dimanche 31 octobre 2010

Stuxnet, bombe logique de nouvelle génération


Chers visiteurs,

Je n'étais pas intervenu à chaud sur cette affaire Stuxnet, d'autres commentateurs ayant oeuvré en ce sens afin d'évaluer ses origines, ses modalités d'action et surtout sa nocivité. Pour une étude plus circonstanciée, je vous renvoie à l'article de Charles Bwele paru sur le site de l'Alliance GéoStratégique : Qui a cyberpiraté l'Iran nucléaire ?

Daniel Ventre du CNRS prenant lui aussi du recul sur 01Net, listant tous les points déjà établis par l'allié d'Electrosphère sans malheureusement apporter de nouveaux éléments substantiels. En revanche, il dessine les défis qu'induit l'immixtion de cette menace très perfectionnée : identification des auteurs et des cibles ; capacité de résilience de la population visée ; réaction ad hoc. En somme, l'auteur énonce que nous ne savons rien et que l'attaque amorce plus de questions qu'elle n'apporte de réponses. Ces difficultés de définir qui est l'ennemi et quelle la cible réelle sont déjà à ce titre un bouleversement dans le schéma belliqueux classique. Même lors de conflits asymétriques, il était possible de définir l'ennemi, fut-il caché parmi la population civile. Lors d'attaques ciblées, rien de cela et c'est d'autant plus inquiétant que la force de frappe de ces attaques peut désormais provoquer de réels bouleversements (économiques et sociaux), sans compter des catastrophes humaines (ex. crash de l'avion de la Spanair en 2008 qui selon les résultats préliminaires de l'enquête serait dû à la défaillance du système de diagnostic par un élément tiers perturbateur, un troyen).

Il est néanmoins un point sur lequel les experts sont unanimes : la complexité d'un tel virus. Une ingénierie forçant le respect pour son élaboration et son exécution.
En outre, il est clairement établi que le secteur industriel a prioritairement et sciemment été visé : ce n'est plus l'effet tapis de bombes comme l'on avait connu avec les précédentes occurrences virales informatiques touchant un large public mais c'est désormais une frappe quasi-chirurgicale! En effet, ce sont les SCADA (Supervisory Control And Data Acquisition) de la firme Allemande Siemens qui ont été touchés de par le monde. Le tout en employant un support amovible (clef USB) et des certificats d'authenticité (JMicron Technology et Realtech Semiconductor). Sans omettre le fait que le programme malveillant était conçu pour lancer quatre attaques simultanées sur des failles du système d'exploitation Windows! Avec en prime un codage en plusieurs langages informatiques.
Une bombe logique d'une complexité telle qu'elle ne peut être que le fruit d'une élaboration très minutieuse et avertie.

Si vous êtes anglophone, je vous recommande chaudement cet article d'Infoworld très explicite quant à cette prouesse technique : Is Stuxnet the 'best' malware ever?
With a sample of Stuxnet in hand, researchers at both Kaspersky and Symantec went to work, digging deep in its code in an attempt to learn how it ticked.
What the two companies independently found was attack code that targeted three more unpatched Windows bugs.
"Within a week, a week-and-a-half [of news of Stuxnet], we discovered the print spooler bug," said Schouwenberg. "Then we found one of the EoP (elevation of privilege) bugs." Microsoft researchers discovered a second EoP flaw, Schouwenberg said.
Working independently, Symantec researchers found the print spooler bug and two EoP vulnerabilities in August.
Both firms reported their findings to Microsoft, which patched the print spooler vulnerability [8] on Tuesday, and said it would address the less-dangerous EoP bugs in a future security update.
"Using four zero-days, that's really, really crazy," said O Murchu. "We've never seen that before."
Neither has Kaspersky, Schouwenberg echoed
.

Profitons-en pour signaler que la découverte initiale dudit virus l'a été par une société Bélarusse (Biélorusse), VirusBlokAda. Une nouvelle démonstration du talent des ingénieurs en informatique de ce pays qui a su conserver l'excellence de l'enseignement soviétique en s'adaptant à la nouvelle donne mondiale.
Les sociétés Symantec (Etats-Unis) et Kapersky (Russie) corroboreront la trouvaille des Bélarusses et surtout l'architecture émérite du logiciel.

Quelques soient les conjectures que l'on puisse établir vis à vis de Stuxnet, il est désormais acquis que ce virus est le symbole du franchissement d'un nouveau palier dans les cyberattaques potentielles guettant administrations comme sociétés.

dimanche 24 octobre 2010

De ce lieu et de ce jour date une nouvelle époque de l'histoire du monde, et vous pourrez dire: j'y étais : Goethe


En ces temps où la France gronde pour exprimer un réel malaise social avec une réforme des retraites venant encore envenimer un climat général malsain et pour ne pas passer totalement à côté de la compréhension du phénomène, je vous recommande de lire à ce sujet Folklore identitaire ou vraie révolte sociale ? de Malakine comme cette fiche de lecture d'un Que sais-je de Bruno Palier par Stéphane Mantoux (Historicoblog). Tout comme il est utile de jeter un oeil en arrière pour se plonger dans les expériences du passé quant à ces troubles populaires qui émaillèrent l'Histoire de France.

C'est ainsi l'occasion qui est offerte de revisiter l'un de ces incroyables évènements qui bouleversa la face du monde : la Révolution Française à travers les 2 DVDs, fruit d'une superproduction internationale (France, Allemagne, Canada, Italie, Espagne, Grande-Bretagne) .
Divisé en deux parties, les Années Lumières suivi des Années Terribles, pour un total de 5 heures et 24 minutes de séance.
Difficile de rester insensible au souffle épique irrigant tout le métrage, servi il est vrai par des acteurs au ton toujours très juste (comment par la suite ne pas se souvenir du mémorable Klaus Maria Brandauer dans le rôle du truculent Danton ou encore du talent de Jean-François Balmer campant un monarque borné et déconnecté des réalités sociales malgré ses velléités d'être apprécié de son peuple ? ), sans omettre cet accompagnement musical rendant très bien tout l'élan et l'espoir animant les personnages de cette époque.
Film qui a le mérite de relater grands et petits évènements, tel ce fameux retour de chasse en date du 14 juillet 1789 où Louis XVI consignera dans son journal personnel ce mot qui restera fameux pour illustrer tout le décalage entre Versailles et Paris : rien.

Toute une galerie de portraits défilant de manière kaléidoscopique jusqu'à l'échafaud pour une grande partie d'entre eux. Le tout au sein d'une reconstitution historique très poussée, tant pour les lieux (que ce soit le Temple ou la Bastille) que pour les costumes d'époque contribuant à renforcer l'immersion générale. Du grand art que l'on doit aux réalisateurs Robert Enrico et Richard Heffron ainsi qu'aux moyens déployés (nécessitant le concours actif des forces armées).
Au final, l'on ne peut s'empêcher de réfléchir comment d'une crise financière et d'émeutes de la faim l'enchaînement des évènements aboutit à cette fameuse révolution trouvant son substrat dans les écrits des penseurs du XVIIIème siècle et l'exemple encore chaud de la révolution Américaine (le rôle de Lafayette sera à ce titre déterminant sur les deux continents).

Un regret sur la forme et non le fond : il aurait été souhaitable de disposer de véritables bonus sur les DVDs et non d'un livret, certes fort instructif, avec chiffres et explications sur la genèse d'une telle production. Une différence d'approche et d'emploi du support entre Français et Anglo-Saxons, ces derniers mettant un point d'honneur à offrir de nombreux éléments sur ceux-ci en sus du métrage lui même.


vendredi 22 octobre 2010

AGS sur twitter et en mode full cyber


Alliance GéoStratégique améliore encore son faisceau de communication et passe sur Twitter, outil de partage d'informations limité à l'essentiel et permettant de relayer les articles venant à peine de sécher de nos plumes numériques.

AGS sur Twitter

Cette extension dans l'espace numérique à travers le moyen précité est fort bienvenue puisqu'elle se situe dans le thème du mois consacré aux stratégies dans le cyberespace. Comme vous pourrez le constater par vous-mêmes, le sujet stimule les esprits . Nul doute que vous y trouverez ce que vous y cherchez : du didactique, de l'analytique, du prospectif. Ce qui n'empêche aucunement des contributions sur des thèmes tiers que je vous invite tout autant à consulter.
Bonne lecture à vous.

jeudi 21 octobre 2010

Anna Chapman superstar online

Figure de loin la plus emblématique et forcément la plus connue du grand public lors du démantelement de la cellule dormante d'espions Russes aux Etats-Unis [1], Anna Chapman est désormais sur tous les fronts.
Ayant été récemment décorée par Dmitri Medvedev, elle a offert à ses admirateurs une vision enchanteresse de ses formes au sein de l'un des plus fameux magazines pour hommes aussi vendu en Russie : Maxim. 
Ce n'est pas terminé puisqu'une sortie imminente de son site devrait poindre sous peu comme il est indiqué. Un peu de patience messieurs les voyeurs et mesdames les apprenties espionnes...

[1] Le programme Illégaux (Illegals Program) fut une opération du FBI pour repérer et neutraliser un réseau d'espions Russes agissant sur le territoire national Américain. Dix personnes furent arrêtées en juin 2010 puis échangées dans la plus pure tradition de la guerre froide à Vienne contre quatre détenus en Russie le 9 juillet 2010.

mardi 19 octobre 2010

Paris-Berlin-Moscou version 2010?


Assiste-t-on à la revivification de l'axe Paris-Berlin-Moscou de 2003 pourrait-on se dire au vu du sommet tripartite à Deauville entre la chancelière Merkel et les présidents Sarkozy et Medvedev ? 
Seulement les apparences sont trompeuses, même si elles laissent entendre une concordance sur plusieurs sujets.

Premièrement, le but du sommet semble être d'attirer Dmitri Medvedev à de plus substantielles concessions en faveur de l'OTAN, notamment s'agissant de l'élargissement de cette structure (Ukraine et Géorgie n'ayant bénéficié que d'un MAP ou Membership Action Plan) et de l'installation d'un ABM (Anti-ballistic missile) en Europe. Il ne s'agit par conséquent nullement comme en 2003 de s'opposer à une action d'obédience Américaine mais au contraire d'accentuer un rapprochement Russe avec les visées Américaines. Il est vrai que les concessions officielles sur l'Iran notamment donnent à penser que la Russie serait prête à céder sur d'autres plans.
Un objectif quelque peu présomptueux tant les responsables du pays restent fermes sur les points précités depuis de nombreuses années.
Deuxièmement, les deux chefs d'Etat Européens voient loin dans le temps, en 2012 pour être précis et plus concrètement avec l'élection d'un nouvel hôte au Kremlin (ou la reconduction de l'actuel). Ce faisant, il n'est pas interdit de penser qu'ils misent déjà quelques jetons sur un candidat potentiel, Medvedev, l'estimant plus "manoeuvrable" que d'autres.
Pas non plus certain qu'une telle stratégie soit très judicieuse tant les Russes sont de redoutables joueurs d'échecs.

De son côté, le Président Russe semble s'accrocher à son fameux traité de sécurité Européenne qu'il relancera à cette occasion, non sans vouloir aussi proposer à nouveau l'abrogation du système de visas entre les pays membres de la convention de Schengen et la Fédération de Russie [1].
Ainsi tous ensemble mais pas forcément pour les mêmes desseins géopolitiques. La Russie désirant innover, la vieille Europe désirant conserver l'existant avec des rôles déjà répartis : une France en zélé soutien atlantiste [2], une Russie se défiant des visées Américaines en proposant un traité alternatif et une Allemagne usant de pragmatisme à l'égard des deux partenaires.

[1] La Pologne qui s'était longtemps opposée à toute éventualité en ce sens pourrait du fait du récent réchauffement des relations politiques avec son voisin infléchir sa position sur le sujet lors des prochains sommets UE-Russie.
[2] Non sans avoir quelque peu effarouché ses partenaires de l'alliance en proposant de vendre ses bâtiments de classe Mistral à la Russie. Un feuilleton loin d'être terminé puisque le Kremlin fait jouer la concurrence avec la Corée du Sud, l'Espagne et les Pays-Bas comme l'avait même déclaré le ministre de la Défense Anatoli Serdioukov voici quelques mois.

Crédit photo : AFP

dimanche 17 octobre 2010

Zombis sang pour sang Français

Chers visiteurs,

Un article en forme de coup de coeur suite à la projection durant le festival fantastique de Gérardmer d'un film Français consacré au phénomène de mode cinématographique que sont les zombis envahissant les écrans (avec l'inusable George Romero ayant aussi présenté son dernier film sur le sujet lors de l'édition 2010). Une surprise heureuse qui m'entraîna à partager cet enthousiasme avec les lecteurs d'Agoravox.

Le film est désormais disponible en DVD et Blu-Ray et offre une seconde chance pour les malheureux n'ayant pu le visionner lors de sa trop courte sortie dans les salles de cinéma. Un film qui ne saurait hélas masquer le manque de dynamisme et d'originalité du cinéma Français : les acteurs et réalisateurs ambitieux ne manquant pas au contraire des fonds...

Bonne lecture et n'hésitez pas à commander/acheter ce film du genre, une façon de saluer et remercier le travail effectué par Dahan et Rocher.

Article publié sur Agoravox le 15 février 2010

La France n’a pas la réputation d’être une terre propice au fantastique, genre assimilé de manière quasi-systémique aux auteurs anglo-saxons. Une auto-suggestion qui par volonté de s’accrocher à un cartésianisme idéalisé en vient à recouvrir du drap de l’oubli bien des oeuvres du genre : que l’on pense par exemple au Horla de Guy de Maupassant ou à La planète des singes de Pierre Boulle. Cet ostracisme se retrouvant transversalement dans la production cinématographique, où là aussi la volonté de verser dans l’intellichiant permet de disposer des fonds du CNC. C’est pourquoi la sortie de La Horde est une heureuse nouvelle, tant sur le plan qualitatif que sur le plan du dynamitage du conformisme cinématographique.

Balles perdues

Avant d’aborder les qualités, ne passons pas outre sur les défauts, ces derniers étant fort heureusement bénins avec l’espoir d’être corrigés pour le prochain métrage de Yannick Dahan et Benjamin Rocher.
Par exemple le réchauffé de Nid de Guêpes avec l’alliance contre nature entre deux groupes que tout oppose (sauf fort heureusement leur capacité à manier petits et gros calibres).

Ensuite jusqu’au moment où apparaît Yves Pignot (endossant un véritable rôle de composition où il excellera à merveille), il faut admettre que les dialogues sont très crus et fort peu originaux, mis à part quelques saillies bien senties dans le cours de l’action il est vrai.

Enfin, certaines ficelles sont un peu grosses et l’on sent ici ou là qu’il manque de la profondeur dans le jeu des acteurs (les personnalités n’étant qu’ébauchées, ceci expliquant cela). Pas de réflexion sociale à la George Romero sous-jacente. Le scénario demeurant somme toute fort basique, n’empêchant pas les rebondissements pour autant, en relatant l’obligation d’un groupe à se serrer les coudes pour se sortir d’un lieu infesté de morts revenus à la vie et affamés de chair fraîche.

Bon pour le cimetière cinématographique ?

Que non ! Car derrière ces défauts de jeunesse (rappelons que ce métrage est le premier des sieurs Dahan et Rocher), il y a une volonté manifeste, et portée à l’écran, de faire plaisir aux fans. Précisons pour ceux qui ne le sauraient pas que Yannick Dahan est un célèbre critique de cinéma à la plume acerbe dont l’encre acide n’a que rarement épargné les autres productions Françaises. Sa défense véhémente du film de genre puisant pour beaucoup dans sa détestation des oeuvres réalisées et subventionnées par les fonds publics (avances sur recettes accordés par le CNC) où l’ennui le dispute au nombrilisme autiste. Et corroborée par les difficultés successives pour produire et distribuer son film [1].

Quinze étages sans ascenseur

L’action est haletante et les moments de répit suffisamment bien dosés pour ne pas endormir le spectateur et même lui permettre (superficiellement cependant) de mieux cerner les relations entre les membres du groupe de survie et le ressort de leurs actes. Le huis-clos réduit à un immeuble désaffecté en pleine zone de Clichy y est bien employé, et le métrage justement ne tombe pas dans une quelconque dérive philosophico-sociale sur la banlieue. Le maître mot est survie, et c’est cette instinct qui irrigue tout le film en lui donnant ce cachet si nerveux.

Pour autant le second degré n’est pas absent, comme les références cinématographiques disséminées ici ou là. Sans tomber dans le grotesque, la démesure de certaines scènes confèrent à la production une lecture du film tranchant avec des images très réalistes.
Quant à parler de scènes marquantes, l’une d’elles pourrait fort bien devenir culte par la puissance de sa sauvagerie participant à cette démesure précitée : l’un des personnages esseulé sur un véhicule entouré d’une multitude de zombis déterminés en venant à opérer un véritable carnage du désespoir à travers une macabre et effrénée chorégraphie. A elle seule cette séquence résume tout le film : la survie à n’importe quel prix, surtout celui de son humanité quitte à déchaîner les forces les plus bestiales enfouies sous le vernis de chaque homme civilisé.

Au final, et malgré les imperfections du métrage, reconnaissons qu’il y a tout lieu de saluer ce décapant travail qui prouve que les passionnés peuvent dynamiter le gentil cinéma fantastique à la Française qui avait tendance depuis trop longtemps à ronronner. Le réputé magazine Britannique Empire ne s’y est d’ailleurs pas trompé, et de vanter le mérite de la réalisation de The Horde ! [2]

Que les soucieux se rassurent et ne renversent pas leur tisane à la verveine à la lecture de cet article : le cinéma intellichiant est loin d’être mort en France et aura encore bien longtemps droit aux prix pompeux et surannés, mais il doit composer avec des productions d’un autre genre ayant son public et ses qualités. A bon entendeur...



L’entretien à la sulfateuse de Yannick Dahan où ce dernier exprime sa conception du cinéma de genre.http://www.wat.tv/video/yannick-dahan-dans-cabinet-26y0v_ix3j_.html

[1] Seulement 117 salles à ce jour, à comparer avec la facilité pour un film Américain médiocre, voire éliminé par l’applaudimètre en une semaine, de pouvoir bénéficier de 300 salles sans souci aucun.
[2] In amongst all this Venice talk I must now give a quick plug to the organisers of the excellent Frightfest, who alerted me to one of their bigger hits this year, which, being very cool people, they managed to snag ahead of its debut here. Called The Horde, it is a very bloody, very exciting and very, very entertaining French horror movie that plays as an extremely effective blend of Escape From New York and 28 Weeks Later (yes, the second, better one)...

samedi 9 octobre 2010

Pierre le Grand prêt à appareiller de la Moskova?


Une des victimes collatérales de l'éviction de l'ancien maire de Moscou Iouri Loujkov par l'hôte du Kremlin aura été la statue de... Pierre le Grand sur la Moskova!
Oeuvre de l'artiste Zourab Tsereteli (et accessoirement grand ami dudit maire), haute de 98 mètres pour un poids coquet de 600 tonnes fut installée en 1997 au sein de la capitale Russe dans un climat d'incrédulité comme de réprobation (Pierre le Grand n'ayant jamais caché de son vivant son aversion pour Moscou qu'il relégua au second rang en érigeant SA ville Saint Pétersbourg sur les rives de la Baltique).
Depuis, le maire par intérim Vladimir Ressine a proposé de céder le monument à toute localité Russe désireuse de l'acquérir. Une manière de trancher l'une de ces discordes ayant perduré sous les mandats successifs de son prédécesseur.

Depuis cette annonce en la liste des villes potentiellement prêtes à accueillir ce monstre de bronze et d'acier (et une couche de dorure pour le parchemin tenu par Pierre Ier) s'allonge : Saint Pétersbourg, Petrozavodsk, Arkhangelsk et... Voronej.
Chaque ville ayant de réelles et légitimes raisons de bénéficier du monumental ouvrage mais les édiles sont parfois divisés, ainsi le gouverneur de Saint Pétersbourg, Valentina Matvienko, s'est déclarée très réservée quant à une telle implantation. 
Plus que les approches esthétique et géographique, l'autre sujet nourrissant d'âpres discussions concerne le coût d'une telle opération de déménagement. Cette dernière serait estimée à 1 milliard de roubles, soit 24 millions d'euros! Une donnée économique qui ne manque pas de s'inviter dans le débat déjà véhément.

Pour la petite histoire et pour les spécialistes de la question maritime, si Pierre le Grand fut effectivement un homme plus qu'intéressé et volontaire pour doter son pays d'une marine du niveau des autres grandes puissances Européennes, la représentation sculpturale n'est pourtant pas sienne mais celle de... Christophe Colomb!
En effet, originellement (et le galion présent en tant que décor en est le meilleur exemple) l'ouvrage se devait de participer aux festivités de la découverte du Nouveau Monde par le Génois. Il fallut cependant que Tsereteli se rende à l'évidence : son "bébé" était malvenu ou tout simplement dédaigné outre-Atlantique. Fort heureusement, Iouri Loujkov alors édile de Moscou offrit refuge à ladite statue pour l'installer sur la Moskova. Le tout en "décapitant" le découvreur de monde pour le remplacer par une apparence plus familière aux yeux des Russes : Pierre le Grand. 
L'ensemble finalement planté dans le lit de la Moskova donna pour longtemps au paysage une impression relativement... iconoclaste. Plus pour longtemps ou le sujet subira-t-il le même destin que le mausolée de Lénine : débattu mais jamais tranché ?

Crédit photo : Lubanoo

jeudi 7 octobre 2010

Les réseaux sociaux, parents pauvres de la stratégie média des entreprises Européennes

C'est le Brand Science Institute qui l'énonce : les entreprises Européennes ont une stratégie média déficiente si ce n'est existante.
Un constat très consternant mené auprès de 52 marques et de 563 responsables de marketing publié le 17 août dernier. Les réseaux sociaux, que l'on ne saurait ignorer de nos jours pour les facilités de communication et d'information relayées, apparaissent les parents pauvres des outils pourtant à disposition des entreprises. De même que les interactions avec les clients ne sont pas suffisamment favorisées, or lorsque que l'on sait combien la réputation est désormais essentielle sur Internet (nombre de consommateurs se fient de plus en plus à des critiques émanant de leurs pairs sur des sites spécialisés pour le futur achat d'un produit), cette lacune peut être quasi-rédhibitoire pour une marque comme un avantage concurrentiel pour une autre plus alerte à ce sujet. 

Ne noircissons pas outrancièrement le tableau, l'apparition de community managers ou gestionnaires de communauté est une démonstration que les responsables d'entreprise prennent conscience que défendre leur marque ne repose plus uniquement sur des supports classiques mais aussi modernes. Bien du chemin reste à parcourir avant qu'une prise de conscience plus générale soit effective, et ceux qui auront mis le pied dans les réseaux sociaux (j'entends un pied actif, pas une simple présence passive par une enregistrement et une vitrine modèle 1.0) seront ceux qui valoriseront le plus efficacement leur(s) marque(s).
Reste à faire acte de compréhension et d'adaptation quant à cette évolution socio-technique.

lundi 4 octobre 2010

Choc numérique sur les champs de bataille médiévaux

Chers visiteurs,

Dans le cadre du thème du mois d'AGS consacré aux jeux stratégiques, il m'avait semblé judicieux d'évoquer l'importance et la qualité des ludiciels consacrés à la période médiévale. D'une part parce que cette période est infiniment plus riche que ce que l'on a longtemps cru (les anglo-saxons ne parlent-ils pas de dark ages?) et que la complexité inhérente à cette richesse est désormais formidablement bien retranscrite au sein de certains programmes.
C'est tout l'intérêt de ces jeux que d'apprendre tout en se torturant les méninges car si le but premier n'est pas de se documenter, les références historiques sont pléthoriques et ne peuvent que pousser le joueur à se plonger dans ouvrages de référence. Du reste, lesdits ludiciels contiennent parfois des variables qui interfèrent avec les actions du joueur, ce dernier étant bien avisé d'avoir certaines connaissances établies sur la période pour mieux en tirer une stratégie idoine.

Si certains esprits chagrins se plaisent à dénigrer tout en vrac les jeux informatiques, il serait temps pour eux de se réveiller et de comprendre que ces derniers dans le domaine stratégique ont atteint un niveau d'excellence tel qu'ils en deviennent des simulateurs historiques très perfectionnés (et addictifs) . Mais pour mieux le comprendre, je vous laisse le plaisir de lecture du présent billet.

Article publié sur Alliance GéoStratégique le 5 août 2010

Longtemps ostracisé par les acteurs des Lumières, et quelque peu réhabilité postérieurement par le courant du Romantisme, le Moyen-Âge est encore de temps à autre perçu comme une période monolithique peuplée de seigneurs se plaisant à écraser sous les sabots de leurs puissants destriers les serfs au dos ployé par le labeur de la terre.

Fort heureusement, des médiévistes de renom contemporains ont continué à déconstruire efficacement cette image d’Epinal en explicitant toute la complexité, et en corollaire la richesse, de ces mille ans de l’Histoire Européenne. Les jeux stratégiques de nos jours permettent par leur profondeur de se replonger dans le Bas Moyen-Âge et d’aider à en avoir une approche plus conforme au souhait des chercheurs : focus sur deux ludiciels d’importance et incontournables du genre.

Paradox Interactive contre Creative Assembly : deux approches du genre

Ces deux studios de développement sont en 2010 devenus incontournables dans le domaine des simulations historiques d’importance, même si Creative Assembly créée en 1987 s’était lancée dans un créneau différent à ses origines alors que Paradox Interactive, plus jeune puisque fondée en 1999, se diversifie en revanche sur d’autres types de jeux.

Les approches sont de fait bien différentes quand bien même les deux entités s’évertuent à concilier plaisir et réalisme. Ainsi si Paradox opta pour un cadre technique dépouillé, sans enjolivement superflu, misant l’essentiel de ses produits sur l’historicité et l’optimisation des variables de jeu, Creative misa au contraire sur une approche plus esthétique, tant sonore que graphique avec un environnement de jeu très léché. Ainsi loin d’être concurrentes les deux sociétés sont au contraire complémentaires par leur optique de développement de jeux stratégiques.

Cas pratique numéro 1 : Medieval Total War 2

La grande renommée consécutive à l’envol de Creative s’est opérée avec la sortie du premier Total War se déroulant durant le Japon médiéval, Shogun Total War. Marquant les esprits, il devint évident que le public occidental serait très réceptif à une déclinaison vers le théatre géographique Européen. Ainsi naquit logiquement Medieval Total War en 2002, un jeu d’histoire mariant partie stratégique et partie tactique.

Pour autant la partie stratégique restait tout de même très sommaire et peu poussée dans ses composantes diplomatique, économique et religieuse, au contraire de la partie tactique qui ravissait un nombre croissant d’adeptes de la gamme pour sa représentation en 3D (avec toutefois des sprites pour les combattants afin de ne pas surcharger les cartes graphiques de l’époque) que ce soit lors des bataille en campagne ou lors des séances de siège. L’une des particularités du jeu tenait à ce que le lieu de la bataille se déroulait avec une représentation réelle de la topographie signalée sur la carte stratégique : plus qu’un détail, un élément d’importance pour une armée obligée à ne pas s’engager à la légère sur un terrain défavorable (l’atout de la cavalerie pouvant par exemple être réduite à néant par une zone trop fortement boisée ou vallonnée).

Le joueur avait en outre le privilège de faire défiler toute la panoplie des puissances du Bas Moyen-Âge s’étendant de la péninsule Ibérique à la Mésopotamie en passant par la Scandinavie : janissaire, marin génois, hospitalier, garde varègue, piquier suisse, archer monté mongol et tant d’autres étaient de la partie. Chaque levée pour chaque type de troupe étant comme il se devait localisée de manière réaliste. Le jeu permettant enfin de commencer à trois périodes différentes : 1087 – 1205 – 1321.

Une extension permit ultérieurement de se replonger dans les invasions vikings des îles Britanniques qui durèrent trois siècles, imposant aux joueurs à réagir différemment en fonction de la faction sélectionnée : une approche plus fine des ressources disponibles devant être pensée pour les vikings (ce qui était historiquement exact puisque ceux-ci ne disposaient pas de ressources humaines très conséquentes) nécessitant de frapper fort avec leurs unités d’élite là où l’ennemi était faible ou désorganisé tout en exploitant leur supériorité maritime tandis que les insulaires se devant d’obtenir une profondeur stratégique raisonnable et d’en pacifier le périmètre au détriment de leurs turtbulents voisins (Northumbriens, Saxons, Pictes etc.).

Le succès fut si massivement au rendez-vous qu’en 2007 une suite fut proposée aux fans impatients.

Techniquement, le saut technologique est incommensurable avec ce Medieval Total War 2 : des unités encore plus détaillées et cette fois en vraie 3D, chaque membre d’une compagnie étant différent de son camarade par des disparités vestimentaires et/ou physiques ; le rendu de bataille encore plus poussé par le nombre de belligérants affichés à l’écran ; les environnements rendant encore mieux les ambiances climatiques (pluie, neige, brume) ou temporelles (aube, crépuscule, nuit) ayant une incidence réelle sur le déroulement de l’affrontement et le tout par des animations désynchronisées tendant vers encore plus de réalisme comportemental et de photoréalisme.

La partie tactique est arrivée à une qualité de reproduction des situations historiques tellement bluffante qu’elle écrase tout ce qui s’était fait jusqu’alors avec la prise en compte non seulement de la topographie et son interaction avec les types d’unités mais encore du moral des troupes et de l’impact des formations de bataille (les piquiers adoptant une position défensive face à une charge de cavalerie, les arquebusiers tirant par rangées etc.). Avec de la part des programmeurs le bon goût de doter le logiciel d’une intelligence artificielle véritablement retorde en son niveau le plus élevé, refusant les engagements suicidaires pour expoiter au mieux les possibilités de contournement et de rupture du front, y compris en simulant des retraites de troupes. Le meilleur moyen d’apprécier cependant cette partie étant de se trouver un adversaire humain via Internet.

Le module stratégique bénéficiant aussi d’un toilettage graphique bienvenu, la diplomatie étant désormais plus fine et l’économie un tantinet plus poussée dans ses ressorts (les marchands de nationalité différente se livrant une concurrence féroce sur un lieu de production en l’absence d’accord commercial). Apparaissent aussi les questions dynastiques et le choix d’héritiers. Les généraux comme auparavant devant être choisi selon certains critères, non seulement de compétence mais aussi de loyauté, certains traits de caractère ou de faits marquants l’affublant au cours de sa vie d’un épithète particulier comme «le couard», «l’alcoolique», «le généreux» ou «le croisé». L’opportunité est aussi accordée à des capitaines valeureux sur le champ de bataille d’être annobli pour fait d’armes et se retrouver ainsi au commandement d’une armée. La religion devenant plus présente avec l’immixtion de cadres formés oeuvrant à la conservation ou au prosélytisme d’une province, le Pape pouvant même le cas échéant intervenir en déclenchant une inquisition envers les souverains peu coopératifs ou suspectés d’hérésie.

Une extension quelques mois plus tard ajouta quatre théâtres d’opération en zoomant non seulement sur un secteur géographique donné (montant d’un cran une fois encore dans les détails) mais aussi en modifiant les mécanismes de jeu selon le sujet traité (conquête des Amériques, croisades, îles Britanniques, campagne teutonique).

Néanmoins et malgré de plus que louables améliorations du pendant stratégique, la partie tactique restait le point névralgique du ludiciel. A la grande différence de Crusader Kings.

Cas pratique numéro 2 : Crusader Kings Deus Vult

Ce fut tout le savoir faire de Paradox qui se retrouva compilé dans ce ludiciel. La société Suédoise ayant imposé son sceau de qualité dès son premier produit international en 2000, Europa Universalis, nanti d’un moteur de jeu qui fera ses preuves jusqu’à son remplacement [1]. Invitant le joueur à parcourir trois siècles d’Histoire, de 1492 à 1792, en prenant en main la destinée d’une puissance géopolitique suivant la période choisie et asseoir son assise régionale voire mondiale. Economie, diplomatie, religion, politique intérieure, guerre : l’enchevêtrement des combinaisons et actions possibles si elle effraya les amateurs de jeux de stratégie occasionnels provoqua une véritable addiction chez les habitués du genre. L’interface étant spartiate, sans être laide soyons honnête et surtout très lisible avec différents niveaux de zoom ; les animations présentes à l’écran relativement simples bien qu’efficaces ; l’environnement sonore réduit à la portion congrue. A noter que l’origine de ce jeu se trouve dans la transposition d’un jeu de plateau inventé par un Français : Philippe Thibault, qui deviendra le responsable d’AGEOD, studio spécialisé dans le developpement de jeux de stratégie.

Toutefois, et en dépit de très honorables qualités originelles, un numéro deux s’imposa pour corriger les majeures attentes des fans, prioritairement la possibilité de choisir n’importe quelle nation du globe et simuler la période napoléonienne (les dates s’étalant désormais de 1419 à 1821).

Ce seront ces bases de qualité qui se retrouveront dans leur opus consacré au Bas Moyen-Âge, Crusader Kings.

Commercialement lancé en 2004, et agrémenté d’une extension, Deus Vult, devenue indispensable en 2007 pour ses multiples apports, ce jeu de Paradox peut être considéré comme le jeu stratégique médiéval le plus abouti en circulation à l’heure actuelle. Un superlatif qui en dit long sur ses qualités intrinsèques.

Le terrain de jeu allant d’une partie des côtes de l’Islande jusqu’au pourtour de la Mer Caspienne : on ne peut de ce fait reprocher aux concepteurs de ne pas avoir fait un effort sur l’aire d’action potentielle. Ensuite l’on touche aux possibilités et là c’est tout le grand jeu de cette période historique qui embrase les neurones. Car si le but est effectivement d’être reconnu comme un souverain d’importance entre 1066 et 1453 (possibilité est offerte cependant de débuter en 1187 ou 1337 [2] ), cela ne peut se concrétiser que dans le cadre des liens féodaux, l’une des grandes novations du jeu vis à vis de ses concurrents.

Comtés, duchés et royaumes subdivisant le territoire connu, et pour en prendre le contrôle la manière forte n’est pas toujours la plus avisée : les mariages entre lignées et l’envoi d’enfants de son sang en une cour tierce (pouvant se retrouver à terme nanti d’un poste à responsabilité) sont des possibilités amplement envisageables pour parvenir à ses fins, tout comme la voie diplomatique en incitant le détenteur des terres convoitées à prêter hommage.

Si la méthode forte reste belle et bien présente, elle est comme souvent à cette époque empreinte d’incertitude et il ne suffit pas d’avoir la plus grosse armée pour l’emporter : un commandant compétent et des troupes ad hoc pouvant plus sûrement faire basculer le sort de la bataille. En outre, la perte d’une armée ou, plus critique, de l’ost (avec ban et arrière-ban) devient irrémédiablement tragique de par la lente recomposition des ressources humaines avant la prochaine levée et la défiance des vassaux envers un suzerain incapable de s’imposer sur le plan militaire. De plus, la composition hétérogène des troupes dépend de l’origine géographique de levée selon sept types d’unités allant du chevalier aux piquiers en passant par l’archerie montée. Et comme pour le programme précédemment cité, le terrain relève d’une importance capitale en cas d’affrontement : porter le fer dans un territoire marécageux implique une autre approche qu’en plaine, aboutissant à des bonus ou malus selon les types d’unités à disposition. Fort logiquement, le siège de fortifications ennemies entraîne un phénomène d’attrition chez les troupes, proportionnellement critique à la longueur de l’opération.

Les relations entre classes étant quant à elles à soigner particulièrement, et trouver le juste équilibre entre la noblesse, la paysannerie, la bourgeoisie et le clergé sans que cela n’entrave ses propres ambitions relève parfois de la haute voltige. D’autant que cet ordre fragile est de temps à autre rompu par de nombreux évènements aléatoires comme une demande de charte communale (augmentant la fidélité des bourgeois comme de leurs recettes versées au trésor mais en mécontentant la noblesse et la rendant plus frondeuse à votre égard), l’ouverture d’une grande chasse seigneuriale (améliorant les relations diplomatiques avec le visiteur du fors mais en appauvrissant bourgeois et paysans ponctionnés pour l’occasion) ou l’autorisation pour le clergé d’établir une nouvelle dîme sur les paysans (renforçant la piété du seigneur mais rendant la paysannerie plus rétive à son égard) . Et pour que le réalisme ne soit pas un vain mot, l’influence respective de chaque classe sur les provinces est disparate…

Les cultures inhérentes au territoire contrôlé interviennent dans leur administration, de fait un seigneur régissant une terre n’étant pas de sa propre culture aura un malus dans ses relations avec les différentes classes de la population, et pis encore si la religion elle même devait aussi différer.

Le joueur doit dans le même temps tenir compte de certaines intrigues au sein de sa cour : les personnages y évoluant pouvant se sentir délaissés et n’hésiteront pas parfois à se mettre au service d’un autre souverain, quand ce n’est pas tout simplement fomenter un complot visant à vous renverser. Divers évènements peuvent les affecter telle la survenance de maladies altérant durablement ou temporairement leurs qualités (vous pénalisant lorsqu’un courtisan exerce une fonction de premier plan). La vie de la cour est de fait dynamique, et ne saurait être négligée à peine de cruelles déconvenues.

Ne pas manquer aussi de favoriser les avancées sociétales et technologiques qui se diffuseront (lentement et progressivement) à travers chacun de vos territoires : une connaissance plus approfondie de l’extraction minière ou une propagation des instruments de musique ayant toujours des conséquences plus ou moins accentuées.

Ce n’est qu’un très modeste aperçu de la richesse d’un tel ludiciel plongeant le joueur dans un Moyen-Âge loin des clichés hollywoodiens mais au plus près des difficultés endémiques de l’époque, comme ces maladies erratiques (la peste bubonique de 1347 n’étant que l’une d’elles). Quant aux passionnés d’héraldique, ils y trouveront amplement leur compte de par le foisonnement d’écus déployés. L’une des rares critiques pouvant être adressée au jeu étant le fait de ne pouvoir qu’endosser le rôle d’un souverain chrétien (catholique ou orthodoxe), alors que musulmans et païens sont présents sur la carte.

D’office précisons qu’il ne comporte aucun module tactique, se reposant uniquement sur l’aspect stratégique. Ce qui pourrait être décevant ne l’est aucunement de par la richesse du contenu. Tenter de boucler la grande campagne jusqu’à la chute de Constantinople relevant même de la gageure.

Conclusion et convergence

Depuis quelques années néanmoins, l’on constate une claire convergence des deux compagnies : Creative semblant peaufiner sa partie stratégique en s’insipirant des travaux de moddeurs [3] et Paradox optant pour une approche moins aride de l’environnement de jeu en passant à la 3D. Les principaux gagnants étant en définitive les amateurs de jeux de stratégie historique.

Pour finir, le double avantage de se procurer ces deux ludiciels repose sur le plan économique (ceux-ci sont désormais proposés sur des sites de vente en ligne à des tarifs très abordables, y compris dans leur version gold) et sur le plan technique (tournant sans souci aucun sur des ordinateurs datant d’il y a trois ans).

Ces simulations pointues et d’une complexité très aboutie sont, on peut le conjecturer sans trop d’erreur, l’assimilation par les développeurs des recherches contemporaines de médiévistes de tous horizons visant à dévoiler un Moyen-Âge plus juste, moins caricatural, moins enclin à une vision trop manichéenne. Ces jeux au-delà de l’aspect ludique sont en eux-mêmes d’excellents relais du travail effectué par les chercheurs et leur revalorisation de cette période : en clair, un nouveau vecteur de vulgarisation des données historiques.
Et démontrant que comme quoi tout n’était déjà pas si simple voilà près de mille ans.


[1] Le Clausewitz Engine appelé ainsi en hommage au théoricien prussien, est le coeur des programmes de stratégie de l’éditeur depuis 2007 en lieu et place de l’Europa Engine des origines. En outre, précisons qu’Europa Universalis était le premier titre à connaître un rayonnement débordant les frontières nationales mais qu’un essai avait déjà été initié, bien que souvent ignoré, avec Svea Rike III, retraçant les luttes de pouvoir en Scandinavie durant le XIIIème siècle.
[2] Les dates n’étant pas fortuites : 1066 désignant l’année de la bataille d’Hastings d’où s’ensuivra la conquête normande de l’Angleterre saxonne ; 1187 faisant référence à la bataille d’Hattin entraînant la défaite du royaume de Jérusalem qui amènera à l’appel de la troisième croisade ; 1337 marquant le début de la guerre dite de Cent Ans ; 1453 étant relatif à la chute de Constantinople par les turcs Ottomans.
[3] Passionnés d’un jeu modifiant le programme initial pour lui apporter plus de réalisme en affinant les mécanismes de jeu et parfois des ajouts graphiques et/ou sonores. Le procédé est d’autant plus facilité qu’il est même parfois encouragé par certaines compagnies comme… Paradox ou Creative.

vendredi 1 octobre 2010

L'heure de la riposte numérique made in Free


Chers visiteurs,

Comme vous le savez, je suis très attaché au développement et à la juste compréhension du phénomène des TIC en général et à l'économie numérique en particulier, or les signaux envoyés depuis de trop nombreuses années par les gouvernements successifs n'ont que rarement été propices à se féliciter de la prescience Française en la matière.

Coup sur coup, deux nouvelles ont montré l'abîme d'incompréhension qui prévaut en ce pays et émanant toutes deux de l'Union Européenne. Avec cette particularité relativement cocasse qui est d'appliquer avec célérité la législation émanant des organes de l'Union tout en l'outrepassant dans l'autre cas. Un manque de cohérence qui en dit long sur l'absence de logique en haut lieu sur ce thème.
Concrètement et premier acte, la directive 2002/20/CE dispose en son article 12 que les taxes relatives au secteur des télécommunications ne sauraient dépasser le cadre de la gestion des coûts administratifs réels [1]. Or le souci est qu'une taxe en mars 2009 fut votée par le législateur Français visant à ponctionner le chiffre d'affaires (à hauteur de 0,9%) des opérateurs de télécommunications et fournisseurs d'accès internet afin non pas à subvenir aux dépenses administratives mais de compléter la perte de la publicité sur les chaînes publiques. En somme un tour de passe-passe très grossier, qui n'aura trompé ni la Commission Européenne ni bien entendu les acteurs courroucés par leur imposition.

Deuxième acte, la volonté très zélée de Bercy en s'appuyant sur une injonction de la Commission de Bruxelles de faire passer la taxe des offres triple-play de 5,5% à... 19,6% [2]! L'on comprend dès lors qu'une répercussion ne pourra qu'être effectuée à terme sur les abonnés.
L'article du Figaro daté du 9 septembre est à ce titre éminemment révélateur : ...D'après l'entourage de la ministre de l'Economie Christine Lagarde, cette mesure permettra à l'Etat d'engranger «plusieurs centaines de millions d'euros» de recettes supplémentaires. Une aubaine pour le gouvernement qui a promis de supprimer dix milliards d'euros de niches fiscales dans son budget 2011.
Bercy souhaite également que la TVA unique à 19,6% s'applique aux opérateurs de téléphonie mobile. Certains d'entre eux appliquent actuellement un taux réduit sur une partie de leurs forfaits, expliquant que le portable permet aussi de visionner des programmes télévisés...
Colère compréhensible des sociétés proposant ce type de service, et en première ligne Free qui a décidé de laisser ses tarifs en l'état actuel et d'y adjoindre une augmentation séparée sur les factures de ses clients répertoriée ainsi : taxe Baroin-Sarkozy.
Médiatiquement le buzz découlant de cette riposte sera au rendez-vous, mais le fond de l'affaire a de fortes probabilités de perdurer :
  • comment peut-on sans risque de sombrer dans le ridicule enfreindre la législation Européenne dans un cas et s'y réfugier dans l'autre?
  • comment redonner confiance aux entrepreneurs du secteur du numérique lassés d'une politique brouillonne, inadaptée et surtout uniquement prédatrice de la part de l'Etat?

[1] 1. Les taxes administratives imposées aux entreprises fournissant un service ou un réseau au titre de l'autorisation générale ou auxquelles un droit d'utilisation a été octroyé:
a) couvrent exclusivement les coûts administratifs globaux qui seront occasionnés par la gestion, le contrôle et l'application du régime d'autorisation générale, des droits d'utilisation et des obligations spécifiques visées à l'article 6, paragraphe 2, qui peuvent inclure les frais de coopération, d'harmonisation et de normalisation internationales, d'analyse de marché, de contrôle de la conformité et d'autres contrôles du marché, ainsi que les frais afférents aux travaux de réglementation impliquant l'élaboration et l'application de législations dérivées et de décisions administratives, telles que des décisions sur l'accès et l'interconnexion, et
b) sont réparties entre les entreprises individuelles d'une manière objective, transparente et proportionnée qui minimise les coûts administratifs et les taxes inhérentes supplémentaires
.
[2] Du reste, le taux réduit peut encore s'appliquer pour 1/3 des applications triple-play, en l'occurrence la diffusion télévisuelle. Mais le Ministère du Budget en a décidé autrement en décidant l'imposition intégrale du taux à 19,6%.