dimanche 19 décembre 2010

Les Vikings de Novgorod de Marina Dédéyan


Chers visiteurs,

Dans la liste de vos cadeaux de Noël, n'hésitez pas à y insérer un récit historique d'une romancière dotée d'une plume fort alerte : les Vikings de Novgorod.

Un roman centré sur Rurik (Rourik ou encore Hrœrekr en norrois) et son arrivée sur les terres des Ilmens, peuple du lac éponyme et dont la localité principale deviendra une république à part entière au fil des siècles : Novgorod.
J'eus le plaisir d'avoir un bref échange avec cet écrivain qui a très honnêtement avoué que faute de sources historiques fiables et prolixes, elle avait dû laisser une grande part à l'imagination. L'on ne saurait le lui reprocher au vu de l'entraînant récit dont elle nous gratifie, et qui saura séduire bien au-delà du simple cercle des amateurs russophiles.
Ce faisant, le lecteur apprendra quelques notions et mots historiquement avérés, l'on remarquera aussi une parenté avec l'oeuvre de Michael Crichton, Eaters of the Dead traduit en français par Le 13ème guerrier, ce qui n'est guère étonnant puisque l'une des sources s'avère être identique : celui du voyageur et diplomate Arabe Ibn Fadlân [1].

Le roman est plaisant à lire du fait d'un style agréable servie par une histoire rondement menée ne laissant guère le lecteur sur le bas-côté de l'ennui. On sent une recherche documentaire réelle quant aux termes employés (non seulement historiques mais aussi techniques) , facilitant par conséquent l'immersion dans l'oeuvre et le plaisir d'apprendre. Au passage, l'on appréciera le focus très important sur la religion originelle des scandinaves et des slaves orientaux, et constater les similitudes de leur panthéon respectif, ce qui a très certainement contribué à faciliter l'assimilation des varègues s'établissant sur ces territoires.
En outre puisque l'on est en ce 19 décembre en pleines élections au Bélarus, l'on découvrira la tribu des Krivitches, un des peuples slaves ayant occupé l'actuel pays (avec les Radimitches et les Drégovitches) dont la réputation de férocité était bien établie. Je n'ai pas manqué de m'interroger au sein de mon courrier quant au fait que Pskov (Plsekov) soit définie à l'époque comme forteresse principale des Krivitches alors que Polotsk m'aurait semblé plus indiqué de par son importance relatée dès le IXème siècle. Toutefois il est vrai que pour des raisons géographiques liées à la narration, Pskov se justifiait bien plus m'a-t-elle précisé, ce que je conçois tout à fait.

Une manière de terminer en lecture et agréablement cette année croisée France-Russie.

Le site officiel

En complément, n'hésitez pas à relire mon article sur les 1150 ans de Novgorod.

Pour les russophones, je leur recommande cet épisode animé d'История государства Российского tiré des travaux de Nikolaï Karamzine :



[1] A signaler qu'un autre voyageur, Perse, Ibn Rustah donnera lui aussi une fort appréciable description des moeurs de cette partie du monde puisqu'il se rendra, au contraire d'Ibn Fadlân, jusqu'à Novgorod même.

vendredi 17 décembre 2010

De l’Allemagne en l’an 2010

Chers visiteurs,

A l'heure où l'on vitupère contre l'intransigeance Allemande devant les plans d'aide destinés aux pays naufragés de la zone Euro, le tout sur des relents de "l'Allemagne doit payer", voici l'entretien accordé par Sébastien Vannier, journaliste pour Ouest France et animateur sur diverses publications numériques. Une vision de l'intérieur du pays très utile pour mieux comprendre le dilemme des Allemands, moins égoïstes que l'on ne pense et marqués par les sacrifices sociaux supportés pour parvenir à devenir un bon élève de la classe Euro.

Prenez le temps de vous plonger dans ce témoignage, il en vaut bien la peine d'y consacrer quelques minutes de lecture.
Article publié sur Agoravox le 11 août 2010

Je m’étais ici même déjà épanché voici un peu plus d’un an sur l’état de la relation du couple franco-allemand, et n’avais pas manqué en filigrane de regretter l’inquiétante méconnaissance par les élites et le peuple Français de leur principal partenaire commercial.

Il m’est paru opportun au sortir de la récente crise financière ayant exacerbé les relations entre l’Allemagne et ses partenaires Européens de laisser la parole à un expert afin de recadrer autant que faire se peut la perception d’un pays méritant bien mieux que des fantasmes surannés ou des vociférations hypocrites. Sébastien Vannier s’est prêté avec bonne volonté à l’entretien présent, et je vous invite chaleureusement à en prendre connaissance tant les réponses ont le mérite de proposer un autre angle de vue de la situation, sans omettre son coup d’oeil prospectif.

Sébastien, vous serait-il possible de vous présenter aux lecteurs d’Agoravox ? 

Je suis journaliste à Berlin, principalement en tant que correspondant du quotidien Ouest-France. Entre autres contributions, je tiens également le blog Electorallemand sur l’actualité allemande sur L’Express.fr et travaille régulièrement pour le magazine Paris-Berlin. Originaire d’Alençon en Normandie, je suis arrivé à Berlin en 2007 à la fin de mes études de sciences politiques à Rennes, Eichstätt (Bavière) et Strasbourg. Domaines privilégiés : politique mais aussi sport et environnement.

Depuis la crise Grecque, l’on évoque désormais avec insistance dans les cercles politiques relayés par les médias Français les vertus du modèle de gestion Allemand. Selon vous, quels seraient ses qualités mais aussi ses limites ? Le capitalisme rhénan a-t-il véritablement disparu sous l’ère Schröder comme on a pu le lire lors des réformes Hartz ?

Une des caractéristiques de l’Allemagne avant la crise était de tenter de rester strict sur le déficit et de la dette. Sans la crise, il n’est pas à exclure que l’Allemagne aurait pu réussir à atteindre ses objectifs ambitieux. Il y avait et il y a peut-être encore le sentiment d’être le bon élève en matière économique et du coup une certaine incompréhension au moment où Angela Merkel et l’Allemagne ont été montrées du doigt lors de la crise grecque.

Car ces résultats avaient été obtenus au prix de sacrifices considérables. En misant principalement sur ses exportations, l’Allemagne délaisse quelque peu sa demande intérieure, ce qui a d’ailleurs été souligné – même si ce n’est pas bien passé en Allemagne - par Christine Lagarde. Les syndicats réputés si forts en Allemagne et partie prenante du processus de décision dans le modèle du capitalisme rhénan perdent de plus en plus de terrain, ont dû faire des concessions considérables sur les salaires et le marché de l’emploi se paupérise donc. Le pourcentage des temps partiels, des mi-temps, des emplois aidés, etc. explose. Les réformes Hartz, et notamment la plus connue, Hartz IV, décidées sous le gouvernement Schröder, ont rendu ce problème plus visible. L’Allemagne ne peut plus nier qu’une grande partie de sa population se retrouve dans des conditions financières et sociales insupportables. Politiquement, cela s’est traduit par un rejet des partis politiques en général, et des grands partis en particulier. La montée de Die Linke qui se veut le nouveau porte-parole des travailleurs à la place du SPD est également liée à ce phénomène.

Peut-on de nos jours parler d’Allemagne décomplexée ? Si oui, à partir de quand pensez-vous que l’on puisse dater ce changement ? Et au fond, n’était-il pas logique que la chute du mur de Berlin entraîne un repositionnement politique de l’Allemagne au sein de l’Europe ?

Je dirais une Allemagne moins complexée. Décomplexée me semblerait trop catégorique car de moins de vue très personnel, je sens encore quelquefois quelques incertitudes quant à la définition du lien au pays. Cette évolution est évidemment le fruit de plusieurs éléments. Le premier est une évolution démographique naturelle. 65 ans après la fin de la guerre, les personnes ayant vécu cette tragédie de manière active commencent à se faire rares. La quasi-totalité des dirigeants politiques sont nés après 1945. Les moins de 20 ans n’ont jamais vu le Mur de Berlin. Et aujourd’hui, près de 20% de la population allemande a des origines immigrées. Donc, si le sentiment de culpabilité est toujours un thème actuel, il est normal et naturel qu’il s’estompe avec le temps et le brassage des populations.

La chute du Mur que vous évoquez est également un facteur intéressant. La presse internationale est, à raison, revenu longuement sur cet épisode l’année dernière et cela a été l’occasion de voir à quel point l’Allemagne avait évolué en vingt ans. Le Mur et la séparation des deux Allemagne étaient des conséquences directes et extrêmement présentes de la Seconde Guerre mondiale. La chute du Mur et la réunification ont soulagé le pays d’un poids immense : enfin une stabilité politique retrouvée et la possibilité de se concentrer sur autre chose.

Autre chose, c’est – troisième élément – l’Union Européenne. Si l’Allemagne a toujours été une pierre angulaire de l’Union Européenne, sa réunification a encore plus renforcé son poids. Deux ans après le 3 octobre 1990, c’est d’ailleurs le traité de Maastricht. Comme l’UE s’est d’abord construite économiquement et que c’est précisément le domaine où l’Allemagne domine, celle-ci a tenu à avoir son mot à dire au sein de l’UE. Donc, grâce notamment à son poids économique, elle a pu, peu à peu, se réaffirmer politiquement.

Enfin, de manière mois politique et peut-être plus psychologique, l’épisode de la Coupe du monde de football en 2006 a également joué un rôle non négligeable pour l’image de l’Allemagne à l’intérieur et vers l’extérieur. Pour l’avoir vécu de l’intérieur, je ne peux que confirmer l’état d’esprit joyeux et convivial avec lequel les Allemands ont accueilli leurs hôtes du monde entier lors de l’été 2006. Etant donnée l’importance médiatique d’une Coupe du monde de football, le succès en terme d’images n’est pas à négliger et a permis de vaincre une partie des clichés redondants sur l’identité allemande. Maintenant, je dois bien avouer que voir refleurir à chaque grande compétition les milliers de petits drapeaux allemands pendant près de deux mois à chaque balcon alors que les matches se jouent à des milliers de kilomètres me laisse un peu perplexe.

La démission récente du Président Horst Köhler a surpris un grand nombre de personnes, y compris dans la sphère politique : selon vous à quoi était réellement due cette décision très tranchée ?

Je dois bien avouer que cette démission m’a également pris au dépourvu. Il y avait certes à ce moment-là une polémique naissante sur ses propos concernant l’engagement des troupes allemandes en Afghanistan, mais en soi rien d’extraordinaire ou d’inhabituel. Ce n’était pas le premier débat, ni sur des propos du chef de l’Etat ni sur l’Afghanistan. Et même si ses pouvoirs politiques sont très limités, le fait qu’il soit critiqué ou que certaines personnalités politiques appellent à sa démission, fait partie du jeu politique habituel. Donc, je suis d’avis, comme beaucoup, qu’il s’agissait là d’un prétexte qui cache d’autres raisons. Lesquelles, cela reste à déterminer. A posteriori, on peut relire les articles qui faisaient état d’une mauvaise ambiance au sein du bureau présidentiel. Ou l’inclure dans une vague de ras-le-bol parmi les grands barons de la CDU. Avec un peu de patience, je vois bien Horst Köhler écrire ses mémoires et nous livrer alors en exclusivité quelques indices sur ce départ pour le moins étonnant.

L’Allemagne est très méconnue par les Français en général, selon vous quelles pourraient être les mesures à adopter pour résorber cette méconnaissance vis à vis de notre premier partenaire commercial ?

Quand cette question ressurgit, me revient toujours en tête l’image de mes cours d’allemand au collège et au lycée où nous n’étions qu’une petite dizaine en classe face à l’immense majorité des anglais LV1. Améliorer l’image de l’Allemagne passe, je pense, par l’éducation non seulement de la langue mais aussi de la culture du pays voisin, à côté de l’anglais évidemment indispensable. Pour cela, rien de mieux que les échanges et les voyages scolaires. C’est toujours un défi pour mettre un tel projet en place pour les profs mais je suis persuadé que c’est ce qui porte ses fruits. Soutenir donc l’apprentissage des langues et de la culture, et également les échanges des jeunes et des étudiants est certainement la meilleure solution à moyen terme pour résoudre cette méconnaissance.

Et comment les Allemands eux-mêmes perçoivent-ils les Français, cette question d’appréciation de l’étranger les obsédant régulièrement ?

J’ai été moi-même très surpris en arrivant en Allemagne de l’image très positive que possédaient en général les Français. Dans les stéréotypes (on peut discuter plus longuement à quel point ils sont vrais ou pas), la France est associée – en vrac - à la bonne cuisine, aux vacances, au parfum, aux histoires d’amour, à Paris et à Amélie Poulain. Bref, beaucoup plus positif que si on reprend les clichés sur l’Allemagne. Passé ce premier niveau de comparaison interculturelle non négligeable, l’Allemagne s’intéresse beaucoup à ce qui se passe en France. Preuve en est le nombre de correspondants allemands en France qui dépasse de très loin (malheureusement) le nombre de leurs collègues français en Allemagne. Et, en connaisseur, la presse allemande ne manque donc pas régulièrement de critiquer certaines positions françaises.

Un dernier mot à ajouter sur Berlin peut-être ?

La chanson « Schwarz zu Blau » de l’un de mes chanteurs préférés, Peter Fox, illustre pour moi assez bien la fascination qu’exerce la ville de Berlin. Dans cette ode à la capitale allemande, il la décrit comme « hideuse », « dégueulasse » mais aussi « magnifiquement horrible » et déclare finalement « Je sais que, que je le veuille ou non, j’ai besoin de toi pour respirer ».

Ceux qui connaissent bien la ville comprennent parfaitement ce sentiment. Comme beaucoup, je suis fasciné par Berlin. C’est un livre d’Histoire ouvert et qui s’écrit sous vos yeux. Avec ses grandes pages et ses heures sombres et tous ces petits détails qui s’écrivent au fur et à mesure. Chaque hiver, je me demande pourquoi je reste ici et finalement, le printemps venu, je me laisse convaincre de rester une année de plus. Suivre la vie politique, culturelle et même sportive à Berlin est un régal en tant que citoyen et a fortiori en tant que journaliste.

Cette fascination pour Berlin a désormais atteint toute l’Europe au vu des flots de touristes dans la capitale allemande qui veulent sentir pour un week-end le flair berlinois. C’est une nouvelle à double tranchant pour les Berlinois. D’un côté, cela fait marcher l’économie locale avec près de 250 000 emplois (et les emplois, ça ne court pas les rues à Berlin) dans le secteur du tourisme. De l’autre, des lieux qui étaient encore assez sauvages il y a quelques années (le Tacheles de la Oranienburger Straße ou le Mauerpark à Prenzlauer Berg, pour ne citer qu’eux) sont maintenant sur tous les Lonely Planet et Guide du Routard. Les loyers et le niveau de vie suivent cette pente ascendante. Mais cela fait partie du caractère berlinois de râler sur les touristes tout en les accueillant à bras ouverts.

Enfin, de la même manière que Paris n’est pas la France, Berlin n’est pas l’Allemagne. Je ne peux que me réjouir du succès actuel de Berlin mais je ne peux également que conseiller de découvrir d’autres coins de l’Allemagne (Hambourg, Bavière, Dresde, etc) indispensables pour comprendre la diversité et la complexité de l’Allemagne. 

Crédit Photo : Fahrig

mercredi 15 décembre 2010

Skolkovo prendra l'accent Français (un peu...)


Les objurgations du Premier Ministre Français envers son service de météorologie national alors en pleine visite de clôture de l'année France-Russie à Moscou aura malheureusement occulté dans les médias une autre nouvelle moins tapageuse mais prometteuse pour l'avenir : l'entrée d'Alstom au sein de Skolkovo, la technopole flambant neuve de la Russie et portée à bout de bras par l'exécutif. Et officiellement lancée le 31 décembre 2009 par le biais d'un décret présidentiel. Un projet en plein dans la lignée de la commission pour la modernisation et le développement technologique de la Russie.
Sans omettre d'autres accords franco-russes dans le domaine de l'économie, il n'en demeure pas moins que cette entrée au sein de Skolkovo, avec toutefois un retard sur d'autres géants nord-américains par exemple, est à saluer. D'autant que la recherche avec son partenaire FGC UES portera sur les réseaux électriques, que ce soit l'optimisation du transport d'énergie que sur la sécurisation du circuit de distribution, le tout dans une stratégie smart grid, ou maille du réseau énergétique intelligente. Une stratégie dépendant hautement des capacités informatiques disponibles ou en cours de recherche.

Et de façon particulièrement symptomatique, François Fillon s'est déclaré favorable à un transfert de technologie si la France devait remporter le marché pour le bâtiment de surface de classe Mistral. Un évident appel du pied après les nombreuses tergiversations sur le dossier depuis de non moins nombreux mois.

Франция включается в «Сколково»

dimanche 12 décembre 2010

De Wikileaks à Wikilex


Wikileaks n'a cessé de faire parler de lui depuis son existence voici quatre ans déjà, en montant crescendo le degré des révélations sur les actions de certains Etats, à commencer par le plus puissant d'entre eux : les Etats-Unis.
2010 sera de ce point de vue l'acmé de son activité et de son retentissement mondial, à tel point que nombre de gazettes de par le monde auront repris les éléments distillés par le site, affichant même leur partenariat de façon officielle [1].

Le terme de Wiki [2] à ce titre est trompeur dans sa forme actuelle, et n'est plus qu'un lointain héritage de la genèse de ce type de média. Wikileaks en effet n'autorise plus la modification ou le commentaire des informations transitant par ce tuyau, mais offre la possibilité aux personnes intéressées de se servir de ses services pour révéler des données détenues entre leurs mains.

Julian Assange, journaliste Australien qui tenta de trouver refuge en Suède afin de bénéficier d'une protection plus étendue sur la base de son statut professionnel mais refusé par les autorités, a été appréhendé au Royaume-Uni le 7 décembre dernier. Il fait l'objet de poursuites pour violences sexuelles en Suède sur deux femmes (lire cet article du Dailymail à ce sujet) : une réactivation d'une procédure lancée en été dernier sur le même motif mais retiré peu après de façon inexpliquée par le procureur de Stockholm. Pour l'heure il demeure confiné en cellule d'isolement.

Il serait par trop long de procéder à la biographie du fondateur le plus emblématique de Wikileaks, il est néanmoins utile de préciser que ce dernier est un enfant né de la révolution informatique : en attestent ses débuts dans le hacking, ses programmes, le lancement d'un service de fourniture d'accès Internet. En somme Assange n'est pas un noob (débutant en argot américain) en ce qui concerne son appréhension de la puissance et la manière d'employer les réseaux numériques et leurs services afférents.

Il y aurait aussi énormément à dire sur cette frénésie de révélation par l'emblématique Julian Assange. La traque dont il fait l'objet depuis plusieurs mois, avec les prémices de menaces d'ouverture d'enquête pour violences sexuelles sur ces deux femmes en Suède ont vraisemblablement pesé lourd dans sa décision de "tout balancer". Un animal blessé est d'autant plus dangereux qu'on lui ferme toute voie de fuite : que ne lui reste-t-il si ce n'est fondre en avant, crocs et griffes de sortis?

Mais moins qu'une extradition vers la Suède, c'est aussi une procédure identique qui est envisageable vers les Etats-Unis. Or l'acceptation d'une telle demande par les autorités du Royaume-Uni poserait peut-être plus de soucis au Ministère de la Justice Américain que de solutions. L'Attorney General serait confronté au délicat premier amendement de la constitution Américaine qui demeure le sanctuaire de la liberté de parole et de la presse [3]. L'accusation d'espionnage serait une possibilité envisageable, mais non garantie d'efficacité. Du reste, le côté un peu romanesque de l'espion persistant dans l'esprit du public est largement moins avilissant que l'accusation de viol. D'où l'intérêt de cibler judicieusement les charges à retenir envers le potentiel prévenu.
Toutefois comme incarcérer le meneur de ces fuites ne suffit pas, d'évidentes pressions ont été effectuées pour clore les comptes PayPal, Mastercard, Visa et contraindre les hébergeurs, dont le plus notoire est Amazon, à lâcher Wikileaks. Certaines déclarations malheureuses, notamment en France, ont permis surtout de démontrer l'état de panique dans les états-majors politiques des alliés de l'Amérique [4]. Récemment par ailleurs deux décisions de justice, l'une émanant du Tribunal de Grande Instance de Lille et l'autre de Paris ont rejeté les requêtes de l'hébergeur Français OVH (avec au passage un rappel de la Loi pour la Confiance dans l'Economie Numérique et ses modalités). Ce qui n'a pas empêché le Ministre de l'Economie Numérique de déclarer que les magistrats avaient refusé l'hébergement dudit site en France : une lecture très particulière, pour ne pas dire erronée, de ces deux décisions qui ne statuèrent en rien sur le fond mais sur la procédure de saisine inadaptée.
Autre problème juridico-technique à surmonter : le nom de domaine Wikileaks.org a été "gelé" du fait du retrait précautionneux de Dynadot et EveryDNS.

La guerre de l'information va se transposer désormais dans les prétoires, et devenir une bataille juridique d'importance.

Pour finir, quelques soutiens de haut vol ont pu sourdre durant cette affaire, soit par opportunisme de politique internationale soit par réelle volonté de défendre l'opération menée par Wikileaks ou de façon plus générale la liberté d'expression : Luiz Inacio Lula da Silva (Lula) ; Dmitri Medvedev ; Hugo Chavez ; Navi Pillay ou encore Daniel Ellsberg.
Ce dernier nom n'est pas anodin car il est bon de rappeler que si Wikileaks affole actuellement le landerneau, d'autres affaires peu ou prou similaires et non moins sérieuses ont parsemé l'histoire récente, et singulièrement avec les fameux Pentagon Papers. Le dénomé Ellsberg subira lui même de terribles pressions suite aux fuites de son propre fait. 

Un souci majeur persiste pourtant, de nature à ternir l'aura de telles actions : la protection des sources. C'est ce qui avait attiré des critiques acerbes non sur le fond de l'opération Wikileaks sur les révélations de la guerre en Afghanistan mais sur la forme en omettant de flouter certaines identités sensibles. Un oubli lourd de conséquences puisque susceptible de mettre directement en danger les auteurs à l'origine ou cités par les documents.
Cette donne très sensible va très certainement donner naissance à Openleaks fondé par d'anciens membres de Wikileaks déçus de l'absence de filtrage préalable lors de la mise en circulation de l'Afghan war documents leak.

L'un des enseignements à retenir de cette nouvelle affaire Wikileaks sera la façon dont se comportent les démocraties occidentales et de savoir si elles sont prêtes à défendre sur leur propre territoire les principes qu'elles entendent imposer par les baïonnettes à l'étranger.

MAJ : Pour avoir un aperçu des réactions dans le monde après l'écoulement d'un nombre déjà conséquent de documents, je vous recommande cet article du Guardian. Très succinct mais hautement instructif.

[1] New York Times ; Le Monde ; Der Spiegel ; The Guardian; El Pais pour les principaux.
Suite aux tracas fomentés en haut-lieu en France, le quotidien Libération s'est porté le 11 décembre 2011 à la rescousse du site Wikileaks pour un hébergement national.
[2] Un wiki est un site Web dont les pages sont modifiables par les visiteurs afin de permettre l'écriture et l'illustration collaboratives des documents numériques qu'il contient : source Wikipédia
[3] Congress shall make no law respecting an establishment of religion, or prohibiting the free exercise thereof; or abridging the freedom of speech, or of the press; or the right of the people peaceably to assemble, and to petition the Government for a redress of grievances.
[4] Cf article du Post où M. Baroin, Ministre du Budget n'hésite pas à énoncer qu'une société transparente serait une société totalitaire. A contrario, devrions-nous penser qu'une société opaque serait une société démocratique?

vendredi 10 décembre 2010

Chroniques Persanes sur le fauteuil de Colbert


Chers visiteurs,

Deux blogues que je vous incite à lire, l'un d'un allié (depuis septembre 2010) et l'autre d'un petit jeune qui n'en veut comme on dit.

Le premier a trait à la géopolitique du Moyen-Orient, et comme il est difficile de ne pas s'en douter, plus particulièrement de l'Iran qui fait tant parler dans les chancelleries occidentales.
L'auteur, Vincent Eiffling, a l'avantage de la connaissance du terrain puisqu'il est revenu récemment du pays dont il dresse un panorama et dont je vous invite à lire le premier compte-rendu consacré à la jeunesse.
Un pays au final plus fantasmé que vraiment appréhendé dans sa complexité et réalité (ce qui m'a par ailleurs été confirmé par l'un de mes amis s'étant rendu sur place il y a quelques mois).
Chroniques Persanes

Le second s'attache aux questions maritimes dans le registre militaire, et est le fruit d'un auteur intervenant périodiquement sur des blogues alliés ou sur le site de l'Alliance. Passionné, l'auteur est tout autant passionnant par les analyses qu'il dispense au fil de ses articles. A titre personnel j'ai pris grand intérêt à son billet intitulé Torpilles et mines nucléaires dans la stratégie navale nord-coréenne. Nul doute que vous aussi chers visiteurs vous pourriez y trouver votre contentement.
Le fauteuil de Colbert

mercredi 8 décembre 2010

Ces temps cruels où l'on achève les héros

Un coup de griffe inhabituel pour faire part de ma profonde déception quant à la fermeture très récente (malgré un dernier espoir) du Mémorial Normandie-Niémen. Association vouée à la préservation du souvenir des héros de l'escadrille GC3 Normandie.
Une aventure extraordinaire qui conduira nombre de volontaires (rappelons le!) à accomplir un véritable périple depuis les falaises crayeuses d'Angleterre, des sables du désert nord-Africain ou des cèdres du Levant pour rejoindre les étendues blanchâtres de l'Union Soviétique. Condamnés à mort par le régime de Vichy pour trahison et désertion, ces officiers et mécaniciens répondirent présents au projet du général de Gaulle d'envoyer une force d'appoint, fût-elle symbolique, sur le front de l'Est. 
Une aventure des temps modernes où à chaque début de mission le coeur des pilotes battait aussi fort sur leur poitrail que le moteur cognant sur la carlingue gelée des zincs soviétiques.

A l'heure où un responsable politique de premier plan se déclare gaulliste mais entreprend des actions contraires à l'idéal et à la vision du monde de celui dont il se réclame, voici que l'un des plus beaux souvenirs de cette épopée est liquidé par asphyxie financière. Déjà le coup de semonce avait été donné il y a quelques mois avec la mise en sommeil temporaire (mais l'on sait ce qui signifie temporaire en France...) de l'escadrille stationnée à Colmar. Dorénavant c'est le Mémorial des Andelys lui même qui ferme ses portes.
Après une défection de l'hôte de l'Elysée très remarquée lors des cérémonies du 65ème anniversaire de la victoire à Moscou sous le couvert d'une excuse fort fallacieuse [1] (alors que la chancelière Merkel était présente!), quoi d'étonnant à ce que l'on étouffe l'héritage glorieux de héros bi-nationaux ayant pour certains offert leur vie pour la défense d'une patrie dont ils n'avaient plus foulé le sol depuis des années.
A l'heure où l'on subventionne grassement et obséquieusement des associations dont le rôle est de plus en plus manifestement de salir la mémoire d'un peuple et de culpabiliser le corps social, il est symptomatique que le Mémorial fasse les frais de cette politique avilissante.
A l'heure où en ces temps cruels l'on achève les héros.

Fort heureusement du Bélarus jusqu'à la Russie, le souvenir de ces intrépides demeure vivace, et est souvent l'occasion de rappeler la fraternité d'armes ayant souvent lié ces peuples durant les récentes épreuves de l'Histoire.

[1] Source France Info

mardi 7 décembre 2010

Cafés Stratégiques : Hervé Coutau-Bégarie

Pour leur troisième édition, les Cafés Stratégiques (AGS) auront le plaisir d'accueillir, le 8 décembre prochain, Hervé Coutau-Bégarie, qui viendra nous parler de géostratégie des espaces maritimes. Directeur de recherche au CID, chercheur à l'IHESS, animateur infatigable de Stratégiques et autres revues (il faut lire son article sensationnel dans la dernière RDN), HCB a animé, pendant un temps à lui seul, la recherche stratégique fondamentale en France. Longtemps spécialisé en stratégie navale, il est l'auteur de LA référence incontournable, qui en est à sa sixième édition, le Traité de stratégie. Nous l'accueillerons, comme d'habitude, au Café le Concorde, à partir de 19h00.

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Enfin, encore une fois, ces Cafés Stratégiques seront organisés en partenariat avec les ORSEM (Officiers de réserve en service d'état-major) : leur site.

lundi 6 décembre 2010

Le Grand Duc, hommage à l'Uhu He 219


Le 24 novembre dernier est sorti le dernier épisode d'une bande-dessinée de grande qualité : Le Grand Duc. Un dessin dynamique pour appuyer un scénario l'étant tout autant.
Deux destins de pilotes d'aviation pendant la deuxième guerre mondiale, lui Adolf Wulf, un Allemand au talent exceptionnel de chasseur mais dégoûté par le régime nazi, elle Lilya Litvasky (étonnant tout de même cette absence de déclinaison du patronyme en version féminine) une Russe révulsée par l'invasion de sa terre par les forces Allemandes ne faisant guère dans le détail.
Si l'on peut reprocher au sein de ce roman graphique des personnages par trop caricaturaux dans leurs descriptions et actes, ces derniers n'en demeurent pas moins très attachants et l'on se plaît à parcourir chaque page du fait de ce style si vigoureux. Au contraire de certaines productions contemporaines, le trait est léché et agencé avec à-propos pour éviter une lecture fastidieuse.

Le site de l'auteur, Romain Hugault. Où ce dernier se présente et répond à quelques commentaires.
Pour information, et du fait de la clôture de ladite série, il est proposé les trois tomes d'un seul bloc au sein d'un coffret. Une façon d'acquérir l'ensemble de la collection en une seule fois et de rendre hommage à cet illustrateur ainsi qu'à son scénariste, Yann.

Et puis, comment ne pas évoquer par grâce à cette sortie ce superbe appareil qu'était le Uhu Heinkel 219? Le chasseur de nuit le plus performant de tout le second conflit mondial, et ce en dépit des réticences et retards imposés par les autorités peu enclines à laisser le programme prendre un réel essort (ou envol dans le cas présent).