'au fond un partage du territoire serait une solution acceptable?

    L'autre possibilité est que leur inertie soit un attentisme pour inciter les occidentaux à s'impliquer encore davantage dans le conflit. Ces derniers seraient alors coincés entre une volonté de ne pas se laisser embourber dans un conflit à l'issue difficilement prévisible et poussés par l'obligation de ne pas perdre la face devant la communauté internationale.

    Cordialement
    25 mars 2011 01:42

    F. de St V. a dit…

    @Thibault : la limite de la puissance aérienne est relativisée depuis pas mal de temps d'où le côté combinatoire (terre-air) qu'il faut réussir à mettre en place en Libye (réguliers en l'air et irréguliers au sol).

    Pour juin 40, deux branches d'une même armée ne faisaient plus qu'un pour démultiplier la puissance appliquée, ici rien de comparable entre la coalition et les Libyens.

    Et enfin, bien d'accord avec la relative régularisation nécessaire des irréguliers pour qu'ils puissent obtenir une avancée militaire et politique les menant au pouvoir (si c'est ce qu'ils recherchent).

    @Yannick : en effet pour le point 1.

    Olivier Kempf a mieux explicité que moi la partition notable du pays. D'où ma mise en avant de l'aspect protéiforme du magma insurrectionnel avec des revendications parfois locales (ou au mieux régionales).

    Et pour le point 2, bien joué de noter la montée aux extrêmes dans laquelle nous sommes enfermés contre notre plein gré. Il serait aussi possible de faire appel au conflit limité (voulu actuellement) bien complexe à maintenir dans l'état.

    25 mars 2011 11:51

    1 commentaire:

    Stéphane Mantoux. a dit…

    Merci pour la citation.

    Assez d'accord sur les conclusions concernant les formes de l'intervention (externaliser).

    A bientôt !