mercredi 2 février 2011

Le crépuscule des Dieux, réflexion sur la fin d'une ère au temps des Vikings

C'est sur le site de l'excellent Theatrum Belli, où je vous invite à vous rendre pour la quantité d'informations de qualité dispensées, que je pus enfin retrouver trace de cette fabuleuse production d'ARTE relative à la christianisation de la Scandinavie (et de l'Islande par ricochet).

Ce documentaire fort bien tourné permet de mettre en relief une réflexion sur le pourquoi et le comment de l'irrépressible christianisation du monde viking peu avant l'an Mil.

Il en ressort les points suivants :

  • Plus grande rationalité de la vie après la mort, le paganisme laissait les dévots dans l'expectative sur ce sujet premier là où le christianisme offrait au travers de son corpus déjà bien consolidé après plusieurs siècles d'exégèse une vision autrement plus claire du devenir de chacun après la mort.

  • Une approche plus positive : là où le paganisme viking évoquait le ragnarök et la fin des Dieux, le christianisme proposait en revanche un univers plus enchanteur, plus porteur d'espoir.

  • Un outil de consolidation du pouvoir temporel : avec l'émergence de royaumes et de souverains portant leurs efforts vers la centralisation, le christianisme les confortait à la fois sur la légitimité de leur pouvoir tout en enjoignant les ouailles à obéir à celui qui tirait son droit de régner directement de Dieu. En outre, l'organisation très hiérarchisée de l'Eglise était un modèle à suivre pour les rois là où le paganisme était plus lâche en la matière (des différences liturgiques pouvaient avoir lieu au sein des différentes chefferies scandinaves).

  • Une baptisation imposée par le fer : ainsi en fut-il par exemple de l'Islande sommée par la force et la prise en otage de leurs ressortissants en Norvège de se convertir en masse. L'althing, l'assemblée annuelle des communautés d'Islande, décida de la sorte en 999 par la pression exercée d'Olaf Tryggvason roi de Norvège d'éviter à l'Islande toute invasion suivie d'une effusion de sang ou pire, de tomber dans la guerre civile.

  • L'exclusivité divine, là où les païens acceptaient les autres religions (il y eut une coexistence dans les pays Scandinaves de communautés chrétiennes et païennes), le christianisme imposait le dogme en bloc car tout devait reposer sur une foi unique avec un enseignement unifié, et non se fondre dans une forme de syncrétisme qui aurait dilué la parole divine (c'est d'ailleurs ce qui empêchera le christianisme de pénétrer en Chine, malgré les tentatives de Matteo Ricci et ses successeurs d'infléchir le Saint Siège sur la question).


  • La christianisation de la Scandinavie est de fait concomitante de la fin de l'ère des vikings. Le bouleversement politique s'étant accompagné d'un bouleversement théologique. La tolérance et la souplesse d'interprétation des rites païens sous les vikings seront pris en défaut par un courant religieux plus structuré, plus vindicatif et sachant apporter aux chefs ambitieux les moyens d'asseoir et de conserver leur pouvoir (non sans quelques revers). Ainsi à la fin du XIème siècle, les Scandinaves nouvellement convertis partiront aussi en croisade en Terre Sainte mais aussi sur le pourtour de la Baltique pour porter la bonne parole et le fer envers les peuplades rétives à la vassalisation et à la nouvelle foi, mais ceci est une autre histoire...

    Pour de plus amples éléments sur l'épopée viking, et par l'occasion mettre à bas quelques mythes encore persistants, je vous conseille ardemment le livre suivant : Atlas des Vikings par John Haywood, éditions Autrement.

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