mardi 31 août 2010

Simuler n'est pas jouer, quoique...

Le thème du mois d'août sur AGS était consacré aux jeux stratégiques commerciaux et en filigrane à ce qu'ils pouvaient apporter le cas échéant sur le plan militaire en sus d'autres interrogations et perspectives diverses.

Dans cette perspective de formation, les simulateurs ne sont pas absents et ce d'autant plus qu'ils sont devenus extrêmement poussés dans leur développement, en combinant non seulement un apprentissage de règles élémentaires (et avancées sur certains logiciels de pointe) mais aussi toute une encyclopédie intégrée qui facilite l'immersion. Je ne vais pas me mettre à dresser l'inventaire de ces simulateurs vendus dans le commerce, je vais au contraire vous enjoindre à visionner cette vidéo concernant deux simulateurs professionnels : l'un pour le vénérable Super Etendard et l'autre pour le Rafale. Le tout au CEIPM (Centre Entrainement Instruction Préparation Missions) de Landivisiau.
Vous constaterez que mis à part effectivement l'absence des G (facteur de charge), la modélisation atteint des sommets pour permettre aux futurs pilotes d'avoir une préparation virtuelle à ce qui peut les attendre lors de leurs missions.

Il est très intéressant de visionner cette vidéo car pour ma part elle me ramène du côté des simulateurs commerciaux où des fans du fameux Flight Simulator reproduisaient eux-mêmes leur propre cockpit avec un PC intégré à l'habitacle pour une immersion complète de vol. Certains numéros de Micro Simulateur (peut-être même encore de nos jours) y faisaient référence, photos à l'appui. Il est vrai que le réalisme technique est tel désormais qu'il autorise tout ce qu'un pilote peut rencontrer lors d'une session de vol (y compris la survenance de pannes inopinées), notamment avec l'importance donnée à l'ATC (Air Traffic Control). Un versant de l'évolution de ces simulateurs à relever est l'importance croissante donnée au monde dynamique : l'univers de jeu continue d'évoluer autour du pilote-joueur, voire désormais interagit avec lui. Ce n'est ainsi plus un environnement statique qui est offert mais clairement un espace modélisé proche de la réalité. Ajoutons que l'aspect multijoueur décuple cette sensation avec la possibilité d'effectuer des missions en formation.
J'évoque ici un univers propre à un simulateur de vol civil, cependant il est évident que les simulateurs de vol militaires commerciaux ont emprunté la même voie menant à un réalisme affiné par les années. En sus du plan de vol, c'est ausi les situations de combat qui ont nécessité l'attention toute particulière des programmeurs, avec l'emploi de missiles air-air/sol-air et de contre-mesures censés reproduire au mieux l'exercice d'un engagement aérien. Quant à la modélisation des paysages, l'on se doute qu'ils sont de la même qualité que leurs homologues civils.



Pour rappel voici l'évolution entre le 1er Flight Simulator et sa dernière mouture, avec en dernier une démonstration de son principal concurrent, X-Plane.


samedi 28 août 2010

Ces petites mains virtuelles de l'Est qui vous font les poches (pas que virtuelles)


Ce n'est pas la première fois, et ne sera la dernière, que les hackers Russes font parler d'eux.
L'article paru sur Enterprise Networking Planet ne révèle fondamentalement pas grand chose de nouveau, mais l'avantage de cette étude est qu'elle s'est étalée sur 6 mois pour permettre de mieux comprendre et faire ressortir les motivations de ces petits génies de l'Est.
...where does all this malware come from, who is responsible for it, and what is the motivation for creating this malicious code in the first place? These are questions that two Russian security experts have spent six months trying to answer. Fyodor Yarochkin and "The Grugq" spent six months monitoring dozens of underground Russian language hacker Web forums where malware, scams and other criminal activities are openly discussed.

Le point d'intérêt le plus conséquent relaté demeure dans cette économie souterraine qui s'est développée via Internet, avec une coopération transfrontalière entre les pirates Russes et Chinois. Au passage, les plus malins ne s'occupent pas d'utiliser directement les données captées mais préfèrent employer des chemins de traverse ou revendre lesdites informations à des tiers.
Instead of buying physical goods, a lower risk option for hackers with stolen credit card details is to use them to buy services or non-tangible goods which don't need to be delivered to a physical address. One thing that appears popular is the login details for a Skype account which contain credit for making international phone calls. These come with a money back guarantee from sellers - who often ask for feedback from buyers to help prove their trustworthiness - and cost about $5 for $12.50 of Skype credit. For an even bigger illegal bargain, the Russian hackers can also get together with their Chinese counterparts to buy iTunes cards at a rate of 12 renimbi (or about $2) for $100 of iTunes credit.

Je ne puis m'empêcher néanmoins de rester sur ma faim tant l'étude manque d'aborder les plus gros circuits de la cybercriminalité. Assurément moins nombreux, et de loin, que ces juvéniles pianoteurs mais dégageant cependant de plus conséquents revenus de par les moyens opérationnels et l'architecture organisationnelle mis en place.

jeudi 26 août 2010

Jost Haller, le peintre oublié des chevaliers

Chers visiteurs,

C'est au cours d'une exposition au sein du musée d'Unterlinden de Colmar que j'avais pris connaissance de ce formidable peintre trop méconnu que fut Jost Haller. J'ai attendu plusieurs années avant d'avoir l'opportunité de rédiger le présent article mais durant tout ce temps je n'avais jamais oublié la vision des oeuvres de cet artiste du merveilleux. Du reste, cet attrait pour l'art rhénan primitif n'a été qu'en s'accentuant en découvrant de nouvelles facettes de ce dernier.

Dans la rubrique culture, je vous invite chaleureusement à découvrir Jost Haller, et qui sait peut-être me hasarderais-je à dresser le portrait d'autres représentants de ce mouvement à l'avenir...

Article publié sur Agoravox le 22 décembre 2009

A la charnière entre le Moyen-Âge et la Renaissance, l’art pictural rhénan prend un essor considérable au point de faire école et de rassembler en son nom d’illustres artistes qui excelleront dans les arts de la peinture et de la gravure. Si la notoriété d’Albrecht Dürer a tendance à pousser à l’arrière plan les autres acteurs de cette période, il serait injuste de nier que ce dernier dut énormément aux travaux du Colmarien Martin Schongauer qu’il admirait par-dessus tout. Cependant, il existe un personnage encore plus effacé, mystérieux, qui a néanmoins laissé à la postérité de trop rares œuvres d’une remarquable maîtrise technique comme d’un lyrisme flamboyant : Jost Haller.

Premier recensement au sein d’un Strasbourg tumultueux et opulent
 
Longtemps méconnu, voire même confondu avec Schongauer, Haller fait pourtant de nos jours l’objet d’une attention nouvelle de par le sublime rendu de ses travaux, contemporains de la vitalité économique et intellectuelle de la cité de Strasbourg. D’autant que Gutenberg vient d’y perfectionner les techniques d’impression héritées de l’Extrême Orient, révolution technique qui introduit en corollaire une diffusion à grande échelle de la connaissance et une circulation facilité des idées.

Au XVème siècle Strasbourg est une ville libre impériale disposant d’une active et puissante bourgeoisie d’affaires s’opposant régulièrement et de façon véhémente à la noblesse locale. Opulence qui ne pouvait qu’attirer et agréger territorialement la fine fleur de l’artisanat rhénan voire même au-delà de ce périmètre [1].
 
C’est précisément en 1438 qu’est mentionné pour la première fois Jost Haller en tant que maître graveur sur le registre des métiers, un an avant la fin de l’édification de la flèche de la cathédrale de Strasbourg par Johannes Hültz faisant d’elle le monument le plus haut du monde [2].

C’est dans ce tourbillon artistique où s’entremêlent les influences Européennes du moment que notre peintre-graveur produit ses premières ébauches dont hélas bien peu subsisteront du fait des troubles sérieux émanant de la Réforme Protestante [3]. La première d’entre elles étant la Crucifixion daté de 1445.
 
Au service des ordres de chevalerie

A Bergheim, localité sise non loin de Colmar, Haller va acquérir pour la première fois son surnom de peintre des chevaliers en réalisant le retable du Tempelhof. Fruit d’une commande de l’ordre des Hospitaliers de Saint Jean et mettant en scène sur un même plan Saint Georges affrontant (à pied !) le dragon et la prédication de Saint Jean le Baptiste. Deux scènes sans réel rapport l’une à l’autre si ce n’est la présence insolite d’un perroquet vert sur la scène avec Saint Georges, or c’est dans la symbolique qu’il faut se référer pour mieux comprendre le liant entre les deux : animal exotique dotée de la faculté de reproduire la parole humaine, l’oiseau pourrait être assimilé au don de prédication par la rhétorique de Saint Jean.

Une fois encore, bien des mystères demeurent autour de ces œuvres du Moyen-Âge. A fortiori lorsque leur auteur n’a laissé que peu de traces de lui-même et que nombre de ses autres témoignages picturaux ont été la proie du fanatisme.



 
Il quittera Strasbourg de façon définitive suite à son séjour à Metz entre 1447 et 1450 où son talent sera particulièrement apprécié par la famille noble de Nassau-Saarbrücken. Sans nul doute fut-elle réellement persuasive en le faisant s’établir à Saarbrücken. C’est en cet endroit qu’il lui sera fourni l’occasion d’œuvrer sur sa deuxième œuvre la plus connue : le retable des chevaliers Teutoniques. La commanderie locale de cet ordre bénéficiait de liens très ténus avec les employeurs de l’artiste qui ne manquèrent pas de recommander ce dernier pour embellir la chapelle de ces redoutables moines guerriers [4].
 
Un héritage lié aux primitifs rhénans
 
Outre un livre de prières de Lorette d’Herbeviller daté de 1470 et témoignage que Jost savait aussi enluminer les manuscrits d’une manière tout à fait raffinée, il subsiste peu d’éléments relatifs à ce quasi-inconnu de la peinture médiévale. Regrettable au vu des dessins léchés où la finesse des détails ne peut qu’encore impressionner à notre époque et où la beauté onirique est servie par un style dynamique donnant vie à l’œuvre.
 
C’est cependant dans son héritage artistique qu’il faut rechercher la postérité car il parait peu probable que la proximité géographique comme le style n’aient pas influencé peu ou prou Martin Schongauer.
 
Un homme peu connu il est vrai (sa date de trépas étant tout autant mystérieuse que celle de sa naissance) mais qui en son temps sut produire des œuvres d’une réelle puissance visuelle et qui ici ou là trahit des innovations picturales qu’il est toujours agréable de (re)découvrir. Et d’apprécier en son sillage combien la césure entre Moyen-Âge et Renaissance est loin d’être aussi tranchée et arbitraire, y compris dans le domaine des arts picturaux.

 

[1] En 1459, à Regensburg, la loge des tailleurs de pierres de Strasbourg est désignée comme loge suprême du Saint Empire Romain Germanique.
[2] Avec de notoires tentatives de la détrôner à plusieurs reprises jusqu’en 1874, toutes échouant par suite d’un déchaînement des éléments naturels (vent violent, foudre) ou d’une mauvaise prise en compte de la conception architecturale provoquant l’affaissement de la structure.
[3] N’oublions pas que Martin Bucer (1491-1551) sera un des principaux acteurs influents de ce bouleversement théologico-social aux côtés d’Ulrich Zwingli et de Martin Luther.
[4] L’ordre Teutonique cependant commençait à amorcer un déclin inexorable, la douloureuse défaite militaire de 1410 à Tannenberg enclencha un processus dont il ne devait jamais se remettre. Le premier et surtout le second traité de Thorn (1410 puis 1466) éradiquèrent toute velléité future que les Teutoniques redeviennent une puissance marquante du Grand Nord.


lundi 23 août 2010

La nouvelle bataille d’Okinawa

Article publié sur Alliance GéoStratégique le 6 juin 2010

Neuf mois. Même pas une année complète. C’est le temps qu’aura duré le mandat de Yukio Hatoyama. Elu en fanfare en août 2009 où il brisa le règne sans partage du Parti Liberal-Démocrate depuis la fin de la seconde Guerre Mondiale avec la victoire par les urnes du tout jeune (fondé en 1998) Parti Démocratique Japonais qu’il présidait. Pourtant, cet élan fervent où sa coalition remporta plus de 48% des sièges au parlement s’échoua sur l’archipel des îles Ryukyu, et plus précisément sur la fameuse Okinawa.

Outre un parfum de scandale financier dans un contexte de difficile sortie de crise économique (la deuxième en dix ans tout de même pour le pays du soleil levant), c’est surtout l’impossibilité de concilier les exigences de ses électeurs et celles de l’allié stratégique qui aura eu raison du vainqueur politique de l’été dernier.

Un bouleversement géopolitique latent et irrépressible côté japonais

Interpellé par les habitants de cette préfecture quant au devenir de la présence américaine sur l’île (soit 13 camps tout de même sur l’ensemble de ce territoire accueillant la moitié du contingent cantonné au Japon), cette singularité est régulièrement remise en cause depuis plusieurs années sur le fondement de plusieurs revendications :

  • la préservation de l’environnement,

  • la pollution sonore permanente (du fait de l’existence d’héliports et d’aéroports),

  • les accidents liés au déplacement incessant de véhicules volant ou roulant entre les bases,

  • le rappel d’une tutelle étrangère en droit et en fait,

  • une juridiction d’exception au droit national (U.S. - Japan status of forces agreement signé en 1960).

Plusieurs affaires défrayèrent la chronique et mirent en exergue un rejet croissant de la population à l’égard des militaires américains. Citons les affaires de 1995 (viol en réunion d’une fillette de 12 ans) et de 2002 (agression sexuelle et destruction de biens personnels) qui aboutirent à des manifestations non seulement des habitants de l’île mais aussi de leurs représentants légaux et locaux. Loin de décroître, le ressentiment perdure et même s’est amplifié au point de remonter directement vers la capitale et de devenir un sujet pouvant désormais perdre un Premier Ministre en poste.

Hatoyama, en ce 2 juin, a regretté n’avoir pu obtenir la fermeture de l’une des bases, les autorités américaines ayant fait peser toute leur influence pour ne concéder qu’un transfert géographique sur la partie septentrionale du territoire à Henoko. Nonobstant ce camouflet, des solutions alternatives ont toutefois été ébauchées à terme, tels un redéploiement des exercices militaires sur l’île de Tokunoshima (archipel de Ryukyu toujours) ou même l’île de Guam (sous souveraineté Américaine depuis 1898).

Toutefois et malgré une volonté conciliatrice des Etats-Unis, rien ne semble freiner la colère à la fois des habitants de l’île comme des membres du propre parti de l’ex-Premier Ministre, colère elle-même diffuse au sein de la population japonaise. Ce qui ne saurait augurer une amélioration des relations américaino-nippones dans un futur immédiat. Prévision d’autant plus pessimiste que si Hatoyama démissionna par honnêteté et respect envers son propre peuple, ce dernier pourrait bien se demander quels seraient les moyens alternatifs à employer pour évincer définitivement la présence américaine de leur sol si les politiciens n’en sont aucunement capables : l’aveu d’impuissance du plus haut personnage politique après l’Empereur est sous cet angle un mauvais point pour Washington.

Un verrou géopolitique et une question d’honneur militaire côté américain

Okinawa revêt pour les Américains une double importance qui tant l’une que l’autre ne saurait être minorée.

La première, et la plus immédiate, saute à l’oeil de suite : sa position stratégique. Okinawa est proche à la fois du Japon, de Taïwan, de la Corée du Sud comme de la Chine. On ne peut rêver mieux pour une projection de forces. A l’heure où la tension est à nouveau montée d’un cran entre les deux Corées suite au torpillage d’une vedette, la forte présence américaine dans le secteur est une garantie d’action rapide suffisamment massive pour contrer toute action majeure hostile dans le secteur.

Si l’on s’en tient aux chiffres fournis, ce ne sont pas moins de 36 000 soldats à terre et 11 000 en mer, et de 48 000 employés en tant que personnel civil (hors travailleurs locaux) qui assurent aux Etats-Unis cette présence de poids dans le secteur géographique. La position clef d’Okinawa est une évidence : elle est à la fois vigie comme rampe de lancement. Le tout avec un régime d’exception juridique hérité de la victoire au sortir de la Guerre du Pacifique.

La seconde raison de l’attachement des autorités américaines au statu quo est le rappel symbolique et historique de l’incroyable résistance nippone face à un adversaire pourtant supérieur en nombre et en matériel. Malgré tout, 11 semaines seront nécessaires pour venir à bout des défenseurs. Lors de l’affrontement 49 151 soldats Américains furent tués ou blessés tandis que les victimes du côté Japonais s’élevèrent à près de 60 000, sans y inclure les civils qui auraient été au nombre de 150 000. Cet esprit du sacrifice pousé à son paroxysme (l’on pourrait aussi y ajouter l’expérience d’Iwo Jima quelques mois auparavant) sera peut-être l’une des causes de l’emploi de la bombe atomique sur les villes de Nagasaki et Hiroshima. De ce fait, l’administration d’Okinawa restera entièrement sous la bannière étoilée de 1945 à 1972 [1]. Le Japon ne récupèrera sa souveraineté sur l’île qu’à partir de cette date, tout en devant accepter ainsi que supporter en grande partie la charge financière d’une présence allogène en ces lieux.

Pour ces deux motifs, il est difficilement concevable que le président américain puisse reculer substantiellement sur le sujet, à la rigueur à la marge et de façon très limitée, sans encourir les foudres d’une partie de sa propre population couplée à la grogne de son état-major et de conseillers conscients que la zone Asie-Pacifique est la région phare avec laquelle il faut compter économiquement comme militairement (ce qui implique très nettement un désintérêt croissant pour le Vieux Continent [2] ).

L’ère Heisei a succédé aux décennies Shōwa ayant donné naissance au redressement japonais, substituant une défaite militaire par une victoire sur les plans technologique et économique. Cette ère semble désormais concorder pleinement depuis 1989 avec les incertitudes économiques, politiques et diplomatiques majeures. La tutelle américaine dès lors passe de plus en plus mal au sein de l’opinion qui ne cesse de demander la renégociation des accords d’après-guerre après avoir obtenu par sa pression le retrait des dernières troupes d’Irak en 2008 (mettant fin à un appui logistique aérien modeste mais réel). Pour l’heure les Etats-Unis ne cèdent pas, mais la situation sera-t-elle pour autant supportable à moyen terme?


Site des US Marines basés à Okinawa
US Forces Japan


[1] Suite aux émeutes de 1972 qui amenèrent précisément les autorités Américaines à éteindre dans l’urgence un feu populaire pour éviter que l’ensemble du Japon ne prenne fait et cause pour les habitants d’Okinawa et remette en question l’ensemble de la présence militaire US. Cette concession prit en considération le contexte géopolitique d’alors où les Etats-Unis se désengageaient progressivement du Vietnam, ne désirant pas perdre un allié et par voie de conséquence une situation stratégique majeure dans la région, d’où le recul sur la gestion administrative du territoire d’Okinawa pour rasséréner la population mais sans pour autant perdre la main-mise sur les établissements militaires.

[2] Ainsi Barack Obama s’excusa-t-il très laconiquement de ne pas assister au sommet EU-UE à Madrid prévu le 24-25 mai dernier en raison d’une prétendue incompatibilité de calendrier. Dernier camouflet en date mais non le premier si l’on prend en compte les discussions au dernier sommet de Copenhague sur le changement climatique où les Européens furent mis en porte-à-faux par une coalition Etats-Unis – Chine – Inde.

vendredi 20 août 2010

De la CEE à la CEEA

Chers visiteurs,

Un article qui je l'escompte vous permettra de mieux prendre connaissance d'une institution très rarement évoquée dans les journaux et magazines généralistes, et à peine moins rarement dans les revues spécialisées. Elle n'en demeure pas moins d'un grand intérêt car c'est l'émergence d'un futur et vaste marché commun à terme. A ce titre, le code douanier est désormais en vigueur pour les trois pays signataires (pour rappel Russie, Bélarus et Kazakhstan) depuis juillet dernier.

Article paru sur Agoravox le 9 décembre 2009

Si l’acronyme CEE, désormais désuet depuis 1993 avec l’avènement de l’Union Européenne, est fort bien connu des Européens, en revanche ces derniers n’ont quasiment jamais entendu parler de la CEEA, ou Communauté Economique EurAsiatique. Le 1er janvier prochain, il se pourrait qu’ils comprennent un peu mieux de quoi il en retourne.

A l’origine, la CEI, objet politique mal identifié
 
La nature ayant horreur du vide, et Boris Eltsine s’étant rendu compte que le chaos n’était aucunement profitable à son autorité tout en percevant les prémices d’une dissolution de l’Union Soviétique (qui deviendra effective le 22 décembre 1991, le lendemain de la démission de Mikhaïl Gorbatchev), il entreprit de favoriser l’émergence d’un ensemble géopolitique aux contours toutefois mal définis le 8 décembre 1991.
 
La CEI, ou Communauté des Etats Indépendants dont le siège est basé à Minsk (Biélorussie), est une création dans l’urgence devant le délitement rapide du monde Soviétique. Et cette urgence ne lui permit guère jusqu’à présent de s’imposer sur la scène mondiale, faute de structures efficientes et de réels moyens. Au début des années 90 se profila une éphémère euphorie s’effritant inexorablement sur la réalité de la transition économique imposée par les experts anglo-saxons et les oligarques rassemblés au Kremlin. Un tel désarroi donna lieu à un resserrement des liens entre les pays membres de l’organisation. Liens politiques, économiques et militaires.
 
Il est apparu rapidement et notoirement après la crise financière de 1998 ayant frappé avec une réelle dureté la Fédération de Russie qu’il devenait impératif pour les autorités Russes d’accélérer une recomposition ferme de ces liens par trop lâches entre membres de la CEI, et donner enfin suite aux appels du pied de certains d’entre eux comme le Kazakhstan du Président Nazarbaïev.
 
La Communauté Economique EurAsiatique, l’ébauche d’un marché commun à terme

Le traité établissant cette communauté (Евразийское Экономическое Сообщество en version originale et officielle) fut institué le 10 octobre 2000 à Astana (Kazakhstan) par la signature des représentants de la Russie, de la Biélorussie, du Kazakhstan, du Kirghiztan et du Tadjikistan. Ces cinq membres fondateurs ayant décidé d’œuvrer pour un marché commun sur le modèle de la Communauté Economique Européenne. En 2003 fut décidée la poursuite d’un projet d’Espace Economique Unique en ce sens, avec comme premier étape phare une union douanière formée des trois pays ayant la plus grande masse critique au sein de cette communauté, à savoir la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie [1].
 
Ce projet d’envergure est sur le point de devenir réalité le 1er janvier 2010. Fût-ce en accélérant certaines négociations pour tenir le calendrier. Ainsi la 27ème session interétatique s’est déroulée à Minsk le 27 novembre 2009 et le prochain sommet aura lieu le 19 décembre 2009 à Astana pour parachever les mesures encore non résolues en dépit de la signature des documents cadres. Les experts des cabinets ministériels des pays respectifs continuant d’œuvrer avec grand effort pour proposer, contre-proposer et clarifier les détails [2]. Il est vrai que le lancement de cette union douanière sera la première mais non moins essentielle marche vers l’Espace Economique Unique et que tous les autres membres et observateurs de la CEEA auront à cœur de vérifier le bon déroulement du processus une fois ce dernier lancé. Un système douanier unifié à l’extérieur de cette immense ensemble géographique représente en lui-même une réelle gageure comme une véritable opportunité de stimuler très favorablement les échanges entre ces pays issus de l’ex-Union Soviétique. Tout en se dotant de structures censées résoudre et limiter les obstacles à venir, avec entre autres une Cour de Justice compétente sur les questions relatives à l’application des mesures décidées par les membres de la CEEA.
 
Le planning (théorique) de l’avènement de l’Espace Economique Unique étant prévu pour début 2012, nombre de spécialistes attendent de cette prochaine étape la levée des difficultés de circulation des biens, des services, des capitaux et des personnes physiques. Il est évident qu’un marché composé de 208 millions d’habitants a tout pour allécher les entrepreneurs des pays membres comme des investisseurs étrangers qui pourront écouler leurs produits ou proposer leurs services avec des formalités administratives simplifiées et des coûts moindres.
 
OMC et Eurasisme

S’il fut un temps envisagé l’adhésion de ce vaste ensemble à l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), en réaction notamment à l’enlisement des négociations avec la Fédération de Russie considéré comme volontairement humiliant, l’option est pour le moment mise en sommeil de par les réticences de certains membres de l’OMC sur cette proposition sans précédent (l’entrée s’étant toujours effectuée individuellement et non en formation groupée). Du moins jusqu’en 2010 où la question sera tranchée par le Président Dmitri Medvedev en accord avec les autres partenaires de l’union douanière : priorité étant donnée à l’achèvement et au bon déroulement du chantier douanier. Il n’est pas exclu de conjecturer que la Fédération de Russie désire relancer sa candidature ultérieurement avec un poids décuplé du fait de l’union douanière, en dépit de la réticence tenace de certains membres de l’OMC [3].
 
L’autre élément d’importance à retenir de la résultante de ce programme est la vocation clairement Eurasiatique et non plus uniquement Européenne de la Russie. Et un dédain de plus en plus perceptible vis-à-vis des Européens qui auront été souvent peu avisés quant à leur approche diplomatique de ce partenaire énergétique comme économique (sans omettre l’obstruction jusqu’à la déraison sur certains dossiers tel que l’APC, Accord de Partenariat et de Coopération, par certaines autorités, tant Polonaises [4] que Britanniques).

Du reste, le développement économique prometteur de la zone d’Asie Centrale semble corroborer, comme le démontre l’activisme Chinois, toute la prégnance de cet intérêt. Les matières premières et leur exploitation excitant évidemment toutes les convoitises. Sans omettre une coopération financière sur des chantiers d’envergure [5].

En plus d’une importance géostratégique, est désormais acquise une reconnaissance diplomatique de cette région comme l’attestera en 2010 la présidence de l’OSCE (Organisation pour la Sécurité et la Coopération en Europe) par le Kazakhstan, appuyée notamment par la France.

Ce recentrage des priorités Russes est ostensible et démontre, y compris dans le cadre de l’OTSC (Organisation du Traité de Sécurité Collective) comme de l’OCS (Organisation de Coopération de Shangaï), que l’Europe n’est qu’une option et non une obligation que ne saurait infléchir quelconque chantage à l’avenir [6].
 
La CEEA sur la voie d’un succès Eurasiatique ?
 
Il est trop tôt pour le confirmer ou l’infirmer, ce qu’il est en revanche déjà possible d’énoncer c’est la volonté forte et appuyée dans le temps de promouvoir un programme non seulement ambitieux mais empreint d’un réel pragmatisme, à mille lieues de la léthargie des années 90 et du surplace opéré par la CEI.

Rendez-vous en 2010 pour observer les premiers fruits de ce vaste chantier.

Le site officiel de la Communauté Economique Eurasiatique (version Russe, version Anglaise pour certaines parties du site)

 

[1] Le Président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, ayant déclaré lors d’une allocution récente qu’il souhaiterait voir y participer le Kirghiztan à terme. Le tout frais assemblage de tracteurs MTZ Biélorusses en terre Kirghize n’y étant pas étranger.
[2] L’unification en matière de taxes demeurant souvent un réel casse-tête, exemple du Kazakhstan devant établir une taxe sur l’exportation de son pétrole. Les autorités des Etats concernés reconnaissent qu’il convient de procéder par étapes successives en ce domaine pour ne pas déséquilibrer rédhibitoirement les budgets et le pouvoir d’achat des citoyens touchés par les mesures d’ajustement.
[3] De manière moins anecdotique qu’il puisse paraître, l’une des négociations relatives à l’entrée de la Russie à l’OMC a trait à l’abandon de la dénomination de champagne pour les vins effervescents produits et commercialisés dans le pays. Lire à ce sujet l’article de RIA Novosti du 18 novembre 2009.
[4] Autorités qui auront été particulièrement dépitées du recul de l’administration Obama sur la question du « bouclier antimissile », réclamant en compensation la présence de troupes Américaines sur leur sol pour parer à toute menace géopolitique, vraisemblablement en monnayant l’augmentation du contingent de soldats Polonais en Afghanistan pour 2010.
[5] Evocation récente par le Ministre Russe de l’énergie Sergueï Chmatko d’une participation russo-kazakhe au sein de l’ambitieux projet d’oléoduc Samsun-Ceyhan.
[6] Dans le secteur énergétique, la mise en construction de pipelines provenant des zones pétrolières et gazifières de Sibérie (l’oléoduc Sibérie Orientale - Océan Pacifique ou encore le gazoduc Sakhaline-Khabarovsk-Vladivostok) acheminant la précieuse richesse fossile sont des solutions alternatives à la dépendance Européenne.
Crédit photo : http://www.evrazes.com/

mardi 17 août 2010

Le taureau couronné peut-il relever le museau?


Après une page douceur et oenologie, revenons à l'étude géopolitique, et de façon inhabituelle à un pays que je n'ai encore jamais traité (il est vrai hors de ma zone de spécialisation mais non d'intérêt puisqu'étant aussi hispanophone) , l'Espagne.

En vérité, toujours dans cette mission de mise en ordre des archives, j'ai relu avec grand intérêt un article du Monde relatif à la victoire Espagnole en Coupe du Monde de football et sur ses effets quant à la sévère crise (immobilière puis financière) qu'elle traverse actuellement :
Les économistes espagnols tentent également de relativiser l'impact économique réel de cette victoire pourtant "historique" pour le peuple espagnol. "Les problèmes structurels de l'Espagne sont trop profonds pour qu'une simple victoire nous sorte de là", résume Juan Carlos Martinez Lazaro, de l'IE Business School. Son collègue Josep Maria Sayeras, de l'Esade, parle d'un possible "rayon de soleil" avec "beaucoup de nuages à l'horizon". Si effet bénéfique il y a, il sera "conjoncturel et ponctuel", ajoute M. Sayeras, évoquant des consommateurs euphoriques qui dynamiseraient temporairement la consommation des ménages [1].
Toutefois, explique M. Martinez Lazaro, le sacre de la Roja peut redorer quelque peu l'image qu'ont les Espagnols d'eux-mêmes et celle qu'ils diffusent dans le monde.

Au fond n'est-ce déjà pas si mal? Car si un peuple, et notamment ses forces vives trouvent en un modèle fédérateur en quoi persévérer, investir, entreprendre alors un tel succès sportif ne peut qu'être le bienvenu.
Les sportifs de haut niveau sont en quelque sorte des porte-étendards nationaux complémentaires aux autorités, ce qui ne saurait être choquant puisque déjà lors des jeux olympiques antiques les cités Grecques tiraient une réelle fierté (et bénéfice politique) du succès de leurs champions lors de ces festivités panhelléniques. Sur le plan économique, ces victoires de portée internationale ne peuvent jouer que sur les marges (hors les secteurs d'activité liés directement au sport) mais ne sauraient être niées pour autant, et encore moins sur le plan politique, cet autre aspect ayant déjà fait l'objet de nombreux essais.

Pour recentrer le sujet, l'Espagne a bel et bien besoin de ce succès en pleine tourmente financière, non seulement pour effectivement donner l'envie à ses sujets (on ne parle pas de citoyens car c'est une monarchie pour rappel) de consommer mais aussi pour juguler les forces centrifuges qui s'exercent crescendo depuis des années sur elle émanant du pays Basque et de la Catalogne. Cette dernière par l'entremise de son parlement venant en outre de déclarer la corrida hors-la-loi : l'on peut évoquer un éventuel geste d'humanisme mais on ne peut aussi contester une volonté de rompre culturellement des liens avec le centre (comprendre la Castille) par une mesure symbolique. 
Précisons utilement que l'Espagne n'a pas reconnu l'Etat du Kosovo, et ce malgré la décision récente de la Cour Internationale de Justice du 22 juillet 2010 de se prononcer favorablement quant à la légalité de la déclaration d'indépendance de ce pays (il y aurait d'ailleurs énormément à dire sur cette décision, et qui fera peut-être bien l'objet d'un billet à part entière).

En somme, un coin de ciel bleu pour nos amis Espagnols cernés par de sombres nuages grondant de menaces.

[1] Le PIB Espagnol accuse un recul de 0,2% sur un an, et les prévisions ne sont guère optimistes puisque les baisses de salaire drastique des fonctionnaires, la coupe de diverses aides sociales couplées à la hausse récente de la TVA (de deux points, passant de 16 à 18%) risquent sérieusement d'obérer la relance par la consommation.

Crédit photo : Pierre Rivas

lundi 16 août 2010

L’hydromel œnologique prochainement dans vos caves

Chers visiteurs,

Vous connaissez déjà mon attirement pour le monde des abeilles, vous ne serez de fait guère surpris que j'eusse été séduit par un produit issu du labeur renouvelé de ces patientes et fascinantes ouvrières volantes : l'hydromel.

Véritable produit ancestral dont la production s'est hélas effacée au profit d'autres spiritueux, j'ai été amené à prendre contact avec un apiculteur, le seul à ma connaissance, effectuant un hydromel basé sur la technique de vinification. Le résultat ? De véritables produits haute gamme proches de la saveur des vins blancs. Un défi technique relevé avec brio m'ayant donné l'envie d'en connaître davantage...

Bonne lecture dégustative.

Article paru sur Agoravox le 2 décembre 2009

Désigné le plus communément par le terme de boisson des Dieux, l’hydromel est resté de manière diffuse dans la conscience collective à défaut de celui des palais. Trouvant place auprès des grandes agapes des nobles Slaves, sous la garde des druides Celtes, des grandes assemblées de guerriers Scandinaves, des lunes de miel des jeunes mariés Babyloniens comme au Mont Olympe où il était dégusté dit-on par les Dieux Antiques, sa fonction dépassait le strict cadre de l’assouvissement du besoin primaire d’étancher sa soif pour revêtir une importance mythologique comme festive.

Le temps a effacé les traces de ce breuvage autrefois si répandu sur le continent Européen, sa difficile et longue préparation et la popularisation du vin mettant à bas son régime de faveur. Seulement, et comme il m’a été donné de le constater par moi-même lors d’un séjour à Veliky Novgorod, l’onctuosité et la succulence d’une telle boisson ne le cèdent en rien aux qualités de produits issus de la filière viticole. Ajouté aux effets positifs intrinsèques (reconnus) du miel, l’hydromel est un puissant nectar dont le seul tort est d’être tombé dans un oubli général.

Pourtant, et ce fut là un réel étonnement, je pris connaissance durant mes recherches tendant à retrouver mes sensations dégustatives Russes d’un concept qui répondit à mes attentes et me poussa à contacter un entrepreneur ayant décidé de redonner toutes ses lettres de noblesse à l’hydromel. Je le laisse se présenter lui et son ambitieux projet ayant mérité à la fois mon respect comme mon soutien dans sa démarche audacieuse puisqu’innovante.

M. Alexandre Sintes bonjour, au préalable vous serait-il possible de vous présenter aux lecteurs d’Agoravox je vous prie ?

Bonjour, je suis apiculteur dans le sud de la France avec 320 ruches. Ex infographiste je suis venu à ce métier par passion des abeilles avant tout, mais aussi pour la diversité des tâches que ce métier comporte. Je suis aussi bien amené à me retrouver dans la nature, à la miellerie, au chaix, en relation clientèle, etc. C’est vraiment un métier très sympa, stressant de par la production trop aléatoire, mais sincèrement très enrichissant.

Pourriez-vous expliciter concrètement ce qu’est l’hydromel œnologique ?

Cette expression littéralement ne veut rien dire mais c’est pourtant notre slogan. L’« hydromel » c’est la plus vieille boisson du monde. L’« Œnologie » c’est la science du vin. Nous avons voulu exprimer par là, que nous avons adapté la science du vin à l’hydromel. Le monde du vin a évolué grâce à l’œnologie, l’hydromel n’a pas de science de développement qui lui soit dédiée, encore moins de mots spécifiques dans le dictionnaire, c’est une véritable pénurie. Tout vient de là !

Depuis quand et comment vous est venue l’idée de redonner ses lettres de noblesse à cette boisson d’excellence ?

Simplement en cherchant désespérément un prestataire de service pour concevoir mon hydromel. Faute d’en trouver un et intéressé par les pratiques autour du vin, le projet hydromel œnologique est né. J’ai lancé le projet il y a plus de 4 ans. Je ne vous cache pas que j’ai été pris pour un fou, mais aujourd’hui je ne regrette absolument pas ce pari !

Quelles ont été les contraintes à surmonter pour obtenir votre première cuvée ?

Les principales contraintes à surmonter ont été :
- les phases précédant les fermentations tout d’abord, c’est à dire, le choix du style voulu, les microvinifications pour avoir une idée de l’évolution des précurseurs d’arômes du miel et enfin le choix des miels les plus adaptés au différentes cuvées.
- la maîtrise des fermentations : choix des levures, contrôle des températures, évolution de l’acidité, car contrairement au vin, l’hydromel n’est pas un milieu tamponné.
- la stabilisation microbiologique et protéique (car il n’y a aucun recul dans la littérature) sont des éléments majeurs dans la notion d’hydromel œnologique pour éviter toute déviation ultérieure et garantir au consommateur un produit sans altérations ultérieures non maîtrisées.
- le choix final (à la veille de la mise en bouteille) sur l’équilibre sucres/alcool qui va à l’encontre des habitudes en terme d’hydromels (la plupart des hydromels commercialisés aujourd’hui sont à des teneurs en sucres proche de 100g/l).

Et dorénavant, où en est votre gamme de produits et quels sont vos projets futurs ?

Je ne devrais pas en parler mais je n’ai jamais su tenir ma langue. Nous sommes en train de concevoir un hydromel en reprise de fermentation dans la bouteille communément nommé sur les bouteilles sous le terme de « méthode traditionnelle » voire même oralement « méthode champenoise ». La technique poussée à son maximum, c’est un véritable défi pour nous et une finesse aromatique pour vous ! Nous en reparlerons dans quelques mois !

Ne craignez vous pas de susciter le dédain ou l’irrespect des amateurs et professionnels du monde viticole en vous plaçant sur ce créneau extrêmement sensible en France ?

Actuellement je suis bien vu de la filière viticole, n’oublions pas que l’hydromel est malgré tout un marché de niche où il n’y a pas de véritable concurrence. De plus nos volumes d’hydromel sont qualitatifs et non quantitatifs. Les cavistes et épiceries fines sont surpris par mes hydromels et c’est toujours agréable de parler de progrès et d’innovation surtout en période de crise.

Vous avez déjà participé à certaines manifestations d’importance, notamment Apimondia et Autrement Vin pour promouvoir l’hydromel œnologique, quel est le retour des dégustateurs ?

Apimondia est la « grande messe » des apiculteurs dans le monde, il fallait que Clos des Sentinelles soit présent à cet évènement. Nous avons eu comme défi de lancer notre gamme à cette occasion, ce qui nous a permis de nous faire connaître plus rapidement. Apimondia 2009 restera dans nos mémoires. En ce qui concerne l’expo-dégustation des vins atypiques « Autrement Vin » nous aurons les commentaires de dégustation courant décembre.

La législation Française est particulière restrictive concernant la composition et l’élaboration de cette boisson, pensez-vous qu’elle doive évoluer et si oui dans quelle direction ?

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de modifier la réglementation. L’hydromel français est uniquement constitué d’eau et de miel : cette contrainte offre malgré tout énormément de possibilités. Par contre il faudrait modifier certaines règles de concours comme l’analyse de sulfite, d’acidité, etc… Afin que des hydromels presque impropres à la consommation ne puissent plus être médaillés. Ce serait enfin un moyen pour que le consommateur n’associe plus cette boisson à différents désagréments tels que des maux de tête après consommation, etc…

Un dernier mot à ajouter ?

Je pense avoir joué un énorme pari en lançant tous les investissements qui m’ont été nécessaires pour produire mes hydromels. Je suis bien conscient du risque de non adhésion de la part des consommateurs.
Cependant je suis fier de mes produits et je suis très confiant dans leur avenir.

Merci de nous avoir présenté votre activité et bon courage pour redonner à l’hydromel toute la place qu’il lui est dû.

Crédit photo : Photobscure

vendredi 13 août 2010

Viktor B., l'ami Africain

Article publié sur Alliance GéoStratégique le 19 mai 2010

C’est à travers la face fascinante d’ambiguïté de Nicolas Cage que le petit monde cinéphile apprit, poussé par l’envie d’en savoir davantage sur cette histoire tirée de faits réels, l’existence de Viktor Bout. Un homme résumant par son activité encore récente tout le jeu trouble des puissances étrangères en Afrique et du commerce bien portant en ce continent d’une industrie pour qui l’homme ne saurait se passer de se faire la guerre.

Paradoxalement, alors que l’agitation en Thaïlande fait rage et que les armes parlent, c’est là bas que lui, l’un des plus grands fournisseurs privés d’armes de la planète depuis la chute du mur aura été rendu inoffensif de suites de son incarcération à Klong Prem [1]. Incarcération consécutive à son arrestation le 6 mars 2008 à la demande de la DEA (Drug Enforcement Administration), organisation américaine chargée de l’identification et la neutralisation des réseaux impliqués dans le trafic de stupéfiants.

A l’image d’Henri de Monfreid, décrit sous la virtuose plume de Joseph Kessel [2], Viktor Bout né le 13 janvier 1967 est un homme d’exception qui ne saurait souffrir de jugement à l’emporte-pièce. D’autant que de nombreuses zones d’ombre persistent. Ce personnage originaire de l’ex-Union Soviétique et plus précisément du Tadjikistan est un polyglotte redoutable qui sut assimiler nombre d’idiomes, dont certains dialectes africains [3]. Et de ce don des langues, il allait en avoir besoin pour s’enrichir après la dissolution de son unité en Biélorussie où il refusa l’avenir incertain des militaires désoeuvrés en prenant son destin en main grâce notamment aux conflits endémiques sur le continent africain. Ce qui amène incidemment à l’opportunité de se poser la question d’où est provenu le capital de départ ayant servi aux prémices de son activité…

Ayant le sens des affaires, et conscient que sa petite flotte d’Iliouchine et d’Antonov acquise après bradage au sortir de l’Union Soviétique serait mieux rentabilisée par des produits jugés « indispensables » par ses clients au plus haut sommet des Etats, il se lança dans la vente d’armes soviétiques en créant les liaisons de ce qui deviendra à terme la compagnie Air Cess (première et non dernière d’une série de compagnies de ligne). Pillant des stocks d’armes accumulés dans l’optique d’une guerre contre le bloc occidental et amenant nombre d’officiers victimes de la libéralisation à outrance sous Eltsine à pallier leur maigre solde en revendant ce qui fut encore peu la propriété du peuple de l’Union Soviétique. Le commerce était lancé, et l’homme sut par son entregent et sa maîtrise des langues faire avancer efficacement les négociations dans nombre de pays « nécessiteux ». C’est ainsi qu’on l’accusera d’avoir été un proche de Charles Taylor qui fut un acteur déterminant lors des troubles civils du Libéria dans les années 90 [4].

Sa logistique devenue particulièrement conséquente [5], ses services seront appréciés non seulement par les seigneurs de guerre mais aussi par les organisations internationales comme les forces d’interventions étrangères : citons pour seuls exemples les opérations Restore Hope en Somalie ou encore Turquoise au Rwanda où l’assistance de transport de troupes comme de biens par les aéronefs de Viktor Bout fut primordiale.

L’ancien militaire comprit aussi quelles étaient les failles du nouveau monde né de la chute du mur et que loin d’ouvrir une ère de paix, il allait au contraire traverser une ère de soubresauts géopolitiques. Pragmatique comme avisé, il sut se jouer des législations nationales comme des conventions internationales pour passer entre les mailles du filet d’Interpol qui le soupçonne de plus en plus d’être un convoyeur d’armes avec la particularité déconcertante de se trouver parfois de chaque côté des forces en présence. Ainsi pendant la longue et sanglante rébellion en Angola, il se trouva pourvoyeur en « outils de pacification » pour le compte de l’UNITA de Jonas Savimbi et du MPLA de José Eduardo dos Santos, exemple typique mais non unique de sa capacité à se faufiler entre les parties en présence.

Le rapport Operation Bloodstone sorti en 2002 par les services d’Interpol marque toutefois le début d’un intérêt persistant de ce service pour les activités lucratives et actives du sieur Bout en Afrique. Intérêt qui aboutira à la délivrance d’un mandat d’arrêt international (ou notice rouge selon la classification de cette organisation).

Il faudra pourtant attendre avril 2005 pour que le Trésor Américain prenne le dossier en main et annonce des sanctions amenant au gel des avoirs de l’homme d’affaires sur le territoire national.

Ce n’est pourtant pas l’Afrique son terrain de prédilection comme de villégiature [6] qui causera sa perte mais l’Amérique du Sud, et plus particulièrement la Colombie avec sa guerrilla endémique à travers les FARC (Forces Armées Révolutionnaires de Colombie). Une rencontre factice pour confondre ce caméléon eut lieu en Thaïlande entre lui et un intermédiaire des FARC qui se révèlera être… un agent de la DEA. Une opération de longue haleine avec le concours coordonné de plusieurs forces de police étrangères pour piéger un maître ès camouflage et subterfuges. Laissant de facto l’ensemble de la structure commerciale aux mains de son frère Sergueï.

La saga Bout n’est pas pour autant terminée puisque la demande d’extradition du personnage a été refusée en août 2009 par les autorités judiciaires du pays, à savoir la Cour Criminelle de Bangkok, et a suscité de fait une nouvelle demande circonstanciée en février 2010 de la part des autorités américaines qui bien ingrates ont déjà oublié qu’il fut un logisticien de premier ordre lors des opérations de l’Oncle Sam en Irak comme en Afghanistan.

Car Viktor Bout, au delà du personnage fantasque qu’il demeure, est aussi un très instructif révélateur du double jeu de nombreux États au sein du continent africain. Comment pourrait-il en être autrement lorsqu’il n’est pas permis pour un pays désirant conserver ou étendre son influence d’intervenir directement? Il suffit dès lors d’encourager séditions ou coups d’Etat le tout en faisant transiter les « moyens » d’y parvenir par une tierce personne. Seulement, ce petit jeu est soumis à l’énorme contingence des relations internationales et un retournement de situation peut rapidement placer celui qui était un allié de circonstance en gêneur déclaré en fonction des nouvelles orientations de la puissance intéressée. Une activité lucrative mais versatile.


Pour une meilleure compréhension du phénomène Viktor Bout, se référer au livre de Douglas Farah du Washington Post et de Stephen Braun du Los Angeles Times National intitulé Merchant of Death, ou encore Trafic d’armes, enquête sur les marchands de mort de Laurent Léger, non sans avoir omis d’opérer un tour sur le site Internet officiel de l’ami Viktor : www.victorbout.com



[1] Établissement pénitentiaire de Bankgok où sont incarcérés les étrangers.
[2] Dans un entretien accordé au Figaro le 6 avril 2010, Viktor Bout avouera être un grand lecteur du romancier Français, tout comme il fustigera l’adaptation de sa vie au grand écran dans le film Lord of War.
[3] Selon un article de L’Express datant du 24/04/2009, l’intéressé aurait assimilé l’usage du zoulou et du xhosa, deux langues liées aux peuplades dans le sud de l’Afrique.
[4] Charles Taylor est actuellement en attente de la décision de la Cour Spéciale pour la Sierra Leone (Special Court for Sierra Leone) qui a été déportée à La Haye suite à la résolution 1688 des Nations Unies acquiescant à la volonté de ne pas rouvrir les plaies de la région par un procès trop médiatique à Freetown.
[5] Selon l’International Consortium of Investigative Journalists, il serait devenu à travers son réseau de compagnies aériennes le plus gros propriétaire privé d’Antonov au niveau mondial. Le décompte exact de sa flotte étant rendue particulièrement ardue du fait du nombre de sociétés écrans et du changement fréquent d’immatriculations des aéronefs.
[6] Viktor Bout dispose d’une villa sécurisée en Afrique du Sud, à Sandhurst, un quartier huppé de Johannesburg. Cette dernière serait évaluée à 3 millions de dollars.

MAJ : En ce 20 août 2010, la Cour d'Appel de Bangkok a rendu sa décision : Viktor Bout sera extradable sous trois mois à destination des Etats-Unis. Une décision qui n'a pas manqué de courroucer les autorités Russes qui n'ont eu de cesse ces derniers mois de fustiger la lenteur de la procédure comme les pressions politiques sur ce dossier.

mardi 10 août 2010

Gov 2.0 au Kremlin


Chers visiteurs,

C'est en faisant du rangement dans mes archives que j'ai mis la main sur un article de janvier dernier paru sur le blog WindowonEurasia (en langue anglaise uniquement) et qui relate un fait (que j'estime être toujours d'actualité) concernant le tropisme 2.0 du Président Russe Dmitri Medvedev :
...the Kremlin is pushing governors to launch their own blogs and take part in online discussions...
The Kremlin appears to have three reasons for pushing this step, the “Nezavisimaya” journalist says.
First, the Presidential Administration is “concerned by the decline of trust in the official media in the regions,” something it hopes to remedy by having the governors start blogs and conduct online discussions.
Second, Moscow wants to promote the expansion of high-speed broadband access to the Internet outside of Moscow. If regional leaders go online, others will follow, and private Internet providers will move in to profit from expanded popular interest in and official exploitation of this new technology.
And third, as Medvedev suggested at the December 2009 State Council meeting, promoting the use of the Internet is “one of the aspects of the modernization of the political system” because it will not only force leaders to present their views in a more timely fashion but also create a feedback loop to allow them to be better managers
.
La suite ICI

Je m'étais déjà épanché sur sa propension à employer les TIC pour dynamiser comme corriger le fonctionnement des institutions étatiques. Medvedev étant en effet très à l'affût des retours des citoyens Russes et disons le clairement, l'article évoqué ici en traite en partie, pour pallier les déficiences en matière de communication entre le Kremlin et les corps intermédiaires. Chargeant même des employés de lui rapporter tout témoignage d'importance sur les forums, tel Live Journal (ou Живой Журнал, abrégé souvent en ЖЖ) afin d'être informé au plus près des critiques adressées aux dirigeants.

Cette défiance avouée à demi-mot envers les gouverneurs et autres potentats locaux est l'une des critiques récurrentes que l'on entend dorénavant fuser en plein coeur de la lutte contre les incendies dramatiques qui ravagent actuellement le centre de la Russie. Le Premier Ministre Vladimir Poutine ayant notoirement prévenu qu'il superviserait avec une attention particulière (la menace était évidente) l'emploi des fonds attribués aux victimes des feux de forêt : une façon de souligner indirectement que des pratiques peu avouables ont cours en Russie. Le patriarche Cyrille Ier de Moscou ayant clairement appuyé le propos de ce dernier en énonçant le grave péché de s'enrichir du malheur d'autrui (comprendre, "siphonner" les aides normalement allouées aux nécessiteux).
Enfin, le manque de réactivité de Youri Loujkov, maire de Moscou, a été plus que froidement apprécié en haut lieu et le dernier entretien entre le Premier Ministre et l'édile de la capitale fut particulièrement chargé en tension.

dimanche 8 août 2010

Constantin Vassiliev ou le pinceau des Dieux Anciens

Chers visiteurs,

Page culture qui se prête bien en cette période de l'année et gros plan sur un artiste Russe qui n'est malheureusement que rarement cité mais dont les compositions faisant la part belle à la mythologie Slave sont exquises (et dont le talent contemporain d'un Boris Olchansky/Борис Ольшанский semble y faire écho) : Constantin Vassiliev.

En vous souhaitant une agréable découverte du personnage, de sa maestria et de sa tragique fin...



Article publié sur Agoravox le 11 novembre 2009

Constantin Vassiliev orthographié comme suit en cyrillique, Константин Васильев, demeure un parfait inconnu pour la quasi-totalité du public francophone. Pourtant ce peintre de talent n’en est pas moins reconnu désormais dans son propre pays comme étant un virtuose de son art ayant popularisé la mythologie slave à travers quelques compositions d’une éclatante beauté. D’autant plus admirable que si d’un côté il sut flatter les aspirations héroïques du socialisme triomphant en vigueur dans sa patrie, il n’hésita pas à glorifier d’un autre les figures du passé, la nature et les Dieux Anciens.


Vu de l’extérieur, et a fortiori du point de vue du citoyen occidental lambda, l’Union Soviétique était perçue grossièrement comme un univers figé, totalitaire et monolithique. Or dans les faits, celle-ci était striée de diverses lignes de partage fracturant avec plus ou moins de violence la société au sein de laquelle elles prenaient naissance. L’idéologie en place par ses excès incubaient dans la souffrance des maîtres de l’art comme de la pensée tels Boris Pasternak ou Alexandre Soljenitsyne qui se révèleront aussi dangereux pour les caciques du régime que les manœuvres géopolitiques du bloc opposé. La plume et l’esprit contribuèrent à saper la confiance que la partie la plus éclairée de la population pouvait avoir de la direction du pays. Pourtant sous l’épaisse couche de glace socio-politique des êtres contribuèrent sans charge frontale à lézarder l’édifice socialiste en redonnant voix à l’âme Russe. Tel fut le parcours de Constantin Vassiliev, peintre né à Maïkop en 1942 à une heure et un endroit où les champs pétrolifères de la région excitèrent toutes les convoitises des forces armées nazies.

Cette naissance placée sous les feux d’un affrontement entre les titans martiaux du XXème siècle était-elle un signe de sa future fascination pour l’épique ? Le résultat n’en demeure pas moins d’une coïncidence frappante car entre les allégories dédiées au maréchal Joukov et ses troupes victorieuses, le même souffle irrigue ses compositions oniriques, lorgnant y compris vers la mythologie scandinave [1]. Quant à l’art pictural, celui-ci lui a été prodigué par sa mère, elle qui pouvait s’enorgueillir d’avoir cotoyé le fameux Ivan Chichkine, membre de sa famille ?

Toujours est-il que pour conjurer toute cette période mouvementée, la famille émigra plus à l’Est, à la périphérie de l’ancienne capitale des Khans de la Horde d’Or, Kazan. C’est là en plein Tatarstan que le jeune Constantin put dès l’âge de sept ans s’éprendre de la beauté des environs et mesurer toute la majesté du fleuve Volga. Malheureusement en dépit d’une telle abondance de couleurs et de formes enchanteresses, Kazan ne disposait d’aucune institution susceptible de l’aider à calibrer son talent, et c’est du côté de Moscou après un examen d’entrée réussi avec brio que le jeune Constantin obtint son accessit au sein du plus réputé établissement du genre dans le pays. Ce séjour dans la capitale Soviétique lui offrira plus qu’une maîtrise accrue de son aptitude artistique, elle vivifiera son inspiration imaginative par les impressionnantes galeries à disposition.

Fasciné depuis son enfance par les récits de légendes slaves, tel les trois bogatyrs (Богатыри) dont la vue du tableau de Victor Vasnetsov a sans nul doute dû l’émerveiller et accroître sa passion pour les mythes et figures de l’ancienne Rus’. Farouchement indépendant, Constantin fut aussi un étudiant calme, précis et méticuleux ayant l’amour de l’étude et une perception des éléments fort peu commune, arrivant par un coup de crayon ou de pinceau à magnifier la plus commune des scènes. Sous ce calme apparent étaient charriés des torrents violents où son imagination et sa passion le poussaient sans repos à expérimenter, à progresser, à se plonger dans les expériences de grands noms l’ayant précédé pour modeler sa propre expression.

La mort de son père le rappella cependant à Kazan deux ans plus tard, où il continuera sa formation à l’Ecole d’Art de la ville. Jusqu’à la sacralisation de son cursus par la remise d’un diplôme en bonne et due forme : simple formalité pour un jeune homme aussi alerte de l’esprit comme de la main. Du reste reconnaissance purement administrative dans la mesure où les œuvres déjà produites ne furent que des ablais n’ayant pas encore rencontré leur public. Dans le même temps, Constantin laissa poindre une influence du surréalisme dont le mimétisme avec certaines compositions de Salvador Dalí est on ne peut plus patente. Il s’en détournera peu après, comprenant qu’elle ne pouvait correspondre à son inspiration artistique.

Et ce fut là son choix le plus judicieux tant ses œuvres postérieures arrivèrent à exhaler cette force imaginative au point que chaque tableau en devint un pont ne demandant qu’à être franchi pour vivre au milieu du spectacle pictural. D’une force créative juvénile trop rare au sein de la foule anonyme, Kostia (diminutif de Constantin en Russe) s’il canalisait une force réelle pour le plaisir des yeux prêts à l’accepter sous leur regard était en revanche autrement plus réservé concernant les femmes. Lioudmila Tchougounova comme plus tard Elena Aseeva n’arrivèrent pas à comprendre combien la froideur apparente de l’artiste cachait en réalité de puissantes passions intérieures qui ne demandaient qu’à être libérées. Ne peut-on reprocher à ces jeunes femmes leur manque d’intuition, de patience, de sensibilité ? Toujours est-il que ces relations avortées ne laissèrent à l’homme que regrets et solitude sentimentale. L’immixtion au crépuscule de sa vie d’Elena Kovalenko, femme non dépourvue de qualités intellectuelles comme esthétiques, réveilla comme auparavant de tumultueux sentiments en Constantin, réveil passionnel qu’il réfréna pour ensuite les étouffer, se réfugiant dans son art afin de conjurer toute nouvelle déception amoureuse.

Poète du pinceau, portier des mondes mythologiques, Constantin Vassiliev s’éteint le 29 octobre 1976 dans des circonstances des plus étranges [2] âgé d’à peine 34 ans, laissant ses admirateurs se répandre en soupirs quant aux potentielles splendides démonstrations de son génie reposant désormais avec lui. Au moins une trace de sa vie subsiste-t-elle en chaque réalisation qu’il nous a légué et que l’on ne peut observer sans en ressentir toute la vitalité d’un artiste trop tôt disparu…


Site officiel du musée au Tatarstan lui étant consacré (en version russe uniquement)
[1] Lorsque l’on connaît la légende entourant la naissance de la Rus’ de Kiev, il apparaît moins étonnant que la mythologie scandinave soit aussi présente sur les terres Russes. C’est en effet la venue de Rurik, de ses frères ainsi que de ses guerriers varègues (vikings), qui amorcèrent l’émergence d’une entité étatique chez les slaves orientaux.
[2] Selon la version officielle, il fut tué par le passage d'un train sur une voie de chemin de fer, rapport qui n'a jamais convaincu les amis comme la parentèle ayant allégué des incohérences au sein de celui-ci.


Над Волгой

Князь Игорь

jeudi 5 août 2010

Réconciliation polono-russe en cours sur fond d'embrasement


Comme je l'avais signifié voici quelques mois, nous assistons à un rapprochement de plus en plus significatif entre les autorités Polonaises et Russes. Outre les manifestations d'amitié et gestes de conciliation depuis ce que l'on appelle la malédiction de Katyn, deux évènements ont accentué cette tendance géopolitique : l'élection présidentielle qui a conduit le Président intérimaire à être reconduit à ce poste pour cinq ans, Bronisław Komorowski, un libéral plus ouvert quant aux relations à entretenir avec le voisin Russe et la tragique canicule [1] que subit la Russie en ce moment même avec la main tendue du Premier Ministre Donald Tusk prêt à apporter toute l'assistance nécessaire pour contribuer à résorber cette catastrophe.

Il apparaît clairement qu'une page est souhaitée être tournée des deux côtés de la frontière (n'oublions pas que Pologne et Russie ont une démarcation commune du fait de l'enclave de Kaliningrad) : les signes se poursuivent. Seul bémol : la pression très forte de la part des Etats-Unis sur le gouvernement Polonais, aboutissant à l'établissement d'une base Américaine à Morąg et l'établissement de missiles Patriot (sol-air) puis SM-3 (mer-air) prochainement.

[1] 40° annoncés ces prochains jours après le record absolu de 38,2° battu le 29 juillet dernier, le tout compliqué par des feux de forêt d'importance (on évoque près de 172 000 hectares quant à leur superficie) ayant déjà causé le décès d'une cinquantaine de personnes ainsi qu'une concentration d'oxyde de carbone supérieure à cinq fois la norme au sein de la capitale.
[2] L'Ukraine, le Belarus, l'Arménie, l'Azerbaïdjan et l'Italie ayant eux amorcé leur aide technique pour enrayer autant que possible l'avancée du sinistre. La France et la Lituanie venant de la proposer ce jour même. 

EDIT: La canicule s'est transformée non seulement en catastrophe matérielle et humaine mais désormais écologique puisque l'on évoque la crainte que le feu atteigne des endroits où seraient entreposés des produits chimiques, voire radioactifs, sans compter la mise à mal naturelle de l'écosystème forestier. Et le stress économique est on ne peut plus sensible puisqu'il vient d'être décidé de stopper temporairement les exportations de blé : un élément d'importance sur les cours du marché mondial des grains qui vient de réagir par une envolée des prix puisque la Russie est le troisième exportateur au monde.

mercredi 4 août 2010

Google et Apple plébiscités par les futurs cadres Européens


L'étude du cabinet Universum remonte à quelques semaines, cependant elle mérite plus qu'un simple coup d'oeil pour le résultat auquel elle a abouti. Interrogés sur les employeurs qui les font rêver et dont ils aimeraient prendre part à l'activité, les étudiants des grandes écoles Européennes y ont répondu et il est un point que l'on ne peut s'empêcher de relever très rapidement à la lecture des desiderata de tout ce petit monde (soit 21 166 sondés si l'on en croit le cabinet cité plus loin) : la prédominance de Google, suivi par Apple. Soit deux grands noms de l'informatique.
L'on peut sans trop se méprendre sur ce choix prétendre que la force de frappe du département marketing d'Apple [1] et le système managérial inhérent à Google sont les qualités attirant prioritairement ces futurs cadres d'entreprise. Reconnaissons que leur choix est on ne peut plus justifié au vu du dynamisme et de la très bonne santé financière desdites sociétés.

[1] Encore que le récent cafouillage sur les soucis de réceptivité réseau du dernier iPhone a quelque peu fait grincer des dents outre-atlantique, au point que le très sérieux magazine Consumer Report ait déconseillé son achat! Google n'a pas été en reste non plus en matière d'avanie dans le secteur de la téléphonie mobile, s'étant résolu à cesser la vente en ligne de son Nexus One, optant en définitive pour un circuit plus traditionnel (celui des opérateurs établis), non sans se féliciter de l'adoption grandissante de son système d'exploitation Android dans le même temps.

EDIT; Il demeure regrettable que le compte rendu de cette enquête ne soit pas disponible en ligne sur les sites le citant. Je me permets pour ma part de vous en communiquer le lien ici même mais il n'en reste pas moins que je suis relativement stupéfait de cette absence.

lundi 2 août 2010

Tron L'héritage : le retour d'une icône de la cybergénération

Article publié sur Agoravox le 2 août 2010

C'est désormais officiel, et le studio Disney s'est chargé de faire répercuter un maximum la nouvelle sur la toile : Tron 2 ou plutôt plus élégamment Tron Legacy/L'héritage (il est vrai que cela sonne bien mieux) est annoncé sur grand écran pour décembre 2010. Un véritable évènement cinématographique puisqu'il symbolise la reconnaissance d'un génération née avec l'informatique et sa culture inhérente (que l'on peut conspuer ou aduler, mais non ignorer).

Tron, entre culte générationnel et exploit technique

Tron, sorti en 1982 et réalisé par Steven Lisberger, n'a pourtant pas bousculé les consciences lors de son passage sur les écrans puisqu'il eut affaire à de grandes pointures lors de cette même année qu'étaient E.T., Conan le Barbare et Blade Runner (excusez du peu!). Tout comme The Thing de John Carpenter qui dans un autre registre connaîtra une notoriété croissante postérieurement à sa sortie en salles, via la diffusion sur d'autres formats.

Le film, issu du cerveau de Lisberger, un passionné du monde de l'informatique et spécialiste des films d'animation, dispose d'une touche artistique unique en son genre dont aucun prédécesseur n'est identifiable. Ce style graphique et surtout la mise sur la table d'un budget conséquent de plusieurs millions de dollars [1] consacrés à l'imagerie de synthèse poussée à un niveau jamais atteint jusqu'alors donneront lieu à ce chef d'oeuvre.
Reconnaissons que l'histoire en elle même était ambitieuse et pouvait prêter à l'élaboration d'une architecture n'ayant comme seule limite que l'imagination de son créateur. C'est dès lors tout une cosmogonie propre au monde informatique que va mettre en place le réalisateur, évitant le risque d'un univers trop froidement aseptisé en l'agrémentant au contraire de teintes très voyantes pour mieux illustrer l'épopée extraordinaire d'un programmeur entraîné à l'intérieur d'un logiciel de contrôle [2].

Après toutes ces années et consécutivement à sa sortie en version DVD, il est surprenant de constater qu'il n'y a même pas lieu de se moquer de ses effets spéciaux, et que le côté très kitsch attendu n'est au final guère au rendez-vous du fait de ce scénario intemporel disposant de sa propre conception esthétique. Ce qui ne peut manquer de lui octroyer une certaine part de fascination pour cette résistance à l'érosion du temps.

Des métrages propres à la cybergénération

Toujours aussi emblématique, Tron n'est plus le seul sur le créneau de ce genre très particulier : d'autres métrages ont marqué les esprits par leur univers lié à l'essor des nouvelles technologies de l'information et de la communication.

Citons pêle-mêle : Wargames (1983) et Short Circuit (1986) du même réalisateur John Badham (passé à la postérité pour La Fièvre du samedi soir ) traitent eux du même sujet qui ne cesse d'hanter les consciences depuis l'apparition des premiers ordinateurs : l'intelligence artificielle des machines et sa cohabitation avec l'esprit humain ; The Last Starfighter (1984) où le héros adepte d'un jeu vidéo de bataille spatiale se retrouve plongé en son sein sur invitation de son créateur, avec l'emploi d'images de synthèse une fois encore très élaborées par l'emploi de la puissance d'un supercalculateur Cray, un monstre informatique pour l'époque ; The Matrix (1999) qui fit l'effet d'une bombe chez les cinéphiles amateurs de science-fiction en fournissant non seulement un scénario très profond (qui tombera hélas dans le ridiculement abscons lors des deux opus suivants) et un emploi des effets spéciaux à haute dose pour insuffler vie à un style propre aux frères Wachowski ; en 2001 c'est un produit très léché mais pas accueilli à sa juste valeur que délivre Mamoru Oshii avec son Avalon, contant la quête d'un niveau secret par une joueuse professionnelle d'un FPS (First Person Shooter) illégal, le film mettant l'accent sur le concept de réalité virtuelle ; la tétralogie des Terminator mettant face à face des êtres humains dépossédés de leur Terre par un réseau de télécommunications à vocation militaire lié par une intelligence artificielle appelée Skynet entre aussi dans ce registre, elle marqua son temps et les esprits, ne serait-ce que par le rôle récurrent du T-800 tenu par Arnold Schwarzenegger lors des trois premiers épisodes ; le très récent Ultimate Game (Gamer) réunissant les acteurs très en vue que sont Gérard Butler (300) et Michael C. Hall (Dexter), oeuvre testostéronée faisant néanmoins la part belle à la vision d'un futur peut-être pas si éloigné de notre époque où réel et virtuel s'imbriqueraient totalement et où le voyeurisme numérique actuel ferait place à la prise de contrôle d'êtres vivants à distance. 
Dans le genre horrifique, et ayant été un succès commercial honorable (bien que relatif en terme de revenus comparé aux super-productions), l'on peut citer Stay Alive où les protagonistes de l'histoire doivent interagir entre le ludiciel et les évènements réels pour rester en vie : le scénario ayant manqué toutefois d'être approfondi, malgré quelques bonnes idées liées à la personnalité d'Élisabeth Báthory.
Liste subjective comme non exhaustive il va de soi...

Le même filon aura été utilisé et exploité au fil des productions avec des améliorations, novations ou déceptions : l'homme entrant de plain-pied dans un nouvel univers inconnu, celui du cyberespace.

Tron Legacy : l'évolution plus que la révolution

Ce Tron Legacy ou L'héritage en bon français est en effet présenté de manière subtile en ce sens qu'il se veut une continuation logique de la première mouture, avec le même acteur principal qu'au premier épisode (Jeff Bridges pour rappel) tout en employant les technologies d'imagerie de synthèse de notre génération mais sans en modifier l'ambiance générale. C'est une vraie gageure, et le résultat au vu des premières bandes annonces comme images est convaincant : les lignes sèches deviennent courbes, les véhicules modélisés gagnent en détails, l'architecture occupe plus d'espace, les jeux de lumière rehaussés...
Nonobstant cette conservation d'anciens éléments ayant fait le succès du film, acteurs compris (tel Bruce Boxleitner en sus de Bridges), le projet a été conçu pour attirer tout de même de nouveaux aficionados. D'où l'apparition d'un jeune acteur, Garrett Hedlund, et de scènes plus musclées plus dans l'air du temps cinématographique.

Une longue gestation assurément (vingt huit ans!) pour un retour dans une continuité qui devrait apporter un grand plaisir à ceux qui en ont conservé un souvenir ému comme à ceux qui veulent plonger dans un univers original et charismatique.

Enfin, pour les amateurs de musique électronique hexagonale, un grand cocorico puisque c'est le groupe Daft Punk qui s'est collé à l'animation sonore du film.

Site officiel




[1] 17 millions de dollars au total selon l'estimation donnée par IMDB.
[2] Ce concept d'intrusion au sein d'un élément étranger n'étant pas nouveau dans le domaine cinématographique si l'on songe au film de Fleischer, Le Voyage Fantastique, datant de 1967 où grâce à la science un groupe de médecins miniaturisés rentrent à l'intérieur d'un être humain pour le sauver.