vendredi 30 juillet 2010

Lectures numériques Africaines de l'été


Chers visiteurs,

Une digression de mes sujets de prédilection (point de cyberstratégie, point de monde russophone par conséquent) pour vous emmener sur un autre continent : l'Afrique!

Venant en effet et avec grand plaisir de m'informer quant à la situation au sein de la Corne de l'Afrique et pour être encore plus précis, du dilemme Somalien par le truchement de cet article tiré d'Historicoblog.
Comment l'islamisme s'est-il implanté en Somalie ? Les Tribunaux Islamiques représentaient-ils vraiment une menace pour les Etats-Unis dans leur guerre contre le terrorisme islamiste ? Quelle est la part de récupération et d'instrumentalisation des acteurs locaux et régionaux dans l'utilisation du vocabulaire terroriste appliqué à la situation en Somalie ? Ces mêmes acteurs n'ont-ils pas employé ce lexique à leurs propres fins ? La puissance du mouvement Al-Shabaab actuellement ne serait-elle pas directement issue d'une application tronquée d'un schéma binaire terroristes/anti-terrroristes au conflit somalien ? Autant de questions auxquelles cet article se propose d'apporter quelques réponses, à partir d'analyses de spécialistes.
L'auteur, Stéphane Mantoux, contributeur occasionnel chez Alliance GéoStratégique, a su expliciter avec clarté le cheminement de la radicalisation actuelle du conflit (dans son versant religieux particulièrement) balisé par les erreurs de la stratégie Américaine en cette partie du monde.  
Lecture roborative que je vous enjoins dans la foulée à prendre connaissance pour être plus au fait d'une situation désormais difficilement extricable par la faute d'un raisonnement sommaire ayant conduit à un fiasco géopolitique.

Et puisque nous évoquons exceptionnellement ce continent, j'en profite pour rappeler l'existence d'un espace numérique allié de qualité dédié au sujet et tenu par Sonia Le Gouriellec, doctorante à Sciences Politiques Paris : Good Morning Afrika.

Je saisis ce faisant cette opportunité pour saluer mes quelques lecteurs Africains et les remercie chaleureusement de leur passage.

jeudi 29 juillet 2010

Pause musicale estivale

La saison s'y prête fort bien, petit intermède musical et pour ce faire je vous emmène du côté de l'Ukraine, du Belarus et de la Russie y effectuer un (très) rapide tour d'horizon de la variété.

Ce que j'apprécie en ces pays c'est la qualité de la composition et la sensibilité des sujets traités. Le tout parachevé par la musicalité des langues slaves.
 



Игорь Крутой - Ты в моем сентябре





KRIWI - Za tumanam





Наталья Бучинская - Первая любовь


samedi 24 juillet 2010

Le syndrome 2.0 du non-contact

C'est désormais acquis sur une majorité de sites, il est possible de laisser des commentaires et de bénéficier d'un mél voire d'une interface de contact plus ou moins sophistiquée. Ce faisant c'est une invitation à communiquer qui n'est pas sans conséquence.

Plus que louable, indispensable désormais de proposer une telle interface. Seulement il n'est pas toujours certain que tous les acteurs privés comme publics aient forcément saisi toute l'implication et subtilité du Web 2.0.
A la différence du Web 1.0 où l'on pouvait se contenter d'une simple vitrine, à la devanture allant du plus simple dénuement au raffinement plus recherché, le Web 2.0 implique un échange. C'est l'aspect communautaire qui prime, et ce n'est pas sans conséquence pour des sociétés ou organismes qui se contenteraient de "suivre le mouvement" sans ne rien y comprendre.
Ainsi une société qui ne prendrait pas soin de répondre à ceux qui la solliciteraient en ligne malgré la mise à disposition d'une interface de contact encourt le risque d'être perçue négativement. D'autant que l'autisme numérique peut se faire cher payer de par la propagation de tels retours d'expérience sur des sites ciblés (consommateurs) ou généralistes (à travers un topic dédié). Ainsi m'a-t-il été permis de lire des commentaires particulièrement acerbes de candidats révoltés envers les méthodes peu professionnelles d'un cabinet de recrutement réputé qui s'autorisait une position dédaigneuse à leur égard. Tout le bénéfice projeté d'un investissement lié à cette partie communication se retrouverait ainsi minoré, proportionnellement à l'importance et l'activisme de la personne solliciteuse laissée sans réponse. De fait, et comme toujours, l'outil ne saurait être blâmé si l'humain est défaillant.

La même problématique se retrouve sur les sites communautaires et réseaux sociaux. Ainsi a-t-on pu assister sur un site dit de journalisme citoyen à la quasi-lapidation (numérique) d'un journaliste professionnel reconnu qui se contentait d'une publication d'articles sur ledit site sans pour autant répondre aux divers intervenants. Ce dédain (à pondérer de par le fait que ses articles étaient en réalité une reprise de son blogue mais avec son accord exprès) aboutit à une cabale de plus en plus virulente à son égard. Pourquoi cette réaction? Elle est compréhensible du fait justement de l'incompréhension d'un journaliste de la vieille école habitué à prodiguer sa parole sans intention (voire volonté) de débattre avec ses lecteurs. Or le phénomène Internet est radicalement différent de ce que fut et demeure la presse traditionnelle : les lecteurs sont aussi acteurs. Ils ne sont plus passifs mais actifs et l'on est désormais non plus uniquement jaugé sur la profondeur de ses analyses mais aussi sur sa capacité à interagir avec ses lecteurs.
Cet exemple peut être décliné : un homme politique qui se contenterait d'une page sur un réseau social où il afficherait ses dernières réalisations en "omettant" d'échanger avec ses contacts verrait son plan de communication sérieusement écorné ; un artiste qui ne prendrait pas soin à se préoccuper des échanges virtuels avec ses fans, se contentant d'afficher sur un site comme Myspace un fil d'actualités, serait malavisé de se plaindre d'une désaffection de son public.
C'est à ce titre qu'a fleuri un terme et un nouveau métier que l'on ne saurait dénigrer par ignorance : le community manager ou gestionnaire de communautés. Chargé de s'enregistrer sur des réseaux tiers ou même sur un réseau interne et gérant souvent en sus le contenu et échanges du site officiel, il est mandaté pour animer, surveiller et protéger l'avatar virtuel d'une entreprise (le concept étant souvent assimilé au privé mais peut facilement être transposable dans le secteur public). Ce que l'on nomme dorénavant par e-reputation. 

Précisons que la modération, pour des raisons légales (cf loi 2004-575), n'est pas antinomique de ces nouveaux rapports entre différentes parties de la population à l'ère 2.0. En revanche celle-ci appliquée de façon arbitraire et excessive serait perçue comme une forme de censure et aurait un effet encore plus néfaste pour l'acteur appelé à communiquer que ce que je nomme l'autisme numérique.

Le Web 2.0 a introduit puis accentué de nouveaux comportements avec les organismes d'Etat qui nécessitent d'être pris en compte. Ainsi il est réclamé bien entendu une simplification des procédures administratives et si possible que celles-ci soient désormais accessibles en ligne (de ce point de vue reconnaissons que l'administration Française a été dans le bon sens et fournit des efforts appréciables pour répondre aux demandes de ses administrés) mais encore et surtout une interaction avec l'acteur contacté. L'administré consultant mais surtout dialoguant et le cas échéant modifiant lui même son dossier. L'intérêt étant bilatéral, profitable aux deux parties qui doivent cependant apprendre à appréhender les modalités d'une telle évolution pour lui donner sa pleine efficacité.

S'arrêter à la mise en place d'une interface technique inerte ou à la diffusion unilatérale de communiqués est une erreur que le Web 2.0 pardonne peu aux intéressés. Il n'est rien de plus désagréable, et surtout de moins justifiable à l'heure des échanges instantanés permis par les technologies du XXIème siècle, que de rester dans une posture statique ou de s'abstenir de répondre aux candidats/contacts/clients/partenaires potentiels sollicitant un retour.

jeudi 22 juillet 2010

De SAP au TSG, le rêve de gosse de Dietmar Hopp

Chers visiteurs,

Le présent article s'il passa pratiquement inaperçu lors de la fournée quotidienne de publications sur Agoravox n'en fut pas moins l'objet d'un vrai plaisir d'écriture car j'avais le réel désir de conter les exploits d'un club de football authentiquement atypique en Bundesliga, celui du TSG d'Hoffenheim supporté (intelligemment) par un ponte de SAP, Dietmar Hopp. 

Je ne vous en dis pas plus pour vous laisser découvrir cette histoire qui continue puisque lors de la dernière saison en Bundesliga (2009-2010), le club a terminé à une très honorable 11ème place et en 1/4 finale de la Coupe nationale.

Article paru sur Agoravox le 7 novembre 2009

Ce n’est pas encore Noël pour la majorité des habitants du Land du Baden-Würtemberg, cependant à Hoffenheim, un nom respirant bon les senteurs du sillon rhénan, ça l’est depuis déjà deux ans et l’accession de leur équipe en première division de Bundesliga. Et d’inscrire son nom dans l’histoire du football Allemand pour être devenu la pensionnaire d’une ville (pardon, d’un village) ayant le plus faible nombre d’habitants : 3263 selon le recensement de 2008 ! Comment cela fut-il possible ?
 
Le TSG 1899 Hoffenheim Fußball est une incongruité dans le paysage professionnel Allemand, et a fortiori Européen, par la taille de la ville dont il porte haut les couleurs, y compris par un budget qui ne défraye guère la chronique sur le marché des transferts.
 
Alors comment un aussi petit club peut-il rivaliser avec les monstres habituels de la Bundesliga que sont les Bayern München, Schalke 04, Bayer Leverkusen ou encore Werder Bremen ? Réponse : par l’engouement d’un homme d’affaires devant sa fortune à l’essor de l’informatique.
 
SAP, trois lettres pour un géant du progiciel… et du football ?
 
Tel fut en effet le vœu de Dietmar Hopp, l’un des fondateurs de SAP AG qui sut avec d’anciens employés d’IBM élever une suite logicielle professionnelle en référence dans son domaine. A tel point que SAP (Systemanalyse und Programmentwicklung puis Systeme, Anwendungen und Produkte in der Datenverarbeitung) est considéré de nos jours comme le premier concepteur du genre en Europe et le quatrième dans le monde [1].
 
D’un progiciel spécialisé dans la gestion d’entreprise à celui de la gestion d’un club de football, il y avait moins d’un pas à faire pour cet homme passionné de football [2] né dans la charmante cité d’Heidelberg puis ayant passé une partie de sa jeunesse au sein d’Hoffenheim. Outre une injection de fonds pour l’achat de joueurs au talent prometteur, il n’hésita pas à rénover l’enceinte du Rhein-Neckar-Arena (sis à Sinsheim) pour lui donner un profil conforme à ses ambitions (pouvant accueillir désormais 30 164 spectateurs en lieu et place des 6 350 d’origine) avec un investissement estimé à 60 millions d’euros.
 
L’emploi du chevronné Ralf Rangnick [3] en tant qu’entraîneur de choc comme d’un recrutement raisonné et solide avec le Suédois Per Nilsson, l’Autrichien Andreas Ibertsberger, le Nigérian Chinedu Obasi, le Bosniaque Sejad Salihovic et l’Allemand Timo Hildebrand ont prouvé leur justesse par des résultats probants.
 
Particularité de ce club déjà atypique : le recrutement a été axé quasi-exclusivement sur la détection, la formation et le recrutement de jeunes talents. Expliquant de fait l’absence d’une véritable star des terrains au sein de l’équipe. Ainsi loin des transferts fracassants, le club malgré des fonds substantiels a préféré jusqu’à présent jouer la carte du long terme en favorisant l’érection d’infrastructures dignes d’un futur grand club et la venue de joueurs susceptibles d’apporter fraîcheur et vigueur au jeu Hoffenheimien sans pour autant se ruiner [4].
 
Et demain l’Europe ?
 
Après tout il n’est pas permis d’en douter puisque la politique suivie par le bailleur de fonds du géant du logiciel semble ne pas tout miser sur une comète mais bel et bien sur un avenir pérenne. La septième place acquise lors de la saison 2008-2009 aurait pu déboucher sur une place qualificative pour la Ligue Europa avec un peu plus d’expérience dans les jambes des jeunes joueurs. Expérience que ces derniers ont acquis sur les divers terrains des durs terrains de Bundesliga et qui semble à l’heure actuelle faire recette.
 
Viendra peut-être le jour où les habitants d’Hoffenheim seront blasés par les victoires et les titres. En attendant à près de soixante-dix ans Dietmar Hopp continue de jouer au Père Noël toute l’année en entourant son équipe d’Hoffenheim de toute son attention, sa clairvoyance professionnelle et son énergie [5] : pour cet humaniste, le rêve d’un gosse peut aussi profiter au plus grand nombre...
 

[1] Source : Wikipédia
[2] Signalons que Dietmar Hopp soutient aussi financièrement un autre club de football, plus modeste, le FC Astoria-Walldorf, gravissant cependant les échelons saison après saison, manquant de peu en 2009 la marche pour exercer en Regionalliga Süd. Walldorf n’étant pas un endroit fortuit puisque la localité héberge le siège de SAP AG depuis 1976.
[3] Surnommé Professeur Football depuis une apparition dans une émission de télévision en 1998 où sa prestation lui a valu ce sobriquet persistant.
[4] Ainsi le défenseur Andreas Ibertsberger aura coûté 250 000 euros pour son transfert du SC Freiburg ou encore le gardien Daniel Haas attiré au club contre remise de 50 000 euros au Hannover 96. A comparer avec les 24 millions d’euros de l’Olympique Lyonnais pour s’attacher les services de Lisandro Lopez ou encore Mario Gomez au Bayern München pour 30 millions d’euros.
[5] L’apport de l’entrepreneur Allemand ne se limitant pas qu’au ballon rond puisqu’il soutient des clubs de hockey, de handball comme de golf tout en faisant acte de mécénat actif par l’entremise du Dietmar Hopp Stiftung, l’une des plus importantes fondations d’Europe.

lundi 19 juillet 2010

Peuple en armes, peuple en larmes

Article publié sur Alliance GéoStratégique le 21 avril 2010

Les évènements de ces dernières semaines ont été riches d’enseignements et de bouleversements dans la sphère géopolitique russe. Deux pays coup sur coup revenant à des dispositions plus amènes à son égard des suites d’évènements tragiques pour les populations concernées.

À Bichkek, ce que le peuple a donné, il a repris

Assimilée aux changements étatiques de couleurs ayant ébranlé le proche étranger de la Russie, la révolution des tulipes fut désignée par la presse internationale d’alors comme une victoire de la démocratie en Asie Centrale. Seulement de même que les responsables du bouleversement de 2005 ne se mobilisèrent pas pour exprimer leur bonheur, les initiateurs du renversement de pouvoir en 2010 manifestèrent leur exaspération devant la hausse du coût de la vie et surtout envers les mesures de plus en plus autoritaires du Président Kurmanbek Bakiev.

En toile de fond de cet évènement politique deux éléments d’importance : les bases militaires étrangères et l’économie sous perfusion. Ces deux éléments faisant la part belle aux pressions influençant gouvernement et opposition.

Le Kirghizstan, pays ayant récemment accédé à l’indépendance lors de l’effondrement de l’Union Soviétique (en décembre 1991), ne se remit jamais intégralement de la rupture de ses circuits logistiques avec les autres républiques soviétiques. Cette dépendance énergétique (sous-sols très pauvres en ressources premières, sauf en gisements aurifères, ce qui est notable à travers l’extraction opérée par la société canado-kirghize Kumtor) et un sol très pauvre (à peine 7% de terres arables) ne laissèrent que peu d’espoir pour cette entité d’échapper à l’appétit de forces anciennes et nouvelles. Pour indicateur de la faiblesse économique endémique du pays, le PIB pour 2008 fut le plus faible de la zone d’Asie Centrale, avec 4,8 milliards de dollars. D’où un Kirghizstan entièrement dépendant d’approvisionnements extérieurs pour la bonne marche de son économie. Et ce faisant, le plaçant dans une position précaire d’une part par rapport aux pays fournisseurs de matières premières (Kazakhstan et Ouzbékistan) et d’autre part quant aux contributeurs économiques (Chine et Russie).

Dans les cadres des opérations anti-terroristes, les Etats-Unis d’Amérique à travers l’OTAN (Organisation de Traité de l’Atlantique Nord) et la Russie à travers l’OCS (Organisation de Coopération de Shangaï), ont rivalisé d’influence et de pressions diplomatiques. La position des autorités kirghizes fut de n’exclure ni l’un ni l’autre : une base russe à Kant (depuis décembre 2002) et une base américaine à Manas (depuis décembre 2001).

L’affaire de la base américaine de Manas (fermeture annoncée en février 2009 puis prolongée d’une année après quelques mois de négociations en augmentant substantiellement le loyer de 17 à 60 millions de dollars) fut en elle-même l’un des épisodes accentuant considérablement le discrédit du régime en place. Renforçant la perception populaire d’avoir laissé les rênes du pays aux mains d’une cohorte de dignitaires avides de fonds étrangers et jouant les équilibristes entre deux superpuissances à leur seul profit.

Élite politique désavouée, difficultés économiques accrues, corruption endémique, pressions extérieures : un cocktail explosif aboutissant à ce que le peuple kirghize prenne comme en mars 2005 les armes pour se débarrasser de ceux qu’il avait placé initialement pour défendre ses intérêts.

L’empressement du Premier Ministre russe Vladimir Poutine à reconnaître Roza Otounbayeva comme chef du gouvernement provisoire contrasta particulièrement avec l’inertie et l’aphonie des responsables américains, et principalement Hillary Clinton, durant les premiers jours de la nouvelle direction du pays. Moscou, avec l’accord tacite chinois, reprenant pied à pied une place de premier choix dans ce qu’elle appelle son proche étranger.

L’exemple kirghizstanais est un élément du puzzle géopolitique de cette zone régionale. L’Asie Centrale étant un immense territoire riche et stratégique qui cherche sa voie tout en étant au centre des appétits chinois, russes, turcs et américains. Une réédition du Grand Jeu de la fin du XIXème siècle en somme…

La Blanche-Nef Polonaise

Novembre 1120, un navire normand cingle vers l’Angleterre. A son bord la crème de l’élite normando-anglaise et surtout l’héritier du trône. Guillaume Adelin, le fils en qui plaçait tous ses espoirs Henri Beauclerc, accompagné de Raoul le Roux, son meilleur chevalier qui s’était notoirement illustré durant les affrontements avec le Roi de France, disparaissent en pleine traversée avec près de deux cents compagnons d’infortune. Cette catastrophe maritime bouleversa radicalement la donne en Europe continentale et dans les Îles Britanniques.

Décapitée par le crash aérien du 10 avril 2010 emportant non seulement le président alors en poste Lech Kaczyński, mais aussi celui qui en assuma la charge lors de l’exil du gouvernement polonais pendant la Seconde Guerre Mondiale, Ryszard Kaczorowski, la Pologne déplora aussi la perte d’une grande partie de son état-major parmi les victimes. Une Blanche-Nef Polonaise volante…

En attendant de connaître les détails exacts de ce crash, le géopolitologue aura été attentif à un événement de grande ampleur qui débuté le 7 avril avec l’hommage rendu en commun par les deux Premiers Ministres russes et polonais, Vladmir Poutine et Donald Tusk, s’est poursuivi dans le sillage de l’émotion née du drame. La visite du Président russe à Cracovie le 18 avril pour les funérailles de son homologue fut l’occasion saisie par ce dernier de rappeler que de cette douloureuse épreuve les deux pays sont invités à en sortir une unité nouvelle.

Le tout-venant polonais comme les plus hautes autorités, tel l’ancien président polonais Aleksander Kwaśniewski (en poste de 1995 à 2005), pourtant atlantiste et européiste convaincu, se félicitèrent notoirement de ce réchauffement des relations polono-russes. La malédiction de Katyn, comme elle est parfois appelée, pourrait bien faire naître un élan nouveau quant à la liaison Varsovie-Moscou, et par là même un bouleversement de cette périphérie est-européenne le plus souvent peu encline à dialoguer avec les hôtes du Kremlin.

Car la tragédie ne doit pas passer outre ce fait têtu : Lech Kaczyński était un adversaire résolu de la Russie et de ses représentants. Ironie de l’Histoire : sa disparition et l’émotion qu’elle a suscité pourrait au contraire sceller l’amitié slave retrouvée entre les deux pays frères. Cyniquement, la grande stratégie de Zbigniew Brzeziński à travers son grand échiquier mondial accuse un nouveau revers après les récentes élections en Ukraine et l’humiliation militaire de la Géorgie avec la disparition d’un soutien zélé à ce plan depuis Varsovie.

En outre, le Premier Ministre Russe, Vladimir Poutine, tout en rendant de concert avec son homologue Donald Tusk hommage aux victimes de Katyn, ne manqua pas de souligner qu’il attendait par échange de réciprocité que toute la lumière soit faite sur la disparition des 32 000 (les chiffres restent l’objet d’âpres débats, une commission conjointe d’historiens des deux pays l’estimant plutôt entre 16 000 et 20 000) soldats soviétiques disparus dans les camps Polonais des suites de la guerre polono-russe de 1920.

En somme, une occasion unique de crever les abcès historiques et de rapprocher les peuples.

vendredi 16 juillet 2010

Alexandre, Grand Prince de Novgorod devant l'éternel


Lors d'un précédent billet, j'avais attiré votre attention, chers visiteurs, sur un ludiciel de tactique médiévale très élaborée et en provenance directe de Russie : XIII Century : Death or Glory. En particulier sa version gold qui permettait de reproduire les exploits du Prince de Pskov, Dovmont.

Unicorn a décidé de sortir une nouvelle gamme de produits intitulée Real Warfare en se servant du moteur de XIII Century. Et le premier épisode est sobrement intitulé 1242. Tous ceux qui ont un minimum de culture historique liée au monde Russe auront reconnu l'épisode mis en scène cinématographique par le talentueux Eisenstein : la victoire d'Alexandre Nevski sur le lac Peïpous (les Russes l'appelant plutôt lac Pskovo-Tchoude, Чудско-Псковское озеро). Pour autant, cet épisode n'est que l'une des batailles du grand prince disponibles au sein de ce module autonome (on dit stand alone en bon anglois) qui outre les apports de la version gold du précédent opus en profite pour apporter quelques améliorations au demeurant cosmétiques.
Comme d'habitude, c'est une campagne linéaire qui vous sera proposée mais avec un souci de la précision historique, tant sur les unités que sur la topographie. Du reste, l'éditeur et le générateur aléatoire de cartes sont toujours de la partie, idéal pour renouveler l'expérience et le plaisir de jeu. Mais avant de s'y abandonner, les huit batailles sauront tenir en haleine le joueur chevronné, ne serait-ce que parce que le programme gère aussi la prise autonome de décision de certaines unités pouvant parfois remettre en cause l'issue d'un affrontement.
Une opportunité ludique bien appréciable de revivre une période mouvementée où les Rus' du nord se battirent avec acharnement sur plusieurs fronts pour sauvegarder leur indépendance.

En outre, je tiens à vous faire part d'un film sur ce grand prince axé sur sa première grande bataille qui lui donnera ce faisant le nom passé à la postérité de Nevski.
Le titre : Александр. Невская битва, sorti en 2008 et produit par Igor Kalenov (Игорь Каленов).
Le film mérite d'autant plus l'intérêt du spectateur qu'il revient sur un haut fait moins médiatisé que la victoire sur les Teutoniques, alors que fondamentalement un échec à cette bataille aurait signifié une amputation ou même la radiation totale du territoire de Novgorod tant le royaume de Suède était déterminé à annexer toutes les terres de FInlande et d'au-delà (du reste, la bataille de la Neva ne mettra pas vraiment fin à la rivalité Suédo-Novgorodienne qui se perpétuera jusqu'au siècle suivant, et prenant fin en 1323 avec le Traité de Nöteborg).
Un métrage loin d'avoir dans le montage les traits de génie de l'Alexandre Nevski d'Eisenstein mais bien rythmé et comme toujours avec les productions historiques Russes, ayant le bon goût de faire parler les protagonistes étrangers dans leur propre langue, n'en rajoutant que davantage au réalisme.


mardi 13 juillet 2010

Quand Google s'échine à renouveler sa licence


C'est un bras de fer cyberstratégique qui se déroule depuis de longs mois entre un acteur privé né de la révolution Internet, Google, et le principal marché émergent de la planète, la Chine.
Les deux entités faisant assaut d'amabilités par voie de presse interposée et de mesures de rétorsion diverses.
C'est toutefois faire fi du principal contentieux ayant abouti au point de rupture précédent : le filtrage des données imposé par le régime Chinois. L'on peut se permettre de conjecturer sur le fait que Google ait dû céder sur ce point particulier afin de ne pas perdre sa licence d'exploitation.

Précisons utilement que le marché Chinois n'est pas celui où Google règne en maître (de même qu'en Russie où Yandex lui dame le pion) puisqu'il doit s'effacer devant Baidu, le champion national bien évidemment en total accord avec les autorités. La compagnie Américaine représentant environ 30% du secteur des moteurs de recherche si l'on en croit Analysys International.

Au delà de toute cette affaire qui se sera terminée par une rentrée dans le rang pour Google, c'est toutefois le choix qui avait été opéré par cette société pour re-router via Hong-Kong ses visiteurs vers son moteur de recherche débridé (cliquez sur l'image ci-dessus pour le constater par vous même) qui doit retenir l'attention, surtout à terme. Un choix technique qui ne devrait pas être abandonné pour l'avenir et qui restera comme une épée de Damocles au-dessus des autorités Chinoises. Comme on le constate chaque partie a des atouts qu'elle conserve pour la prochaine manche de ce jeu d'influence qui promet encore quelques rebondissements.

dimanche 4 juillet 2010

Germania Europameisterin


L'Allemagne en 2010 aura décidément fait grandement parler d'elle. Volonté opiniâtre envers tous ses partenaires d'assainir l'Euro, victoire à l'Eurovision par un petit bout de femme dynamique et démonstration de grand talent de la Mannschaft à la Coupe du Monde de football : un rayonnement quasi-insolent vis à vis de ses voisins du vieux continent.
Même la récente démission du Président Horst Köhler n'aura pas terni une aura de succès sur de nombreux plans pour l'Allemagne. Corroborés il est vrai par des indicateurs économiques au beau fixe (si l'on se réfère aux indices de production industrielle et du commerce extérieur).

L'on ne saurait interpréter le football et ses résultats comme une grille d'analyse géopolitique des puissances du moment (sans quoi les Etats-Unis ou la Chine seraient bien plus souvent présents dans les phases finales de telles compétitions), en revanche si je décline aussi les effets de ce sport en tant que vecteur idéologique, je les prends volontiers en considération comme miroir d'une appréciation du moi collectif. Ainsi, le cas de l'Allemagne amène par ses différentes démonstrations explicites (déjà en 2006 lors de la Coupe du Monde organisée à domicile) à comprendre que le pays s'est libéré de la lourde chape de plomb du repentir systématique et de la discrétion obligatoire dans la victoire en laissant désormais exprimer son contentement et son amour de la patrie.
L'Allemagne est décomplexée qu'on se le dise, de même qu'au niveau militaire (bien qu'usant de moult précautions oratoires, sauf pour le cas de l'ex-Président de la République Fédérale) où elle s'était autorisée  à envoyer des troupes pour assister la coalition en Afghanistan (FIAS / ISAF), sous des motifs d'entraide dans la lutte contre le terrorisme certes mais en rompant avec son credo intagible depuis la fin de la Seconde Guerre Mondiale de ne se servir de ses troupes armées que sur le sol national. 

De l'autre côté du Rhin l'on se porte comme un charme, on le fait savoir y compris à l'étranger par une diplomatie active. Un exemple symptomatique : la chancelière a opté pour une approche plus pragmatique depuis longtemps vis à vis des pays de l'Est, Russie en tête, alors qu'elle n'avait pas été avare de termes peu amènes au début de son premier mandat vis à vis de cette dernière. Désormais, l'Allemagne tient à se placer comme l'interlocuteur Européen privilégié des occupants du Kremlin. En somme, elle fait donc fi de son profil bas d'après-guerre, et n'hésite pas à outrepasser le rôle autrefois traditionnellement échu à la France dans ce domaine au sein de l'Europe.

Pour redescendre sur la pelouse, si l'Allemagne ne ravit pas encore autant de coeurs pour les amoureux du ballon rond que le Brésil ou l'Espagne, bien peu d'aficionados oseraient lui contester une réelle efficacité fruit d'une somme d'individualités au service de la collectivité. Une belle leçon de football pour les équipes bling-bling n'ayant fait qu'un petit tour durant ce mondial...

MAJ Bien qu'éliminée en demi-finale après un match de non-jeu assez étrange de la part de la Mannschaft, cette dernière a ravi la troisième place (méritée) du podium en mettant fin aux ambitions des Uruguayens. Et dernière satisfaction, en voyant Thomas Müller récompensé par le titre de meilleur jeune joueur de ce tournoi.

jeudi 1 juillet 2010

La cybergénération prendra le pouvoir

Chers visiteurs,

J'avais déjà ébauché le thème présent au sein d'un article ayant fait office de brouillon (et non un article brouillon, enfin je l'espère).
Je désirais bien entendu expliciter postérieurement mes propos qui demeurent contemporains tant l'incompréhension semble s'installer et perdurer. Ce qui n'est aucunement un gage de stabilité à terme tant la fracture se creuse entre ceux, une oligarchie endogamique, désirant conservant leur situation acquise et les autres, une population créative et dynamique, désirant accompagner les bienfaits de ce progrès technique.
J'admets que mon analyse est particulièrement incisive voire vindicative, elle n'est cependant que la résultante d'une litanie de mesures vexatoires ou incongrues qui n'arrange en rien l'image du monde politique en dépit de la volonté de quelques bonnes et sincères personnalités trop esseulées en son sein.


Article paru sur Agoravox le 28 octobre 2009

Il est possible de mesurer l’importance d’une personne comme d’une technologie à l’admiration et la crainte qu’elles suscitent. Or, l’ère Gutenberg semble faire place irrémédiablement à l’ère numérique avec l’avènement des nouveaux réseaux d’information et de communication. Cette révolution qui a déjà bouleversé nos habitudes, ne va pas sans modifier fondamentalement les schèmes de pouvoir, provoquant une crispation des élites en place, celles là même qui de profits cyniques en privilèges exorbitants en sont venues à mériter le statut de parasites de la République. Les frelons ont investi l’industrieuse ruche républicaine, et non content de se délecter carnassièrement de ses occupants en viennent désormais à la saccager. C’est ici qu’interviennent les vigies numériques qui du rôle d’observateurs pourraient bien se retrouver propulsées au rôle d’acteurs.

La génération Internet, combien de divisions ?
 
Eclaircissons au préalable un point particulier qui ne saurait relever du simple détail : lorsque l’on fait mention de génération Internet, elle ne saurait être réduite à une fallacieuse restriction de classe d’âge. Il est néanmoins possible de dégager une tendance lourde où la majeure partie des Internautes auraient entre 20 et 40 ans [1], encore faut-il dissocier espaces communautaires et blogs où le différentiel semblerait plus accentué (les espaces communautaires nécessitant effectivement certaines connaissances acquises par la formation ou l’expérience puisque confrontées à la critique avisée d’autres participants).

L’un des aspects les plus prégnants des diverses études menées est que cette population dispose d’un niveau souvent intellectuellement et/ou professionnellement élevé. Ce qui n’est pas sans conséquence dans une société où l’ascenseur social stagne voire repasse aux étages inférieurs, où une frange conséquente de jeunes diplômés sont condamnés à la précarisation et à l’incertitude de leur avenir, et où des cadres du public comme du privé, insérés eux dans la vie active, sont maintenus dans une pression permanente de stress pouvant les amener à des actes irrémédiables sans avoir la certitude que leur progéniture bénéficiera du fruit de leur labeur. Foncièrement critiques envers la société, ces utilisateurs/producteurs du cyberespace sont porteurs d’une autre vision sociale comme créateurs de contenus ne rentrant guère dans le moule de la société consumériste contemporaine.
 
Encore en phase de gestation plus ou moins prononcée, il n’en reste pas moins que le « poids » de cette génération est d’ores et déjà pris en compte par les responsables politiques et économiques [2]. Car si chaque Internaute n’est pas un producteur de contenu, il est en revanche souvent relayeur de celui-ci, formant une chaîne où l’un de ces relais peut se muer à son tour en producteur. De fait, la réputation d’une marque ou d’une personne publique peut facilement être ébranlée ou encensée par les nouveaux médias des masses : c’est d’ailleurs cette prise de conscience par les autorités qui les incitent à vouloir transformer Internet en un simple espace régulé à vocation purement commerciale ou suffisamment aseptisé pour le rendre inoffensif : c’est que je nomme la minitélisation d’Internet.
 
Car Internet bouleverse le monde, et en principale ligne de mire les élites politico-économico-médiatiques, celles-là mêmes qui évoquent sans relâche l’ouverture au monde et la flexibilité (sans en connaître les affres, ce qui est tout de même fort pratique) tout en craignant de perdre le monopole du pouvoir. Pouvoir considéré comme un bien personnel transmissible à leur descendance tant le concept de reproduction endogamique sociale est dorénavant poussé à son paroxysme dans une majorité de pays occidentaux.
 
La France mais aussi ses partenaires Européens n’ont aucunement compris ce qui se passait sous leurs pieds : entre autres exemples, l’émergence de Partis Pirates Internationaux, à commencer par la Suède où une décision inique d’une institution judiciaire mit le feu aux poudres, est symptomatique qu’une prise de conscience globale est en train d’émerger et que la dépossession du cyberespace par ses acteurs est devenue un objectif patent pour les autorités institutionnelles et les groupes privés influents. Seulement comment stopper une entité organique ? Internet croît avec sa grappe d’innovations, et ne cesse de déjouer les prévisions en créant de nouvelles façons d’évoluer en son sein. Là où les élites pensent affronter un outil froidement mécanique et centralisé, ils font face en réalité un univers vivant capable de trouver à chaque problème une solution par l’action de l’intelligence collective. Les moyens d’action préalablement employés avec réussite à l’encontre des mass media deviennent entièrement caducs concernant Internet.
 
Ces mass media qui ont pour fonction désormais non d’informer mais de relayer ce qui est permis sans recul critique nécessaire. La différence sémantique est d’importance car leur docilité obtenue par la pression comminatoire ou l’octroi de subsides destinés à soutenir leur activité vacillante avec en sus le soupçon récurrent de collusion entre le monde politique et journalistique, fruit de liaisons dangereuses, est une stratégie qui se veut permanente au profit d’une personne physique comme d’un groupement politique qui eux-mêmes peuvent être foncièrement perméable à des intérêts privés et/ou communautaristes puissants. Instructif de relever que les mass media tout en vilipendant de temps à autre ce nouveau moyen de communication à travers toutes ses ramifications technologiques, usant de propos réellement condescendants et blessants par ses plus éminents représentants, en viennent de façon désormais chronique à réagir à la suite de bourdonnements (appelés aussi buzz) émanant de ce dernier.
 
Seul hic : le média des masses qu’est Internet permet l’échange, la comparaison et la multiplication des angles d’un sujet ou d’une situation. Difficile dans ces conditions de pouvoir tromper tout le monde, difficile de viser un individu en particulier à seule fin d’enrayer la propagation d’une information pouvant être dupliquée à l’envie. Les solutions ébauchées par les gouvernements faisant l’objet de la seconde partie du présent article dont je vous invite à en prendre connaissance.
 
Contrefaçon, terrorisme, pédophilie : le triptyque gagnant pour « détruire » Internet
 
Pour mener une guerre dans les démocraties modernes, il convient de se parer du rôle du défenseur animé des plus nobles intentions. Le panel de notre époque est bien établi et permet de rallier un maximum de partisans : la pédophilie (qui voudrait que l’on s’en prenne à ses enfants ?) ; la contrefaçon (qui voudrait que son labeur ne soit aucunement rémunéré à sa juste valeur ?) ; le terrorisme (qui voudrait perdre la vie suite à une action meurtrière d’un fanatique ?) sont les trois épouvantails autorisant les sociétés occidentales à renier les principes humanistes ayant libéré antérieurement la connaissance et les peuples.
 
Il a souvent été énoncé qu’Internet était un espace de non-droit par les zélateurs de lois intrusives comme souvent inefficaces, devenant le cas échéant le parfait adjuvant d’une démocratisation de solutions de cryptage rendant la tâche des services de surveillance et de sécurisation des intérêts nationaux encore plus ardue. Ce paralogisme illustre à merveille la méconnaissance d’une part de l’applicabilité des règles juridiques, et ce faisant de la capacité d’interprétation des magistrats ainsi que du rôle de la jurisprudence, comme d’autre part un acharnement qui participant à l’inflation législative et à la difficile compréhension de la Loi par le citoyen. Il y a aussi une part conséquente de sophisme, en ce sens que les responsables à l’origine de mesures législatives poursuivent d’autres buts que ceux annoncés, et visent à circonscrire soit les effets d’Internet en aval (en touchant ses utilisateurs), soit à le neutraliser en amont (par l’entremise d’une coupure de l’abonnement ou d’un filtrage aux frontières) [3].
 
Pourtant les élites devraient se méfier car en procédant d’une telle sorte elles amorcent une cyberguerre dont elles ne mesurent que difficilement les conséquences à terme. Elles censurent un outil qui a libéré la créativité, relayé l’innovation au profit de tous et apporté un souffle bienvenu à l’économie traditionnelle au moment où celle-ci peinait. En stigmatisant toute une frange de la population par des mesures vexatoires ou des ponctions fiscales inadaptées et injustifiées, elles n’aboutissent pas à se priver uniquement d’apports humains essentiels à la bonne marche et au rayonnement d’un Etat : elles poussent à l’incompréhension, la frustration et enfin à la révolte.
 
Or c’est affronter là un adversaire sur son propre terrain, et qui saura apprendre à évoluer plus vite et plus efficacement que les esprits rétifs à l’avènement d’une nouvelle ère [4].
 
L’ère numérique, le souffle d’un changement nécessaire
 
Il faut vraiment profiter à plein du système pour ne plus rien y voir en dehors. L’exemple Français en est symptomatique par l’aveu d’un régime désormais ouvertement clanique et non plus méritocratique. L’absence d’alternative réelle d’un système rodé pour ne conserver que l’illusion que le peuple a encore une quelconque importance à ses yeux est efficient à des degrés plus ou moins divers au sein des pays occidentaux. Ces sommets aux coûts ahurissants entre gens du même monde pour discuter de l’avenir de millions de personnes sans changer pour autant de conduite sont l’exacte démonstration que le système tourne en roue libre et n’a aucunement pour objectif une quelconque amélioration et élévation au profit du plus grand nombre.
 
La génération Internet est par conséquent légitimement appelée à prendre les rênes de pays aux mentalités sclérosées et aux schémas d’action et de pensée dépassés par les évènements. Les régimes oligarchiques occidentaux ayant failli dans leur mission de former et protéger les citoyens : se contentant de les transformer en consommateurs tout en éviscérant sciemment toute notion de solidarité à seule fin de les contrôler. Le déclassement social, les abus des autorités et leurs affidés, les restrictions unilatérales, la fatuité et l’égoïsme des puissants, la violence gratuite par manque de repères sociaux et de juste autorité, l’omniprésence d’une économie rentière ne peuvent que donner lieu à un besoin de changement : la génération Internet EST ce changement.
 
Innovation, infrastructures, investissements et institutions doivent devenir les mots clefs d’une génération ayant pour principale tâche de construire l’avenir et non de ponctionner jusqu’à épuisement le miel de la ruche à son seul profit. C’est un défi d’importance, mais le plus noble de tous.

 

[2] Cf Emission Ca se dispute du 24 octobre 2009 entre Eric Zemmour et Nicolas Domenach. Rajoutons que les réseaux sociaux disposent d’un rôle de premier plan, débordant parfois du strict cadre virtuel pour aboutir, entre autres exemples, aux flash mobs à connotation activiste.
[3] L’Allemagne a adopté une loi en juin 2009 (Gesetz zur Erschwerung des Zugangs zu kinderpornographischen Inhalten in Kommunikationsnetzen), véritable réplique Européenne de celle déjà en vigueur en Australie depuis octobre 2008 visant à « protéger » les Internautes en établissant un filtre sur le réseau des réseaux (Cyber safety Plan).
[4] A l’heure où les hérauts de textes législatifs font étalage de leur incapacité à comprendre la véritable nature d’Internet, perçue à leurs yeux comme un ensemble centralisé, comment leur expliquer que l’avènement prochain du WiFi Direct va encore accélérer l’impossible contrôle total des flux d’informations ?