mercredi 16 juin 2010

Forum Economique de Saint-Pétersbourg 2010



On ne change pas une tactique qui marche, c'est vrai pour les sports collectifs, ça le demeure aussi dans le domaine économique : ainsi se tiendra la nouvelle édition du Forum Economique de Saint-Pétersbourg (Петербургский международный экономический форум) du 17 au 19 juin de cette année.

Comme toujours grands noms du secteur industriel comme des services cotoieront les grands noms politiques et tenteront de dégager des lignes claires d'entente pour accroître et sécuriser les investissements comme les partenariats entre les divers participants privés et publics.

Ce rendez-vous existant depuis 1997 n'aura aucunement décru en intérêt comme en participants. Particularité de cette année, et conséquence de l'année croisée France - Russie, la France sera l'invitée d'honneur de la présente édition : un titre accordé pour la première fois de l'existence de cet évènement annuel.

Seront évoqués les habituels partenariats, avec une attention particulière sur les échanges russo-indiens cette année, de même qu'une supervision de l'état de la finance mondiale après la crise (encore faudrait-il s'entendre quant à savoir si la crise est réellement terminée et si elle ne va pas se métastaser ailleurs et sous des formes diverses, comme sociale par exemple, les banques ayant été sauvées uniquement parce que leurs avoirs douteux ont été récupérés par le denier public aggravant de fait les dettes Etatiques). Des ateliers de réflexion auront aussi lieu sur le financement du cinéma, des secteurs innovants comme de l'agriculture et du système éducatif. Comme on le constate le panel est large mais cohérent et entièrement lié à la bonne marche d'une économie. A signaler qu'en cette période chaude de Coupe du Monde, il y sera même discuté des aspects économiques et organisationnels d'un tel évènement : une approche loin d'être anodine ou badine puisque Sotchi accueillera les Jeux Olympiques en 2014, et sera de fait confrontée aux mêmes problématiques que lors d'une compétition majeure de football.

dimanche 13 juin 2010

Cyberstratégie et géopolitique


Il est vrai que parfois l'on pourrait se demander en quoi la cyberstratégie serait impliquée dans le mouvement de la tectonique des plaques géopolitiques ? 
L'éluder ce serait se méprendre quant à son application : la cyberstratégie tout comme l'économie se déclinant au niveau micro comme macro.
Micro : modalités d’action impliquant principalement les interactions entre différents acteurs privés ou publics du moment que ceux-ci n’atteignent pas une taille critique susceptible d’influencer les décisions étatiques.
Macro : modalités d’action impliquant les opérations d’envergure entre acteurs étatiques ou privés d’importance sur la scène nationale et/ou internationale.

C'est dans ce contexte que sortent enfin des cartons des projets de cyberagences étatiques, bien que l'activité soit effective depuis longtemps quand bien même n'osait-elle pas se manifester en plein jour (et restant de ce fait feutrée pour certaines entités au potentiel humain suffisamment qualifié pour mener des opérations d'envergure dans le monde).

Il serait erroné cependant de n'y percevoir que la main de structures participant aux grandes délibérations de ce monde : erreur puisque des réseaux privés sont susceptibles d'attester d'activités cyberstratégiques. A portée nationale, régionale comme mondiale.
Leur décentralisation ne saurait être considérée trop hâtivement comme une faiblesse, au contraire les techniques de télécommunications à notre époque permettent de faire de chacun des membres de telles organisations un capteur comme un émetteur. Si certains projets demandent une préparation d'envergure, elle peut fort bien s'opérer parle truchement d'une cellule non obligatoirement réunie dans le même espace géographique et uniquement pour une durée temporaire. L'on imagine sans peine la difficulté pour les officines gouvernementales habituées à juguler des menaces de groupes à l'organigramme centralisé à surveiller puis empêcher les agissements d'associations si peu préhensibles.

Qui plus est, ce schéma est établi dans une optique très simple, voire basique. En effet, il est tout à fait concevable et réaliste que des groupes actifs sans lien préalable entre eux arrivent rapidement par des échanges à nouer une alliance de circonstance jusqu'au terme d'un objectif rempli ou manqué. Ce qui peut aboutir au transfert d'informations secondaires ou cruciales à une aide technique jusqu'à une participation en parallèle ou jointe.

Maintenant rajoutons une couche supplémentaire de complication en évoquant la possibilité pour un ou des Etats de s'immiscer subrepticement au sein du jeu de ces acteurs non-étatiques dans un but favorable à son/ses intérêt/s national/aux. Soit par l'intermédiaire d'un apport direct clairement affiché à l'égard du partenaire (mais non rendu public toutefois) soit par l'intermédiaire d'une autre structure créée ad hoc mais dépendant directement de l'Etat fondateur (le lien étant le plus généralement masqué à tous, y compris au partenaire, sous cette perspective).

L'incroyable essor de l'informatique ainsi que des télécommunications depuis près de 30 ans ne peut que donner naissance à des problématiques nouvelles qui nécessiteront des réponses à l'aune de cette (r)évolution. Et la géopolitique n'échappera pas à la donne nouvelle puisqu'elle ne saurait de nos jours se cantonner à la délimitation physique des espaces terrestres, maritimes et aériens, devant prendre en considération la nébuleuse du cyberespace. Toute action micro ou macrocyberstratégique devant désormais se calculer sur deux plans interagissant l'un avec l'autre : réel et virtuel.

Après le premier vol réussi des frères Wright à Kitty Hawk, l'un d'eux, Orville, aurait déclaré : When my brother and I built the first man-carrying flying machine we thought that we were introducing into the world an invention which would make further wars practically impossible.
Au regard de ce qui se déroula pendant les guerres successives où le rôle de l'aviation fut de plus en plus conséquent, il faut par voie de conséquence bien se garder d'émettre un quelconque pronostic quant au devenir de toute introduction technologique dans le monde des hommes.
La cyberstratégie est encore une activité aux contours mouvants, dû principalement à l'expansion continue des fruits de la grappe d'innovations connexe à l'émergence d'Internet. Pour autant l'on perçoit de plus en plus manifestement le sentiment que c'est un nouvel univers qui s'ouvre, avec des territoires apparents, d'autres inconnus, d'autres disparus et d'autres sous-entendus. Et chaque jour qui passe rend les individus plus dépendants des nouveaux moyens de télécommunications modernes, et rend indispensable la nécessité de conceptualiser et d'organiser les actions ou contre-actions dans ce nouvel univers. Nous voilà prévenus.

En  complément du présent billet, il est recommandé de se replonger dans l'ouvrage de Solveig Godeluck intitulé Géopolitique d'Internet aux éditions La Découverte.

Un numéro relativement intéressant de l'émission Le dessous des cartes / Mit offenen Karten. Avec cependant le regret qu'il se consacre un peu trop sur d'une part la cybercriminalité (bien qu'elle ne soit aucunement à lénifier mais sans s'y cantonner) et d'autre part sur le réseau des réseaux, Internet (le cyberespace déborde de ce seul medium, comme l'explicite fort bien l'allié technostratège Charles Bwele au sein d'un graphique très explicite provenant de cet article relatif à la cyberdissuasion).


vendredi 11 juin 2010

Android wins... or maybe soon


Les amateurs de smartphones le savent très bien, Apple règne en maître sur ce créneau chez les technophiles avec son fameux iPhone (bien qu'en terme de ventes brutes, le Blackberry de la firme RIM est en tête des parts de marché), et souhaite accentuer ou à tout le moins conserver sa domination avec l'annonce il y a quelques jours du modèle 4.
Cependant, et malgré toute la force de marketing de la firme de Cupertino, un secteur lui échappe nolens volens : celui des systèmes d'exploitation, ou operating system en bon anglois. Si iOS est le fruit d'une longue maîtrise d'Apple dans cette branche très particulière et centrale (la très bonne stabilité de Mac OS X fut une base des plus engageantes), Google en revanche ne pouvait partir que de rien. Il aurait été possible pour cette compagnie née de la révolution Internet de se lancer dans sa propre conception d'OS : une option tout à fait envisageable au vu de l'aisance financière de ladite société. Seulement ça aurait été se heurter à deux problèmes majeurs : la rapidité d'élaboration (un OS demande énormément de temps homme quant à son élaboration) et la fiabilité par des tests incessants (le défaut de stabilité fut une tare souvent assénée par les détracteurs des produits Microsoft).
Alors restait à choisir une deuxième option : favoriser l'intelligence collaborative (collaborative intelligence) autour d'un noyau qu'était Android (système Linux en réalité). Et bien évidemment y faire converger toutes les ressources logicielles made in Google comme le serveur de messagerie Gmail, la plate-forme de vidéos en ligne Youtube ou encore le site de géolocalisation Google Maps.

Cette deuxième option semble être devenue payante puisqu'Android s'est attiré la reconnaissance des professionnels comme des utilisateurs, grâce à sa diffusion par le constructeur Taïwanais HTC (à ce propos, HTC a acquis Abaxia, la société Française dont je parlais récemment). La communauté de l'Open Source est bien évidemment aux anges puisqu'il est permis non seulement de participer activement à ce grand projet, mais d'en être en sus récompensé! Comme l'atteste les deux éditions de l'Android Developer Challenge. Un concours utile sur plusieurs plans puisqu'il permet : 1) d'encourager des applications de qualité 2) de donner au catalogue Android de l'épaisseur 3) de s'aliéner une communauté active et d'y dénicher d'éventuels programmeurs de talent.

Précisons qu'en mai dernier une polémique a éclaté entre partisans d'Android et d'iOS sur le résultat d'une étude menée par MarketWatch relatif au dépassement  de l'iOS (21% du marché US) par celui d'Android (28%) pour le 1er trimestre 2010. Polémique qui n'aurait pas lieu d'être si une certaine réalité quant à la pénétration sur le marché des mobiles n'était réelle pour le petit protégé de Google.
Extrait : According to the study, the Android OS -- developed by Google Inc. (GOOG 484.10, -2.91, -0.60%) -- ended the period with a domestic market share of 28%. That's up from about 20% in the December quarter, and is due mostly to strong sales of handsets such as the Droid and Droid Eris at Verizon Wireless (VZ 28.46, +0.12, +0.42%), according to the report.
S'il est vrai que BlackBerry OS et Symbian sont toujours devant les deux larrons, ceux-ci par leur puissance marketing et initiatives technologiques progressent très rapidement, rognant chaque mois de nouvelles parts de marché à ces OS.

Tous ceux qui emploient régulièrement des applications Google et/ou qui apprécient de personnaliser leur environnement de télécommunication seront bien évidemment enclins à choisir Android plutôt qu'un iPhone. Cependant, et en dépit d'une politique de diffusion fort arbitraire, le nombre d'applications sur le produit d'Apple demeure largement supérieur à ceux pouvant être employés sous Android. Est-ce un retard pouvant être rattrapé par les développeurs sous cet OS? Et ce sans rogner sur la qualité desdites applications? A suivre...

La version actuelle est la 2.2 (baptisée Froyo) tandis que la version 2.3 est attendue pour le quatrième trimestre de cette année (sous l'appellation Gingerbread).

mercredi 9 juin 2010

Poignée de mains par dessus la mer noire

Chers visiteurs,

Certains d'entre vous pourraient être surpris par l'article suivant en relevant qu'il est très proche de celui qui fut publié fin 2008 sur Agoravox. La raison en est fort simple et je vous la livre : le thème du mois de mars était la Turquie sur Alliance GéoStratégique, et ce fut une occasion rêvée pour remettre à jour mon analyse datant de plus d'un an et dont la survenance de certains évènements ne m'avait que conforté dans cette vision d'un rapprochement significatif entre les deux entités.

Ce faisant, et c'est un point que l'allié Mars Attaque a souligné corroboré par le dernier écrit d'ActuDéfense, les relations turco-israéliennes sont au plus bas, pour ne pas dire au bord de la rupture avec le dernier évènement naval récent au large de Gaza qui impliqua de nombreux militants Turcs. Une évolution géopolitique majeure dans cette région explosive qu'est le Moyen Orient. Ces yeux doux en direction de la Russie et le refroidissement des relations avec l'Etat Israëlien obéit à une rédifinition de la politique régionale de la part des autorités d'Ankara, comme l'illustre ce billet de Jean-Baptiste Beauchard explicitant le retour de la Turquie sur des territoires autrefois possession de l'Empire Ottoman.

Article paru sur Alliance GéoStratégique le 19 mars 2010

Le récent et vacillant réchauffement des liens turco-arméniens, consacré par les accords de Zürich du 10 octobre 2009 devant être ratifiés par les parlements nationaux respectifs entre de plain-pied dans la géopolitique de la Mer Noire. Si les temps changent, les positions stratégiques aussi, et il n’est pas improbable que Turcs et Russes en arrivent à dégager un front commun pour s’assurer d’une stabilité régionale favorable non seulement au commerce mais aussi à la pacification des rivalités interethniques.

Si ce scénario devait être confirmé les mois et années à venir, il ne manquerait d’interagir avec la politique étrangère de l’Union Européenne, et ce, sur les plans politiques comme énergétiques.

L’éternelle candidate Européenne

La Turquie est en effet une très ancienne connaissance des chancelleries européennes. Depuis 1959 pour être exact lorsque les autorités turques posèrent officiellement le dossier de candidature de membre associé sur le bureau de la CEE (Communauté Economique Européenne) de l’époque. Il lui fallut cependant attendre octobre 2005 pour que débutent les négociations d’adhésion en tant que membre à part entière par la Commission Européenne.

Les tergiversations diplomatiques qui avaient autrefois retardé l’éventualité d’étudier le dossier turc ne cessèrent pas pour autant après cette date clef puisque certains hommes politiques nationaux de premier plan exposèrent leur réticence à voir la Turquie rentrer dans les instances européennes.

Les raisons de ces atermoiements nécessiteraient une longue étude qui n’est pas le propos de cet article, sans omettre qu’ils ne sont pas tous clairement énoncés, comme le poids démographique qui modifierait singulièrement la répartition des eurodéputés par pays en vertu du Traité de Lisbonne et le principe de proportionnalité dégressive. Il faut surtout retenir que la patience des responsables turcs a été repoussée très loin bien que ces derniers aient effectué des efforts manifestes en vue d’un rapprochement avec l’Europe, intégrant dans leur droit national de nombreuses références communautaires (ce que l’on nomme juridiquement l’acquis communautaire, l’un des trois critères de Copenhague) afin de se rapprocher le plus possible des exigences en la matière. La tergiversation est d’autant plus étonnante et difficilement compréhensible, si ce n’est pour retarder l’inéluctable aveu aux peuples européens, que les aides de l’Union de 2002 jusqu’à 2013 aboutissent au coquet total de 6 milliards d’euros à travers les programmes APT (aide de pré-adhésion pour la Turquie) puis IAP (instrument d’aide de pré-adhésion) depuis 2007.

Or, l’Europe doit en outre prendre en grande considération un facteur de prime importance : l’approvisionnement énergétique !

La Turquie, partenaire énergétique incontournable

Dans le jeu géoéconomique du maillage des réseaux de distribution d’énergie, la Turquie se place assurément en première ligne. Le projet Nabucco, déjà évoqué au sein d’un autre article, est une pièce maîtresse de la volonté d’indépendance en matière d’approvisionnement de gaz pour le vieux continent.

Signalons utilement que la Turquie dispose d’une voix prépondérante quant aux décisions stratégiques y étant liées et qu’elle n’a pas manqué de s’en servir à l’encontre de Gaz de France en début d’année. Officiellement en réponse au vote des parlementaires hexagonaux en faveur de la reconnaissance du génocide Arménien [1]. Echaudé par le refus infligé à GDF Suez, EDF a préféré nouer pour sa part un partenariat avec South Stream en lieu et place de Nabucco. Et la Turquie en est une fois sortie grand vainqueur puisque le tracé initialement à destination de la Bulgarie s’orientera désormais sur son territoire pour pallier la défection des autorités Bulgares qui ont préféré opter pour Nabucco.

Car Nabucco est LE projet d’avenir supporté à bout de bras par plusieurs pays européens, et en sous-main par les instances bruxelloises, afin de contourner la mainmise russe sur l’acheminement énergétique à destination de l’Europe. Encore que les avis de spécialistes diffèrent quant à l’approvisionnement continu et suffisant pour alimenter le vieux continent puisque l’Azerbaïdjan à lui seul ne pourrait fournir suffisamment de mètres cube par an (31 milliards selon les voeux des défenseurs du projet) et en outre, l’accord du Turkménistan n’est pas encore acquis (les négociations traînant en longueur depuis 2008). L’Iran serait une solution envisageable de par ses richesses gazières, classé quatrième exportateur mondial, toutefois ce choix se heurterait inévitablement au veto américain comme Israélien.

Günther Oettinger, commissaire européen à l’Energie, a très récemment surpris nombre d’observateurs en proposant le soutien de son institution au projet de Gazprom moyennant le respect de certaines conditions tout en débloquant peu après 200 millions d’euros de financement par la Commission de Bruxelles en faveur de Nabucco. L’on ne peut que se permettre de conjecturer sur cette politique peu amène à rassurer les investisseurs.

En terme de richesse pétrolifère, difficile aussi de passer sous silence le fameux tracé Bakou-Tbilissi-Ceyhan (BTC) qui défraya grandement la chronique il y a quelques mois lors du conflit Géorgeo-Russe. La peur d’une perte d’approvisionnement via cet oléoduc rendit les occidentaux particulièrement nerveux pendant et après la guerre [2]. La Turquie, outre son investissement financier, sait pertinemment que le long transit (1 076 kilomètres) sur son territoire ainsi que le terminal portuaire de Ceyhan lui confère un poids déterminant vis-à-vis de l’Europe et des Etats-Unis.

Pour finir, et toujours dans le domaine des pipelines, précisons que le tracé Samsun-Ceyhan permettra de relier la Mer Noire à la Méditerranée, offrant une alternative séduisante aux pays riverains dans le cadre de futurs prolongements du réseau.

On imagine dès lors sans peine ce qu’il pourrait advenir si la Turquie devait ébaucher un rapprochement ferme avec la Russie à plus ou moins brève échéance.

Géopolitique-fiction ? Pas si sûr…

Entre désappointement et nouvelle donne géopolitique

Des cartes ont en effet été abattues ces derniers mois, et elles n’ont guère été favorables aux alliés occidentaux de la Turquie.

Tout d’abord il faut souligner que sitôt l’effondrement de l’URSS, la Turquie s’est avisée de prendre rapidement contact avec d’anciens pays de l’ex-Union Soviétique, à commencer par les républiques turcophones dont les liens culturels apparaissent patents. Ainsi l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Turkménistan (et un peu plus loin à l’est, les Ouïgours du Xinjiang en territoire Chinois) bénéficièrent d’un intérêt marqué par les autorités d’Ankara. Ce panturquisme fut une forme de soft power de la part des héritiers de Mustafa Kemal et eut des résultats mitigés puisque Moscou, un temps affaiblie, amorça un contrôle plus renforcé de son proche étranger. Ce qui n’empêcha pas pour autant Recep Tayyip Erdogan, Premier Ministre turc, d’énoncer pendant le Congrès de Bakou de 2007 la création d’un secrétariat général permanent des chefs d’États turcophones [3].

Cependant, le retour en force de la Russie sur la scène internationale soit par ses coups financiers (introduction au sein du capital d’EADS, tentative de rachat d’Opel), industriels (lancement du nouveau jet d’affaires moderne Sukhoï Superjet 100), militaires (réponse à l’agression géorgienne en Alanie du sud) ou diplomatiques (resserrement des liens avec les Etats les plus influents de l’Union Européenne après le refroidissement des relations à l’été 2008) donna à la Turquie à réfléchir tout en l’incitant à réorienter ses priorités. Avec d’autant moins de remords que la porte de l’Europe ne s’était pas plus entrebaillée qu’auparavant et qu’elle pouvait se permettre de lorgner vers d’autres horizons. Ajoutons en outre que la Russie était devenue au fil du temps un partenaire commercial de premier plan pour le pays [4], ce qui était et reste une donnée à prendre conséquemment en compte en matière diplomatique.

Ainsi,dès le 8 septembre l’année 2008, Russes et Turcs se sont entendus pour envisager une plateforme de sécurité et de stabilité dans le Caucase. L’initiative avait déjà été évoquée quelques semaines auparavant à Moscou en liaison avec Ankara, prouvant par là l’intérêt réel qu’elle suscite de part et d’autre de la Mer Noire. Le 18 novembre de la même année, le ministre russe de la défense, Anatoli Serdioukov, n’a pas tari d’éloges sur les velléités de la Sublime Porte de s’immiscer dans le jeu caucasien à l’issue d’une rencontre avec son homologue turc, le tout en confirmant avoir établi les bases contractuelles de cette coopération.

Plus récemment encore, le 5 mars 2010, le ministre turc des Affaires Etrangères Ahmet Davutoglu a donné un satisfecit à la Russie pour sa bonne volonté dans le réglement des conflits et la coopération bilatérale, une façon de préparer le terrain diplomatique pour la prochaine venue du Président de la Fédération de Russie en mai à Ankara après la rencontre en janvier à Moscou entre le Premier Ministre turc Tayyip Erdogan et le président russe Dmitri Medvedev. Cette dernière visite fut par ailleurs d’importance puisqu’elle fut le prélude à une négociation visant à la fin très prochaine du régime des visas pour les ressortissants des deux États : un rêve inaccessible pour les Européens du fait du veto inflexible polono-lituanien et de l’alignement réclamé sur les coûteux passeports biométriques.

Plus prégnant encore, un haut responsable du parti au pouvoir, l’AKP, a très clairement et surtout publiquement déclaré vouloir la signature d’un nouveau Yalta en Europe avec la formation d’un glacis territorial propre à apaiser les inquiétudes Russes portées à leur pinacle lors des velléités américaines d’installer un bouclier antimissile en République Tchèque et Pologne [5]. Les propos étaient sans trop de fard destinés à complaire au Kremlin. Et il put d’autant plus se le permettre que l’OTAN gela l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine en décembre 2008, proposant un statut iconoclaste (MAP pour Membership Action Plan) ayant surtout pour objectif de rasséréner Moscou et ne pas détériorer davantage les relations entre elle et l’organisation militaire.

De plus, la question du Haut-Karabagh implique pour la Turquie, alliée de l’Azerbaïdjan, et la Russie, alliée de l’Arménie à s’entendre de façon profitable afin de réchauffer les liens entre les différentes parties au conflit. A ce titre, l’Azerbaïdjan pointée du doigt par l’Occident pour avoir fait avorter une tentative de révolution de couleur lors des élections de 2005, s’est rapprochée ostensiblement de l’orbite de Moscou ces dernières années. Les intérêts convergent comme il est permis le relever.

L’axe de la Mer Noire ?

L’Histoire a souvent été conflictuelle entre l’Empire Tsariste et l’Empire Ottoman, et froidement neutre tout au long de l’époque soviétique. Il parait surprenant par voie de conséquence de constater un net réchauffement entre ces deux pays. Loin d’être un épisode international éphémère, les signes continus donnés de part et d’autre des capitales laissent entendre qu’il existe désormais une réelle volonté de partenariat et de partage d’influence régionale.

Si cet axe devait se formaliser à l’avenir, il aurait une grande probabilité de trouver son substrat dans la défiance à l’égard des Occidentaux et rendrait caduc toutes les tentatives d’indépendance énergétique de ces derniers à l’égard de la Russie. Le tout en compliquant la présence et l’approvisionnement Européens dans les territoires d’Asie Centrale qui ont déjà commencé à négocier avec la Russie et la Chine l’acheminement de leurs ressources naturelles [6].

Sur ce plan, Moscou peut se vanter de reprendre tout doucement la main après sa mise à l’index lors des évènements du Caucase en août 2008. Son opportunisme mâtiné de réalisme pourrait se révéler autrement plus payant que les vociférations inconséquentes de certains chefs d’États européens ces dernières années. Dans le grand jeu géopolitique de l’après-crise, la Russie et la Turquie escomptent bien y faire entendre leur voix en devenant incontournables à la croisée des chemins énergétiques et diplomatiques.



[1] Il n’est pas interdit que conjecturer que d’autres raisons, économiques et/ou techniques, aient pu jouer en faveur de l’éviction de la candidature de Gaz de France. L’arrivée de l’Allemand RWE ayant été notoirement supportée par la Turquie depuis longue date. Reste toutefois à savoir si ce choix fut le plus judicieux du fait de l’abandon forcé par ce groupe de son réseau gazier.
[2] Et ce d’autant plus que les principaux groupes pétroliers occidentaux (BP, Total, Chevron, ENI/AGIP…) forment la majorité de l’actionnariat du consortium.
[3] M. Erdogan allant encore plus loin en énonçant sa volonté de promouvoir une nouvelle langue turque commune.
[4] La Russie étant devenue le 1er fournisseur de la Turquie au détriment de l’Allemagne en 2006.
[5] Le Président Barack Obama étant revenu partiellement sur ce sujet épineux, tout en étudiant désormais l’offre d’accueil d’un établissement partiel de ce projet en Roumanie.
[6] Inauguration du gazoduc Turkméno-Chinois le 14 décembre 2009 devant approvisionner la Chine à hauteur de 40 milliards de mètres cube par an.

dimanche 6 juin 2010

Harald, le dernier héros des sagas nordiques

Chers visiteurs,

Intermède historique avec ce personnage issu du Bas Moyen-Âge qui fut le témoin comme l'acteur du crépuscule de l'ère des Vikings. Roi-mercenaire, il fut un de ces personnages haut en couleurs qui imposa sa marque non seulement en Scandinavie mais aussi au sein de l'Empire Bizantin comme en Angleterre.

Bonne découverte pour ceux qui ne connaissaient pas cette figure, et au passage vous noterez le lien avec la Rus' de Kiev.

Article sur Agoravox paru le 9 octobre 2009

Le dur regard d’Harald s’assombrit, et ne put s’empêcher d’éructer un juron : ces maudit Saxons venaient de le surprendre sur les rives du cours de la Derwent et s’avançaient d’une telle manière que leurs intentions n’étaient aucunement de lui accorder tribut et otages comme il l’avait escompté. Un bon tiers de sa force reposait à plus de vingt-quatre kilomètres de là gardant ses navires avec la majeure partie de son équipement de guerre, compliquant encore plus la tâche présente. Cependant il était Harald, Harald roi de Norvège, Harald le féroce qui avait guerroyé des fjords septentrionaux aux confins arides de l’Empire Byzantin et dont le destin avait toujours été estampillé du sceau du succès. Il lui fallait alors réagir en digne héritier des vikings qu’il était et faire face à la situation : il appela ses troupes à combattre jusqu’à la mort et se dirigea vers les forces ennemies.

Emprunter la voie des Varègues aux Grecs

Harald s’il est considéré comme l’ultime représentant d’une longue lignée de maraudeurs Scandinaves est déjà particulièrement marqué par l’environnement qui amorça la disparition lente et inexorable des Vikings (affaissement des structures claniques et disparition des rites païens), tout en conservant ces attributs qui firent de ses congénères les êtres les plus redoutés des côtes Européennes pendant plus de deux cents ans.

Le fier Harald naît en l’an 1015 dans une Norvège pénétrée profondément par le christianisme, cette religion combattue avec tant d’âpreté par ses ancêtres, et dont la mise à sac d’une abbaye sur les côtes d’Angleterre en 793 fut considérée comme le début de l’invasion Viking sur l’Europe.

Ce fut d’ailleurs en épousant la cause d’Olaf II de Norvège, futur Saint Olaf et demi-frère, que le jeune (quinze ans) nordique s’exprima pour la première fois sur un champ de bataille. Bien mal lui en prit puisque la défaite provoqua à la fois son exil comme la chute d’un parent sur le trône puisque Olaf périt lors de la bataille de Stiklarstadir en 1030 [1].

Refuge lui fut accordé dans ce pays mystérieux où deux cents ans auparavant un aristocrate Varègue [2], Rurik, fonda la première dynastie d’un immense empire appelé à jouer un grand rôle en Europe de l’Est : la Rus’ de Kiev [3]. C’est à la cour de Yaroslav (ou Jarisleif en vieux norrois) dit le Sage [4] qu’il s’emploiera par ses talents guerriers à renforcer le trône de Kiev en affrontant les Polanes qui sous la férule de Boleslas Ier étaient devenus une puissance redoutée en Europe centrale.

Son efficacité sut être récompensée à sa juste valeur puisque le souverain de Kiev lui promit à son retour la main de sa fille, Elizabeta, en guise de reconnaissance. Peut-être même Yaroslav perçut-il le destin hors norme d’un tel personnage et désira opérer un investissement pouvant rapporter quelque dividende pour l’avenir en misant sur l’un de ses généraux les plus talentueux ? L’Histoire allait lui donner raison si telle avait été sa prescience.

Seulement amoureux comme tout bon Viking de la gloire et épris d’une forte indépendance, il décida de poursuivre sa route vers le sud et rejoindre ce que tant d’autres guerriers nordiques accomplirent comme service avant lui : la garde varangienne. L’unité d’élite de l’armée Byzantine qui était de toutes les campagnes, semant la terreur là où sa présence était requise. Une réputation nullement usurpée depuis qu’elle fut créée par Basile II le Bulgarochtone (958 - 1025), ce dernier en bon général comprit combien canaliser une telle force brute pouvait lui apporter sur les champs de bataille.

Il est fort peu aisé de démêler la réalité historique de la légende au sein de la saga parvenue jusqu’à nous : aurait-il comme il est écrit assouvi sa soif de combat jusqu’aux pieds du Caucase ainsi qu’aux rives de l’Euphrate ? Sa fonction d’officier de premier plan dévoué à l’Empereur aurait pu effectivement l’avoir convié à se placer en première ligne lors des zones de frictions territoriales. Durant neuf années, il se porta là où le danger était le plus grand et les zones les exposées ne manquaient pas tant la lutte pour la survie de l’Empire Romain d’Orient était devenue âpre : Italie, Moyen-Orient, Caucase, Balkans mobilisèrent toute l’attention des souverains de Constantinople.

Comme il était de coutume en ces lieux et cette époque, les affaires Byzantines se soldaient de façon périodique par des révolutions de palais, et il semblerait que Harald ait, de par son rôle éminent, participé en quelque façon que cela soit au retour sur le trône de Zoé de Byzance (958 - 1050).

Retour en Norvège, Harald devient Harald III Hardrada

Sans doute très bien informé de la situation politique en Scandinavie par l’afflux de guerriers nordiques empruntant la fameuse voie des Varègues aux Grecs, Harald apprit que Magnus Olafson, son propre neveu, venait d’hériter du trône du Danemark. Il estima en bon renard désormais aguerri par les intrigues de cour que l’occasion était trop belle pour ne pas récupérer un territoire échéant à un homme dépassé par l’ampleur de sa mission.

Sa fuite de Constantinople ne fut pas de tout repos, étant même brièvement incarcéré avant de s’évader de manière rocambolesque suivi d’un voyage haletant pour bénéficier de la sécurité de la Rus’ de Kiev. Ce fut lors de ce retour chez le monarque Rus’ que Harald épousa Elizabeta. Seulement le bonheur conjugal ne pouvait se permettre de le retenir trop longtemps éloigné de Scandinavie et il reprit sa route vers le pouvoir.

Son abnégation et son énergie, mais encore plus son absence de scrupules lui valurent le surnom d’Hardrada (Hardråde). Ainsi fomentant de nombreux raids sur le territoire tenu par Magnus avec le soutien actif de Sven, le fils de l’ancien roi du Danemark déposé, il obligea son neveu à lui céder la co-gouvernance de la Norvège. Magnus préféra-t-il se consacrer aux troubles endémiques Danois menaçant sa plus riche possession ou pensa-t-il amadouer son oncle avec un demi-os à ronger et mieux le surveiller par ce biais ? Rien ne permet de valider l’une des thèses du fait de la survenance rapide de sa mort (un an après), laissant Harald seul maître de la Norvège en 1047.

Ayant désormais les mains libres, il réorganisa le pays avec une dureté qui lui valut l’inimitié de nombreux jarls [5], écrasant les velléités autonomistes des seigneurs locaux pour mieux asseoir sa future dynastie (qui effectivement lui survivra).

Son ancien allié, Sven, qu’il avait trahi sans vergogne pour obtenir sa parcelle de pouvoir, était désormais après la mort de Magnus l’héritier légitime du Danemark, ce qui ne pouvait que poser un sérieux souci de voisinage à Harald.
Une fois que ce dernier eut terminé de consolider son pouvoir, suffisamment avisé qu’il devait pacifier son propre territoire au préalable, il déclencha les hostilités en harassant autant que faire se peut son voisin méridional. La violence des attaques fut d’une ampleur que l’on peut imaginer avec un tel personnage, avec comme démonstratif exemple Hedeby, ville commerciale alors sous domination Danoise et florissante par un commerce très actif, littéralement rasée par l’invasion de forces Norvégiennes en 1050 et qui ne retrouvera plus jamais sa prospérité d’antan.
Toutefois la politique d’usure, malgré quelques victoires retentissantes comme la bataille navale de Niså où Sven perdit soixante-dix navires, ne rencontra pas l’effet escompté, à savoir la reddition de son adversaire régional.
Cette rivalité qui fit rougir la mer du Nord et la Baltique, abreuvant les terres de Norvège et du Danemark de son comptant de sang, aboutit en 1064 (soit dix-sept ans après le début des hostilités !) à une trêve consacrant le statu quo.

La dernière geste du dernier viking

Certainement dépité par ce « match nul », Harald n’était pas homme à se contenter d’une retraite paisible, occupant ses journées à voir grandir ses enfants. Si le Danemark se refusait à lui mais ne pouvait non plus lui causer désormais grand tort car trop exsangue, il pouvait de facto porter son attention en d’autres lieux.

Et ce fut l’Angleterre, contrée qui subit le plus grand nombre d’invasions Vikings de toute l’Europe qui obtint le « privilège » de susciter son appétit. A plus forte raison qu’en 1066 l’affaire de succession prenait un tour singulièrement aguichant pour ce grand randonneur... Edouard dit le Confesseur venait de mourir, et selon ses vœux Guillaume de Normandie était l’héritier légitime habilité à prendre possession de sa couronne. Seulement Harold Godwinson, un noble de premier rang et fort habile maître de l’art de la guerre ayant prouvé sa valeur contre les redoutables Gallois de Gruffydd ap Llywelyn, ne l’entendit pas ainsi, n’hésitant pas à devenir un parjure. Cette situation chaotique favorisait l’entreprise d’Harald qui devait toutefois prendre en considération les ambitions du prétendant légitime.


La volonté de pouvoir corréler l’intervention d’Harald et celle de Guillaume de Normandie est tentante, et trouverait même un argument favorable quant au fait que les deux dynastes plongent leurs racines dans le même terreau qui vit l’étendard au corbeau essaimer sur le pourtour atlantique. Cependant aucune preuve formelle n’existe à ce sujet, quand bien même la coïncidence demeure très frappante.

Harald s’assura avec opportunisme du soutien de Tostig, comte de Northumbrie et surtout frère d’Harold, récemment déchu de son titre par une révolte populaire ; déchéance consacrée par le nouveau roi Harold plus enclin à satisfaire ses sujets que sa parentèle. Ce fut le ticket d’entrée du roi de Norvège pour réclamer son dû tout en bénéficiant d’un appui local, y compris armé.

En septembre 1066, une flotte Norvégienne accosta sur les côtes Anglaises à laquelle se joignit les ressources propres de Tostig, donnant naissance à une armada de trois cents navires et à une masse de dix mille hommes pressée d’en découdre. Harold bien que préoccupé par le dessein prévisible de Guillaume de Normandie comprit que le danger immédiat provenait du nord, dans le Yorkshire où l’attaque de villes côtières lui avait été très vraisemblablement rapportée. Et la réputation d’Harald ne devait pas peu peser dans son empressement à mobiliser ses effectifs pour aller à sa rencontre et sauver sa fraîche couronne.

A Fulford, la fureur viking eut raison des forces Saxonnes en provenance de York sous la conduite du comte Edwin au sortir d’une bataille acharnée. Cette victoire fut la première et la dernière sur le sol Anglais pour Harald qui commit une erreur capitale à la suite de celle-ci. Trop confiant du résultat de cette démonstration guerrière, il se permit de s’éloigner considérablement de ses navires stationnés à Riccall pour s’offrir une marche ressemblant plus à une promenade qu’à une manoeuvre militaire. Laissant même une quantité conséquente de son équipement de combat en arrière, pensant assurément revenir sous peu.

Ce fut effectivement sa plus grande erreur que celle de penser que le moral Saxon avait été brisé et que Harold lui remettrait sa couronne sans coup férir. Le 25 septembre, alors en plein repos près de Stamford Bridge, là où coule la Derwent, il allait affronter son destin. Totalement surpris par l’émergence du corps d’armée d’Harold et n’ayant pas correctement défendu le pont autorisant la jonction entre chaque rive, le combat se déroula férocement car remis de sa surprise, le dur chef Scandinave harangua ses troupes de telle manière à tenter l’impossible.

Et l’impossible ne se réalisa pas… Harald fut touché à la poitrine par une flèche Saxonne au plus fort de l’affrontement, faisant pencher irrémédiablement le fléau de la victoire en faveur des locaux.

Magnanime ou conscient qu’un autre danger menaçait, toujours est-il qu’Harold autorisa les survivants nordiques à réembarquer vers leur pays d’origine avec le corps de leur roi veillé par son fils, Olaf. Ce dernier régnera en tant que Olaf III de Norvège (1050 - 1093), affublé du vocable Kyrre signifiant… Le tranquille !  Se consacrant à pérenniser le trône par diverses mesures plus indirectes que la conquête par le fer comme le commerce, Olaf donnera corps au legs de son père, non sans avoir toutefois tenté de forcer une nouvelle fois le destin en échafaudant un nouveau débarquement sur cette île funeste [6]. Projet qui restera sans lendemain, mais prouvant que tout n’était pas encore oublié de la saga d’Harald Hardrada.

Le crépuscule des vikings scellé par l’un de leurs descendants

Ce 27 septembre 1066, soit à peine deux jours après la terrible bataille où périt Harald, Guillaume le Conquérant, descendant d’une lignée remontant à Rollon, le maraudeur Scandinave devenu Duc de Normandie par le truchement d’un accord avec Charles III le Simple, voguait vers sa propre destinée en se rapprochant des côtes du Sussex.

Ironie de l’Histoire, Guillaume, le descendant de Vikings allait par sa gestion avisée et rigoureuse du royaume comme par sa défense sans faille contribuer à empêcher toute nouvelle invasion en provenance de Scandinavie. Clôturant définitivement une ère ouverte au même endroit, entérinant le Ragnarök des fiers et libres Vikings.


Carte de l’Angleterre en 1066 avec indication des principales batailles

[1] Il trouvera en Snorri Sturluson (1179 - 1241) le remarquable conteur de ses exploits.
[2] Synonyme de Viking dans la partie orientale de l’Europe.
[3] Cf l’article sur les 1150 ans de Novgorod en sa première partie.
[4] L’une des filles du Grand-Prince de Kiev, Anne, deviendra reine de France en épousant Henri Ier en 1051.
[5] Définition de Wikipédia : Le jarl est en langue scandinave l’équivalent de comte ou de duc (cf. l’anglais « earl »).
[6] En 1085 - 1086, avec le concours de Knut IV du Danemark, homme dont le caractère était fort proche de Harald de par sa nature belliciste comme pour ses victoires obtenues par l’épée.

vendredi 4 juin 2010

Le virus qui terrassera la finance mondiale


Non ce n'est pas encore arrivé, mais les conjectures peuvent aller bon train car la récente dégringolade du cours du Dow Jones le 06 mai 2010 a ceci d'inquiétant, tout en étant fascinant, que le phénomène aurait été dû à un emballement des systèmes informatiques.
Oui vous avez bien lu : les transactions qui sont la sève même de la bourse, enfin des bourses mondiales, sont régulées par des logiciels informatiques. L'image du trader vociférant de vendre ou d'acheter risque bien de vivre sa dernière décennie et d'aller pointer au chômage. Et il a tout lieu de s'inquiéter à juste titre car ces logiciels sont désormais d'une redoutable efficacité en prenant en compte une multitude de paramètres qu'un cerveau humain ne pourrait gérer (il le pourrait à la rigueur mais pas en simultané et avec un temps de réflexion/action autrement plus conséquent).

Ce faisant, de facilité l'activité de la finance dévie vers la dépendance et l'excès de confiance. La dématérialisation chez les prestataires de services d'investissements est un phénomène qui permet certes de recourir à des opérations nouvelles et d'en accroître la rapidité mais elle les place dans le même temps sous le couperet d'une situation pouvant se révéler dramatique en ce sens qu'un emballement de la machinerie ou à sa corruption par un tiers donnerait lieu à des transactions incontrôlées et difficilement jugulables. Ce n'est pas tant les algorithmes qui seraient en cause dans ce système puisqu'ils disposent de sécurités sur les transactions à opérer (ou à ne pas opérer) mais plutôt de l'interconnexion entre les divers algorithmes tiers. Ainsi un algorithme peut très bien désactiver sa propre sécurité s'il estime qu'il répond à une donnée logique du marché corroborée par l'action d'autres acteurs ou de cours définis. Et le scénario catastrophe peut débuter de la sorte...

Un autre scénario guère plus réjouissant serait une intervention tierce malveillante. Une intrusion dans le coeur d'un programme et une légère modification pourrait entraîner une pagaille sans nom du même ordre. Aucun spécialiste en informatique ne prendre le risque d'affirmer qu'un système demeure et surtout demeurera inviolable à 100%. C'est là un mensonge qui n'a été que constamment contredit à chaque fois qu'un responsable s'était avisé de s'avancer sur le sujet. Serge Humpich à l'époque avait démontré par exemple la faillibilité du système de cartes à puces pourtant présenté comme ultra-sécurisé.
Il est tout à fait plausible par exemple d'imaginer à terme des terroristes promettant le chaos si des exigences particulières n'étaient pas satisfaites. Ou encore un acteur désireux de profiter d'une situation critique pour en tirer de substantiels bénéfices. Liste non exhaustive bien entendu... L'on imagine déjà les conséquences de l'immixtion d'un virus destructeur ou falsificateur au sein d'un ou de plusieurs programmes en charge de transactions financières sur une des premières places financières au monde. 

Bien entendu la chute vertigineuse de 1000 points a de suite placé la Securities and Exchange Commission sur les rangs, de même que la Commodities Futures Trading Commission. L'affaire est prise suffisamment au sérieux par ces autorités : Thursday's unusual trading activity included extreme volatility for a number of individual securities. This is inconsistent with the effective functioning of our capital markets and we will make whatever structural or other changes are needed.
Mais d'ores et déjà l'évènement nous amène à nous demander si le danger ne viendrait non pas des traders trop hâtivement jetés à la vindicte populaire mais plutôt des donneurs d'ordres qui ne s'en remettent que trop immodérément à des outils qui dans un monde interconnecté par les nouveaux moyens de télécommunications en deviennent des armes à double tranchant. Engageant lestement leur patrimoine à des programmes dont l'architecture globale et les intéractions subséquentes peuvent difficilement être appréhendées par l'homme, et certainement pas aussi vite de par le nombre de calculateurs mis en fonction.
Le toujours plus de profits conduit inexorablement au toujours plus de risques. A méditer...

mercredi 2 juin 2010

Science & Vie se mobilise pour les abeilles


Chers visiteurs,

Comme vous le savez déjà, le problème de la disparition des abeilles m'a particulièrement touché au point d'y consacrer il y a un peu moins d'un an tout un article sur Agoravox avec des retours très positifs énonçant une réelle prise de conscience.

J'appris par la suite qu'un document était passé sur la chaîne franco-allemande ARTE concernant ce sujet épineux et dressant un panorama relativement global de la situation. Si l'émission n'est plus disponible (la mise en ligne des émissions s'interrompant après un terme de sept jours), le magazine Science & Vie permet heureusement de profiter du reportage qui a été mené par les journalistes de la chaîne avec une offre promotionnelle comprenant le magazine assorti du documentaire sur DVD. A ne pas manquer car le phénomène prend effectivement une ampleur fort inquiétante, et cet insecte est un très bon témoin de la biodiversité comme de la présence d'agents chimiques dans notre environnement. Et bien évidemment, les articles de vulgarisation scientifique du magazine en lui même.

Pour en apprendre encore davantage sur le monde des abeilles, et en attendant qu'après les fourmis un autre Bernard Werber se penche sur cet insecte, voici un site qui devrait vous permettre d'en apprendre davantage sur ce fascinant apidé.
Site d'Abeille, sentinelle.de l'environnement

mardi 1 juin 2010

La logistique, fonction opérationnelle oubliée

Thème du mois sur Alliance GéoStratégique et colloque organisé par l'Ecole Militaire le 29 juin 2010 avec la participation d'Alliance GéoStratégique sur ce sujet combien primordial "La logistique, fonction opérationnelle oubliée"

Plus d'informations ICI

Entrée libre mais inscription obligatoire via courriel : alliancegeostrategique@gmail.com