jeudi 30 septembre 2010

De Snyder à Homère

C'est en revisionnant le film 300 [1] du réalisateur Zack Snyder que je me suis posé la question de savoir jusqu'où pouvait-on tordre les faits historiques pour donner naissance à une oeuvre (cinématographique, littéraire, musicale) ?
La réponse au fond se trouve dans la finalité de ladite oeuvre : est-elle à vocation historique ou ludique? Il est clair que la critique est d'autant plus justifiée par les professionnels que l'objectif d'un docu-film est avancé par la production. En revanche, il n'y a pas lieu de s'apesantir outre-mesure si la finalité est clairement le divertissement, mais ce qui pourrait apparaître comme une lapalissade est tout autre dans la réalité puisque des polémiques naissent, de façon moins que plus justifiées.
Il en fut de la sorte pour 300 qui fit l'objet ici et ailleurs d'une accusation de travestir l'épisode historique, sans omettre des mises à l'index pour cause de racisme (sic). Or 300 est clairement du domaine du divertissement, et efficace s'il-vous-plaît! La beauté graphique dans les tons sépias où seules quelques couleurs sont saturées pour mieux ressortir (telle la pourpre des Lacédémoniens) sont une des clefs de la réussite de l'oeuvre. En outre, replaçons nous dans le contexte d'adaption en rapportant que le matériau initial se trouve non pas dans un vulgaire livre d'Histoire voire par le truchement des Histoires d'Hérodote mais au sein de la bande-dessinée de Frank Miller : ce qui explicite d'autant mieux le côté extrême, limite déjanté de la réalisation.

Pour autant, Homère lui même n'a-t-il pas créé les premières oeuvres occidentales tendant à la démesure? Relatant le destin des hommes allant s'affronter dans des luttes de titans sous le regard amusé ou courroucé des Dieux? Snyder ne reprend-il pas à son compte et sur un support contemporain cette tendance à conter? C'est à dire à relater avec liberté les actions des hommes pour mieux les célébrer ou en souligner leurs travers?
En outre, si de tels métrages peuvent inciter les jeunes spectateurs à mieux se renseigner sur l'époque ciblée, n'est-ce pas aussi un gage de succès par son incitation et non un avilissement culturel tels qu'avancé par des esprits chagrins? Après tout, Heinrich Schliemann ne croyait-il pas qu'Homère rapportait une part de vérité historique et en fut récompensé par sa découverte de la ville de Troie?
Les effets spéciaux graphiques et les sonorités grandiloquentes sont ces tirades scripturales d'antan projetant le lecteur en des mondes aux dimensions cyclopéennes.

N'oublions jamais que quelque soit sur le moment la grandeur et l'impact de l'action des grands hommes, ils ne devront leur salut pour l'éternité que par la plume des poètes...




[1] Il a été annoncé récemment qu'un métrage précédant le lieu et l'action de 300 verrait le jour en 2011, sobrement intitulé Xerxes (du nom du roi des rois Perse).

mardi 28 septembre 2010

Les Cafés Stratégiques invitent le Général Desportes


Ce débat « décontracté » et ouvert à tous aura lieu le 7 octobre 2010 à 19h-21h au Café le Concorde (239, boulevard Saint Germain, Paris 6ème, métro : Assemblée Nationale, plan ). Ce sera également une opportunité pour nos chers lecteurs de faire plus ample connaissance avec Alliance Géostratégique in vivo.

Pour leur toute première, les Cafés Stratégiques – organisés par AGS - invitent le Général Vincent Desportes pour évoquer l’actualité de la pensée stratégique française.

Nous sommes heureux de vous annoncer le dernier-né d’AGS : les cafés stratégiques. Vous connaissez les cafés philosophiques, historiques, géographiques, antiques, géopolitiques… Il manquait, à l’évidence, des cafés stratégiques. Qui d’autre qu’AGS pouvait les organiser ?

En effet, notre marque de fabrique est définitivement liée au Web 2.0 : un lieu de débat ouvert où chacun a le droit de venir, de parler, de commenter. Mais nous avions envie d’incarner ce débat virtuel.

Pour cela, nous ne voulions pas des colloques ou des conférences : ces forums sont certes utiles (n’avions-nous pas co-organisé un colloque sur la “Logistique, fonction opérationnelle oubliée”, remarqué au demeurant ?) mais ils sont formels. Même s’ils laissent la place au débat, on y sent un certain protocole et un manque d’interactivité qui brident les échanges. Il fallait un nouvel espace, et c’est la vocation d’AGS de le créer.

La forme des cafés paraît la plus pertinente : un invité qui vient parler parce qu’il a des choses à dire, et qui est surtout assez proche du public pour que la notion de dialogue comporte une réelle signification… et que le débat s’engage. Une ambiance plus détendue que les costumes trois pièces d’usage dans les conférences. Et la possibilité de poursuivre tard dans la nuit, ou de faire dédicacer le dernier ouvrage de l’orateur.

Ces Cafés Stratégiques (CGS) auront lieu une fois par mois. Pour la première édition, le Général Vincent Desportes a accepté de venir inaugurer la formule : quoi de plus normal, lui qui a si souvent été un initiateur. C’est lui qui a revivifié la pensée stratégique française depuis dix ans, avec d’autres (et nous pensons d’abord à Hervé Coutau-Bégarie, bien sûr). Stratégiste et grand connaisseur de la pensée anglo-saxonne, c’est l’homme idoine pour évoquer l’actualité de la pensée stratégique française.

Car la question se pose, en effet : a-t-elle encore une particularité par rapport à ce qu’elle a produit autrefois (et notamment la construction de la théorie de la dissuasion) ? A-t-elle été suffisamment distante et originale par rapport à la RAM autrefois, aux COIN aujourd’hui ? Pense-t-elle les guerres de demain, et trouve-t-elle les lieux de débat qui la rendent féconde?

Vous rêvez de poser directement ces questions (et d’autres) au Général Desportes ? Rendez-vous alors au Café Le Concorde. Entrée libre mais nombre de places limité ! A vous de voir…

dimanche 26 septembre 2010

Élection présidentielle Ukrainienne de 2010 : état des lieux

Chers visiteurs,

Une fois n'est pas coutume, le présent article n'est de pas de ma main mais celui d'une jeune journaliste Ukrainienne que j'ai fait intervenir sur Agoravox afin d'exprimer sa vision des élections du début d'année.
Il faut reconnaître que sa participation combla un réel et surprenant vide sur ce journal en ligne. L'Ukraine étant de par sa position géographique et ses relations entre l'Union Européenne (mais aussi l'OTAN) et la Russie un pivot stratégique majeur : ces élections étaient réellement d'un enjeu considérable tant le résultat allait clairement influencer la politique étrangère du pays pour ces cinq prochaines années.

Pour rappel, le nouveau Président Ukrainien est Viktor Ianoukovytch, chef du Parti des régions et élu au second tour avec 48,95 % des voix.

Bonne lecture.

Article paru sur Agoravox le 6 février 2010

En ce 7 février 2010 va se jouer le deuxième tour de l’élection présidentielle Ukrainienne, un grand moment pour ce pays d’Europe de l’Est qui aura vécu ces dernières années de bien tumultueux évènements. De la révolution orange à l’animosité portée à son pinacle entre les deux anciens porte-étendards de celle-ci en passant par des crises du gaz récurrentes, l’Ukraine de par sa position éminemment stratégique comme ses richesses ne peut laisser indifférente les acteurs majeurs du grand jeu géopolitique.

Pour mieux comprendre les arcanes de cette élection aboutissant au choix des deux candidats actuels, permettez-moi de donner la parole à une journaliste d’origine Ukrainienne, analyste des problématiques liées aux médias contemporains, Ivanna Pinyak.


Choisir le moins pire des deux : un scénario classique des élections en Ukraine. 

C’est d’ailleurs une pratique politique utilisée en campagne électorale depuis 1991, lorsque le pays a regagné son indépendance.

Les conseillers en communication des parties politiques exploitent intensivement les médias au point que la population – même la plus critique – soit saturée par la masse informationnelle des débats politiques, consistants, en réalité, en une suite de discours populistes, d’échanges et d’accusations mutuelles très éloignés des discussions politiques traditionnelles. En Ukraine, ce phénomène dernier est appelé la « RP noire » (Relation Publique noire). Et ceci pour parvenir au seul effet désiré : obliger le public à retenir les 2 candidats soi-disant favoris et rivaux, ceux qui s’affronteront au 2ème tour.

Ce phénomène a débuté en 1991. Même si c’était une autre époque, celle du mouvement pour l’indépendance, lorsque l’élite négociait pour éviter le pire des scénarios et consolider la nation ukrainienne au moment de l’effondrement de l’Union Soviétique.

Le 1er président démocratiquement élu – Léonide Kravtchouk, chef du parlement ukrainien – l’a été en partie grâce à l’image artificiellement alimentée de son rival. Arrivé deuxième aux élections, Taras Tchornovil – co-fondateur, membre et président du Groupe Helsinki en Ukraine, dissident et militant de droits de l’homme – s’est fait coller une image de « zapadenec’ nationaliste » (nationaliste originaire de l’Ouest de l’Ukraine).

Mais le plus flagrant a été la campagne présidentielle de 1999. Le 2ème président, Léonide Koutchma, ayant contribué à une ascension inédite au pouvoir du clan des oligarques, arrivait à la fin de son 1er mandat. Taras Tchornovil meure dans un accident de la route avant le début de la campagne présidentielle. Les autres candidats ont cependant la capacité de défier Koutchma.
Que se passe-t-il alors ? Les « conseillers technico-politiques » du président sortant ne s’acharnent pas à descendre ses rivaux. A la place, ils décident de lui créer un rival imaginaire : le leader du parti communiste Simonenko. Il y avait-il une solution plus aisée et plus efficace, que d’évoquer la menace « rouge » dans un pays récemment libéré du régime soviétique communiste ?

La mécanique était lancée. De nombreux sondages accordaient au candidat communiste fictif une « popularité incontestable » à l’est de l’Ukraine. Les médias, se définissant indépendants et progressistes, sonnaient l’alarme avec le scénario « back in URSS ». Les vedettes en tourné appelaient le public à « écouter la raison et voter pour Koutchma ». Etant assez connu dans l’establishment, il était le seul capable à vaincre « la menace rouge » ! Les leaders d’opinion publique mobilisaient la population, surtout dans les régions ouest de l’Ukraine, pour voter « ce candidat réel » contre les autres, n’ayant aucune chance et risquant d’éparpiller les votes. Les médias instrumentalisés ont ainsi soutenu l’image du pays « scindé en 2 » et en même temps, assuré la victoire du président sortant contre « le candidat du mal, largement soutenu à l’Est ».

Cette campagne informationnelle avait été d’une telle ampleur que finalement le résultat du vote au 1er tour n’a pas vraiment surpris : le président sortant et son rival communiste l’ont emporté sans majorité absolue. Un 2ème tour a été nécessaire avec encore des efforts médiatiques pour voir finalement la victoire de Koutchma.

La formule magique du « comment éviter le pire scénario » prouve toujours son efficacité dans un champ électoral ukrainien.

Revenons maintenant à l’élection présidentielle actuelle en Ukraine. Comment sommes-nous parvenu à conduire les 2 candidats « favoris » au 2ème tour, alors que la majorité de la population n’en souhaitait aucun ?

Ianoukovitch était à l’origine d’une fraude massive lors de la présidentielle en 2004, ce qui a été un des principaux déclencheur de la « Révolution orange ». Il était également soupçonné d’avoir été l’instigateur de l’empoisonnement de son adversaire, Viktor Iouchtchenko, bien que les accusations n’ont jamais été prouvées. En outre, le casier judiciaire du candidat au présidentiel est marqué par 2 peines de prisons. Peines révisées soigneusement et levées rétrospectivement au moment de son passage de la politique régionale vers les plus hauts échelons du pouvoir étatique. Il a tout de même perdu son capital soutien du fait d’autres raisons, notamment le clivage idéologique apparu au sein de son propre parti.

Quant à Yulia Timoshenko, c’est à elle, dotée d’un grand talent diplomatique et d’une capacité à convertir ses ennemies en alliés, que le « camp orange » doit en grand partie sa réussite dans les régions hostiles au président actuel Viktor Iouchtchenko. C’est elle aussi qui l’a définitivement enterré. Hélas, elle n’a pas su faire passer au moment crucial les intérêts d’Etat devant ses ambitions politiques. La bataille pour le poste de premier ministre, l’acharnement contre le président, son ancien allié et les accusations brutales en public, lui ont causé une chute dans l’opinion publique. De plus, ses mesures populistes et le déficit budgétaire provoqué ont entamé une partie de son électorat.

Comme le remarque bien un observateur sur le site unian.net, une agence presse indépendante réputée en Ukraine, une des solutions serait de pouvoir conduire le 3ème candidat au 2ème tour, pour rompre enfin avec ce cercle vicieux. Sera-ce pour la prochaine fois ? Rien n’est moins sûr…
 
Malheureusement, avec certains clichés déjà prédominants et sans tenter une analyse critique et objective de la situation, les médias occidentaux n’ont pas été aidés par cette guerre informationnelle en Ukraine.

En suivant de près les médias français, mais aussi canadiens francophones, lors du scrutin parlementaire ukrainien en 2005, certains stéréotypes pouvaient presque servir de mots-clés pour toute recherche d’articles sur la campagne électorale en Ukraine : « le président pro-européen Victor Iouchtchenko », « le premier ministre pro-russe Victor Ianoukovitch », « la blonde Yulia » ou encore « la femme politique à la tresse blonde » ainsi que des expressions liées au « conflit gazier ».

Ces clichés n’ont hélas pas changé depuis les événements de la Révolution orange et se sont parfois même accentués à l’instar d’un article paru dans L’Express du 14/01/2010 où l’auteur va jusqu’à affirmer : « Lors de cet énième épisode du conflit russo-ukrainien, le chef d’Etat au visage grêlé (…) avait, en effet, coupé les robinets des gazoducs ukrainiens afin d’empêcher la livraison du gaz russe en Europe ».
 
En 2010, ces poncifs gardent une place prédominante dans la couverture médiatique française sur la politique ukrainienne. Et, mis à part les 2 candidats « favoris » bien connus, en partie due aux clichés attribués par les médias étrangers, qui connait les autres ? Avec 18 candidats au total dans la course à la présidence de l’Ukraine, certains d’entre eux auraient mérité une attention plus soutenue de la part des médias nationaux et européens.

jeudi 23 septembre 2010

Le désir de (recon)naissance identitaire

C'est en prenant connaissance de l'existence du Freistaat Flaschenhals à travers l'article du dénommé Fergus sur Agoravox que j'en suis venu à y exciper la question de l'émergence du sentiment identitaire et de sa naissance.
Je vous recommande sérieusement de lire son billet, ne serait-ce que pour comprendre comment une communauté (pour peu que les distances restent disons humaines) peut céder à la tentation centrifuge et s'éloigner d'un centre de décision par accident géo/politique ou par inclination culturelle latente. Le facteur économique n'étant selon moi qu'un élément déclencheur voire roboratif à une volonté politique initiale.

Dans la foulée de cet épisode historique, Passport to Pimlico est une production cinématographique Britannique relatant la découverte inopinée dans la banlieue de Londres d'un ancien document attestant que le quartier de Pimlico serait en réalité territoire Bourguignon. C'est à partir de cet évènement fictif bien entendu que va se mettre en place avec le renfort du descendant du Duc de Bourgogne une solidarité locale face à l'adversité symbolisée par le pouvoir Britannique désormais considéré comme puissance étrangère. Avec un humour tout à fait so british, le métrage n'en est pas moins un indicateur instructif et pas si farfelu que cela de l'émergence du sentiment identitaire qui est d'autant plus aisé à survenir qu'il se conjuge dans un espace territorial restreint. Un espace territorial plus élargi, voire accidenté (de fait réfractaire aux déplacements par voie routière, ferroviaire, fluviale ou aérienne) peut tout aussi bien succomber à cette tentation dans le cas d'un substrat culturel prégnant depuis un temps avéré (ce peut être par la langue de préférence et/ou par la solidarité historique).

Une réflexion toujours aussi actuelle, faisant désormais intervenir les nouvelles technologies de l'information et de la communication dans la stratégie globale entre les forces centrifuges et centripètes.
Les TIC peuvent surtout servir de canalisation à très grande vitesse d'idées et de schèmes d'action. Une proclamation n'aurait par exemple plus besoin d'une annonce publique sur la place centrale du village puisque l'instantanéité des télécommunications de nos jours permet de s'adresser urbi et orbi à l'ensemble d'une communauté. Cependant encore faut-il qu'elle soit connectée, ce qui renvoie à l'existence d'une fracture numérique au sein de la population.
A cet aspect de transit purement informationnel, n'omettons pas de relever que les bouleversements sociaux ne sont généralement que le fait d'une minorité active arrivant à neutraliser ou acquérir à sa cause la majorité silencieuse et passive. Or l'intérêt des TIC pour ces minorités est sur deux plans quant à cette recherche d'outils efficaces et difficilement susceptibles de saisie :
  • un moyen de coordonner les actions et d'uniformiser le discours au sein de la minorité active
  • un moyen de s'adresser à moindre coût et avec une audience conséquente à l'égard de la majorité passive ; dans le cadre d'une communication via le réseau Internet cela passe aussi subséquemment par l'international même si ce n'est pas l'objectif premier, toutefois une reconnaissance de la nouvelle communauté par d'autres Etats est souvent la consécration de son existence juridique, avec un vote aux 2/3 par l'assemblée générale de l'ONU par exemple comme c'est le cas pendant pour le Kossovo)
Et pour prendre une analogie marquante, demandons-nous quel impact le protestantisme aurait-il eu sans le concours de l'imprimerie? En sus, les TIC permettraient pour une communauté identitaire de prendre plus facilement contact avec des organismes ou d'autres communautés dont elle estimerait leur aide (financière, diplomatique, technique) profitable à la cause poursuivie.
Du reste, le cyberespace est un territoire en lui même, et une communauté en s'y implantant fait acte d'existence et de revendication (au-delà des simples page Internet, le suffixe des noms de domaine est en lui significatif d'une appartenance territoriale). Ensuite, en fonction des moyens humains et technique corrélés à la volonté politique, des mesures plus offensives peuvent poindre. Mais nous rentrons ici dans des considérations de cyberguerres dépassant le cadre du propos présent, même si cet aspect ne doit jamais être éludé en tant que réponse asymétrique.
En attendant, je vous souhaite un bon visionnage.


mardi 14 septembre 2010

Le siège de Kazan ou la première grande victoire de l’artillerie russe

Chers visiteurs,

Toujours dans le registre historique, une production récente pour le site de l'Alliance GéoStratégique consacré au thème du mois qui était l'artillerie.

Il me semblait utile de revenir sur un fait totalement ignoré par les occidentaux mais considéré d'une toute autre manière en Russie : la prise de Kazan, un évènement sonnant comme une vraie revanche sur le pouvoir tataro-mongol qui s'était abattu en 1240 sur les terres des Rus' (à l'exception notable de l'opulent territoire de la République de Novgorod comme des terres qui prendront le nom de Bélarus, signifiant non pas tant Rus' Blanche mais Rus' libre puisqu'échappant à la mise sous tutelle des khans successifs et exemptés de tributs).

L'article se permet aussi de relativiser quelque peu l'image d'Epinal d'Ivan IV dépeint trop souvent comme un tyran cruel et arbitraire. Or son règne fut bien loin d'être aussi caricatural, surtout en sa première partie la plus heureuse consubstantielle à la présence de sa première épouse. Je vous laisse cependant seuls juges au regard des éléments que je vous apporte présentement.

La stature et le règne de ce tsar a durablement marqué les esprits, et le cinéma s'en est largement inspiré pour y puiser matière à ouvrage, soit dans le registre historique avec la trilogie de Sergueï Eisenstein (inachevée en sa troisième partie hélas), Ivan le terrible / Иван Грозный, soit dans le registre comique du talentueux Léonid Gaïdaï avec Ivan Vassilievitch change de profession / Иван Васильевич меняет профессию ou encore dans le contexte dramatico-liturgique avec le très récent Tsar / Царь de Pavel Lounguine.

En vous souhaitant une bonne lecture.

Article paru sur Alliance GéoStratégique le 23 juillet 2010

Evoquer l’artillerie russe c’est immanquablement faire ressurgir ces archives cinématographiques de katiouchas éructant sans répit leurs roquettes dans un tir de barrage des plus impressionant comme meurtrier. Pourtant l’efficacité des BM-8 et BM-13 si elle n’est pas à lénifier ne saurait remplacer le rôle éminent tenue par l’artillerie au sein de l’histoire russe avec la prise de Kazan. Cette ville souvent considérée comme la troisième capitale de la Russie après Moscou et Saint-Pétersbourg relevait pour les tsars une valeur symbolique : la fin du joug tataro-mongol.

Désagrégation et vassalisation de la Rus’ Kievienne

La rayonnante Rus’ du temps de Iaroslav le Sage avait quasiment vécu lorsque les hordes tataro-mongoles déferlèrent aux abords du territoire. Morcelé et victime de mouvements politiques centrifuges, cet espace civilisationnel était devenu en réalité une agglomération de principautés en lutte les unes contre les autres. Quoi d’étonnant en dressant ce panorama que la première confrontation consignée entre les forces Rus’ et Mongoles tourna à la catastrophe pour les premières (bataille dite de la Kalka en 1223)? Du reste, et malgré l’ampleur du désastre, les princes continuèrent de s’étriper à qui mieux-mieux sans avoir pris conscience du danger persistant. De plus les mongols, esprits rusés et méthodiques sur le plan militaire, laissèrent derrière eux des indicateurs pour les informer des forces et faiblesses de cette puissance européenne désorganisée.

Leur retour inéluctable devait survenir en 1238, suivi d’actes de destruction et de rafles destinés à créer une onde de terreur à tous ceux qui résisteraient à la volonté du grand khan de régir le monde.

C’est ainsi que disparaîtra la magnificiente Kiev, capitale d’un Etat s’étendant au faîte de sa gloire de la Baltique à la Mer Noire. Le franciscain Jean de Plan Carpin nous laissera une description apocalyptique de la ville bien que visitée plusieurs années après sa destruction.

A signaler que l’une des cités jouxtant la Mer Noire sous suzeraineté génoise, Caffa appelée aussi Théodosie, expérimenta bien malgré elle en 1346 une novation militaire : l’emploi de catapultes en tant qu’armes bactériologiques. Les mongols pour amoindrir la résistance de la localité chargèrent les engins de siège de corps atteints par la peste pour les envoyer par-dessus les remparts fairent leur oeuvre de mort [1]. Le résultat sera la propagation de la peste en europe occidentale par les navires génois quittant le port assiégé de Caffa, emportant avec eux les bacilles létaux.

L’émergence de la Moscovie

En dépit de la résistance ouverte comme prématurée consacrée par la victoire à haute portée symbolique de Dmitri Donskoï en 1380 au lieu dit de Kulikovo sur une armée tataro-mongole commandée par Mamaï, la majeure partie des territoires Rus’ continuera de ployer sous la férule des envahisseurs. Cependant la puissance grandissante de Moscou, profitant d’un rapport de confiance avec ses suzerains mongols, accrut considérablement son propre espace vital et économique au détriment des autres principautés russes dont l’orgueilleuse Tver et l’opulente Novgorod en sus d’autres apanages secondaires tels que Rostov ou Iaroslav.

Jusqu’à ce que jugeant son assise politique et militaire suffisamment fermes, le grand-prince de Moscou Ivan III (régnant entre 1462 et 1505) décide de ne plus sauver les apparences. Le tribut versé aux khans ne résidait déjà plus depuis des années qu’à l’envoi de cadeaux en lieu et place d’un impôt conséquent comme cela s’était pratiqué depuis la prise de possession des terres Rus’ par les hordes mongoles (et qui vaudra plusieurs révoltes populaires matées dans le sang). Avec Ivan III l’envoi des présents est totalement arrêté, ce qui n’eut bien entendu pas l’heur de plaîre au khan Ahmed de la Horde d’Or qui mena trois expéditions punitives, se soldant toutes par des échecs militaires.

Réformes militaires pour une revanche militaire

Sous Ivan IV (1533-1584), passé à la postérité par l’épithète de terrible (en réalité redoutable serait plus approprié en terme de justesse de traduction), il fut décidé de crever définitivement l’abcès en prenant Kazan.

L’on résume souvent trop hâtivement le règne d’Ivan IV comme étant celui de l’arbitraire et de la cruauté sans limite. Plus que réducteur, le propos est erroné car durant la première partie de son règne le tsar (premier souverain de Russie à être intrônisé comme tel) sut gouverner habilement et modérément grâce aux apports de son Conseil Choisi. Un cénacle de personnalités compétentes et attachées à l’intérêt général, avec les encouragements avisés de sa jeune épouse Anastasia Romanovna [2].

L’aspect militaire occupa conséquemment le programme de gouvernement du monarque de Russie. Et principalement la nécessité de se débarrasser une fois pour toute de la menace des khanats alentour. Ivan IV comprit qu’il était inutile d’envisager des opérations stratégiques d’envergure sans au préalable opérer des réformes au sein de l’armée, avec deux efforts particulièrement suivis sur l’artillerie et le génie dès 1550. Mentionnons aussi la création d’un nouveau corps d’élite armé d’arquebuses puis de mousquets qui fera parler de lui non seulement sur les champs de bataille mais aussi dans les coulisses du pouvoir : les streltsy, facilement reconnaissables des autres unités de l’époque à leur caftan rouge et leur bardiche.

Qui plus est, ces réformes devenaient véritablement nécessaires de par la constante menace que faisaient peser les khanats sur la grande-principauté et les razzias fréquentes opérées. Dès 1551 il fut décidé de circonscrire le problème en frappant chaque entité ennemie les unes après les autres et méthodiquement. Méthodiquement, c’est à dire grignoter les terres sous domination tataro-mongole et laisser le choix aux vassaux de celle-ci de reconnaître le tsar comme nouveau maître ou subir les déprédations de son armée. Fin août 1552 l’objectif était atteint : Kazan était désormais esseulée face à la puissance moscovite, d’autant que cette dernière avait éconduit les renforts provenant du khanat de Crimée appelé à l’aide. Seulement il restait à abattre la redoutable fortification ceignant la cité.

L’artillerie et la sape, vainqueurs de Kazan

La ville de Kazan n’était pas seulement un centre commercial très actif, elle était aussi une place fortifiée puisque stratégique sur la route entre l’Europe et l’Asie. Position renforcée par son emplacement sur le fleuve Volga, moyen d’échange entre le nord et le sud.

C’est à ce moment précis qu’entrent en scène de façon décisive l’artillerie et les sapeurs dans l’histoire russe. Car réduire au silence une telle forteresse ne pouvait que s’opérer par un emploi avisé des moyens à disposition tant les assauts de tels lieux aboutissaient le plus souvent à des pertes effroyables pour l’assaillant.

La première partie de l’assaut consista par un feu nourri des batteries russes en place à faire taire la maigre artillerie adverse afin qu’elle ne puisse constituer un réel danger pour la suite des opérations. Ensuite fut mise à exécution le travail des sapeurs pour faire s’effondrer le conduit d’approvisionnement en eau de la ville. Enfin ce fut une surprenante et effrayante vision pour les assiégés : l’apparition surplombant les remparts d’une tour de siège de douze mètres de haut bardée de dix canons lourds épaulés par une cinquantaine d’autres de calibre inférieur. L’on peut aisément deviner la dévastation que pouvait engendrer le tir de l’invention de l’ingénieur Ivan Vyrodkov. Dévastation matérielle bien entendu de par la concentration du feu d’artillerie en une zone ciblée comme morale tant un tel déferlement de projectiles comme de bruit ne pouvait que frapper les esprits et provoquer un sentiment, réel qui plus est, d’insécurité.

Pour finir, les sapeurs revinrent démontrer toute leur science en faisant s’effondrer un pan de la muraille, laissant désormais Kazan à la merci des 150 000 hommes d’Ivan le redoutable.

Le 2 octobre 1552, Kazan était tombée et l’autorité du tsar s’exerçait de facto jusqu’à la Volga, renforçant son emprise politique et affirmant l’efficacité des réformes militaires entreprises avec le rôle majeur accordé à l’artillerie. Avec cette chute, le joug tataro-mongol appartenait désormais au passé et les jours des derniers khanats étaient comptés, ces dernières entités ne pouvant plus dès lors constituer une réelle menace pour la nouvelle puissance [3].


[1] Biological Warfare at the 1346 Siege of Caffa sur le site du Centers for Disease Control and Prevention.
[2] La disparition de cette dernière en 1560 marquera le début de la seconde partie du règne, plus implacable et étouffant envers les boyards et le peuple à travers entre autres exemples l’institution de l’opritchnina : une zone territoriale où le pouvoir tsariste pouvait s’exercer sans retenue et sans recours.
[3] Le khanat de Crimée perdurera néanmoins jusqu’en 1783, sa longue résistance fut en réalité le fruit d’une mise sous tutelle en contrepartie d’un appui militaire par le pouvoir ottoman. Cependant si en 1571 le khan Devlet I Giray atteignit et dévasta Moscou par un raid audacieux, la bataille de Molodi un an plus tard fut si décisive par le désastre auquel elle aboutit (en partie une fois encore grâce à la supériorité écrasante de l’artillerie russe, de campagne et non plus de siège toutefois) que plus jamais les tatars de Crimée comme les turcs ottomans ne s’aventureront à défier la Russie sur ses terres.


samedi 11 septembre 2010

Dovmont, Duc païen, Prince chrétien et terreur de l’Ordre Livonien


Chers visiteurs,

Le présent article repris d'Agoravox m'est très cher car il est relatif à une haute figure très peu connue en Europe occidentale, et est un de ces géants qui peuplèrent l'histoire des Rus'. Car sur ces grands espaces bordant le flanc Est de l'Europe des puissances régionales voire continentales étaient à l'action et ce n'était pas le climat rigoureux qui empêchait les opérations d'envergure. 

Loin d'être le premier personnage historique dont je relate la geste, ce ne sera certainement pas le dernier. J'envisage (scoop!) de débuter prochainement la rédaction des hauts faits de Vseslav de Polotsk (ou plutôt Всеслав Брячиславич, Vseslav Bryatchislavitch parfois appelé aussi Vseslav le sorcier ou le voyant, ce qui en dit déjà long sur le personnage). Comme quoi les hommes de caractère ont été loin de manquer en ces terres mystérieures. En attendant je vous laisse découvrir la figure du présent personnage emblématique de Pskov qui le pleurera longtemps.

Article publié sur Agoravox le 22 janvier 2010

La Rus’ de Kiev n’était plus, brisée par l’incommensurable et impitoyable déferlante des hordes tataro-mongoles conduites par Batu Khan. Si ces dernières refluèrent d’Europe de l’Est, non sans avoir de nouveau démontré toute leur supériorité militaire en défaisant les armées Polonaises puis Hongroises, les Principautés Russes encore libres mais affaiblies par l’invasion demeuraient à la merci des appétits Scandinaves comme Germaniques. Les Novgorodiens, qui s’étaient détachés de l’influence de Kiev au XIIème siècle, avaient transformé leur cité en une République marchande qui ne dédaignait pas pour autant le métier des armes en sus des son appétence pour le commerce. Pour autant elle ne fut pas seule à faire pièce aux ambitions hégémoniques étrangères : une autre République se dressa fièrement et victorieusement face à l’envahisseur avec un personnage de légende à sa tête : Dovmont de Pskov (v.1240-1299).

Désunion et invasion
 
De l’extensive, raffinée et opulente Rus’ de Kiev sous Iaroslav (978 - 1054), deux siècles plus tard il n’en restait outre le lien linguistique qu’une vague attache historique entre les différentes principautés ayant profité du relâchement du pouvoir central pour bénéficier d’une indépendance de fait [1]. En 1216 la terrible et fratricide bataille de Lipitsa fauchant l’élite guerrière de la Rus’ de Kiev allait aboutir à laisser le territoire sans réelle défense et unité. Les efforts courageux mais désordonnés de seigneurs locaux furent bien peu face à l’efficace et rodée machine de guerre Mongole lorsqu’elle déferla une première fois en 1223, dite bataille de la Kalka (située actuellement dans l’oblast’ de Donetsk, Ukraine). De cette cinglante défaite, et en dépit de la perte de nombreux nobles, aucune leçon ne fut retenue et lorsque la deuxième invasion eut lieu en 1237 elle ne trouva quasiment aucune résistance sérieuse sur sa route. N’allaient plus subsister que des territoires épars ayant échappé à la fureur Mongole par versement d’un tribut et/ou de l’impraticabilité du terrain pour les tactiques de l’envahisseur. Nul répit n’était à attendre toutefois car fort avisées de cette nouvelle donne géopolitique, les forces de la région Baltique souhaitaient au contraire se tailler de nouvelles extensions territoriales à coups d’épées.
 
Forces en présence
 
Peu nombreuses mais très bien entraînées et galvanisées par la foi, les troupes croisées de la Baltique n’avaient pas hésité à faire couler le sang païen, qu’il soit Prussien, Finnois, Estonien puis Lituanien, avant de déborder de leur mission évangélisatrice initiale pour porter leur regard vers les riches terres de l’Est bien que chrétiennes [2].

Les Suèdois et les Danois, peuples nordiques récemment convertis au christianisme, n’étaient pas les moins zélés et la geste d’un Valdemar II sur les rives Estoniennes fut l’éclatante illustration de tout l’intérêt que trouvaient les puissances du Nord à convertir et coloniser cet espace riche d’ambre, de bois et de fourrures. Pourtant ils ne pouvaient rivaliser en efficacité comme en férocité avec une prélature toute droite venue de Jérusalem où la rigueur s’imposait dans tous les domaines, religieux bien entendu, mais aussi économique comme militaire : l’Ordre de la Maison de Sainte Marie des Teutoniques plus communément appelé Ordre Teutonique.
 
Si les Teutoniques s’implantèrent durablement en terre Baltique [3], ils n’étaient cependant pas les premiers moines guerriers à avoir manifesté une singulière volonté de « calmer » les réticences des locaux à la conversion. Ainsi l’Ordre Livonien, érigé en 1202 à l’initiative de l’évêque Albert de Buxhoeveden (fondateur de la ville de Riga) connut pour le moins un début très prometteur puisqu’il s’empara de domaines Estoniens conséquents en à peine une vingtaine d’années. C’était faire fi de voisins autrement plus coriaces et organisés, frôlant la disparition pure et simple suite à une défaite retentissante contre ces Lituaniens qu’ils méprisaient (et trop certainement sous-estimaient) lors de la bataille de Šiauliai en 1236. N’ayant guère d’alternatives, les chevaliers Porte-Glaive acceptèrent de se faire absorber par l’Ordre Teutonique qui non content de bénéficier de revenus financiers autrement plus conséquents [4] progressait inexorablement en s’accaparant de larges domaines.

L’Ordre Livonien réussit toutefois à conserver une certaine autonomie sur sa juridiction dans la mesure où tout acte devait en être référé à son suzerain direct, le Grand Maître de l’Ordre Teutonique.
 
Il allait cependant se retrouver en première ligne par la volonté tenace de leurs nouveaux protecteurs de reprendre pied en terre Russe.
 
Dovmont : Duc, paria puis Prince
 
Singulière destinée que ce Duc Lituanien, proche du grand roi Mindaugas avant de le trahir qui dut pour préserver sa vie trouver refuge à Pskov, ville alors sous dépendance directe de Novgorod. De son vrai nom Daumantas, ce noble possesseur en titre du fief de Nalšia prit fait et cause pour le neveu rebelle Traniota et acquiesca à l’assassinat de son suzerain. Mauvaise décision qui se retournera contre lui lorsque l’un des fils survivants de Mindaugas éliminera (physiquement) l’usurpateur, obligeant Daumantas à fuir la contrée avec ses hommes les plus fidèles. Il deviendra l’hôte de la cité de Pskov en 1266 et mènera dès le début pour le compte de cette dernière une expédition destinée à punir ses frères Lituaniens de récentes incursions sur le territoire Pskovien. Le succès fut tel qu’il fut proclamé dès son retour Prince par la population, au grand dam de Novogorod qui exercait une tutelle de droit sur la cité et ses dépendances immédiates.
 
Véritable émule d’Alexandre Nevsky, ce Prince de Novgorod qui arrêta une tentative d’invasion de ses terres par les Suédois en 1240 puis une autre des Teutoniques en 1242, Dovmont sut faire preuve de qualités militaires identiques pour préserver l’indépendance de sa nouvelle patrie. Anecdote singulière, après sa conversion au christianisme orthoxe, il prendra comme épouse la fille de Dimitri Ier Vladimirski, fils aîné d’... Alexandre Nevsky !
 
Loin de n’être qu’un coup de chance, le nouveau Prince réitéra une expédition plus ambitieuse avec l’apport de troupes Novgorodiennes (Iaroslav, Prince de Novgorod s’étant opposé à cette aide pour punir Pskov de sa décision mais le vétché [5] en décida autrement et ne put que s’incliner devant la décision de celui-ci) en portant l’épée directement sur le territoire ennemi pour mieux le surprendre, ce dernier malgré la récente défaite demeurant trop confiant en sa force et en la sécurité de ses positions. La campagne se termina par une conclusion encore plus heureuse que la précédente pour les Pskoviens puisque la Lituanie en remisant ses prétentions territoriales cessa d’être une menace immédiate pour eux.
 
Un ennemi avait cependant décidé de bouger ses pions et de prendre possession de ce qu’il estimait lui être dû : les chevaliers Porte-Glaives avec leurs supplétifs Estoniens et des renforts Danois amorçaient une opération d’envergure...
 
La lutte jusqu’au dernier souffle
 
C’est en 1268 à Rakovor, en plein territoire Estonien que fut décidé une action audacieuse mais nécessaire pour mettre fin au risque d’invasion qui avait été précédé par de très inquiétantes escarmouches. Les forces de Pskov et de Novgorod s’unirent une fois encore sous la férule de Dovmont, et derechef n’eurent pas à le regretter.
 
Les effectifs adverses étaient près de trois fois moins nombreux selon les chroniques mais bénéficiaient d’un sens de la discipline et d’une chevalerie supérieurs à celle des Russes. En outre, retenant les leçons de l’échec du Lac Peïpous, le Grand Maître Otto von Lutterberg opta pour une ruse susceptible d’emporter la victoire : il scinda ses chevaliers en deux corps, l’un censé bousculer et percer les lignes adverses par une charge frontale de puissante intensité et l’autre se tenant en embuscade pour prendre à revers l’ennemi et parer à tout retournement de situation comme en 1242.

Un plan judicieux qui omettait un seul détail : la contingence humaine.
 
L’affrontement se déroula comme prévu par le Grand Maître puisque l’armée Russe dut céder à la charge effrénée des chevaliers. Cependant, alors que le deuxième corps aurait dû s’activer pour écraser les forces ennemies disloquées, son commandant pensa à tort la bataille remportée et s’urgea de participer au pillage du camp Russe ! Funeste erreur qui passait outre le talent de meneur d’hommes de Dovmont qui rassembla et réorganisa ses troupes pour provoquer un encerclement des chevaliers bloquée dans la nasse. Ses combattants paièrent cependant un lourd tribut quant à cette résistance (le maire de Novgorod, le posadnik / посадник, fut tué au cours de celle-ci). Inexorablement, les forces coalisées Russes reprirent le dessus et anéantirent l’ensemble de l’armée Livonienne qui avait manqué cruellement de juste appréciation du déroulement de la bataille.
 
La victoire finale apporta près de trente années de paix sur la frontière occidentale des Principautés de Novgorod comme de Pskov, donnant une bonne idée des pertes et du choc subis par l’Ordre Livonien.
 
C’est au crépuscule de sa vie que Dovmont allait une dernière fois prendre le commandement d’une force armée Pskovienne. Et ce fut pour briser la volonté de revanche des chevaliers Porte-Glaives qui en 1299 opérèrent une manoeuvre surprise pour mettre le siège devant Pskov. Si la garde Pskovienne réussit à retarder suffisamment les Livoniens pour permettre aux habitants des alentours de se réfugier dans la citadelle, en revanche il était acquis que la cité allait devoir se préparer à un long siège vraisemblablement coûteux en vies [6]. Ce fut alors que le Prince au petit matin suivant saisit l’occasion unique de remporter une victoire éclair. Plus de trente ans après sa plus grande victoire, Dovmont n’avait rien perdu ni de son audace guerrière ni de son coup d’oeil tactique : remarquant avec acuité que les ennemis avaient établi leur camp près de la rivière et qu’ils en étaient aux préparatifs de siège, il décida d’une sortie soudaine de toutes les forces stationnées au sein de la citadelle afin de renverser l’avantage de la surprise, lui même chargeant avec les siens.
 
Le soir venu, l’Ordre Livonien avait quitté les terres de Pskov, une nouvelle fois anéanti militairement et brisé moralement. Le peuple de Pskov n’eut guère de temps pour s’en réjouir puisqu’ayant certainement puisé dans ses dernières forces, son Prince s’éteignit deux mois après sa dernière geste. Il avait cependant laissé à sa principauté une indépendance de fait (qui sera reconnue en droit par Novgorod lors du Traité de Bolotovo en 1348) ainsi qu’une prospérité lui permettant de continuer à entretenir une milice bien armée et respectée.

Le grand héros de Pskov fut canonisé par les autorités orthodoxes et son corps étendu au sein de la cathédrale de la Trinité. Dernier hommage légitime à celui qui réfugié avait tant apporté à la cité, et jusqu’à son dernier souffle de vie.

Remarquable tacticien comme stratège, Dovmont sut utiliser à merveille les lignes intérieures et l’exiguïté de l’espace du terrain d’affrontement pour retourner contre ses adversaires ce qui faisait leur force. Ainsi lors d’une escarmouche les autorités militaires Livoniennes pensèrent-elles affaiblir le Prince de Pskov en l’attaquant simultanément sur plusieurs fronts, mais ce faisant et en plaçant Dovmont au centre du dispositif (puisqu’en étant l’objectif principal) elles lui offraient l’opportunité de procéder par de puissantes attaques en série contre chacune des formations rencontrées. Revenant à chaque fois au milieu de l’espace pour choisir sa prochaine victime : en scindant leurs forces pour frapper simultanément les Croisés avaient adopté un plan qui allait les perdre. Le roi Frédéric II lors de la guerre de sept ans (1756 - 1763) allait expérimenter de nouveau avec succès ce concept et contrer un ennemi pourtant supérieur numériquement.

 
[1] Le même sort frappait le Saint Empire Romain Germanique qui se délitait inexorablement d’avoir plus consacré son énergie à lutter envers l’autorité Papale (avec l’excommunication retentissante d’Henri IV) puis les communes Italiennes, subissant les terribles défaites de Legnano (1176) et de Parma (1248), qu’à renforcer l’unité de tous les vassaux assujettis à l’Empereur. Délitement qui sera consacré par Frédéric II de Hohenstaufen (1194 - 1250) qui ne put qu’abdiquer et concéder nombre de privilèges aux évêques et nobles de son Empire par les Confoederatio cum principibus ecclesiasticis et Statutum in favorem principum.
[2] Le divorce entre les Eglises catholique et orthodoxe ayant été consommé en l’an 1054 et perdurera malgré la tenue de deux conciles oecuméniques postérieurs à Lyon en 1274 puis à Florence en 1439. En 1204 le sac de Constantinople, qui conservait des liens commerciaux mais aussi cultuels très étroits avec la Rus’ de Kiev, n’améliora en rien la compréhension mutuelle des deux communautés.
[3] Pour une meilleure approche de cet épisode, veuillez vous reporter à l’article suivant : La Baltique, terre de croisade
[4] Les opérations militaires de l’Ordre sur le pourtour de la Baltique ne sauraient confiner leur présence à cette seule région : nombre de commanderies étaient disséminés en Europe, à Metz par exemple dont la Porte des Allemands est le témoignage de la proximité d’une commanderie locale. Lire à ce sujet le très bon ouvrage de Kristjan Toomaspoeg, Histoire des chevaliers Teutoniques, Flammarion, Paris, 2001.
[5] Le vétché (вече), que l’on peut désigner comme étant une assemblée populaire se réunissant au son des cloches. Ladite assemblée pouvant le cas échéant se muer en cour de justice pour les cas les plus graves devant être tranchés impérativement.
[6] Bien que Dovmont eut pris soin pendant les années précédentes d’ériger des fortifications au sein de la ville. 

lundi 6 septembre 2010

HADOPI, mélange rare d'incompétence et d'autisme



J'avais promis de ne pas être monomaniaque et je vais m'y tenir pour les tous prochains billets, toutefois il aurait été déraisonnable de vous priver des lumières techniques et juridiques d'un billet paru sur le site La Quadrature du Net : HADOPI, même pas peur.
Rassurez-vous, le jargon employé est certes à quelques reprises pour initiés mais les profanes saisiront sans trop de peine les arguments avancés et surtout la conclusion qui s'en dégage in fine.

Extrait :
Dans la mission de l’Hadopi de « protection des œuvres et objets auxquels est attaché un droit d’auteur ou un droit voisin », il reste également un décret en attente de publication : celui précisant la procédure d’évaluation et de labellisation des moyens de sécurisation ». Ces fameux « logiciels de sécurisation » avaient été imaginés dans la loi Hadopi 1, comme étant quasiment le seul moyen pour un internaute de se disculper des accusations de l’Hadopi, prouvant par leur installation qu’il n’avait pas fait défaut à son obligation de sécuriser son accès Internet.

Toutefois, le Conseil constitutionnel ayant censuré la loi Hadopi 1, notamment parce que ce point remettait en question la présomption d’innocence, il n’est resté des lois Hadopi 1 et 2 que l’obligation pour l’internaute de sécuriser son accès Internet et pour l’Hadopi de labelliser des logiciels de sécurisations respectant les spécifications qu’elle aura publiées. Mais, selon le secrétaire général de l’Hadopi, il n’y aurait plus de lien entre ces deux obligations : l’existence de logiciels de sécurisation labellisés ne remettrait pas en cause l’envoi d’avertissements, recommandant pourtant justement l’utilisation d’un moyen de sécurisation.

La validité juridique de cet argument n’a pas bien entendu pas encore été testée, puisqu’aucun courrier électronique n’a été envoyé à ce jour. D’éventuels internautes ainsi avertis pourraient tenter de contester ces recommandations tant que l’Hadopi ne s’est pas acquitté de sa tâche de labellisation. Cependant, ce qui est révélé ici est indépendant d’une telle validité en justice. En effet, il devient maintenant indiscutable, y compris pour l’Hadopi, qu’il appartiendra à l’accusation de prouver l’infraction d’absence de sécurisation de l’accès internet, puni par une contravention de cinquième classe pour négligence caractérisée. En d’autres termes, ce sera au parquet d’apporter des preuves que l’internaute pris dans les filets de Trident Media Guard n’avait pas mis en œuvre un quelconque moyen de sécurisation.


Ce qui veut dire sur ce passage précis qu'en l'absence de logiciels dont la fiabilité est validée par un organisme étatique, l'internaute visé par une accusation de contrefaçon pourra s'exonérer en arguant que son outil a été suffisamment sécurisé et qu'il ne pouvait pas faire grand chose contre une usurpation d'IP. Le seul souci étant le manque cruel d'experts auprès des instances judiciaires pour jauger de la qualité de la solution logicielle adoptée par le présumé délinquant.
On le constate clairement, il y a une réelle insécurité juridique que les magistrats tenteront dans la mesure du possible de combler par la jurisprudence mais le fait est que la source se trouve dans une très impensable et pourtant réelle légèreté de l'appréhension de l'outil Internet, de ses modalités de fonctionnement et encore plus de ses enjeux (non Internet n'est pas qu'un tuyau servant à faire transiter des oeuvres contrefaites, et priver une société de son accès parce que l'un de ses employés a été indélicat est d'une stupidité sans nom).

Du reste, l'étude de l'évolution législative est instructive pour mieux saisir l'état d'esprit d'un pays et de ses représentants. La défiance actuelle vis à vis d'un progrès technique, et les barrières érigées pour s'en protéger en disent long sur le repli intellectuel et l'absence de vision stratégique concernant ce nouveau medium.

vendredi 3 septembre 2010

Horizon crépusculaire du numérique en France ?

Chers visiteurs,

Je m'étais interrogé voici quelques mois sur le devenir de l'économie numérique en France. Un sujet récurrent sous ma plume comme vous l'avez compris depuis fort longtemps, et de plus en plus insistant du fait de l'acharnement de législations contraires à son essor.

Je ne souhaite pas devenir monomaniaque en butant sur cette question, néanmoins elle me parait d'une importance capitale quant à l'évolution sociétale qu'elle génère.
Je ne suis pas pour autant pessimiste pour la simple et bonne raison que le progrès technique continuera son chemin ailleurs, c'est comme tenter de stopper un fleuve en érigeant au centre du flux un pilier : inutile et dispendieux en ressources.

En complément, n'hésitez pas à lire ou relire cet autre article consacré à l'émergence d'une cybergénération. Et aussi ce billet du blog Paralipomènes intitulé Quand le droit d’auteur est bousculé par l’internaute créateur de contenus, revenant de façon opportune sur le livre vert de la Commission Européenne consacrée au droit d’auteur dans l'économie de la connaissance.
Et si le coeur vous en dit et que suffisamment de temps de lecture vous est accordé, prenez connaissance de la réponse de Benjamin Bayart sur le site Ecrans.fr suite au rapport sur la neutralité du net du secrétariat d'Etat à l'économie numérique.

Article paru sur Agoravox le 11 janvier 2010

Il est une constante affirmée depuis plusieurs années que deux mondes se font face et s’éloignent au fur et à mesure que le fossé d’incompréhension s’élargit : le monde du numérique, avec ses jeunes acteurs issus de la révolution informatique, et le monde des ayants droit, issu d’une rébellion de Beaumarchais datant du XVIIIème siècle. Adoubé par l’autorité suprême, le vieux monde n’eut de cesse jusqu’à présent d’accentuer le volet répressif sans ébaucher ses propres errements ni d’entrevoir l’inanité de mesures déjà dépassées par des techniques mutagènes. Néanmoins cette obstruction systématique pose désormais la problématique suivante : quel avenir pour l’économie numérique en France ?

La France, pays minitélisé
 

Outre la question des libertés individuelles de plus en plus écornées par l’intrusion des mesures législatives successives au nom de la défense des droits d’auteurs, et qui mériterait un article à elle seule, il est pertinent de se demander quel peut être le futur souhaité pour l’innovation et l’entrepreneuriat dans le domaine du numérique.

Si la FEVAD (Fédération du E-Commerce et de la Vente à Distance) s’enorgueillit d’un chiffre d’affaires de 20 milliards d’euros pour l’année 2008, cette richesse médiatisée ne va pas sans attiser jalousie et velléités de soutirer quelques deniers du butin. Ainsi n’est-il pas surprenant d’apprendre que l’une des recommandations du rapport [1] de la Commission dite Zelnik (dont la composition en dit déjà long sur l’impartialité de ses membres [2] ) est l’instauration d’une taxe sur les revenus publicitaires en ligne. Proposition reprise tambours battants et trompettes claironnantes par l’hôte de l’Elysée en visant le mastodonte de Moutain View, Google, relayé par les milieux médiatiques en évoquant d’office le spectre d’une « taxe Google » (alors qu’étaient aussi visés les sociétés Yahoo ! Microsoft et AOL). Or, ce dont ce dernier ne s’attendait certainement pas c’est de la levée de boucliers faisant suite à son intention d’expertiser et d’appliquer cette taxe. Ce faisant, cette velléité est symptomatique d’une méconnaissance des principes régissant l’univers des réseaux, et du premier d’entre eux, Internet. Car comme le mentionnait un rédacteur d’Agoravox, quel est le degré de faisabilité ? Il est vrai que nous dépassons le simple domaine du déclamatoire au sein des travées de zélateurs pour pénétrer dans les questions technico-fiscales. Ce qui faisait dire au Président de PriceMinister, Pierre Kosciusko-Morizet, tout goguenard au Figaro : imaginer que des sociétés étrangères vont accepter de dire je fais tel chiffre d’affaires dans tel pays, c’est de la science-fiction [3].
 
Il est précisé que la dite perception se doit d’être Européenne pour obtenir un maximum d’efficacité, louable prescience mais imagine-t-on l’Irlande, les Pays Bas et le Luxembourg (pour prendre les exemples les plus pertinents) renoncer à des revenus substantiels tirés d’une fiscalité préférentielle ? Si cela était aussi simple, l’harmonisation fiscale au sein des 27 pays membres serait une réalité et non une chimère brandie erratiquement par quelque bonne âme médiatique.

En corollaire de cette initiative si elle devait être suivie, il y a fort à craindre que ce soit les sociétés Françaises qui s’acquitteront prioritairement de cette taxe potentielle. Encore faudrait-il bénéficier d’outils performants pour évaluer correctement la part des revenus en ligne dégagés par lesdites entreprises…
 
L’un des passages le plus savoureux que je tiens à vous citer du rapport précité est le suivant : La facilité consisterait à opter pour un système de licence globale, que de nombreux acteurs et observateurs suggèrent, en faisant supporter aux internautes un surcoût de quelques euros ajouté à l’abonnement mensuel payé au fournisseur d’accès à internet, en échange d’un accès libre et sans limite à la musique en ligne. Il est impossible de souscrire à cette proposition pour une raison fondamentale : son inspiration est contraire à l’essence même du droit d’auteur, qui est le droit exclusif d’un créateur libre et indépendant. De surcroît, la licence globale ruinerait les efforts des éditeurs de services de musique en ligne, dont la mission tient à saluer l’opiniâtreté souvent remarquable, qui tentent de développer, en respectant la loi, des services attractifs pour les consommateurs.

Décryptage : 1) la licence globale ou collective c’est trop facile alors autant mettre en place une énième autorité administrative indépendante (dans le texte, dans les faits…) consommatrice de fonds publics 2) idéologiquement on ne peut pas revenir en arrière en dépit de l’évolution technique à laquelle nous sommes confrontés, avec un tel argument il est d’office patent que nous sommes en compagnie de gens acquis à la cause de la modernité et de l’innovation 3) il y a des rentes de situation qui sont en train de se mettre en place, ça serait trop bête de les remettre en cause, une fois encore une apologie débridée du risque et de l’accompagnement de l’évolution technique.

Sachons aussi apprécier le titre du chapitre d’où est tiré le présent extrait : La première urgence est d’agir pour le décollage des services musicaux en ligne. Depuis les années 90 et le début grand public de l’Internet en France, il est évident qu’il y a une lente urgence à rattraper presque vingt années de dédain et/ou d’imprévoyance…
 
A se demander si là tout en haut l’on ne demeure pas orphelin de l’effacement inexorable du Minitel, de son univers calibré, confiné, propriétaire, unimédia et surtout… onéreux.
 
Le passé taxant l’avenir
 
C’est l’association Renaissance Numérique qui l’exprime dans un communiqué cinglant, morceau choisi : Renaissance Numérique conclut que les difficultés économiques d’un secteur, quel qu’il soit, ne doivent en aucun cas servir de prétexte à une amputation des entrepreneurs, des innovateurs, ni de l’ensemble des acteurs du numérique et de leurs ressources financières, qui sont la croissance et les emplois de demain. « En France, il parait que faute de pétrole, on avait des idées. Il semblerait que faute d’idées, on n’ait plus que des taxes... », déplore Guillaume Buffet, co-Président de l’association, qui appelle à une réflexion plus juste et plus renseignée sur le numérique et la création culturelle.
 
Il convient de nullement se leurrer, la taxe visée n’est pas la seule préconisée au sein dudit rapport, ce qui ne peut qu’inquiéter à terme : ainsi est aussi avancée une redevance sur… les œuvres cinématographiques tombées dans le domaine public [4] ! Ou encore d’élargir l’assiette de la redevance sur la vente de matériel de reproduction et d’impression (les photocopieurs et imprimantes).

La Commission a cependant prit soin d’éviter une nouvelle ponction des fournisseurs d’accès à Internet (déjà mis à contribution pour le financement de l’audiovisuel public sur une partie de leur chiffre d’affaires) : maigre consolation.
 
Tout n’est certes pas à rejeter en bloc dans l’ensemble des propositions énoncées, cependant celles impactant directement le monde du numérique ne peuvent guère rasséréner ceux qui désirent entreprendre dans ce secteur porteur.

Las, le fait du Prince (que l’on a connu autrefois plus avisé, notoirement durant le Moyen-Âge où les souverains royaux, ducaux comme comtaux n’eurent de cesse de favoriser l’essor économique et l’innovation [5] ) introduit un malaise palpable chez les acteurs du numérique de par les signaux consécutifs envoyés (projets de loi DADVSI puis HADOPI [6] ). Les sociétés opérant dans le secteur de la téléphonie mobile étant tout autant concernées par les mesures ébauchées puisque les appareils contemporains ressemblent de plus en plus à des ordinateurs de poche, surtout avec des applications transversales sur divers supports.
 
Faudra-t-il attendre une expatriation fiscale et/ou physique des acteurs du monde numérique pour se rendre compte qu’un relais de croissance se doit d’être accompagné et non éviscéré ?
 
En outre, à quand une vraie réflexion sur la réforme des droits d’auteurs, dont le fonctionnement apparait de plus en plus décalé en ce début de XXIème siècle ?

Des pistes de réflexion existent, et certaines même mises en application, seulement encore faudrait-il souhaiter en prendre connaissance.

 


 

[1] Remis le 6 janvier 2010 au Ministre de la Culture Frédéric Mitterrand.
[2] Patrick Zelnik, responsable de la maison de disques Naïve est aussi l’un des créateurs des magasins Virgin en France ; Jacques Toubon, ancien Ministre de la Culture, ministère dont on connaît les liens « privilégiés » avec les sociétés de gestion des droits d’auteur ; Guillaume Cerruti, Président de Sotheby’s France, grande maison de ventes aux enchères qui a bien à craindre les nouveaux concurrents numériques tels eBay ou PriceMinister.
[3] Article du Figaro daté du 08/01/2010.
[4] Proposition n°15 du rapport Création et Internet : Créer un fonds spécial pour la numérisation des films du patrimoine, via une redevance sur l’exploitation des oeuvres du domaine public cinématographique.
[5] Lire à ce sujet l’éminente monographie de Jean Favier : De l’or et des épices : naissance de l’homme d’affaires au Moyen-Âge, Hachette, 2004.
[6] Textes législatifs n° 2006-691 pour la loi relative au droit d’auteur et aux droits voisins dans la société de l’information et n° 2009-669 pour la loi Création et Internet.