lundi 17 janvier 2011

Evènements en Tunisie, deux réflexions tierces

Si la Tunisie n'est pas dans ma sphère d'étude géopolitique habituelle, ce n'est pas pour autant que je m'en désintéresse, bien au contraire les récents évènements m'ont particulièrement donné matière à méditer tout en me confortant sur certains points.

Ce faisant, et au lieu de me lancer dans ce développement personnel, je préfère vous orienter sur deux réflexions provenant de blogues tiers. Le premier étant celui d'un allié d'AGS, La Plume et le Sabre, dont je reproduis un court passage en vous invitant à en lire l'intégralité en cliquant sur le lien ci-dessus.
Le plus intéressant, ici, est néanmoins de voir qu'un mouvement populaire à réussi à renverser un régime autoritaire "réputé" pour son haut degré de contrôle sur la population. Une tendance de fond depuis la fin du XVIIIe siècle se voit ainsi confirmée : sur le long terme, l'initiative stratégique finit toujours par basculer dans le camp du changement, que celui-ci soit de nature révolutionnaire au sens où nous l'entendons (c'est à dire tel que la tradition libérale à voulu définir ce terme) ou d'une autre manière : ainsi le communisme a-t-il progressé tant que les pays le pratiquant présentaient le visage du changement, et non celui de la répression; les mouvements s'en réclamant dans le monde se sont alors sclérosés.

Le second est en provenance d'Ice Station Zebra sur les dessous de la fameuse "révolution de jasmin", un terme commençant à faire florès dans les rédactions. Et d'émettre l'idée que ce n'est pas forcément la France qui soutiendrait la Tunisie mais aussi une autre grande puissance ayant tout intérêt, enfin surtout un intérêt géopolitique, à bénéficier d'un allié en cette zone méditerranéenne. En complément, certaines appréciations sont très incisives a posteriori :
Des régimes qu’apprécient, curieusement, les autorités internationales comme le montre le satisfecit dithyrambique que le patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, accordait encore au régime tunisien, le 18 novembre 2008 : « Je m’attends à une forte croissance en Tunisie cette année, la politique économique adoptée ici est une politique saine et constitue le meilleur modèle à suivre pour de nombreux pays émergents. Le jugement que le FMI porte sur la politique tunisienne est très positif et je n’ai pas de crainte pour l’année prochaine. En Tunisie, les choses continueront de fonctionner correctement ».

MAJ: Je me demandais dans quelle mesure la "révolution de jasmin" pourrait subsister tout en étant crédible en conservant notamment à la tête du gouvernement un premier ministre assisté de ministres, tous affidés de Ben Ali? Semblerait-il qu'effectivement la composition du gouvernement provisoire n'ait pas été du tout appréciée par les partis d'opposition, de même que l'on s'en doute par la rue, puisque quatre démissions ont été enregistrées. La composition initiale était comme suit : Trois chefs de l'opposition y font leur entrée tandis que six membres de l'ancien gouvernement sont reconduits, a annoncé lundi après-midi Mohammed Ghannouchi. Le premier ministre sortant du président déchu conserve ses fonctions, de même que les ministres de l'Intérieur, de la Défense, des Affaires étrangères et des Finances. Côté opposition trois figures intègrent le nouveau cabinet. Najib Chebbi, chef de file du Parti démocratique progressiste (PDP, opposition légale la plus radicale en Tunisie) prend le poste de ministre du Développement régional. Moustapha Ben Jaafar, président du Forum démocratique pour le travail et la liberté (FDTL) récupère la Santé et Ahmed Ibrahim, du parti Ettajdid (Renouveau, ex-communiste) obtient le portefeuille de l'Enseignement supérieur.
L'histoire n'est pas encore terminée en Tunisie, des "détails" de première importance restant à régler. De même qu'il sera utile de vérifier quel parti (d'obédience religieuse ou non) tirera les marrons du feu des évènements passés, et dans quelle mesure...
Source : Le Figaro du 17/01/2011.
MAJ bis: Si l'on en croit l'édition du Canard Enchaîné du 19/01/2011, et les propos rapportés du Ministre des Affaires Etrangères Français, la main d'outre-atlantique n'aurait pas été innocente quant aux évènements récents en Tunisie. Il est difficile à ce stade de se prononcer si le mouvement populaire a été spontané, semi-dirigé ou orchestré. Il n'en demeure pas moins qu'il semblerait que les Etats-Unis soient bien moins détachés de cette fameuse révolution qu'ils ne le laissent paraître. La France quant à elle a prouvé que disposant du second réseau diplomatique de la planète et dont l'entretien exige un effort particulièrement conséquent de la part des contribuables, celui-ci a été clairement dépassé par les évènements. Et n'en est pas à sa première cécité devant des situations d'importance géopolitique. Et si tant est que des observations substantielles auraient été transmises, alors semblerait-il qu'elles se soient "perdues" en route ou auraient été écartées par les décideurs politiques.

Selon cet article très passionnant de l'Express, deux éléments sont à retenir :
  • les Etats-Unis ont attaché au régime Tunisien un intérêt très aigu avant, pendant et après les évènements. Notamment en prenant langue tant avec les opposants au régime qu'avec les potentiels successeurs de Ben Ali.
  • les messages d'avertissement relayés à Paris n'auraient (conditionnel de rigueur) pas été entendus par les responsables politiques.
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